29 décembre 2008

Chapitre 08: Craintes et relâchement - par Alienor

« Je vais y arriver, je vais y arriver… »

La jeune femme rampa. Une douleur atroce la tiraillait à chaque mouvement. Encore un effort, se forçait-elle à se dire. Mais à chaque fois, son objectif semblait s’éloigner de plus en plus. Elle s’arrêta, terrassée par la douleur. Le sang coulait de ses bras et de ses jambes meurtris. Quel supplice ! pensa t-elle. Faudrait-il qu’elle meurt ici, finalement ? « Hors de question ! se disait-elle, encore un effort ! Je dois prévenir les autres ! » Le sang commença à couler sur son front. La blessure à la tête s’était rouverte. Epuisée, elle dut s’accorder un instant de repos, et, renversant sa tête qui commençait à peser comme une masse, elle s’assoupit. A ce moment, un pied se posa devant elle. Elle rouvrit ses yeux fatigués.

« Eh bien ! entendit elle, Une rescapée ? »

Elle n’en entendit pas plus, elle s’évanouit.

 

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« Bonjour Sheena, bonne journée ? »

Akiko vint à la rencontre de son amie.

« Oui, ça pouvait aller… »

Observant la jeune femme, son amie sourit.

« Ca pouvait aller ? C’est tout ? Je parie que tu t’es fait disputée par ce crétin de Mr. Akashima !

-Franchement, on ne peut rien te cacher, Akiko !

-Rien qu’à voir ta mine, on devine tout de suite ! » fit la jeune fille.

Akiko était plus jeune d’un an que Sheena. Et elle possédait une sorte de don extraordinaire, l’art de deviner les pensées des gens. Bien sûr, ce n’était pas réellement un pouvoir magique, c’était un atout, et elle avait son petit secret derrière tout cela.

« On va manger, tu penses que tu as faim ?

-Oui, ça pourrait aller, je ne voudrais pas te vexer en disant que ta cuisine est infecte c’est tout le contraire ! »

Sa camarade rit. En cette période de crise, on trouvait encore le moyen de plaisanter.

Le repas était délicieux. Sheena aurait tant voulu qu’il y en ait d’autres comme celui-ci !

« Alors ? demanda son amie.

-C’est divin ! s’exclama le jeune femme.

Akiko sourit, puis elle jeta un regard au-dehors.

« Quelle averse ! Si ça continue, il va y avoir une inondation !

-Arrête d’être anxieuse, à chaque fois qu’il y a une grosse pluie tu redoutes toujours quelque chose ! Et à la fin, ça s’arrange toujours !

-Excuse-moi, mais je suis de nature plutôt craintive !

-Inutile de t’excuser ! Tu me rappelles désagréablement quelqu’un.

-Qui est-ce ?

-Aucune idée. »

Akiko fit la moue. En la regardant, il est vrai qu’elle rappelait quelqu’un à Sheena. La jeune fille était brune, les yeux noirs, les cheveux encadrant son visage ovale. Elle était mignonne ainsi, et sa façon de regarder les gens avec son regard noir faisait fondre quiconque aurait eu la malchance de la regarder dans les yeux. Sa voix était celle d’une toute jeune fille à peine sortie de l’adolescence.

Sheena était charmée par ce doux visage. Si sa camarade était une poupée, on aurait voulu la câliner !

L’après-midi, Sheena devait sortir pour régler quelques affaires. Un de ses « collègues » lui avait donné rendez-vous. Akiko la regarda s’éloigner de sa fenêtre. Puis elle partit vaquer à ses propres occupations.

Sur le chemin, Sheena marchait d’un pas ferme, mais quelque chose la tracassait. Elle ne savait pas quoi. Mais elle sentait qu’il y avait quelque chose qui clochait. Elle essaya de réfléchir tout le long de la route à ce pressentiment. Et lorsqu’elle arriva au point de rendez-vous que son « collègue » lui avait indiqué, c’est-à-dire un simple banc dans une allée de feuilles mortes, il n’y avait personne. Elle s’assit donc dessus et attendit. Au bout d’un moment, elle s’impatienta. Toujours personne. Enfin, alors qu’elle se baissait pour vérifier quelque chose, elle comprit subitement. D’un bond, elle se leva, et se précipita vers chez elle.

« AKIKO !!! hurla t-elle, en entrant dans leur petit appartement.

-Sheena ? Tu es déjà rentrée ? Qu’est-ce qui te prend de crier comme une malade ? Tu vas alerter le voisinage ! »

Akiko apparut à l’entrée. Sheena, soulagée, la prit dans ses bras et la serra contre elle.

« Mais qu’est-ce que tu fais ? fit son amie, surprise.

-J’avais si peur de te perdre !

-Hein ? Que racontes-tu ? Je suis là, en chair et en os ! Je n’allais pas mourir ! dit la jeune fille, en se dégageant. Au fait, qu’en a-t-il été de ton rendez-vous ?

-Tout s’est très bien passé. » mentit Sheena.

Mieux valait ne pas inquiéter Akiko au sujet du faux rendez-vous.

« En tout cas, ça a été rapide ! J’aurais cru qu’il y avait eu un meurtre ! »

La jeune femme sourit. Elle ferma la porte, rassurée. Un instant, elle avait cru qu’il était arrivé malheur à son amie.

 

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«Rébecca, ça fait plus d’une demi-heure que l’on tourne en rond ! »

Gilles s’assit à même le sol, fatigué. Sa sœur vint le rejoindre.

« Je n’y comprends rien, se plaignit-elle, je ne sais pas si c’est de la magie, mais tout ceci est totalement absurde ! On ne peut pas changer d’endroit en un instant !

-Cela s’appelle de la téléportation, et à ce que je sache, on ne pratique pas encore ce moyen.

-Bien sûr que non ! Non, franchement, je ne comprends pas… »

Il n’y avait rien alentour et le frère et la sœur se sentaient un peu minuscules.

« Attends, il y a des lumières, fit Gilles, en se relevant.

-Si seulement tu pouvais dire vrai… soupira Rébecca.

-Mais c’est vrai ! »

La jeune femme tourna la tête dans la direction que son frère indiquait pour voir s’il n’avait pas des hallucinations, mais non, il n’avait pas tort, il y avait bien des lumières venant de l’ouest.

« Eh bien, il semble que la chance veut bien nous sourire finalement… fit-elle remarquer.

-Tu vois ? Qu’est-ce que je disais ?

-Oui, bon, levons-nous, si ce n’est pas un mirage, on ferait mieux de rejoindre ce signal au plus vite !

-D’accord. »

Ils se dirigèrent vers les faisceaux et arrivèrent bientôt en vue d’une grande ville aux contours impressionnants. Mais le plus époustouflant encore, c’était ce bâtiment gigantesque, offert à tous les regards. Les deux compagnons regardaient, admiratifs. De toute leur courte vie, ils n’avaient jamais vu pareil spectacle ! Ils marchèrent encore jusqu’à ce qu’ils arrivent aux portes de la grande cité. Vue de près, elle était d’autant plus magnifique !

A l’entrée, il n’y avait pas de gardes quelconques avec insigne nazi ou pas. Les gens étaient libres d’entrer et de sortir !

De deux choses l’une: soit ils avaient atterri dans le conte d’Alice au pays des merveilles, soit ils étaient en train de rêver les yeux ouverts. La première et la deuxième solution semblaient toutes les deux coïncider. Ils dépassèrent l’entrée, admiratifs. Il y avait des femmes en déguisement de lapin, des hommes au teint mat et qui criaient la bienvenue aux nouveaux arrivants. Quel rêve ! pensèrent ils. Il était quasiment impossible de tomber dans une ville de rêve comme celle-ci en cette période de guerre ! Ils en oublièrent toutes les aventures qu’ils leur étaient arrivés. L’un des hommes en uniforme bleu leur cria : « Bienvenue à Altamira, la cité balnéaire ! » Altamira. C’était donc comme cela qu’on appelait cette ville. Ce nom lui seyait vraiment bien. Ils s’enfoncèrent plus profondément dans la cité merveilleuse, où chaque instant semblait durer longtemps.

 

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Dirk remonta dans la chambre de son fils adoptif.

« Lloyd, ça va ?

-Bien sûr, il y a encore eu un tremblement de terre !

-Cela, je l’ai senti, bien sûr.

-Papa, je commence à croire qu’il y quelque chose de pas normal là-dedans.

-Dis moi ce qui te tracasse dans toute cette affaire…

-Tout d’abord, le premier séisme, Génis qui ressent une réunion de mana en direction du désert de Triet, et tout de suite après, Colette et moi qui tombons soudainement malades, trouves-tu ça normal ?

-Tu sais, Lloyd, ce n’est peut-être pas lié après tout, tu te fais des idées. Soupira le nain.

-Et si c’était tout le contraire dis-moi ? S’il te plaît papa, je voudrais en parler avec Colette, laisse moi aller à Isélia !

-Tu n’es pas rétabli ! Et ne crois pas que c’est le prétexte idéal pour… »

Mais Dirk vit sur son visage que, pour une fois, Lloyd était sincère.

« Bon d’accord, soupira t-il de nouveau, mais ne vas pas te plaindre surtout !

-Merci papa. » sourit le jeune homme.

Lloyd fut prêt en quelques minutes, et se prépara à traverser la forêt qui le séparait du village. Il avait mal, mais il était déterminé après tout. Il partit donc chez son amie.

 

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Colette se réveilla dans un lit, dans une chambre qu’elle ne reconnut pas. Elle n’était pas chez elle, avec sa grand-mère. Et lorsqu’elle se leva, elle était toute habillée.

Encore un peu ensommeillée, elle s’extirpa du lit et sortit de la chambre. Alors qu’elle rentrait dans une sorte de cuisine arabe, elle tomba nez à nez avec une femme d’une cinquantaine d’années. Hébétée, la jeune fille se demanda qui c’était.

« Tiens, bonjour Colette ! Bien dormi ? » demanda la femme, en lui souriant.

« Elle connaît mon nom ? » s’interrogea l’adolescente. Elle se prépara à balbutier quelque chose lorsqu’un jeune garçon, à peine plus âgé qu’elle, entra dans la salle.

« Bonjour To. » fit celui-ci, en baillant.

To. Instantanément, tout lui revint. Leur fuite, ce garçon qui les avait sauvés, et enfin la rencontre avec cette femme, la grand-mère du garçon, Anto, c’était son nom.

« Bonjour Akim ! Tu as bien dormi cette nuit toi aussi ? »

Akim… C’était le nom du garçon. Le cerveau de Colette enregistrait toutes ces informations.

Elle se tourna vers Anto et sourit.

« Oui, oui, ne t’en fais pas je ne fais pas de crises d’insomnie ! répliqua l’adolescent.

-Dans ce cas, ça va. J’ai préparé le petit déjeuner. » fit la femme.

J’ai préparé le petit déjeuner… Cela faisait tellement longtemps que la jeune fille n’avait plus entendu cette phrase, depuis le dernier matin où elle avait vu sa propre grand-mère. Elle refoula ses larmes. Elle ne voulait pas pleurer devant ces deux personnes, elle ne voulait pas leur paraître ridicule.

Akim, enfin, sembla remarquer sa présence et lui adressa un bref sourire. Elle le lui rendit, il s’assit à sa place, et se prépara à manger. Un peu hésitante au début, l’adolescente l’imita. Pendant ce temps, Anto s’était éclipsée temporairement.

Les deux jeunes gens restèrent là à ne rien dire, pendant un moment. Enfin, Colette se décida à rompre ce silence gênant par n’importe quelle phrase peu importait. Mais elle n’en eut pas le temps, car Lloyd apparut dans la cuisine. Il était habillé lui aussi, et ses vêtements étaient froissés. Lorsqu’il vit Akim, il bougonna et fit mine de ne pas faire attention à celui-ci. D’ailleurs, le garçon semblait faire de même.

Colette était exaspérée. Elle détestait cette barrière qui semblait s’élever entre les deux hommes, et le pire, c’est qu’elle n’avait pas les outils nécessaires pour la détruire. Elle ne pouvait rien faire, c’était le combat de deux chats, et cela ne la concernait pas. Elle détestait cette idée. Il serait difficile d’établir des liens entre les deux garçons.

Anto pénétra de nouveau dans la pièce, perçut la gêne des trois jeunes gens, le silence des deux mâles et la tentative désespérée de Colette de briser ce calme trop profond, et fit un clin d’œil compatissant à la jeune fille. Sachant qu’elle avait trouvé là une précieuse alliée, la jeune fille lui accorda un sourire discret et entendu.

Après le déjeuner, les deux garçons partirent chacun dans leur coin et les deux femmes se retrouvèrent seule à seule. Après un long silence qui semblait interminable, la plus âgée prit la parole :

« Il est difficile de cerner la rivalité entre les hommes, n’est ce pas ?

-Oui, c’est vrai… répondit la jeune fille, après réflexion.

-Et c’est parfois frustrant pour les femmes, c’est vrai. »

Colette ne répondit pas tout de suite, et la femme poursuivit:

« Mais tu sais, ça finira par s’arranger, puisque toutes les choses ont une fin. Si cela se trouve, demain ce seront les meilleurs amis du monde. »

Colette n’en était pas si sûre, et elle trouvait qu’Anto exagérait un peu sur le temps que cela prendrait pour que les deux garçons s’acceptent enfin. Celle-ci, lui tournant le dos, se retourna enfin, un grand sourire aux lèvres.

« Et toi et ton ami, vous auriez bien besoin de vous laver, regardez comme vous êtes sales ! On croirait que vous êtes sortis des égouts il n’y a pas si longtemps !

Et effectivement, la jeune grand-mère avait exactement trouvé la vérité, car la jeune fille se souvint qu’elle et Lloyd avaient dormi le temps d’une nuit sur le sol dur et froid des égouts de Londres. Soudain, elle ressentit l’atroce besoin de se laver, ses vêtements étaient sales et collaient à sa peau, et ses cheveux étaient gras et la démangeait. Dans l’ensemble, elle n’était pas très jolie à voir.

Elle suivit avec empressement sa nouvelle amie dans un autre couloir qu’elle n’avait pas visité la veille. Elles marchèrent jusqu’à ce qu’elles tombent sur un petit escalier qui menait au sous-sol. Elles descendirent les marches jusqu’à arriver à une porte fermée à clé. Anto sortit ladite clé en question et déverrouilla la porte. Elles pénétrèrent enfin dans une vaste salle, à la chaleur étouffante mais relaxante.

« Nous voici dans les termes de la maison ! s’exclama la femme.

-Ca alors… murmura Colette.

-Surprise hein ? Mon gendre a bien choisi l’endroit ou construire son logis !

-Votre gendre ?

-C’est vrai, je ne te l’avais pas dit, c’est lui qui a construit cet endroit, c’était un architecte de talent, mais il n’a jamais fait de cet art son métier, il se considérait déjà suffisamment comblé, avec une femme et un enfant qu’il voulait rassurer de sa présence.

-C’est donc le père de…

-Le père d’Akim, c’est cela. Mon petit-fils l’adorait et l’admirait, et il a hérité de son caractère plutôt bien trempé, tu l’as sans doute remarqué. »

La jeune fille acquiesça.

« Quant à ma fille, quand elle l’a rencontré pour la première fois, ça a été le coup de foudre. Au début, je pensais que ce n’était pas sérieux, et que ça allait finir comme toutes les banales histoires d’amour, mais non, ça a duré, et lorsque je l’ai vu à mon tour, je suis tombée sous le charme. Inutile de te le décrire, Akim lui ressemble trait pour trait !

-Mais vous êtes jeune pour être grand-mère ! Cela veut dire que…

-Oh non ! Ca c’est moi, j’ai eu ma fille à seize ans, et je l’ai élevé seule, vu que son père est mort assassiné.

-Je suis désolée…

-Oh, il ne mérite pas d’hommage, c’était un nigaud, incapable de se rappeler qu’il avait une femme et un enfant. Il se soûlait chaque soir et il ne rentrait qu’après minuit. Puis, un soir, il a fini avec un couteau dans le dos, tué par un autre individu de son espèce ! Et dire que ce sont mes parents qui m’ont incité à l’épouser ! Qu’est-ce que je regrette !

-Ca n’a pas dû être facile…

-Oh non, j’étais soulagé quand il n’était pas là, à vrai dire il faisait peur à Tya, c’était ainsi que s’appelait ma fille. »

Soudain, Colette se rendit compte qu’il y avait quelque chose qui clochait dans ce qu’elle disait.

« Pourquoi parlez-vous au passé ?

-Ah, c’est vrai. Akim n’avait que quatre ans, et ses parents devaient partir à Palmacosta pour aller régler quelques affaires, ils ne m’avaient pas dit lesquels, et ils m’ont confié la garde du petit durant leur absence. Depuis, je ne les ai plus revu, jusqu’à ce qu’on vienne me dire que les désians de la ferme humaine la plus proche de la ville ont raflé toute la cité et emmené des prisonniers. J’en ai conclu qu’ils n’y avaient pas échappé… Et récemment, j’ai appris que la ferme humaine où ils étaient censés être avait explosé. Les prisonniers ont été sauvés à temps, et ils sont retournés chez eux, mais d’eux, pas de nouvelles ! J’en ai donc conclu qu’ils étaient morts.

-Je suis désolée.

-Je n’ai rien dit à mon petit-fils, et celui-ci a cru que ses parents l’avaient abandonné, il leur en veut terriblement. »

Colette resta accablée par ce qu’elle avait appris, finalement, c’était bien ce qu’elle pensait, Akim était comme elle, un orphelin. Mais quelque chose la tracassait, et elle demanda :

« Qu’est-ce que Palmacosta ? Et qui sont les désians ? »

Anto la regarda, surprise.

« Tu es une fillette bien singulière dis-moi… Je te le dirai après… Mais pour l’instant, opération décrassage ! Déshabille-toi, et relaxe-toi, ça se fera tout seul ! »

La jeune fille ne se le fit pas dire deux fois et obéit.

« Je te laisse seul, je dois aller vaquer à mes propres occupations, je te rapporterai des vêtements.

-D’accord. » acquiesça l’adolescente.

Sur ces mots, la femme partit.

Colette retira ses vêtements et s’assit sur le bord d’un grand bassin rempli d’eau chaude. Elle n’aimait pas être seule, et cet endroit l’inquiétait un peu. Mais elle se dit qu’elle s’y habituerait. Elle mit le bout de son pied dans l’eau et fut surprise par la température agréable qu’elle dégageait. Elle n’hésita plus et plongea les deux jambes dans l’eau, avant de s’immerger totalement. Elle laissa son corps se réchauffer, puis elle jeta sa tête en arrière avant de plonger ses cheveux dans l’eau. Elle se sentit mieux immédiatement, et se laissa envahir par une douce torpeur.

Lorsqu’elle sortit de l’eau chaude, elle était propre et ses cheveux mouillés brillaient. Elle vit avec contentement qu’Anto avait laissé des vêtements à son attention. Une sorte de tunique accompagnée d’un pantalon bouffant, avec des ballerines, à la mode arabe. Colette s’habilla, et se sentit un peu ridicule dans ce genre de tenue, mais se dit une fois de plus qu’elle s’y ferait. Et puis cela la changeait des sempiternelles jupes et vestes marron sales, accompagné de chaussettes, de chemises et de chaussures ternes et trop petits pour elle. Là-dedans, elle se sentait plus libre. Elle esquissa quelques pas de danse et sortit des termes en prenant soin de fermer la porte à clé.

Lorsqu’elle sortit du couloir qui menait aux eaux chaudes, elle croisa la route d’Akim. Celui-ci l’aperçut et, lorsqu’il vit les vêtements qu’elle portait, poussa un sifflement, à la fois ironique et admiratif. Un peu gênée, la jeune fille s’empressa de continuer son chemin.

En pensée, elle se disait que le garçon cachait bien ses sentiments, il avait l’air heureux et indifférent, en apparence. Sauf que maintenant, elle aurait cru déceler chez lui un esprit blessé et farouche. Un vrai félin, se dit-elle, et qui jouait bien son jeu.

En entrant dans la cuisine, elle vit Anto, qui lui tournait le dos. Celle-ci dit, sans se retourner :

« Alors ? Tu t’es bien nettoyée ? »

L’adolescente, souriante, fit oui de la tête.

« Je me suis dit que ces vêtements t’iraient bien, ils appartenaient à Tya. Tu as croisé Akim dans les couloirs ? Il a dit qu’il voulait se laver. Et puis, il a les clés en double, puisque je crois que tu as fermé la porte.

-Oui.

-Je ne doute pas une seconde de sa réaction, il est vrai que maintenant que l’on te voit tu me fais penser à ma fille. Elle était jolie, elle aussi, sauf qu’elle avait des cheveux plus sombres. »

Colette continua de sourire. Puis Anto dit :

« Tu devrais aller voir ce que fait ton ami, et lui dire qu’il devrait aller se laver lui aussi, et si Akim est assez aimable, il lui laissera quelques uns de ses habits, de toute façon, il doivent faire tous les deux la même taille, ça leur fait au moins un point commun. »

Elle rit, et la jeune fille, le cœur léger, se dirigea vers les chambres.

 

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« Je me sens un peu mieux, merci. »

Raine se releva sur son séant. Assise sur un lit de l’auberge, elle s’étira, comme pour prouver qu’elle allait bien.

« Tu es sûre ? Dans ce cas, je suis rassuré, parce que rester à veiller deux grands malades sans bouger de la nuit m’a épuisé ! ne put s’empêcher de lancer Zélos.

-Tu disais que tu n’avais pas sommeil, et puis ça ne te plairait pas toi que l’on grommelle parce que tu es malade et qu’on doit s’occuper de toi, si ? le tança Génis.

-Oui, c’est vrai, mais MOI, j’ai des droits ! »

Le jeune demi elfe soupira et mit un pied par terre.

« Ouais, et le droit, de préférence ! » fit l’ex-élu de Tésséh’alla, qui suivait chacun de ses mouvements.

Le garçon lui donna un coup de coude, et se sentit envahi d’une paix inconnue, comme de l’extase. Pourtant, il ne voyait pas ce qu’il y avait de plaisant, surtout en ce moment. C’était sûrement le fait d’embêter le rouquin qui lui offrait cette douce sensation d’amusement. Raine aussi semblait heureuse, et elle ferma les yeux pour se laisser bercer par cette petite musique qu’elle entendait, et il lui vint l’image d’un petit garçon en train de jouer de l’harmonica, entouré d’une foule de personnes dont certains lui lançaient des pièces.

La jeune femme rouvrit ses yeux. Cet endroit, là où jouait le petit garçon, elle le connaissait pour l’avoir déjà visité. C’était la zone d’attraction d’Altamira, la cité balnéaire, elle l’avait vu, en apercevant des gens déguisés avec des ballons dans les mains, et à la grande roue derrière le jeune musicien. Elle se demanda pourquoi elle avait eu cette vision. « Sûrement un souvenir ! » se dit-elle. Et elle se leva. Elle se sentait en pleine forme maintenant.

Après avoir payé pour la nuit passée à l’auberge, les trois compagnons s’empressèrent de continuer leurs recherches, même si pour l’instant, ils n’étaient pas très avancés sur le temps et les évènements. Après avoir cherché dans les quatre coins de l’oasis, et avoir recueilli les preuves qu’il y avait aussi eu deux séismes, le premier étant de faible envergure et le deuxième un peu plus fort, ils basèrent leurs recherches dans le désert de Triet. Mais Raine voulut à tout prix voir la voyante, qui était la seule personne qu’ils n’avaient pas interrogée. Après un long soupir, ses deux compagnons la suivirent jusqu’à la hutte qui trônait fièrement à l’ombre d’un palmier. Et lorsqu’ils pénétrèrent à l’intérieur de la tente, une femme apparut.

« Bienvenue dans la hutte de la voyante ! » s’exclama t-elle joyeusement, comme à chaque fois qu’elle disait ce slogan.

Elle les vit, et sourit d’un air radieux.

« Eh bien, j’en reçois de la visite ! Hier, c’était l’élue et son compagnon, aujourd’hui ce sont les autres héros qui viennent me rendre visite !

-De quoi ? s’exclamèrent les trois amis, en même temps.

-Que venez-vous de dire à l’instant ? demanda Raine.

-Eh bien qu’hier j’avais reçu la visite de l’élue et de son compagnon et qu’aujourd’hui c’était vous ! Je m’estime comblée, même si cela me fait de l’argent en moins ! » rajouta t-elle, tout en faisant quelques œillades à Zélos, n’étant pas insensible à son charme, comme toutes les femmes d’ailleurs. Zélos resta de marbre devant ses tentatives vaines d’attirer son attention, il semblait ailleurs. Après quelques regards entendus, le professeur dit :

« Nous ne sommes pas venus pour connaître notre avenir, seulement pour poser quelques questions.

-Mais allez-y ! La voyante répond à toutes vos questions, mêmes les plus mystérieuses !

-Bon voilà, je parie que comme tout le monde ici vous avez senti le tremblement de terre ?

-Bien sûr, quoi d’autre ?

-N’auriez-vous pas senti quelque chose de bizarre ?

-Non, en tout cas pas pour l’instant, pourquoi ?

-Nous sommes ici pour vérifier que tout va bien, au revoir.

-Bien, que la déesse Martel vous accompagne ! »fit la voyante, tout sourire, mais un peu déçue que cette visite soit si brève.

Raine la remercia et ils sortirent de la tente.

« Nous ne sommes pas très avancés là… dit Zélos, en se passant la main dans les cheveux.

-Ce qui est étrange, c’est qu’elle prétend avoir reçu la visite de Lloyd et Colette pas plus tard qu’hier… s’exclama Génis.

-Il y a deux solutions : soit elle ment, soit il y a un nouveau cas d’imposture, ce qui serait fort probable… réfléchit Raine.

-Nous verrons ça plus tard, pour l’instant revenons aux faits, on va fouiller le désert de long en large et on verra ensuite ! décida le rouquin.

-Et qui c’est qui donne des ordres maintenant… ironisa le demi elfe.

-Pour une fois, je suis d’accord avec Zélos, nous devons nous en prendre à la racine au lieu de nous emmêler les pinceaux. Fit sa sœur.

-Si tu le dis… soupira  Génis.

-Eh bien allons-y ! » tonna l’ex-élu.

Ils se dirigèrent vers l’entrée de la ville, espérant trouver la clé de tous ces mystères une fois pour toutes.

 

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Yuan savait que les deux demi elfes et l’ex-élu du monde prospère étaient ici, il l’avait senti. Mais il se dit qu’il valait mieux ne rien leur dire au sujet des Reflets. Ce serait beaucoup trop dangereux. Ses soldats renégats étaient en train d’inspecter toute la zone, car il était fort probable que ses fuyards cheminaient encore dans le désert. Mais en ce moment, ils s’étaient volatilisés. « Plus pour longtemps. » pensa t-il, avec un sourire.

Il se cala plus confortablement devant son bureau en attendant que les évènements s’enchaînent. En ce moment, un autre signal était parvenu d’Altamira, il avait envoyé une équipe là-bas, pour voir ce qui s’y passait. Cette histoire devenait de plus en plus intéressante, se plut-il à se dire. 

 

__________________________

 Conversation entre les personnages :

 

Zélos : Ma Sheenette a disparu… 

Génis : Sheenette ? C’est quoi ce truc ?

Voix off : C’est une manière de surnommer affectueusement Sheena je crois…

Génis : T’es quoi toi ?

Voix off : Je suis un envoyé de l’auteur, elle n’a pas voulu se produire en public. Vous savez c’est une grande timide… 

Génis : Ouah la lâche ! C’est parce qu’elle a peur qu’on la bute !

Voix off : Non ce n’est pas ça, et elle dit que de toute façon elle fait ce qu’elle veut.

Zélos : Ma Sheenette, tu me manques !

Raine : Je ne savais pas que tu tenais tant à elle Zélos !

Zélos : Heu, hein ? Mais attendez qu’allez-vous me chercher là ? Je ne suis pas inquiet du tout, arrêtez de raconter des bobards !

Raine : T’en fais pas, on va la retrouver ta Sheenette ! Attends, là en ce moment je suis sûre qu’elle est en train de s’éclater à donf’ !

Zélos : Nan, là je suis sûre qu’elle s’ennuie à donf’ et qu’elle a envie d’être avec nous. C’était écrit dans le scénario !

Voix off : Attends… Tu vas pas me dire que t’as lu TOUT le scénario !

Zélos : Bah si ! Même qu’il était marqué que… (se rend compte qu’il a fait une grosse bourde) Mince…

Voix off : Abruti ! Je vais le dire à l’auteur et elle va te faire frire et elle va te donner à bouffer à tes fans ! Je serai chargé de le faire à sa place ! On se débrouillera pour te trouver un remplaçant !

Zélos : Ouargh ! (se barre en courant)

Génis : Et bien voilà fin de la conversation ! Dans le prochain épisode, on saura si Zélos s’est sorti vivant de son jugement ou pas! Bon appétit d’avance aux fans !

Raine : Tu prévois d’avance sa mort ?

Génis : Bah ouais puisque la dernière fois il n’a pas réussi à mourir là il serait quand même temps !

Raine : Pauvre Sheena… 

 

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04 janvier 2009

Chapitre 09: Mémoires et Trahison - par Alienor

Préséa  s’empressa de traverser le rez-de-chaussée de la société Lézaréno et rentra dans l’ascenseur après avoir montré sa carte d’accès au garde qui était posté devant. Elle appuya sur le bouton qui montait à l’étage supérieur. Elle attendit un moment, puis l’ascenseur s’arrêta, et les portes s’ouvrirent automatiquement. Elle entra dans une vaste salle, où trônait un bureau, avec une pile de dossiers entassés dessus.

« Bonjour, Préséa. Tu as passé une bonne journée ? »

Régal apparut derrière le désordre de son bureau. D’après la fillette, il devait être en train de faire du rangement.

-Bien sûr, Régal, c’est une très belle journée en perspective ! répondit-elle, en souriant.

-Je suis content de te l’entendre dire, surtout venant de chez toi.

-C’est du passé. Je ne suis plus la fille taciturne que les autres et toi avez connue. Maintenant je profite pleinement de la vie ! »

L’homme sourit. Il avait fière allure dans son uniforme de directeur de la société qu’il dirigeait depuis maintenant quelques mois. Après n’avoir donné plus de signe de vie pendant des années, il avait finalement repris le contrôle de Lézaréno. Pendant tout ce temps, c’était son sous-directeur qui avait géré le poste. Et même durant la longue absence de son supérieur, il lui était resté fidèle et avait veillé à ce que personne n’usurpe la place de directeur.

Préséa avait elle aussi eu un poste dans la société, et à vrai dire c’était l’un des plus banals : elle se déguisait en klonoa pour amuser les enfants. Elle se fichait qu’elle soit ridicule ou pas, elle aimait voir les autres rire et démontrer leur joie. Elle aimait Altamira et son atmosphère chaleureuse. La tristesse n’existait pas entre les murs de la cité balnéaire. Et cela, c’était ce que Préséa appréciait. Et puis, avec l’argent qu’elle gagnait, cela lui permettait de faire des dons à la reconstruction d’Ozette. D’ailleurs, celle-ci avançait bien. Dans quelques mois, le petit village serait tout neuf et les gens pourraient de nouveau le repeupler. Elle était heureuse.

« J’en ai fini pour aujourd’hui, je dois rentrer à Ozette maintenant.

-Les travaux avancent ? La questionna Régal.

-Ils avancent même très bien… » répondit elle, avec un sourire radieux.

Sur ces mots, elle salua son ami et se retourna vers l’ascenseur où elle disparut quelques minutes plus tard.

Régal la regarda partir, et sourit. Il était satisfait que la fillette lui ai pardonné le meurtre de sa sœur et ai retrouvé le sourire. Le rôle qu’elle jouait dans Altamira lui avait fait beaucoup de bien et lui avait redonné sa joie de vivre. C’était à peine si elle avait oublié qu’elle avait en réalité vingt-huit ans. Elle s’amusait comme une enfant. Le sourire aux lèvres, il se remit à la tâche, ranger son bureau. Il allait y avoir du travail, vu les piles de dossiers qui ornaient sa table dans tous les coins. Mais rien ne pouvait mieux l’occuper que cela.

Préséa sortit du train élémental qui l’avait ramené des bureaux de la société et salua le chauffeur. Puis elle monta le petit ascenseur qui se mettait automatiquement en marche lorsqu’on y posait les pieds. Elle salua les divers employés de service qui s’affairaient et continua son chemin. Au bout d’un moment, à force de jeter des coups d’œil à droite et à gauche, Préséa s’arrêta soudain. Quelque part, au milieu de la foule, elle venait d’apercevoir une silhouette familière. Non, deux. Mais elle n’avait pas eu le temps de bien voir, les deux silhouettes en question avaient disparu. Elle resta immobile un moment, se posant quelques questions, puis haussa les épaules. Après tout, c’était peut-être le fruit de son imagination. Forte de cette certitude, la jeune fille sortit de la ville et partit dans un coin d’ombre où personne n’aurait eu l’idée de s’aventurer, tellement c’était discret.

Quelques minutes plus tard, un ptéroplan s’envola vers le continent voisin, en direction d’Ozette.

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La jeune femme se réveilla dans un fauteuil confortable, et scruta l’endroit où elle se trouvait d’un œil hagard. Il s’agissait d’une sorte de grand salon. Elle tenta de se relever, mais une violente douleur au ventre et à la tête lui arracha une grimace et l’obligea à rester immobile.

« Oui, évite de bouger, c’est très désagréable surtout si tu es blessée… »

La jeune femme regarda de tous côtés, personne. Pourtant, il lui semblait avoir entendu une voix…

« Je suis ici. »

Soudain, une ombre surgit juste devant elle et effraya la femme qui poussa un petit cri de frayeur.

« Excuse-moi, je t’ai fait peur. Sincèrement désolé… »

Elle regarda le personnage d’un air méfiant. Il s’agissait d’un homme entre deux âges, à la fois jeune et vieux. A vrai dire on ne saurait même pas lui donner un âge.

« Tu n’es pas rétablie, je t’ai retrouvé agonisante près de chez moi. Tu étais vraiment mal en point. Tu aurais pu mourir. Comment t’appelle tu ? »

La jeune femme hésita, et fouilla dans les tréfonds de sa mémoire. Elle ne savait plus comment elle s’appelait et sa tête, à force de réfléchir, lui faisait affreusement mal.

« Je… je ne sais plus… » répondit elle, finalement.

L’homme éclata de rire.

« Une crise d’amnésie ! Je me disais aussi, ta blessure à la tête ne pouvait que te causer la perte de ta mémoire ! »

Elle resta à ne rien dire, et son interlocuteur reprit :

« En attendant que tu la recouvres, permets moi de te donner un nom. Que dirais-tu de Laya ?

-D’accord… se contenta de répondre la blessée.

-Je m’appelle Elio, mais je vais essayer de ne pas te fourrer trop de choses dans la tête… Tu pourras rester le temps que tu guérisses d’accord ? »

Elle acquiesça, un peu dépassée. Elle ne savait plus qui elle était, mais en plus elle ne se rappelait plus ce qui s’était déroulé avant qu’elle ne devienne… amnésique comme disait cet homme. Ses souvenirs étaient flous, et elle n’était pas en état de réfléchir. Son estomac grogna pour approuver.

« Tu dois avoir faim, sourit son hôte, attends je vais te chercher à manger. »

Elle le laissa partir, et il revint quelques minutes plus tard, un plateau chargé de nourriture.

Il l’installa sur une table basse et prit une fourchette qu’il planta dans un morceau de rôti qu’il présenta à la jeune femme. Celle-ci, ne pouvant pas se servir de ses bras blessés, avala le morceau. Elle eut beaucoup de mal à ingurgiter et eut un haut-le-cœur. Finalement, elle ne voulut plus rien manger.

« Il faut que tu dormes, je te donnerai de quoi te soigner, mais il faudra du temps pour guérir, je le sais, j’ai connu ça… »fit Elio.

La jeune femme sentit soudain la fatigue l’envahir. Elle était épuisée. Elle ferma les paupières.

« Bonne sieste Laya. »

Elle sentit qu’on éteignait les bougies allumées dans la salle, et poussa un petit soupir de contentement, puis elle s’endormit.

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Sheena fut réveillée au milieu de la nuit par Akiko qui était entrée dans sa chambre.

« Quoi ? grogna t-elle.

-Sheena, j’ai entendu du bruit en bas… dit celle-ci, en chuchotant.

-Et alors ?

-C’était des bruits de casseroles qui s’entrechoquaient, je suis allée voir, et je ne suis pas allée plus loin, mais je crois que ce sont des voleurs… »

Sheena se releva sur son lit, les voleurs en cette période, c’était fréquent. Certaines personnes étaient privés de leurs biens et n’avaient d’autre choix que de se servir chez les autres. Elle mit un pied à terre, puis l’autre, et Akiko la pressa de se dépêcher. Finalement, en robe de chambre, les deux jeunes femmes descendirent. Arrivés en bas, Sheena entendit effectivement quelques petits bruits venant de la cuisine, et se dirigea en direction de cette salle. Tout d’abord, elle entrebâilla la porte et jeta un coup d’œil à l’intérieur. La pièce était sombre et il ne semblait y avoir personne. Puis elle l’ouvrit en grand et regarda dans la pièce, fouillant chaque recoin du regard. Enfin, elle en vint à la certitude qu’il n’y avait personne.

« Tu vois, Akiko, tu t’es fait des illusions il n’y a absolument pers… »

Elle n’en dit pas plus. Tout d’abord, elle parlait dans le vide, son amie avait disparu de sa vue, ensuite, une main se plaqua sur sa bouche et l’attira contre un homme de forte corpulence.

« Il faut pas souffler trop vite la brunette ! » répliqua la voix de son agresseur.

Aussitôt, sortirent de leur cachette quatre autres gars, qui ne semblaient pas japonais… Ils étaient blonds, roux, vénitiens ou bruns. Et ils avaient un fort accent américain. L’un deux, le grand brun qui semblait être le chef de la petite bande, prit la parole :

« C’est bon, on l’a ! On l’embarque ! Ah, et on manque pas de remercier notre petite complice, pas vrai Akiko ? »

« Akiko ? » s’alarma Sheena. A ce moment, son amie entra dans la cuisine, et la regarda d’un air moqueur, du genre « je t’ai bien eue ».

« Akiko… C’est une blague n’est ce pas ?

-Non, ma mignonne c’en est pas une, elle est avec nous ! Tiens, voilà ta part ! fit-il, en s’adressant à la jeune fille, en lui lançant une bourse qu’elle saisit au vol.

-Merci… fit-elle, impassible.

-Akiko… » fit Sheena.

Celle-ci se contenta de la regarder d’un air vague, et Sheena comprit avec horreur en voyant la bourse remplie d’argent que celle qu’elle croyait être son amie l’avait vendue.

« Allez, on y va ! A la prochaine, alors ! » fit le grand brun, à Akiko.

Celle-ci sourit, d’un air moqueur et féroce qui ne lui ressemblait pas. Et sans un regard pour Sheena, elle se retourna et sortit de la cuisine.

La jeune femme fut entraînée de force hors de la maison et en direction d’une petite camionnette garée sur un parking proche de la maison. Elle essaya de résister, mais la poigne de son ravisseur était forte, et il était costaud. Mais il était hors de question qu’on la jette comme un vulgaire paquet dans cette camionnette de malheur ! Au cours de sa jeunesse, Sheena avait acquis des capacités de combat et elle était championne de kung-fu, d’aïkido et de taï-chi-chuan, ainsi que de boxe-thaïe. Souplement, elle envoya un coup de pied dans les jambes de son agresseur qui flancha, puis lui donna un autre coup de pied dans le ventre. Son adversaire grogna et s’écroula, un filet de sang s’échappant de sa bouche. Aussitôt, ses camarades vinrent à la rescousse et essayèrent de maîtriser cette petite folle. Ils subirent le même sort. A la fin, il ne resta que deux hommes debout, le grand brun, et un blond vénitien. Celui-ci cracha :

« Mais regardez-moi ça, cette petite tigresse est balèze ma parole ! »

Il émit un long sifflement, et d’autres complices vinrent entourer Sheena. Elle analysa vite fait la situation et eut un petit sourire. Ils n’étaient pas dangereux, ce n’étaient que des gros poids lourds qui ne savaient qu’intimider les gens avec leur tas de muscles. Tranquillement, elle s’avança vers le plus gros d’entre eux et lui donna un coup de poing en pleine figure. Quelques dents volèrent, et les hommes tentèrent d’empoigner la jeune femme. Ils s’emmêlèrent et ne réussirent qu’à se donner des coups de pieds et de poings dans tous les sens, blessant leurs alliés qu’ils avaient pris pour leur proie. Tout ce méli-mélo finit bientôt en véritable bagarre.

« Mais quelle bande de… » jura le chef.

Il ne finit pas sa phrase, le tranchant d’un pied balancé dans le plexus solaire lui coupa le souffle et il finit les fesses par terre, la bouche en sang. Il aperçut l’ombre d’un sourire sur le visage de la jeune femme qui l’avait agressé, et il la vit lui tirer la langue. Et avant qu’il n’ait eu le temps de réagir, la femme avait disparu et il recevait un coup de poing par l’un de ses lieutenants.

Sheena quitta discrètement le champ de bataille, ombre parmi les ombres. Son intervention avait provoqué une belle zizanie et elle en éprouva une indicible fierté. Qu’est-ce que les gens pouvaient être bêtes de temps en temps, mais ces types-là étaient pires !

Elle emprunta une petite ruelle et déboucha dans une autre rue où elle partit en courant. Une chose encore la blessait : la trahison d’Akiko.

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« Que viens-tu faire ici Colette ? »

La jeune fille, entrant dans la chambre de Lloyd, sourit.

« Anto m’a envoyé pour te dire que les bains étaient libres.

-Ah, ils ont quand même de quoi se laver ici ? Ca me rassure. »

Il se leva, et passa devant son amie. Puis brusquement, il mit une main sur l’épaule de Colette. Ce geste la fit tressaillir car elle ne s’y attendait pas.

« Dis-moi, tu leur fait vraiment confiance ? » lui demanda t-il.

La jeune fille le regarda avec hésitation, et bégaya :

« Bi… bien sûr, Anto est gentil et Akim… ça peut aller !

-Si tu le dis… »

Il relâcha l’épaule et sortit de la chambre sans rien dire.

Elle resta un instant immobile, ne sachant que faire, puis finalement, elle fit volte-face et sortit à son tour. Puis elle se rappela qu’Akim aussi prenait un bain. Ca risquait de chauffer. Déjà que la température faisait transpirer…

Elle décida d’aller visiter un peu les lieux. Anto était occupé. Elle ne voulait pas la déranger avec les questions qui la taraudaient.

Elle traversa les longs couloirs de la maison souterraine et regarda derrière chaque porte. Il y avait plus de chambres que d’autres salles. Elle se demanda à quoi elles servaient, étant donné qu’il ne devait pas y avoir beaucoup d’invités, vu la discrétion de l’endroit.

En parlant de discrétion, elle commençait à se sentir de plus en plus en sécurité dans ce « terrier » comme disait Akim et sa grand-mère. Si leurs ravisseurs les poursuivaient toujours, ils ne risquaient pas de les trouver ici. Elle sourit à cette pensée.

Le seul inconvénient, c’est qu’elle était claustrophobe, et prendre un bol d’air ne semblait pas réellement être une bonne idée. Cela l’ennuyait beaucoup.

A force d’avoir la tête ailleurs, elle ne prêtait plus attention à son manège de regarder derrière chaque porte. Et ce couloir n’en finissait pas. Puis, alors qu’elle se préparait à faire demi-tour, sa main prit la poignée d’une porte qu’elle eut beau pousser, ne s’ouvrait pas. « Tiens, c’est fermé à clé! » pensa t-elle.

Elle haussa les épaules. Elle verrait ça plus tard. Elle en parlerait à Anto.

Elle lâcha la poignée et revint sur ses pas. Et lorsqu’elle arriva dans le couloir des chambres, elle croisa aussi Lloyd et Akim qui bavardaient d’un ton enjoué. Mais lorsqu’ils la virent, ils se turent et regardèrent chacun de leur côté. « Fierté de félins ! » sourit Colette, et elle fit comme si elle n’avait pas remarqué.

Lorsqu’elle entra dans la cuisine, Anto avait fini de travailler et était assise tranquillement sur une chaise, à méditer. « Eh bien, se dit la jeune fille surprise, c’est quelque chose que je n’avais pas encore remarqué chez elle ! »

Elle s’assit discrètement à côté de la grande femme et attendit. Elle n’eut pas à s’impatienter longtemps, Anto émit une dernière parole inaudible et ouvrit les yeux. Lorsqu’elle vit Colette, elle sourit. Après un court silence, l’adolescente se risqua à demander :

« Vous étiez en train de prier ? »

La femme, sourit, amusée par la question.

« Oui… J’étais en train d’adresser une prière à la déesse Martel. »

La jeune fille, étonnée, balbutia :

« Martel… C’est une divinité arabe ? »

Cette fois, Anto regarda la fille comme si c’était une extra-terrestre (ce qui est un peu le cas dans son monde c’est vrai !^^), et murmura :

« Tu ne m’as pas dit grand-chose sur toi, d’où viens-tu ?

-Eh bien, l’Angleterre, pourquoi donc ?

-Je n’ai jamais entendu parler de ce pays… »

Colette, à son tour, se dit qu’Anto était folle elle aussi. L’Angleterre était l’une des puissances mondiales les plus connues au monde, personne ne pouvait l’ignorer. Puis une pensée fugitive traversa sa tête, et la fit frissonner de la tête aux pieds. Elle se rappelait les paroles de l’homme aux cheveux bleus. Il avait dit « Vous êtes passé d’un monde à l’autre par l’intermédiaire de… » De quoi déjà ? De la porte d’outre monde, c’était cela.

« Mais dis-moi, Anto… Où nous trouvons-nous en ce moment même ?

-A Triet, dans le désert, sur Sylvah’ alla, le monde réunifié par l’élue du mana et ses compagnons de périple… »

La jeune fille avala difficilement ces paroles, ainsi donc, ce que cet homme avait dit était vrai ! 

« Maintenant, je me souviens, je sais comment s’appelle l’élue. Elle se nomme… » s’exclama soudain Anto.

Elle n’avait pas terminé sa phrase que Colette quittait la pièce précipitamment, pour ne pas dire en courant.

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« Déjà, pour les recherches, c’est mal parti ! »

Génis, en sueur, s’assit sur le sable brûlant, et se releva précipitamment, car les reflets du soleil irradiant sur le sable lui avaient brûlé les fesses.

« Et on ne pourra jamais s’asseoir sans recevoir un coup de chaud vraiment !

-Et ce désert est diablement grand ! s’exclama Zélos, Cela prendrait des années pour fouiller tout le site !

-Tais-toi et fais attention où tu mets les pieds ! répliqua Raine, qui venait d’éviter un trou creusé dans le sable. »

L’ex-élu grommela et se tut, concentrant son regard sur le sol, au grand contentement des deux demi elfes.

Le seul problème était de savoir par où commencer. Sur le coup, Zélos n’avait pas tort, Triet était plus grande qu’on ne l’imaginait. Et ce soleil trop chaud…

Génis s’arrêta pour ressentir les vibrations de mana. Elles étaient plus faibles, mais quelque part d’autre, le mana avait trouvé refuge, et c’était inquiétant.

Et pourtant, il y avait cette énergie si familière qu’il ressentait, mais il enrageait, car il avait beau cherché, elle ne lui disait rien. Cela ne l’avançait pas beaucoup.

Raine aussi était désespérée, c’était un lourd défi de passer tout le désert au peigne fin. Ils allaient perdre beaucoup trop de temps, surtout si la vie des autres en dépendait !

De nouveau cette vision, cette fois, c’était sur la plage, des gens en train de jouer au jeu de la pastèque, des filles en train de glousser à l’approche de maîtres nageurs, des petits enfants en train de faire des châteaux de sable ou de sauter dans les vagues. La vision disparut aussi instantanément qu’elle était venue, et Raine commença alors à réellement douter. Etait-ce vraiment là qu’il fallait chercher ?  Pour la première fois, elle ne maîtrisait plus la situation.

« Qu’avait dit Mithos déjà ? demanda t-elle à son frère.

-Eh bien… que le mana avait laissé passer quelque chose d’étranger à ce monde, et que c’est à cause de cela que Lloyd et Colette sont tous les deux malades ! remémora Génis.

-Il n’a rien dit d’autre ?

-Je ne sais pas…

-Tout ceci est lié, et trop compliqué, je ne vois vraiment pas par quoi commencer ! fit Zélos, en tapant du pied par terre.

-A l’instant, j’ai eu une sorte de vision à Altamira... Fit le professeur.

-Et alors ? Quel rapport ça a ? demandèrent les deux garçons.

-Non rien… » soupira t-elle.

Ils cherchèrent presque toute la journée, à la recherche d’indices, mais rien… Finalement, toujours guère avancés, ils montèrent le camp pour la nuit, qui était rafraîchissante. Inutile de retourner à Triet, ce serait une perte de temps et d’argent pour l’auberge.

Les autres ne tardèrent pas à s’endormir, seul Zélos restait éveillé, il n’avait pas sommeil. Son seul souci, c’était elle. Il allait devenir obsédé s’il continuait ! se dit-il en souriant. Mais bon, on n’allait pas lui reprocher de s’inquiéter pour quelqu’un d’autre. Mais il se sentait horriblement faible, et désarmé. Et cela, il ne le supportait pas. Le pire, c’est qu’il ne s’inquiéterait pas autant pour les autres s’il leur était arrivé quelque chose que pour elle. Il  voulait chasser ce sentiment de manque qui le torturait. Mais c’était vain, il devait faire avec. Il se retourna sous ses couvertures et ferma les yeux, essayant d’apaiser son esprit.

Dans son sommeil, Génis sentit quelque chose lui frôler la main, mais ses paupières étaient trop lourdes pour qu’il puisse les ouvrir et voir ce que c’était.

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Lloyd monta dans la chambre de Colette, après avoir dit bonjour à Phaidra, assise dans un fauteuil, et se laissa tomber avec soulagement sur le lit voisin. Le trajet de chez Dirk à Isélia avait été un enfer. Il s’étira les membres, et se sentit un peu calme. Ce n’était pas le cas pour Colette. Elle était agitée et se tenait la tête entre les mains. Enfin, lorsqu’elle dévoila son visage, c’était pour le montrer larmoyant.

« Colette ! Tu vas bien ? demanda t-il, inquiet.

-Ou… oui, je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis soudainement mise à pleurer et j’ai eu un mal de tête horriblement douloureux.

-Un des effets de la maladie… En parlant de cela, Colette, tu ne sentirais pas quelque chose d’anormal ?

-Si, depuis quelques temps, une énergie familière, j’ai cru la reconnaître entre mille ! Il s’agissait… de la mienne.

-Ce n’est pas possible !

-C’est ce que je me suis dit aussi, mais c’était trop familier…

-Hum…

-Et il y a cette chose… C’est comme si on me contrôlait comme une marionnette ! Par exemple, cette crise de larmes que j’ai eu à l’instant, elle n’était pas dû au hasard, là en ce moment je ressens un combat terrible en moi, quelque chose qui s’acharne… Non, c’est trop dur à expliquer !

-Tu réfléchis trop, Colette, tu dois te reposer !

-Avec toi, c’est le cas de le dire, plaisanta t-elle, tu ne réfléchis pas beaucoup, seulement quand cela t’arrange ! »

Une petite gifle de Lloyd forte mais pas trop douloureuse gentiment lancée sur sa joue la fit pouffer.

« Allez, maintenant, au dodo ! » fit le garçon.

Quelques temps plus tard, Lloyd rentra chez lui. Etrangement, il n’avait presque plus mal.

________________________________

Petit gag- Extrait de texte :

Yuan savait que les deux demi elfes et l’ex-élu du monde prospère étaient ici, il l’avait senti.

Yuan (qui travaillait sur une pile de dossiers, lève soudain la tête) : Snif, snif, tiens ça sent une drôle d’odeur, on dirait du mana, ça sent les demi elfes et l’élu de Tésséh’alla !

Voix off : C’est pas dans ce sens là abruti !

Note : C’est un gag complètement stupide de ma sœur mais je me suis dit que ça pouvait faire le coup !

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Posté par _martel_ à 20:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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15 février 2009

Chapitre 10: Solitude - par Alienor

Lorsque Génis se réveilla, c’était pour se retrouver nez à museau avec un drôle d’animal. D’abord un peu surpris au début, il resta coi, enfin il se releva brusquement sur sa couche.

Ce mouvement fit reculer la petite bête qui recula en montrant les dents. Des dents aiguisées comme des couteaux.

« Mais que fais-tu là toi ? » demanda t-il, fixant l’animal avec des yeux ronds.

Il s’agissait en quelque sorte d’un petit fennec, vu la taille de ses oreilles, et il avait un petit corps, ainsi qu’un fin museau et une grande gueule édentée.

L’animal, méfiant mais curieux, hésita avant de s’approcher prudemment du jeune demi elfe. Génis ne réagit pas lorsqu’il lui renifla le bras, mais sursauta lorsque les petites dents s’enfoncèrent dans la chair.

« Aïe ! Doucement tu m’as fait mal ! Et puis je ne suis pas mangeable d’abord ! »

Il regarda son bras, hébété, où s’étalait une profonde morsure. Des petites gouttelettes de sang jaillirent des petites entailles et coulèrent le long de son bras. Le fennec, quant à lui, couinait.

« Et qu’est-ce que c’est censé dire ? lui demanda t-il.

-Il y a un problème Génis ? »

Le garçon sursauta et se retourna. Raine le scruta de ses yeux gris clairs. Ce fut lorsqu’elle vit la blessure sanglante au bras de son frère qu’elle s’exclama :

« Mais que t’es tu donc fait ? »

Elle prit le poignet de l’adolescent et se prépara à utiliser un sort de guérison, puis elle aperçut le petit animal qui couinait toujours.

« Peux-tu me dire ce que c’est que ça ?

-Je ne sais pas ! Il était là lorsque je me suis réveillé et il m’a mordu ! »

Comme pour approuver les paroles de Génis, le fennec sautilla puis se précipita vers le garçon. Il grimpa le long des jambes du jeune demi elfe et se percha sur son épaule gauche, où il mordilla l’oreille.

« Aïe ! Tu vois, il recommence !

-Attends un peu… murmura Raine.

Elle regarda l’animal, et dit :

« Je n’ai jamais vu ce genre de bête là dans le coin !

-Ah bon ? Ca ressemble à un fennec pourtant…

-Fais confiance à mon instinct. Je connais exactement chaque espèce et son mode de vie, mais cet animal ne fait partie d’aucune race que je connaisse.

-Ou bien c’est un bâtard ! Un croisement entre deux races !

-Rien à voir non plus.

-Ben alors c’est quoi ?

-Justement ! Je n’en ai aucune idée !

-Qu’y a-t-il ? »

Zélos les rejoint en baillant, et regarda l’animal. Son visage se crispa en une petite grimace.

« Ben tiens ! Et qui est-ce qui disait qu’on cherchait trop la petite bête ?

-Très drôle le jeu de mots Zélos ! railla Génis.

-Oui bon, c’est quoi ce truc ? »

Comme s’il avait compris le sens de ses paroles, le fennec grogna et montra les dents.

« Houla ! fit Zélos, en sursautant. Il en a des belles dites donc !

-La preuve, il m’a mordu. Approuva le jeune garçon.

-Je vais faire des recherches sur ce genre de race. C’est peut-être une race rare en voix de disparition ! »

Raine était excitée. Depuis des mois qu’elle voyageait dans le monde, elle avait tout vu, tout étudié. Maintenant, elle s’ennuyait ferme, car plus rien n’avait de secret pour elle. Ce genre de découverte lui remonta le moral. Elle avait de petites étoiles dans les yeux.

« Après la passion des ruines, c’est celle des animaux… soupira son frère.

-On abandonne les recherches alors ? »

Comme si une mouche l’avait piqué, le professeur se retourna brusquement vers l’ex-élu.

« Hors de question ! On se remet au travail et plus vite que ça ! »

Le petit animal poussa de nouveau un couinement, puis détala.

« Eh, il s’en va ! » cria Génis.

Mais c’était de toute façon inutile de rattraper le fennec, il courait vite et eut tôt fait de disparaître sous terre en creusant le sol de ses griffes.

Les trois compagnons regardèrent un long moment l’endroit où l’animal avait disparu.

Puis Zélos dit :

« Bah de toute façon ce n’était qu’une bête du désert. Elle est sauvage. Il fallait bien qu’elle parte d’un moment à l’autre !

-C’est dommage, j’aurais voulu étudier cette créature…

- Tu dis que c’est une espèce en voix de disparition et tu comptes disséquer un spécimen très rare ? Tu as parfois de ces idées…

-Je n’ai jamais dit cela idiot ! se rebiffa la jeune femme.

-Cela vous dérange peut-être mais tant qu’on y est il faudrait continuer les recherches ! »fit remarquer Zélos. 

Raine, qui se préparait à gifler son frère, se reprit et dit :

« Bien sûr, tu as raison ! Allons-y ! Au boulot ! »

Les deux garçons soupirèrent, mais ne tardèrent pas à se remettre à l’ouvrage.

 

-----------------------------------------------

Au même moment, Colette ouvrit un œil. Elle s’était endormie sans s’en rendre compte. Ses yeux étaient rouges, signe d’une crise de larmes passagère. C’était un bruit qui l’avait réveillé.

A ce moment, elle entendit un grattement au dessus de sa tête, et un petit morceau de plafond tomba. Une patte griffue apparut.

Elle écarquilla les yeux lorsqu’elle vit le corps d’un animal de petite taille sortir de la fissure laissée dans le plafond. La petite bête tomba sur le lit. Elle avait de grandes oreilles et un pelage qui devait être soyeux au toucher.

La bête en question la vit et grogna en montrant les dents, prêt à se jeter sur cette intruse qu’il n’avait jamais vue.

«Arden ! » cria soudain quelqu’un en entrant dans la chambre.

L’animal couina de plaisir en apercevant un visage familier. Il se précipita dans les bras d’Akim. Celui-ci lui souffla des mots doux.

« Ne t’en fais pas… Ce n’est pas une méchante. Qu’as-tu fais durant tout ce temps ? Où étais-tu passé ? »

Colette mit fin aux retrouvailles en demandant, timidement :

« Peux-tu me dire ce qui se passe ? »

Il leva les yeux vers elle, comme s’il venait à peine de la remarquer.

« Ah, tu étais là ? Ah c’est vrai que cette chambre est la préférée d’Arden. C’est toujours par là qu’il entre pour pénétrer dans le terrier. Il suffit de voir le nombre de trous qu’on a eu du mal à reboucher au plafond… »

Elle leva la tête. Effectivement, il y avait beaucoup de taches blanches et de petites fissures dans le plafond. Son regard revint vers le garçon et l’animal. L’animal, qui se faisait appeler Arden, mordillait l’oreille de son maître.

« Comment ? fit le garçon, tu as quelque chose à me dire ? Attends… »

Sans un regard pour Colette, il tourna le dos et s’en alla.

La jeune fille, un peu étonnée, se leva. Elle voulait faire un tour. Elle n’avait pas le cœur d’aller voir Anto et tout lui expliquer. Elle était trop fatiguée pour cela.

Elle sortit de sa chambre comme une somnambule, en défroissant sa toilette. Puis elle prit le chemin de la série de couloirs. La porte fermée, elle venait de s’en souvenir. Peut-être la vieille dame en saurait-elle quelque chose sur cette porte ? Elle haussa les épaules. Que de mystères pour une simple porte fermée !

Une main sur son épaule la fit sursauter. Elle se retourna. Lloyd lui faisait face.

« Ca va ? lui demanda t-il, c’est quoi cette mine d’enterrement ? Tu as les yeux rouges… »

Elle jeta un vague coup d’œil sur les habits de son ami. Lui aussi était habillé à la manière arabe, un pantalon bouffant et une sorte de petit gilet. Comme dans les contes des mille et une nuit.

« Ah, heu… » balbutia t-elle.

Soudain, elle fondit en larmes.

« Houla ! Ca ne va vraiment pas ! Il faut aller te coucher !

-Lloyd… dit-elle, entre deux sanglots.

-Quoi ? lui demanda t-il en la forçant à regagner sa chambre.

-Tu te souviens des paroles de cet homme, l’autre jour…

-Oui, et alors ?

-Eh bien… Je pense que ce qu’il a dit est vrai… »

Il la lâcha brusquement.

« Attends… Tu rigoles ? C’était un fou, rien de plus ! On ne peut pas…

-Anto m’a dit que nous nous trouvons actuellement dans le désert de Triet, dans un monde appelé Sylvah’alla ! Crois-tu que ce soit un nom connu en Angleterre ?

-Elle n’a raconté que des bobards ! Ou c’est un endroit reculé sur Terre, ou c’est un coup monté, on a le choix entre ces deux solutions !

-Mais…

-Tais-toi, tu m’énerves à croire n’importe quoi ! »

Elle baissa la tête, et Lloyd comprit qu’il l’avait blessée.

« Ecoute Colette, ce n’est pas que je ne crois pas ce que tu dis, mais tout ceci est réellement invraisemblable !

-J’ai parlé à Anto, tout à l’heure. Elle priait, mais pas n’importe qui. Elle a dit qu’elle priait une certaine déesse Martel…

-Et alors ? C’est peut-être une divinité arabe, rien de plus.

-C’est ce que j’ai demandé, et elle m’a regardé avec des yeux ronds, et elle m’a demandé d’où je venais. »

Lloyd soupira.

« Je ne comprends rien à ton charabia, va te reposer, tu as besoin de te remettre les idées en place. »

Il la raccompagna dans sa chambre et referma la porte derrière elle.

Une fois seule, Colette s’écroula sur le lit. Visiblement, son ami ne la croyait pas. Il ne restait plus qu’à aller voir Anto et tout lui dire. Elle donnerait son avis ensuite. Epuisée, elle ferma les yeux et s’endormit de nouveau.

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Préséa atterrit à l’ombre d’un arbre, proche de sa maison, et sortit de son ptéroplan. Après avoir posé le pied à terre, elle marcha vers sa maison. Depuis quelques mois, elle vivait seule, mais faisait appel à des bénévoles pour restaurer le village. Mais elle avait aussi profité des travaux pour refaire sa maison. Maintenant, celle-ci était plus guillerette. Rien à voir avec le taudis qu’elle avait vu de ses propres yeux, il y a peu. Elle avait tout nettoyé de fond en comble durant les moments où elle ne travaillait pas. Aujourd’hui, les meubles étaient neufs, les murs étaient repeints et le sol tapissé. Elle était fière de son intérieur. « C’est père qui aurait été fier ! » se dit-elle, tout sourire. En y pensant, il faudrait qu’elle aille redéposer des fleurs sur la tombe de son géniteur, comme elle le faisait chaque mois.

Mais pour l’instant, elle avait d’autres pensées dans la tête. Elle déposa ses affaires en hâte dans sa chambre et sortit de sa maison pour se diriger vers le chantier. Curieusement, seule sa maison avait échappé à l’incendie qui avait ravagé le village. Elle sourit. Finalement, elle n’était pas la fille la plus malchanceuse du monde.

« Bonjour, dame Préséa ! » l’interpella une voix.

Elle se retourna dans la direction de l’appel, et vit un jeune homme qui lui faisait signe.

« Bonjour Hervé, combien de fois t’ai-je dit de ne pas m’appeler « dame » ? Ai-je l’air si âgée que cela ? »

Le jeune homme se frotta les doigts, manie qu’il avait quand il était embarrassé.

« Excusez moi dame… mademoiselle Préséa, mais étant donné que vous êtes la chef de chantier, il faut bien que je sois poli envers vous !

-Ca ira pour cette fois, et appelle moi Préséa, tout simplement, s’il te plaît, ah, et tutoie-moi, je déteste quand on me parle comme à une noble, je n’ai que douze ans, tu sais, à peine plus âgée que toi !

-D’accord… Préséa ! fit le jeune homme, en rougissant violemment.

-Comment vont les travaux aujourd’hui ? demanda t-elle, amusée.

-Comme les autres jours, c’est-à-dire parfaitement bien.

-Je suis ravie de l’entendre, fit-elle.

-Il reste la toiture de la boutique d’armes, et l’intérieur de l’auberge. Ensuite, pour les bâtiments ce sera tout, il restera le sol du village à daller. Ce sera l’affaire de quelques mois si on s’y met tous ensemble !

-Bon courage alors ! » sourit la jeune fille.

Le jeune homme sourit, saisit un marteau et commença à taper sur une planche qui allait bientôt trouver sa place sur la devanture d’une des boutiques du village.

Préséa continua son chemin, regardant tour à tour les ouvriers qui s’affairaient. Finalement, elle se dit qu’elle pourrait se rendre utile. Elle se dirigea vers des bûcherons, qui la saluèrent en souriant. Elle prit une hache, et trancha le bois d’un seul coup. Elle s’attaqua à une deuxième bûche, mais elle sentit quelque chose de douloureux à la tête. Elle eut le souffle coupé, et sa gorge se serra. C’était comme si on essayait de l’étrangler. Sa vue devint floue, et elle eut juste le temps de voir des gens qui se rassemblaient autour d’elle. Elle tomba à terre, en lâchant la hache, qui se ficha dans la terre. 

« Préséa ! »

Elle ouvrit soudainement les yeux, et vit toutes les personnes qui la regardaient d’un air inquiet. Elle se releva brusquement. Elle était gênée d’avoir attiré l’attention.

« Tu vas bien ? » demanda un ouvrier.

Elle fit un signe apaisant de la main en guise de réponse.

« On a bien cru que tu allais t’évanouir ! Tu es tombée à terre, et peu après tu es debout ! Tu es sûre que tu ne veux pas te reposer ?

-Non, tout va bien, ce n’était qu’un malaise, ne vous inquiétez pas, ce n’est pas demain la veille que je vais mourir ! Pas tant que cette ville n’est pas reconstruite ! » souligna t-elle.

Les gens poussèrent un soupir de soulagement. Ils s’inquiétaient pour une si jeune fille. Il fallait dire qu’en ce moment, plus rien n’était surprenant. Le monde sortait d’un long chaos, et une bonne partie des villes était détruite. On comptait sur tout le monde, même les enfants, pour obtenir du soutien. Alors ici, personne ne contestait d’avoir une adolescente pour chef de chantier.

Chacun se remit à son ouvrage, et Préséa se tracassa. C’était la première fois que ce genre de chose lui arrivait. Mais ça paraissait si réel, comme si elle avait réellement l’impression qu’on lui avait donné un coup de tisonnier sur la tête, et elle avait senti des mains sur son cou. Non, se dit-elle, elle avait des hallucinations. Ou bien elle en parlerait à Régal. En dehors de sa profession de directeur, il était aussi un excellent psychologue, sourit t-elle. Elle aurait été sûre que cela lui aurait plu, si elle le lui avait dit. Toujours à ses pensées, elle se remit au travail.

---------------------------------------------

Sheena traînait des pieds sur le gravier. Il était six heures du matin. L’heure japonaise. Il faisait frais ce matin-là et Sheena tentait de se réchauffer du mieux qu’elle pouvait. Elle n’avait que sa robe de nuit et sa robe de chambre sur elle. Elle n’avait plus de toit, plus d’affaires et surtout, plus de famille! Elle était encore sous le choc de la trahison d’Akiko, et elle serra le poing à cette pensée. Un jour, celle qui s’était dite « son amie » l’entendrait. Depuis une année et demie qu’elles partageaient la même maison, toutes deux sans famille, morte dans quelques accidents, la jeune femme n’en revenait pas. Quelle mouche avait donc piquée son amie pour qu’elle se conduise ainsi ? Etait-ce pour l’argent ? Non, elle n’osait pas y croire. Juste pour de l’argent, son amie avait voulu se débarrasser d’elle ! Sheena avait du mal à envisager cette perspective.

Encore bouillante, elle alla s’asseoir sur le banc le plus proche. Mais lorsqu’elle vit les matinaux et les nocturnes la regarder avec des yeux écarquillés en louchant sur la façon dont elle était habillée, elle rougit et se releva aussitôt pour partir dans un endroit plus discret, où personne ne la verrait. Là, elle ferait le point.

Premièrement, trouver des vêtements un peu plus corrects, c’était déjà un problème car elle n’avait pas d’argent pour s’en acheter, et pour s’en dénicher il allait falloir prendre du temps. Elle était déjà bien découragée, maintenant !

Le jour pointait un petit peu et le ciel passait du bleu sombre à l’orangé.

« Bon… Pour commencer, trouver à manger ! » soupira la jeune femme.

Ca n’allait pas être très simple.

Elle pointa le nez hors de l’endroit où elle était assise, et aperçut une vieille femme qui contemplait le soleil levant, installée sur un banc, sans prêter attention à ce qui l’entourait. Auprès d’elle, se trouvait un panier garni d’aliments. Sûrement le résultat de quelques courses nocturnes.

Elle avait faim, mais il lui répugnait de faire ce qu’elle allait exécuter. Profitant de l’inattention de la vieille dame, elle visa le panier et regarda dans tous les coins. Personne. Les gens avaient déserté les lieux plus vite qu’à l’accoutumée. Ca allait lui faciliter la tâche.

Elle s’approcha discrètement du banc, et s’arrêta. Sa victime ne bougeait pas. Ses yeux semblaient contempler le vide. « Une aveugle » comprit Sheena.

Un brusque sentiment de culpabilité s’empara d’elle. Elle allait profiter de la faiblesse de cette femme. Mais elle se reprit bien vite et s’empressa de subtiliser un peu de nourriture à l’insu de la vieille femme. Heureusement, sa bonté prenait le dessus, elle lui laissait presque tout le panier, et elle n’en prenait qu’une infime partie.

Elle regagna son repaire et dévora le fruit de ses courses. Elle était rassasiée. Puis elle regarda en direction de la dame. Elle se levait et s’en allait, le panier à la main, avec une orientation étonnante pour sa condition.

Sheena l’observa longuement jusqu’à ce qu’elle ne la vit plus, puis regarda le banc. Enfin elle se releva. Elle pria en pensée pour la femme aveugle, puis partit.

Elle erra longuement, tentant d’échapper aux regards peu amènes des gens qui la croisaient sur ses habits peu décents. Elle pesta. Si elle avait su !

Elle parvint à trouver des vêtements secs sur un fil à linge. Là encore, elle dut faire un effort pour prendre les habits déjà séchés par le soleil de ce mois d’octobre et à s’habiller avec. Décidément, elle détestait voler !

Quant à ses vêtements de nuit, elle décida de les laisser. Ils étaient un peu salis et mouillés par les gouttelettes de rosée du matin, mais elle se dit, un peu coupable, que cela remplacerait les habits volés aux propriétaires.

Désormais, elle était vêtue d’un kimono sombre et d’une longue jupe qui lui arrivait aux tibias, et elle avait remplacé ses pantoufles sales par des sandales. Elle avait froid aux pieds, mais elle se sentait mieux.

Après tous ces petits délits, Sheena songea à ce qui allait se passer ensuite. Elle n’était pas très optimiste à l’idée de recommencer du jour au lendemain à voler, mais elle n’avait pas le choix. Elle songea à Akiko. Que faisait-elle à cet instant ? Peut-être était-elle en train de dépenser l’argent qu’elle avait illégalement gagné en riant, et peut-être racontait-elle aux voisins des bobards sur sa soudaine disparition ? Ou bien regrettait-elle ce qu’elle avait fait ? Non, se dit la jeune femme, ce qui était fait est fait, Akiko l’avait trahi, rien ne changerait cela. A l’avenir, elle devrait se débrouiller seule.

Elle marchait dans la rue, sans but précis, se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir faire.

----------------------------------------

La pendule sonnait dix heures.

Dans sa chambre, en Angleterre, la grand-mère de Colette priait.

« Seigneur, fais que ma petite-fille s’en sorte… »  se disait elle.

A ce moment, Chloé entra.

« Bonjour Philipa, ça va bien aujourd’hui ? »

La vieille femme acquiesça.

« Je me sens même en pleine forme, la rassura t-elle.

-A la bonne heure », sourit la jeune femme.

Puis le regard de Philipa s’assombrit. Chloé perçut son trouble.

« Vous pensez à elle, n’est-ce pas ? »

La grand-mère acquiesça.

« Ne vous inquiétez pas, dites-vous que le Seigneur veille sur elle…

-Je le crois…

-Je regrette de l’avoir laissé partir sans passeport et sans argent, elle pourrait se faire arrêter, je suis bête.

-Colette est courageuse, sa bonne étoile veille toujours sur elle, j’en suis consciente.

-Mais nous aurions pu l’accompagner jusqu’à Bristol, que fait-elle, en ce moment, sur les routes ? Il y a beaucoup de bandits ces derniers temps ! »

Elle reprit, hésitante :

« Je ne veux pas vous blesser mais… je pense que vous êtes inconsciente de laisser partir le seul membre de votre famille encore en vie à une mort peut-être certaine… »

« Voilà, c’est dit. » pensa t-elle.

« Au contraire, j’ai bonne conscience, je sais que Colette survivra, c’est sa volonté à elle aussi. »dit posément la vieille dame.

La jeune femme se tut. Les deux femmes qu’elle avait rencontré quelques jours plus tôt étaient aussi têtues l’une que l’autre. Mais au fond, elle les admirait pour leur détermination à l’une et à l’autre, même si elles le cachaient derrière un doux visage.

« J’y retourne, reposez-vous encore un peu, avec un peu de chance, dans une semaine, vous serez rétablie, dit-elle, finalement, en se levant.

-D’accord… »

Chloé retourna vers la porte, jeta un dernier regard derrière elle, sourit et sortit. La porte se ferma.

Redevenue seule dans la chambre, Philipa ferma les yeux, et sourit.

« Elle va bien mamie Philipa ? »

Andréa sautillait autour de sa tante. La petite avait désormais l’habitude d’appeler la grand-mère de Colette « mamie » car la vieille dame lui avait témoigné une affection dont elle manquait, l’affection des grands-parents, qu’elle n’avait d’ailleurs jamais connu.

« Oui, dans une semaine elle sera debout et elle pourra venir jouer avec toi. »

La fillette eut une moue de satisfaction, puis elle demanda :

« Et Colette, c’est quand qu’elle revient ? »

La question avait beau demeuré innocente, une lueur de tristesse passa dans le regard de Chloé. Elle s’agenouilla face à sa nièce. Celle-ci comprit qu’elle allait peut-être lui annoncer une mauvaise nouvelle, car quand sa tante se mettait à sa hauteur, c’est un signe de mauvais présage.

« Andréa… commença la jeune femme. Vois-tu, ton oncle et moi-même ne sommes pas sûrs qu’elle rentrera un jour, cela fait plusieurs jours qu’elle est partie maintenant chez une de ses tantes et je crains le pire… »

La petite fille ne semblait pas comprendre. Chloé soupira. Elle était encore trop jeune.

« Mais je suis sûre qu’elle va bien, tenta t-elle de lui faire comprendre, avec un petit sourire, et puis, qui sait, peut-être qu’un jour, elle reviendra nous voir ! Elle ne nous oublie pas tu sais ! »

La fillette se contenta de cette nouvelle, et, un sourire sur ses petites lèvres, elle repartit jouer dans la pièce voisine.

Restée seule, Chloé serra les poings. Elle avait beau s’encourager à se dire que tout s’arrangerait, au fond d’elle-même, elle désespérait.

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23 février 2009

[OS] Tel un souffle de Mana - par Alienor

Donc voici un OS dédicacé tout spécialement pour Akina pour son anniversaire et aussi à tous les fans de Yuan, en espérant que cette petite histoire vous plaise !^^

Bonne lecture !



Yuan se sentait seul. Il avait l’impression d’être abandonné de tout le monde. Certes, il ne le montrait pas, mais depuis plusieurs mois, plus rien ne s’était passé. Heureusement d’ailleurs lui dirait-on, car il y avait eu beaucoup de changements depuis la réunification des deux mondes. Au début, il y avait eu une panique sans nom à cause d’un grand tremblement de terre qui avait bien failli détruire toutes les villes et villages présents dans le monde. La rumeur avait circulé que le mana s’était brutalement mis à recouler à flots et que l’arbre sacré de Kharlan avait été ressuscité. Non, pas ressuscité. Il était né une nouvelle fois. En apprenant cela, certaines personnes n’avaient pas voulu y croire, et d’autres n’avaient pas réagi car jamais encore elles n’avaient entendu parler de cette légende vieille de plusieurs millénaires. Finalement, l’ordre et la paix étaient revenus dans le monde et chacun découvraient ce que sa terre était devenue. Il y avait eu d’énormes changements, et personne encore aujourd’hui n’avait compris ce qui s’était passé. « Peut-être ne comprendront-ils jamais. » sourit Yuan.

La régénération avait opéré, et il n’avait plus de soucis à se faire désormais.

Seulement, il était triste. Peut-être était-ce à cause de la mort de son ami et bras droit Botta ? Où bien l’absence de Kratos ? Sûrement.

Il continuait de diriger ses renégats, mais le peu d’activité du moment les rendait inutiles. Finalement, Yuan se demandait s’il ne devait pas dissoudre cette organisation. Même s’ils lui avaient été fidèles pendant de nombreuses années, étant tous prêts à se sacrifier pour le succès de leur entreprise, c'est-à-dire empêcher la résurrection de Martel par Mithos, ils ne pouvaient plus vivre en captivité. Ils avaient tous besoin de redécouvrir le monde extérieur, et de répandre la nouvelle de la résurrection de la déesse et de l’arbre sacré. Ce serait leur dernière mission.

Quant à lui, il avait peur de dire ça, mais il avait vécu trop longtemps dans ce monde. Il avait vu trop de choses, et maintenant, il le savait, la vie devrait continuer sans lui. Pourtant, il avait tant de choses à faire qu’il avait l’impression de ne pas avoir fini.

Il secoua la tête. Non ! Ce qui était fait est fait, il avait rempli son devoir, il avait laissé une trace de son passage sur cette terre, qu’il avait vu changer en quelques millénaires. Il était le seul des héros de la guerre de Kharlan à être encore vivant sur ce monde, qui, il l’espérait, connaîtrait des siècles de paix, peut-être pour l’éternité. Et pour cause, Mithos était parti en paix, son âme tourmentée avait été libérée, Kratos avait coupé tout lien avec le monde en partant pour toujours avec Derris-Kharlan, laissant à son fils le soin de veiller sur le nouveau monde, et enfin, Martel… Il laissa ce nom si cher à ses oreilles retentir dans ses pensées. Martel… Quel délice de s’entendre prononcer ce nom. Martel était la protectrice de l’arbre de Kharlan, et la déesse qui veillait sur la terre nouvelle. Elle, elle s’était réincarné en la déesse. Mais la véritable Martel, celle qui les avait accompagné durant leur propre périple, avec leurs deux compagnons, la sœur de Mithos, celle qu’il avait aimé plus qu’il ne voulait se le dire, reposait en paix, et faisait partie des âmes en la déesse et l’arbre sacré, c’était ce que Lloyd, le fils de son meilleur ami Kratos, avait rapporté avec Colette Brunel, la douce jeune fille blonde, qui lui avait à un moment rappelé Martel. Mais toutes les deux, mêmes si elles se ressemblaient à bien des égards, ne faisaient pas partie de la même époque. La petite aurait pu naître sans obtenir le titre d’élue, être tenue à l’écart et espérer la réussite d’un élu autre qu’elle, mais l’histoire se serait alors répétée, et cela, il ne l’avait jamais souhaité. « Et dire que si elles étaient nées à la même époque, elles auraient sûrement le même âge. » se dit Yuan.

Enfin, au bout d’un moment, il se leva, émergeant de ses pensées. Sa longue cape se souleva légèrement lorsqu’il la rabattit sur son dos. Maintenant, il surplombait la montagne d’Hima, où il avait une très belle vue de l’arbre géant. « Yggdrassil » pensa t-il. Il sourit. Lloyd avait eu une idée très originale en donnant à cet arbre le nom du héros Mithos. C’était en quelque sorte un hommage qui lui était rendu. Un honneur même.

Même s’il s’était promis de ne plus jamais les utiliser, Yuan déploya ses ailes bleutées et s’envola. « Une dernière fois » se dit-il.

Certes, l’arbre semblait à la fois proche et lointain, mais Yuan pourrait facilement parcourir un court chemin à vol d’oiseau. S’il avait utilisé la voie normale, celle de la terre, cela lui aurait pris une bonne semaine.

Enfin, lorsqu’il fut arrivé, il se déposa et fit disparaître ses ailes. Devant lui, là où s’était tenu autrefois la tour du Salut, se dressait une plante magnifique, source de toute vie sur terre, qui reprenait ses droits sur le monde. Oui, c’était vrai, ce n’était encore qu’une jeune pousse qui renaissait et grandissait lentement mais sûrement, avait dit la déesse par l’intermédiaire de Lloyd, mais il en restait impressionnant.

Lentement, il s’approcha, et lorsqu’il fut suffisamment prêt de l’arbre, il effleura son tronc avec respect, puis embrassa son écorce, manière à lui de le remercier pour tout ce qu’il faisait, mais aussi de faire signe à Martel. A jamais et pour toujours, il restait lié à elle, mais lui plus que Mithos ou Kratos. D’accord, Mithos était le frère de la déesse, il avait une place dans le cœur de celle qui avait été autrefois une superbe jeune fille aimante et sympathique, mais Yuan en occupait aussi une grande partie, et il était persuadé que Martel se souvenait de lui, et peut-être même l’aimait encore, qui sait ?

En silence, il s’agenouilla et fit offrande d’une partie de son mana pour aider la plante à s’épanouir. Les racines à côté de lui tressaillirent légèrement, comme pour lui faire signe de leur reconnaissance. Il resta ainsi prostré. Quelques minutes s’écoulèrent, puis il sortit de sa transe et se décida à partir. Alors qu’il s’éloignait, il se retourna et jeta un dernier regard sur ce spectacle grandiose. Il sourit, puis fit apparaître ses ailes d’ange.

Au moment de partir, un souffle le retint soudainement. Il crut avoir rêvé, mais le souffle passa de nouveau, comme si quelqu’un respirait tout près de lui. Et puis, cette haleine pure, le contact qu’elle avait sur sa peau, il s’en souviendrait toujours, comme il s’en était toujours souvenu. Le contact léger d’une main sur sa joue le fit tressaillir, puis un courant d’air passa à travers lui, et plus rien.

Pendant un moment, il resta immobile, se demandant s’il avait réellement vécu cette scène, puis un sourire s’esquissa sur son visage, et en un souffle, il prononça un nom, un seul :

« Martel… »

Il ferma les yeux et joignit les mains sur son cœur.

 

 

 

FIN


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27 août 2009

Chapitre 11: Légende - par Alienor

« Grand-mère… »

Colette serra sa montre contre sa poitrine. Celle-ci avait arrêté de disjoncter, mais elle ne fonctionnait plus. « Que dirait-elle si elle apprenait cela ? » se demandait la jeune fille.

Allongée sur son lit, Colette laissait divaguer ses pensées. Elle pensait à Andréa, Chloé et Pierre, tous ceux, même si elle ne les avait vu que le temps d’un après-midi, avec qui elle avait noué une douce affection. En espérant qu’ils aillent bien, ainsi que sa grand-mère.

Elle eut un petit rire. Ils devaient penser qu’elle errait seule sur la route de Bristol, sous la pluie et tentant de se protéger du mieux qu’elle pouvait, mais en réalité, elle était en train de se prélasser dans une maison construite sous terre et douillette. « Je leur donne du souci pour rien, » se dit-elle.

Elle se sentit aussitôt coupable. Là-bas, en Angleterre, ils luttaient contre la famine et vivaient à moitié dans la misère alors qu’ici, on était à l’abri du besoin, et elle ne faisait quasiment rien, à part pleurer, ce qui ne résoudrait rien à la situation.

Et le pire, elle en était maintenant certaine, c’est qu’elle avait basculé dans un monde totalement étranger, où les habitants étaient en quelque sorte liés à ceux de la Terre. « C’est un concept très étrange » se disait Colette. Mais ce qui était amusant, c’était le fait d’avoir un double dans ce monde-ci. Elle se demandait ce qui se passerait si elle rencontrait cette autre Colette. C’était très excitant d’y penser. Par contre, ce qui était moins amusant, c’était qu’elle allait faire mourir sa jumelle si elle continuait de se promener dans ce monde. La question était : comment rentrer chez elle ?

Elle décida de sortir un peu, ses larmes avaient séché et ses yeux n’étaient plus rougis. Elle prit son courage à deux mains et se promit d’aller voir Anto.

Elle sortit de sa chambre, et referma la porte. Puis elle longea le couloir et monta les escaliers. Etant donné qu’on est sous terre, vous ferais-je remarquer, j’ai décidé de mettre les chambres à un étage au dessous du rez-de-chaussée. Elle déboucha dans le salon, puis partit vers la cuisine. Arrivée devant la porte, elle respira un bon coup, puis leva une main tremblante vers la poignée.

« Tu t’es bien reposée Colette ? »

Elle sursauta en entendant une voix derrière elle, et se retourna brusquement, sur la défensive. Elle fut stupéfaite de voir Anto.

« Eh bien, sourit celle-ci, tu es si surprise que ça ? Tu croyais que j’étais là c’est ça, dit-elle, en indiquant la porte. Mais tu sais, je ne vais pas passer éternellement ma vie dans la cuisine. Il arrive quelquefois que je sois ailleurs ! »

Colette se détendit quelque peu. Mais elle restait contractée.

« Viens te détendre un peu, ma fille. »

La jeune fille la suivit.

Pendant un moment, elles ne dirent rien. A la grande surprise de l’adolescente, Anto ne cherchait pas à faire la conversation. Mais en même temps, cela la soulageait.

Au bout d’un moment, Colette n’en pût plus, elle voulait tout dire.

« Ecoutez, Anto… commença t-elle.

-Je t’écoute, » l’encouragea la femme.

Elle respira un grand coup.

« Ecoutez, au sujet de tout ce que vous avez appris… Je m’excuse…

-Je ne vois pas pourquoi tu t’excuserais. »

Encore une fois, la grand-mère d’Akim la surprit.

« Ah… Euh…

-Continue.

-Je dois vous avouer que je n’y comprends pas grand-chose, toutes ces choses, cette histoire de mondes… C’est trop pour moi !

-Et moi, je trouve cela très intéressant. »

Colette regarda Anto avec des yeux ronds.

« Si tu es ici, c’est que c’est un signe du ciel, continua la vieille femme, avec des étoiles dans les yeux, toi et ton ami, vous prouvez qu’il existe un monde autre que Sylvah’alla, et de surcroît semblable au nôtre ! »

Elle regarda la jeune fille avec admiration.

« Que diraient les scientifiques de Sybak et de Meltokio s’ils apprenaient cela !

-Sybak, Meltokio ?

-Des villes dans notre monde, très importantes, ce sont d’ailleurs deux des plus puissantes, Meltokio est le siège de l’empire de Sylvah’alla. C’est là que résident le roi et ses proches. Tandis que Sybak est un campus universitaire où les archives sont classées dans une bibliothèque. Les habitants du monde de Sylvarant d’autrefois s’y pressent car la technologie de l’ancien monde de Tésséh’alla est toute nouvelle pour eux. Il faut dire que d’après les gens de la cour de Meltokio, on est des « arriérés » !

-Et vous, à quel monde apparteniez-vous autrefois ?

-Sylvarant, le monde des paysans, comme le disent si bien les gens de Tésséh’alla. »

Il y avait une note de sarcasme dans sa voix.

« Triet faisait d’ailleurs partie de ce monde. J’y ai toujours vécu. »

Par contre, ce que Colette avait du mal à comprendre, c’était ça :

« Comment cela se fait-il que ces deux mondes soient « réunis », comment peut-on réunir des mondes séparés ? »

Anto soupira.

« C’est une bien longue histoire, il faudrait s’informer près des élus de la grande régénération, ils ont marqué la légende. Leurs noms sont célèbres, ils se nommaient Raine et Génis Sage, Zélos Wilder, élu de Tésséh’alla, Préséa Combatir, Régal Bryant, Sheena Fujibayashi de Mizuho, Lloyd Irving et Colette Brunel, élue de Sylvarant. »

Colette tiqua en entendant son propre nom parmi cette liste.

« Attendez, s’alarma t-elle, se pourrait-il que… »

Anto la fit taire d’un doigt sur la bouche.

« Chut, souffla t-elle, garde cela pour toi. »

Colette ne dit plus rien, et la femme poursuivit :

« Il y a un autre nom, mais il demeure dans l’ombre, il a figuré dans une autre légende, plus ancienne, mais qui s’efface peu à peu… Mais je ne peux pas tout te dire en un instant, je préfère te préserver la vérité. Maintenant, laisse-moi te narrer l’histoire des deux mondes de Tésséh’alla et Sylvarant… »

 

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« On arrive à rien ici, rentrons… »

Zélos bougonnait.

« C’est dommage, soupira Raine, moi qui nous croyais si proche du but…

-Faut pas s’en faire Raine, fit Génis, j’imagine que dans cette situation, Lloyd et Colette en sauraient plus que nous.

-Mais ils sont malades ! fit remarquer Zélos, et pas en état de bouger en plus.

-Et Raine et moi, on est quoi dans tout ça ? On aurait bien besoin de se reposer nous aussi d’abord !

-Pour Raine, je serais d’accord pour dire qu’elle n’est pas bien, mais toi, je considère que t’es pas grand-chose dans tout ça !

-Espèce de… éructa le demi elfe, les joues couleurs d’écrevisse.

-Taisez-vous, à la fin ! Vous ne faites que me fatiguer encore plus ! »

Les deux garçons se turent sous le ton autoritaire du professeur.

« Ah, voilà qui est mieux, soupira Raine, satisfaite, encore un peu et je vous en collais une à tous les deux. »

Génis se tendit, en parfait connaisseur des mouvements d’humeur de sa sœur, il savait qu’il devait se tenir à carreau sans protester. Zélos, lui, marmonnait quelque chose.

« Donc, récapitulons : on rentre à Isélia, on raconte ce qui s’est passé à Lloyd et Colette, et on décide ensuite de ce qu’on fera, vous avez compris ?

-Je ne pourrais pas vous accompagner jusqu’à Isélia, je dois retourner à Meltokio pour affaires, ces derniers temps on rencontre quelques petits problèmes au cœur de la cité… fit l’ex-élu.

-Enregistré… Durant tes temps libres, si jamais il y a un problème, débrouille-toi pour nous joindre. Nous, on se débrouille durant ce temps. »

Et sur ces mots, ils se dirigèrent vers leurs ptéroplans, toujours à l’ombre.

  

Derrière un rocher, bien cachée, une silhouette humaine accompagnée d’une petite forme animale avait tout écouté de l’échange.  « Intéressant, très intéressant… » marmonna t-elle.

Et, tel une ombre, elle s’esquiva, de même que l’animal.

 

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Colette était sidérée. Les révélations d’Anto avaient éclairci ses idées confuses. Elle avait été si passionnée par les histoires racontées par la vieille femme, qu’elle n’avait pas vu le temps passer. L’après-midi touchait à sa fin et elle avait pris congé afin de récapituler sa situation initiale. Cette légende de la guerre de Kharlan avait été racontée de façon si funeste qu’elle en avait tremblé. L’histoire du héros Mithos aussi. Ensuite, la narratrice avait enchaîné sur l’arbre sacré de Kharlan, le rôle qu’il jouait dans l’histoire du monde et la façon dont il était mort durant la guerre de Kharlan. Colette était impressionnée. Et dire que durant tout ce temps qu’aura duré cette guerre, des gens avait dû vivre leur vie entière, de leur naissance jusqu’à leur mort, ce conflit horrible dont personne n’expliquait la raison. En même temps, la jeune fille avait fait le rapprochement entre ces légendes de plus de mille ans et celles de la mythologie grecque et Viking. Elle avait tenté de raconter les récits de l’Iliade et l’Odyssée ainsi que les mythes racontés dans son monde mais maintenant, elle les trouvait moins impressionnants, superficiels par rapport aux histoires de ce monde. Et puis, il se pouvait que ces légendes soient fausses, contrairement à celles du monde d’Anto. Celle-ci avait narré ces récits mythiques de façon si réelle qu’elle avait eu l’impression de vivre chaque instant que les héros de ces mythes avaient vécu eux-mêmes.

Enfin, elle en arrivait à ce point : les héros de la régénération. Elle savait désormais qui était son double et celui de Lloyd. Soudain, elle se sentait toute petite. Sa jumelle devait être haute placée dans ce monde-là. Elle était célèbre. Cela l’effrayait. C’était un personnage de légende, de même que le Lloyd Irving de ce monde-ci. Elle comprenait désormais la réaction de la voyante lorsqu’elle avait cru « les » reconnaître. En réalité, c’était leurs « reflets » comme avait dit cet homme aux cheveux bleus maintenant qu’elle s’en souvenait, qu’elle avait pensé voir. Tout s’expliquait maintenant.

Il était l’heure de manger maintenant, l’odeur délicieuse d’un cassoulet lui montait l’eau à la bouche. Tranquillement, elle sortit de sa chambre et monta au rez-de-chaussée.

Lorsqu’elle entra de nouveau dans la cuisine, Akim entra en trombe dans la pièce, accompagné de son « fennec » perché sagement sur son épaule.

« Ben tiens, où étais tu passé ? demanda Anto, tranquillement.

-Oh, j’étais parti me balader … répondit son petit-fils, en s’étirant, c’est fou ce qu’il peut y avoir de choses intéressantes dans ce coin perdu du désert !

-Akim ! » fit la femme, faussement en colère. Mais en vérité, elle ne semblait pas fâchée.

Soudain, l’animal du garçon couina.

« Arden a faim ! s’exclama l’adolescent, en caressant le poil soyeux de son familier.

-Pas si vite, un peu de patience ! »

Colette, en retrait, décida d’intervenir et s’approcha timidement d’Akim.

« Je peux le caresser ? » demanda t-elle, ne fixant Arden.

L’animal grogna en la voyant et se mit en position défensive.

« Je doute qu’il soit d’accord. »dit le garçon, pour toute réponse.

Et sur ces mots, il s’éloigna.

La jeune fille soupira. Décidément, ce garçon était un mystère. Elle se consola en pensant au plat de cassoulet qu’Anto servait dans les assiettes, ou du moins, les coupelles en bois. Lloyd entra à son tour. Il semblait en pleine forme. Lorsqu’il la vit, il lui demanda :

« Tu t’es bien reposée ? »

Mais derrière cette question il y en avait une autre, qui était : « Tu en as fini avec tes idées stupides ? ». Baissant la tête, elle marmonna un vague « oui » et avala une première bouchée du plat. C’était délicieux.

Après le repas, Colette décida de se promener.

Elle désirait revisiter cette maison, qu’elle commençait à considérer un peu comme la sienne, et redécouvrir des endroits inexplorés, même si elle pensait avoir tout vu.

En marchant dans le couloir des chambres, Colette apprécia cette douce sensation de bien-être. C’était sûrement le fait d’avoir parlé avec Anto qui la soulageait. Après la pluie vient le beau temps, s’amusa t’elle à se dire.

« Comme j’aimerais pouvoir te raconter ce qui m’arrive, grand-mère… »

En pensée, elle priait pour qu’il se passe quelque chose qui pourrait l’aider à progresser dans cette aventure.

Elle ne croyait pas si bien dire.

 

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Rébecca et Gilles contemplèrent un moment encore avec émerveillement la ville d’Altamira. À mi-journée, la cité balnéaire était très visitée, et il y avait un monde fou ! Parmi les touristes, ils croisaient des gens luxueusement vêtus à la mode du XVII è siècle, qui les regardaient avec hauteur. Rébecca, qui aimait l’Histoire et ses grands personnages qui l’avaient marqué, nageait en plein bonheur. Elle disait même que c’était le plus beau moment de sa vie et que cela ne pouvait pas être réel, et elle le répétait encore et encore. Gilles, lui, était inquiet, car il n’avait toujours pas compris ce qui leur arrivait et comment ils avaient atterri là. Un mystère à éclaircir. Il était tellement dans ses pensées qu’il ne vit pas le petit garçon qui marchait droit vers lui, un paquet dans les bras, et le heurta. Déséquilibrée, l’enfant fit tomber son sac et s’agenouilla pour le ramasser.

« Excuse-moi, fit l’adolescent, je ne t’avais pas vu.

-C’est pas grave, monsieur »

Le petit garçon releva la tête, et là, Gilles eut un choc.

Il avait des cheveux bleus turquoise, légèrement verts, et de grands yeux innocents, vert pâle.

Et des oreilles au format étrange. Légèrement pointues, un peu rondes. Un teint pâle.

« Waouh…

-Il y a un problème, m’sieur ?

-Tu t’es teint les cheveux ?

-Hein ?

-Non rien… »

Il l’aida à ramasser ses affaires, puis ils se relevèrent.

« C’est gentil m’sieur de m’avoir aidé, je vais pouvoir retrouver maman !

-De rien… »

Le petit saisit le bras de l’adolescent pour le saluer, mais il se figea.

« Qu’y a-t-il petit ? »

L’enfant retira sa main brusquement, comme s’il avait touché quelque chose de particulièrement dégoûtant.

« Tu… Tu n’as pas de mana!

-Hein ? »

Effrayé, le garçon se recula, et s’enfuit dans la foule des passants.

« Eh ! Attends ! »

Gilles resta tout seul, comme un idiot, à méditer les paroles du petit garçon. « Tu n’as pas de mana ! » avait-il dit.

« C’est quoi le mana ? » se demanda t-il.

Les gens se retournèrent pour le lorgner d’un œil malveillant, et il préféra se faire discret en se mettant à chercher Rébecca, qui avait disparu dans la foule.

Il la retrouva en train de s’extasier près d’un chien. Elle répétait toutes les cinq minutes en s’adressant à l’animal : « tu as vu ça, c’est incroyable non ?! »

« Rébecca, t’as à manger ? J’ai faim ! »

La jeune femme se retourna.

« Ah, tu étais là ! Où étais-tu passé ? Enfin bon… C’est à cette heure seulement que tu demandes à manger ?

-Effectivement, si on observe bien la position du soleil dans le ciel, il doit être midi passé…

-Ah… Ah ouais, si tu le dis… On voit que tu as retenu tes cours de physique.

- De toute manière je n’arrive même pas à les oublier…

- Tiens. »

Gilles prit le petit pain que lui proposaient sa sœur, et tout en mangeant il demanda :

« Dis-moi, un garçon tout à l’heure m’a dit que j’avais pas de mana, c’est quoi le mana ?

-On ne mange pas la bouche pleine. »

L’adolescent s’essuya la bouche d’un revers de la manche, faute de serviette.

« Le mana ? C’est quoi ? interrogea Rébecca.

-Justement c’est ce que je te demande…

-Ce ne serait pas un terme polynésien ? Hum… à l’origine, je penserais qu’il s’agissait d’une force sacrée et magique, considérée comme une puissance vitale… »

Et Rébecca de relater l’histoire des Polynésiens en question et de leurs nombreuses légendes qu’elle connaissait par cœur, cas extrêmement rare d’ailleurs car plus beaucoup de personnes de nos jours connaissent l’histoire de la Polynésie. Dans son blabla continu, Gilles finit pas détourner son attention en regrettant d’avoir posé la question à sa sœur. Puis il crut apercevoir des gens, un groupe de quatre personnes, qui s’amenaient vers eux.

Bizarre les vêtements, se dit-il, et il détailla les personnes, tandis que Rébecca continuait de parler au chien qui la regardait avec curiosité.

L’un d’eux, une femme plutôt jeune, s’avança avec l’air de dire « toi je vais te dire quelque chose ». Elle était vêtue d’un haut et d’un pantalon noirs, qui lui donnait un air de vampire avec ses cheveux noirs attachés en tresse. Le tout avec des bottes de la même couleur.

« On dirait une racaille… » s’inquiéta le garçon.

« Tiens, Rébecca, j’ai remarqué un magasin intéressant, ça te dirait d’aller jeter un coup d’œil ?

-Tais-toi et écoute plutôt ce que je dis, donc je disais que les ruines polynésiennes devaient être très intéressantes à vue d’œil, mais enfin je n’en sais rien puisque je n’y suis jamais allé, et puis…

-Rébeccaaaaaa ! la pressa t-il.

La femme arriva à leur hauteur, et, l’air de rien, demanda :

« Vous sauriez par hasard où on trouverait une boutique d’armes ? »

Gilles soupira. Il s’inquiétait pour pas grand-chose. Il essaya de répondre avec assurance.

« Ah bien sûr, on y allait justement pour voir s’il y avait des choses intéressantes, ma sœur et moi, vous pouvez nous suivre, c’est par… »

La femme crispa soudain sa main sur le bras de l’adolescent. Surpris, il s’étonna soudain que tout son environnement soit si froid, alors qu’il y avait à peine quelques secondes le soleil réchauffait sa peau. Envahi d’une torpeur soudaine, il ferma les yeux et bascula dans les bras de la femme en noir.

« Hé ! Que faites vous à mon petit frère ? s’exclama Rébecca, émergeant soudainement de sa folie cérébrale.

«-Excusez-moi madame, il s’est évanoui alors que je lui demandais le chemin de la boutique d’armes.

-Gilles, Gilles, tu te réveilles ? » demanda son aînée.

Le contact de sa peau était glacé.

« Vous pouvez me dire ce qu’il a ? Il est froid et pâle… »

La jeune femme ne répondit pas. Elle se contenta de la regarder, puis elle s’agenouilla près du garçon évanoui dans les bras de sa sœur, et toucha la main de celle-ci.

Presque aussitôt, Rébecca se sentit brusquement ensommeillée, elle avait froid, et elle s’endormit.

La femme en noir se releva, et un de ses camarades la rejoignit.

« C’est bon, on les a ?

-Oui.

-Génial, ça marche comme prévu. Le seigneur Yuan sera content ! »

Il prit le garçon et le chargea sur son épaule, tandis que sa camarade soutenait la jeune femme.

« Avec un peu de chance, personne ne verra rien, c’était presque trop facile. » fit remarquer l’homme.

Et ils se fondirent dans la foule.

 Le chien qui avait accompagné le frère et la sœur jappa, puis alla voir ailleurs si l’on voulait bien de lui.

 

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Chapitre 12: Retournement de situation - par Alienor

Laya évita le boomerang avec agilité. Elle effectua un saut en arrière et para les coups que lui assenaient ses ennemis. Elle se baissa de nouveau lorsque le projectile faillit de nouveau lui atterrir en pleine face.

« T’es trop forte ! »

Un attroupement se forma autour de la jeune femme, qui se releva.

« Comment tu fais pour être aussi rapide ? » demanda un jeune garçon aux cheveux châtains.

Laya sourit.

« Je ne sais pas. L’habitude peut-être…

-Ouais, bah en tout cas pour une habituée t’en es une ! » railla un autre garçon.

Laya secoua ses cheveux noirs attachés en queue de cheval qui semblaient lui donner un charme presque surnaturel. Ses yeux paraissaient froids lorsqu’on lui parlait, mais étaient sans cesse animés de tendresse.

En un mois, elle s’était remise de ses blessures à une vitesse hallucinante. N’importe qui d’autre aurait mis plus de temps, mais la jeune femme était une créature solide, et superbe en plus de cela.

Elle souriait sans cesse et avait recommencé à manger régulièrement avec beaucoup plus de facilité que la première fois. Par contre, elle restait toujours amnésique. Pas moyen pour elle de se rappeler ce qui s’était passé avant d’avoir été récupéré par Elio, l’homme qui maintenant l’hébergeait chez lui. Et encore moins de se rappeler son propre prénom…

Elle avait mis le pied dehors pour la première fois depuis une semaine. Au début, elle n’avait pas su quoi penser du village qu’elle avait eu sous les yeux, mais les habitants s’étaient montrés très gentils. Ils l’avaient accueilli comme tout voyageur. Ils avaient bien compris pourquoi elle était là et ils essayaient de l’aider à surmonter cette épreuve qu’elle devait affronter. Depuis, elle avait presque trouvé une seconde maison et s’était fait des amis.

Sa beauté et son passé mystérieux avaient surtout été la raison pour laquelle les gens s’étaient intéressés à elle depuis le début.

Ce jour-là, elle s’était adonnée au plaisir de jouer au combat et à la guerre avec une bande d’enfants, garçons et filles. Et elle devait avouer qu’elle s’amusait follement. Elle avait l’impression d’être un chat et elle ne ratait presque jamais ses cibles.

« Ca vous dirait de vous reposer, les amateurs du boomerang ? J’ai envie de récupérer un peu, fit-elle remarquer, aux enfants.

-Ouais, minou. »

Les enfants avaient pris l’habitude d’appeler la jeune femme « minou » ou « la chatte » car effectivement, elle avait vraiment le profil gracieux d’un félin. Et quand elle s’entraînait à combattre, c’était à peine si on aurait dit une humaine. C’était un animal en liberté, voilà tout.

Ils allèrent s’asseoir sur un banc le plus proche et offrirent quelques instants leurs visages au soleil rayonnant. Il faisait beau aujourd’hui, le temps idéal pour se défouler un peu.

Quelques minutes passèrent, quand soudain :

« Attrape ! »

Laya faillit se prendre un boomerang dans la face. Mais, avec une rapidité étonnante, elle le faucha dans sa course avec seulement deux doigts levés.

Elle sourit en voyant ses camarades bouche bée.

Elle redonna l’objet au lanceur.

« La prochaine fois, essaie de me prendre réellement par surprise !

-Mais enfin comment tu fais ? » explosa le garçon.

Laya lui tira la langue avec audace et bientôt elle se retrouva en train de courir avec un adolescent à ses trousses.

« Si je t’attrape, tu me dis ton secret !

-Tu peux toujours rêver ! »

De rage, son poursuivant balança le boomerang dans l’espoir qu’elle atteigne sa cible, mais il la rata une nouvelle fois et l’arme finit sa course à l’intérieur d’une maisonnette, où juste après on entendit un « crash » et un cri de surprise. Le cri en question finit bientôt en hurlement de colère.

Laya et son voisin s’arrêtèrent. Le temps de comprendre ce qu’ils avaient fait, des gouttes de sueur perlèrent sur leurs crânes.  

« Oh, oh… commença la jeune femme.

-Oh, oh, oh… » finit le garçon.

Une vieille femme en fureur sortit précipitamment de la maison en tenant un vase brisé dans la main, et le boomerang dans l’autre.

« Sales mioches ! éructa t-elle. On ne vous a jamais dit de ne pas jouer à vos jeux stupides dans les zones d’habitations !?! »

Son regard tomba sur Laya.

« Et toi, tu étais censée veiller sur eux et faire attention à ce qu’ils ne fassent pas de bêtises !

-Je suis désolée, Mina, mais…

-Regarde ce magnifique vase qu’on m’a rapporté du mausolée de Balacruf ! Il coûtait une fortune !

-Mais Mina…

-Toi ! rugit Mina en désignant le garçon qui essayait de se faire tout petit, tu as deux choix ! Soit tu me repayes le prix exact de ce vase jusqu’au cent près, ou bien tu me le répares dans un délai de trois jours maximum !

-Mais madame, s’il vous plaît… implora le pauvre enfant.

-Je ne veux rien entendre !!! Je me plaindrais à tes parents s’il le faut, mais je t’ordonne de réparer ta faute ! J’attends, que choisis-tu ?

-C’est un travail d’Hercule… murmura l’adolescent.

-Euh, Mina, s’il te plaît, c’est aussi en partie de ma faute, donc je pourrais partager la peine de ce garçon, qu’en dis-tu ? »

La vieille femme se renfrogna :

« J’aurais préféré qu’il le fasse tout seul, pour qu’il lui passe l’envie de recommencer, mais bon, puisque tu le demandes si gentiment… »

Elle se retourna vers l’adolescent.

« Tu devrais prendre exemple sur elle, nabot… »

Elle avait bien appuyé sur « nabot », pour souligner ce qu’elle pensait des sales gosses mal élevés de nos jours.

« Bon d’accord, je vais réparer votre vase, madame… » fit le garçon, confus.

Il s’éloigna, le dos voûté, le vase cassé dans ses mains, sous les yeux compatissants de ses camarades de jeu.

Dès que le garçon se fut éloigné tel un condamné à l’échafaud, Mina quitta son regard sévère pour une mine plus sombre. Elle soupira.

« Franchement, ces jeunes, on ne pourra jamais les forger comme il faut…

-On fait tous des bêtises un jour ou l’autre Mina…

-Oui, mais pour des enfants c’est anormal. Moi si c’était les miens, tu verrais comment je les éduquerai !

-Merci déesse Martel d’avoir fait en sorte qu’elle n’en ait pas… se dit intérieurement Laya.

-En tout cas il faudra bien en faire quelque chose de ces bouts de chou, fit remarquer Mina.

-Oui, maintenant si ça ne te dérange pas je vais retourner à mes occupations...

-D’accord, fais en sorte que le petit me rapporte mon vase en bon état.

-Oui, à plus tard. »

Laya revint vers le groupe d’enfants et leur expliqua qu’ils devaient jouer sans elle et leur camarade, puis elle rejoignit le garçon qui s’était arrêté devant le mur d’une maison en regardant le vase genre : Mais qu’est-ce que je vais bien faire de toi ?

« Ne déprime donc pas comme ça, Matthew… »

Le dénommé Matthew fit la moue.

« Ouais tu parles, à ton avis c’est possible de réparer un vase comme celui-là en trois jours ?

-Si on y met un peu du sien, peut-être… » sourit la jeune femme.

Elle prit la main du garçon et le fit se relever.

« Rentrons chez toi, on va commencer tout de suite, tu comprends, il ne faut pas perdre de temps, surtout avec Mina…

-Mina, minable oui…

-Ca te plairait qu’on écorche ton prénom toi ? » le tança Laya, sévèrement.

Matthew grommela, puis ne dit plus rien jusqu’à ce qu’ils arrivent chez lui.

« Mon père est absent, dit-il, finalement, lorsqu’ils dépassèrent le seuil d’entrée. Tu peux entrer.

-Merci, » fit sa camarade.

Ils se précipitèrent sans tarder dans la chambre du garçon, meublée uniquement d’un lit et d’une table faisant office de bureau, chacune dans un coin de la pièce, l’une près de la fenêtre et l’autre au fond de la pièce.

Ils déposèrent le vase sur la table et rassemblèrent des morceaux du même marbre que l’objet.

Les deux complices se mirent aussitôt à l’ouvrage de la tâche compliquée qui les attendait.

 

Deux jours passèrent. Laya allait et venait tous les matins pour aider Matthew et repartait le soir chez Elio, l’homme qui l’hébergeait depuis le début de sa convalescence.

Au matin du troisième jour, après ces dures journées de labeur, le vase était terminé.

Matthew le prit précautionneusement.

« Waouh, il n’est pas aussi beau qu’avant, mais il n’en est pas moins superbe. Avec ça la mégère ne pourra pas dire qu’on a paressé… »

Il adressa un coup d’œil complice à Laya.

« Merci de ton aide, sans toi j’en serais encore à me demander ce que j’allais en faire.

-Mais de rien, sourit son amie.

Elle rajouta :

« Je propose qu’on aille redonner ce vase ce midi à Mina. A cette heure, elle est dehors avec…

-…ses pigeons, chantonna le garçon à tue-tête.

-…ses colombes… » termina la jeune femme.

L’adolescent pouffa quand sa voisine lui jeta un regard sévère.

 

Midi venu, les deux complices s’empressèrent de se rendre chez la vieille dame. Lorsqu’ils arrivèrent, Mina était justement en train de rentrer chez elle.

« Va lui donner toi-même son bien, chuchota Laya.

-Et pourquoi, moi ? protesta le garçon.

-Fais ce que je te dis. »

Il bougonna, mais avança timidement vers la vieille femme. Il lui donna le vase, elle l’examina sous tous les angles, ils discutèrent un moment, puis elle lui fit un signe excessif de la main qui semblait vouloir dire, « maintenant du balai ! »

Il revint.

« Alors ? interrogea la jeune femme.

-Elle a dit que c’était bon et que j’avais intérêt à faire attention la prochaine fois.

-Rien d’autre ?

-Non. »

Ils ne dirent rien pendant un moment, puis elle dit :

« On devrait peut-être aller manger, j’ai faim.

-Oui tu as raison. »

Ils mangèrent un sandwich puis allèrent s’asseoir sur un banc où ils restèrent là, silencieux, jusqu’à ce que les enfants viennent de nouveau pour mettre un peu d’ambiance. Ils s’amusèrent un moment, Matthew raconta comment il avait soi-disant « cloué le bec à la vieille mégère » en lui redonnant le vase en parfait état.

Laya rentra en fin d’après-midi. Elio l’attendait. Ils rentrèrent et la jeune femme prépara à dîner.

L’homme était taciturne. Il ne parlait que pour donner des ordres ou par monosyllabes. Pas une seule fois Laya n’avait réussi à lui soutirer plus de deux mots. Il vivait en solitaire, loin des villageois, qu’une forêt séparait. Cela ne l’empêchait pas d’être gentil et bienveillant, et il s’entendait quand même bien avec les autres, même si quelquefois les relations étaient tendues.

Ce soir là, comme à son habitude, il ne faisait rien d’autres que bricoler. Bricoler et encore bricoler. A force, il rappelait une certaine personne à la jeune femme, mais sa mémoire était floue.

« Le dîner est prêt, dit-elle, finalement.

-D’accord. »

C’est tout.

Il mangea avec la rapidité d’un lièvre en pleine course. Evidemment, il finira par s’étrangler avec les aliments s’il continuait comme ça. Mais bon, c’était dans sa nature. Puis il repartit bricoler. Il ne s’arrêterait jamais. C’était sa vie, sa passion, sa compagnie. Rien d’autre. Il ne disait rien quand elle sortait, il ne disait rien quand elle rentrait. Aussi loin qu’elle se souvienne, les seules longues phrases qu’il avait proféré datait seulement d’un mois, c'est-à-dire du soir où elle était arrivée, en sang et sachant à peine marcher sur deux jambes.

 

Comme tous les soirs, Laya partit sur la terrasse de la maison en bois qu’avait construit Elio il y avait une dizaine d’années. Son passé, il n’aimait pas en parler. Du coup, elle ne savait pas grand-chose sur lui ou presque, à part qu’il avait été bûcheron et quelque chose du genre, qu’il avait abandonné son travail pour déserter et qu’il avait élu domicile ici. C’était ce que lui avaient dit les enfants du groupe au village. D’après les dires, il était l’un des premiers villageois à s’installer ici, avec le maire, bien avant leurs parents, bien avant qu’ils ne naissent où alors lorsqu’ils étaient petits enfants. Car le village n’était pas vieux.

« Et ensuite, il ne vous a pas parlé de ce qu’il faisait avant ? »

Les petits s’étaient lancés des regards entendus, tels des conspirateurs.

« Nos parents, ils nous ont dit de ne rien dire. » avait dit l’un deux, en bombant le torse.

Laya en avait donc conclu que les gens lui cachaient quelque chose.

Offrant son visage au vent qui forcissait à la nuit tombante, la jeune femme se livrait à ses pensées. Une façon à elle d’essayer de reconstituer ses souvenirs disparus. Chaque soir elle faisait un effort pour se rappeler la plus petite étincelle de mémoire. Elle ne parvenait pas à grand-chose, mais des progrès étaient en train de se mettre en œuvre. Elle avait reconstitué ce qu’elle pensait être un souvenir montrant une fillette brune habillée étrangement et coiffée en queue de cheval elle aussi, en train de sauter dans les arbres comme un petit singe et d’éviter des projectiles qu’on lui lançait. Après c’était flou, et le hic, c’est que le visage de la fillette l’était aussi. Un puzzle dont on aurait égaré les pièces.

Elle regarda le paysage d’un regard, avec un sentiment de déprime dans le regard.

 

 Un bruit dans les buissons.

Elle sursauta. Regarda dans tous les sens. Son regard tomba sur le paysage alentour.

Qu’étais-ce ?

Elio, alerté par la soudaine agitation de sa protégée, abandonna son ouvrage qu’il travaillait depuis le matin, et la rejoignit, demandant :

« Qu’y a-t-il Laya ? »

 

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« Je sens qu’on nous suit. »

Sheena jeta un coup d’œil affolé à son camarade. Celui paraissait très calme malgré la situation oppressante.

« Ne t-en fais pas, avec moi tu ne risques rien. »

Et sans dire plus, il la prit par la main et l’emmena dans le grand port d’Hiroshima.

 

Voilà maintenant un mois que Sheena avait fait la connaissance de Takehiko et de Katsuo, deux voyous des rues d’Hiroshima recherchés par la police pour cambriolage. Ils étaient connus pour leurs photos qui étaient souvent passées dans les journaux japonais. Ils avaient retrouvé Sheena dans l’une des ruelles de la grande ville. Elle était alors endormie, allongée sur un petit tas d’ordures. Pas très douillet comme lit, mais elle avait tellement sommeil qu’elle s’était contentée de ça. Ils l’avaient réveillée. Effrayée, elle avait essayé de s’esquiver, mais heureusement ils l’avaient bloqué, et emmenés dans leur repaire : une cave aménagée d’un hôtel. Il avait fallu un certain temps avant que la jeune femme ne se rende compte qu’en réalité ils ne lui voulaient pas le moindre mal. Ils ne se seraient pas permis ça. Mais Sheena était restée méfiante.

Sous l’hôtel, là où ils vivaient, on entendait tous les jours du bruit au rez-de-chaussée. C’était dérangeant des fois mais les deux jeunes hommes savaient y recueillir de précieuses informations.

C’est ainsi qu’un soir, Katsuo était revenu, et, essoufflé, leur avait annoncé :

« Ils prévoient d’envoyer une brigade en Allemagne !

-Qui ça « ils », avait demandé Sheena.

-Mais les types du gouvernement, pardi ! Ils sont venus ici ! Ils vont envoyer des hommes en Allemagne pour leur prêter main forte contre les anglais qui ne veulent pas se rendre ! »

La jeune femme sauta sur ses gonds.

« Mais c’est ignoble ! Je leur avais pourtant dit…

-C’est l’occasion d’aller voir ça, vous croyez pas ?

-Mais t’es fou ! On va se faire arrêter si on nous reconnaît ! » s’exclama Takehiko.

Katsuo s’était tourné vers lui et l’avait supplié, presque comme un enfant qui voulait un jouet :

« S’il te plaît, frérot, on n’aura pas l’occasion de voir ça tous les jours, dis… Ils ont même dit que ça se déroulera en public ! Tu te rends compte ? D’habitude ils le font en privé ! »

Après avoir longuement débattu, Takehiko avait finalement cédé aux supplications de son frère, non pas après l’avoir prévenu que ce serait entièrement sa faute s’ils se faisaient arrêter par les autorités de la ville.

Quelques jours plus tard, à une heure précise de l’après-midi, les trois compagnons s’étaient faufilés hors de leur cachette en toute discrétion et s’étaient dirigés vers le port de la ville.

Déjà, une foule de personnes s’amassait çà et là pour assister à l’évènement. Mais dans la cohue, ils avaient perdu Katsuo.

Et pour finir, Sheena sentait une présence à quelques mètres d’eux, qui les surveillaient. Inexplicable.

Finalement, ils arrivèrent au premier rang, déjà, des centaines de marins vérifiaient que le paquebot qui allait accueillir deux cents soldats de l’armée japonaise était suffisamment prêt pour la grande traversée.

Voici ce qu’avait expliqué le gouvernement : tout d’abord, l’armée voyagerait jusqu’en Inde, où elle achèterait des denrées nécessaires au voyage, puis ils allaient continuer en traversant l’océan Indien et en atteignant le cap de Bonne Espérance. Là, ils s’arrêteraient encore, puis recommencerait à longer la côte africaine, jusqu’à arriver en Europe. Ils longeraient les côtes françaises en passant par la Manche, puis par la mer du Nord, et finalement, ils dépasseraient le Luxembourg et les Pays-Bas et débarqueraient en Allemagne, où les attendrait le Führer en personne et ses partisans.

La foule criait de joie et chantait l’hymne du pays, consciente d’une victoire proche. Parmi eux, Sheena restait sceptique.

Encore cette présence. Elle n’avait pas l’air menaçante, mais n’en était pas moins bourrée de mauvaises intentions. Que leur voulait-elle ?

« Tu rêves ma pauvre, se dit-elle, si ça se trouve c’est un type qui cherche quelqu’un d’autre que nous dans toute cette cohue. En tout cas il aura du mal. »

Elle serra la manche du pull de Takehiko. Ils se tourna vers elle et lui sourit, mais sentit son inquiétude. Il lui serra la main pour la rassurer.

Takehiko est Katsuo étaient deux frères, qui avaient grandi dans une famille modeste de la banlieue d’Hiroshima. Leur famille disposait de peu de ressources, et à la mort de leurs parents, ils s’était enfuis du logis familial et s’étaient terrés dans les rues de la cité. Takehiko était l’aîné des deux. Il avait vingt et un ans et son frère vingt. Plusieurs fois ils avaient été arrêtés pour vol, mais on les avait relâché avec un avertissement. Et puis un jour ce cambriolage de la bijouterie de la rue. Ils se trouvaient là par hasard et on les avait tous de suite soupçonnés.

« C’est pas nous qui avons fait ça, avaient-ils juré, à leur camarade féminin, on n’aurait jamais pu faire ça. »

L’aîné était plus mûr que le cadet. Son nom signifiait « avisé », et Katsuo « victorieux ». Avec des noms pareils, ils ressortiraient chanceux de leur condition, leur avait-elle dit. Ils avaient haussé les épaules, fatalistes, à cette évocation.

« De toute façon on est libre, avait affirmé Katsuo, que la police le veuille ou non, elle n’arrivera pas à nous mettre la main dessus. »

Justement, le voilà qui revenait, en sueur, essoufflé et affolé.

« Qu’y a-t-il encore ? Ca fait dix minutes qu’on te cherche ! Où étais-tu passé ? demanda Takehiko, sévère et soucieux.

-Faut partir d’ici ! » suffoqua le jeune homme.

Cette fois, la stupéfaction se peignit sur le visage des deux compatriotes.

« Qu’est-ce que tu racontes ?! s’exclama son grand frère. Tu as insisté pour venir ici, et voilà que tu veux rentrer avant même que le bateau ne soit parti ?! Tu nous fais vraiment tourner en bourrique !

-Mais tu comprends pas ! cria le cadet. Puis il baissa la voix, au point d’en faire un chuchotement : C’est un piège. Ils veulent organiser une rafle. Une fois que le navire sera parti, ils vont boucler le secteur et mettre la main sur tous les bandits imprudents qui seraient venus ici et les mettre en tôle ou pire encore ! On est en danger !

-Comment ?! Une rafle ?! » s’exclama Takehiko.

Son jeune frère lui fit signe de se taire.

« Il faut partir, vite avant qu’ils ne mettent leurs plans en action !

-Mais… balbutia Sheena. Et eux ? demanda t-elle, en désignant la foule qui les environnait.

-Le paquebot s’en va dans une dizaine de minutes. D’ici là, on n’aura jamais le temps de prévenir tout ce petit monde ! Il faut juste prier pour qu’ils se sortent de cette merde.

-Ok, on te suit, » fit Takehiko.

Katsuo les entraîna alors dans la foule en direction de la sortie du port. Ce n’était pas chose simple. Il y avait du monde !

Finalement, en arrivant à la sortie, le jeune homme jura :

« Merde ! Ils ont fermé l’entrée ! Le piège va se refermer sur nous ! »

Sheena ressentait la présence, encore, à quelques mètres d’eux. Que leur voulait-elle ? Pourquoi cette intuition ?

« Il faut trouver une autre sortie, » suggéra Takehiko, qui commençait lui aussi à s’inquiéter.

Il se tourna vers sa voisine :

« Tu m’avais bien dit qu’on nous suivait ?

-Oui, acquiesça la jeune femme.

-Alors là c’est encore plus grave ! Si ça se trouve on nous a reconnu et la police va de ce pas nous envoyer derrière les barreaux !

-Ce n’est pas la police, Katsuo, c’est une bande de possédés fanatiques, » fit l’aîné.

Soudain, les gens poussèrent tous un cri de joie dans une complainte générale. Les soldats arrivaient les uns après les autres, fiers, prêts à protéger leurs familles et à risquer leur vie pour elles. Le général de leur armée à leur tête. Il monta sur le bateau le premier et laissa la foule l’acclamer ainsi que ses soldats.

Pétrifiés sur place, les trois compagnons virent le paquebot larguer ses amarres et se préparer  à un long voyage en mer. Mais il ne s’en allait pas tout de suite comme convenu. Il semblait attendre quelque chose.

Soudain, des cris de terreurs vinrent percer les acclamations. La rafle commençait.

« Je croyais que ce serait dès que le navire serait parti ! éructa Katsuo, fou de colère.

-Pas de temps à perdre, il faut s’enfuir avant qu’on ne nous cueille comme des fruits sur un arbre. »

Et ils se mirent en action.

Ils ne coururent pas longtemps. Quelqu’un agrippa Sheena par le bras. Celle-ci poussa un cri de surprise. Takehiko lui vint en aide, et la débarrassa du policier. A force de progresser, ils se retrouvèrent bientôt cernés et empoignés. Certains agents y allaient même à donner des coups de matraques s’il le fallait.

Elle se retrouva séparée de ses deux camarades. Ils crièrent son nom deux fois, mais ils se perdirent de vue dans la foule.

Pour finir, elle mordit la main gantée du matraqueur qui la retenait. Donna un coup de pied si fort dans les jambes qu’il lâcha prise. Elle s’enfuit, cherchant les deux frères désespérément. Mais déjà, une bande de policiers étaient à ses trousses. Le bateau, quant à lui, n’était toujours pas parti.

La présence qu’elle avait sentie avait disparu, mais le danger était là, réel. On l’agrippa par le bras et on l’entraîna. En larmes, impuissante, Sheena se laissa faire. Elle se préparait à perdre connaissance, mais un dernier espoir surgit. Un homme passa en courant, bousculant les matraqueurs, ce qui lui rendit la liberté. Il fut abattu par plusieurs policiers qui l’avaient rattrapé. Celui-là était un criminel, elle le connaissait pour l’avoir souvent vu dans les journaux. Et pourtant, il était innocent. C’était injuste.

Elle ne perdit pas de temps pour s’esquiver. Elle courait vite, mais ils étaient rapides, eux aussi. Désespérée, elle chercha une cachette des yeux. Impossible, dans l’affolement général, il était impossible d’en trouver une.

Quelqu’un la bouscula et elle tomba par terre, les mains écorchées par le sol de pierre. Elle se releva et fonça dans une direction au hasard. Un coup donné dans son dos l’envoya en avant et elle se retrouva au pied du paquebot.

Elle eut l’idée de monter sur le pont pour éviter de se faire prendre. Heureusement, la planche d’accès était encore là, elle monta et se mit à quatre pattes pour ne pas se faire voir.

Le sol de béton du bateau était humide, elle rampa un moment et se cacha derrière des sacs. Le bruit du quai lui parvint encore aux oreilles pendant un moment, puis ce fut le silence, soudain.

« C’est fini ? » se demanda la jeune femme.

Elle se releva avec peine, et se dirigea en boitillant vers le quai. Une secousse lui fit perdre l’équilibre, et elle tomba. Au lieu de heurter le sol, elle bascula dans un trou et alla se perdre un peu plus bas.

En se fracassant sur le sol dur et mouillé, Sheena se tordit la cheville. La douleur remonta jusqu’à ses cuisses et s’amplifia dans tout son corps. Elle voulait crier, mais un faible gémissement lui échappa seulement des lèvres.

Elle regarda autour d’elle. La pénombre l’entourait, mais quiconque se serait retrouvé dans sa situation aurait immédiatement su qu’elle était dans la cale du navire. Une nouvelle secousse la fit tomber de nouveau, et elle eut le vertige, ou plutôt, vous me direz, le mal de mer. Car à cet instant, la jeune femme ne se doutait pas que le bateau avait pris le grand large et qu’il se préparait à voyager pour de longs mois, du port d’Hiroshima jusqu’à celui de Hambourg, en Allemagne.

 

-------------------------------------------------------

 

« Colette, Colette ! Réveille-toi, il faut partir ! »

La jeune fille se réveilla, encore ensommeillée.

« Nous ne sommes que le matin…

-Nous avons été découverts ! Le terrier est encerclé. »

Cela réveilla définitivement Colette qui regarda Anto avec des yeux écarquillés.

« C’est la vérité ! Les gens qui vous couraient après ont découvert notre cachette et ils sont en train de l’assiéger ! »

La jeune fille sentit son cœur battre à toute allure. Ainsi donc ils les avaient retrouvés…

« Et…et Lloyd ? »demanda t-elle.

Comme s’il attendait ce moment, le garçon s’encadra dans l’ouverture de la chambre, inquiet et mal réveillé.

« Ce qu’elle dit est vrai ! Il y a une bonne dizaine de soldats qui guettent aux entrées ! »

Il s’avança vers Colette, lui prit la main et l’emmena dans le couloir, la femme sur leurs talons.

« Mamie ? Où va-t-on ? »

Colette trouvait bizarre que Lloyd qualifie Anto de « mamie ». Venant de sa bouche ça sonnait bizarrement.

Mais Anto ne semblait pas s’en soucier, elle s’empressa de répondre à la question de Lloyd :

« Suivez-moi, je connais un endroit où nous pourrons nous échapper.

« Et Akim ?

-Il a encore disparu, mais il nous retrouvera, faites-lui confiance. »

Le jeune homme bougonna et les trois compagnons trottinèrent dans le couloir des chambres. Ils débouchèrent dans le couloir que Colette avait tant de fois arpenté, et s’arrêtèrent devant une porte.

« Et, mais c’est… »pensa la jeune fille.

Anto sortit une clef de sa poche et l’enfila dans la serrure. Puis elle ouvrit la porte qui débouchait sur un tunnel.

« Alors c’était ça, la raison de pourquoi cette porte était fermée ?!

-Tu t’en doutais hein ? fit la vieille femme. Oui, c’est un passage secret que nous n’avons plus utilisé depuis des années, car nous pensions être en sécurité. Passez derrière moi, je vous guiderai. »

Ils entrèrent dans le tunnel et Anto ferma la porte, puis prit les devants et les emmena dans le dédale de couloir. Il ne faisait pas sombre, il y avait même suffisamment de lumière pour y voir comme en plein jour. C’était un couloir en pierre, très bien construit comme le reste de l’habitation. Colette n’avait pas peur, étrangement, mais son sang battait dans ses tempes. Lloyd aussi semblait ressentir ce même sentiment. Son visage ne dénuait aucune expression.

Finalement la lumière du jour se fit voir et ils montèrent un autre escalier qui débouchait au dehors.

Ils coururent à perdre haleine sur le sable déjà brûlant du matin. Ils étaient loin lorsque Colette s’arrêta.

« Ma montre ! J’ai oublié ma montre ! »

Lloyd se retourna.

« Quelle montre ? La babiole sans importance ? Ce n’est pas une grosse perte, ce truc ne sert à rien !

-Tu ne comprends pas ! C’est un cadeau de ma grand-mère ! Je dois aller le récupérer ! »

Le jeune homme allait exploser lorsque Anto posa une main sur son bras.

« Laisse-là y retourner. Si elle y tient tant que ça, alors qu’elle aille le récupérer. »

Le jeune homme s’apaisa. Colette se tourna vers la grand-mère d’Akim, reconnaissante. Son visage était étrangement serein, ne comportait aucune trace d’exaspération ou de colère.

« Prenez la clé du tunnel. Et prenez soin de refermer la porte. Je vous attends ici. »

Ils se précipitèrent vers l’escalier souterrain et Colette descendit en hâte pour se précipiter dans les couloirs. Ils ne perdirent pas de temps à retrouver la porte et sortirent dans le couloir. L’adolescente courut vers sa chambre. A l’étage supérieur il y avait du bruit. Elle retrouva sa précieuse montre sous l’oreiller de son lit et la mit dans sa poche, puis rejoignit Lloyd.

« C’est bon tu l’as ? demanda t-il.

-Oui. »

Et ils coururent rejoindre la sortie.

Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu’ils tombèrent sur Akim.

« Qu’est-ce que vous faites là ?! s’exclama celui-ci.

-Et toi alors ? rétorqua le jeune homme. Mamie t’attend ! »

Le garçon eut un rictus moqueur.

« To a confiance en moi, elle sait que je reviendrai même si je m’absentai une semaine. Et je reste là pour de bonnes raisons. Passez devant, je vous rejoins. »

Lloyd ne se fit pas prier et emmena Colette, toujours accrochée à sa main, vers la porte. Akim les rejoignit. Ils fermèrent la porte et regagnèrent la surface. Mais en courant sur le sable du désert, Lloyd buta sur quelque chose et tomba. Alertés par le bruit, des hommes armés pointèrent leur nez et les aperçurent.

« Des renégats. »souffla Akim.

L’ombre d’un sourire passa sur ses lèvres.

« Eh, petits, c’est pas un endroit pour jouer ici… »

Les gardes se turent.

« Eh, tu vois ce que je vois ?

-C’était trop beau, le chef va nous couvrir d’or.

-Vous êtes Lloyd et Colette, les deux jeunes gens que nous recherchons ?

-Arrête, ne discute pas. On les capture et puis c’est tout. C’est notre boulot et les ordres du chef. »

Ils sifflèrent et d’autres soldats vinrent encercler le petit groupe.

« Eh, regardez-moi ça, ils avaient tenté de s’échapper par ici, les petits fuyards !

-C’est très astucieux, nous n’aurions pas pu retrouver cette cachette si nous ne les avions pas surpris.

-Vous croyez que c’est bon de discuter lorsque vous arrêtez des prisonniers ? C’est très imprudent de votre part… dit soudain Akim.

Les hommes se tournèrent vers le garçon.

« Regardez-moi ce petit effronté ! Il me rappelle bien quelqu’un. »

Le cercle se refermait, ils étaient pris au piège. Akim semblait par contre s’amuser, contrairement à ses deux camarades.

« Et en quoi vous rappellerai-je  quelqu’un ? C’était un type de votre connaissance ? »

Le renégat examina le garçon.

« Oui. C’est cela. Et qui sait si ce n’est quelqu’un de ta propre connaissance… »

A ces mots, Akim perdit son sourire.

« Ce n’est pas possible. Ce n’est pas vrai… »

Le renégat sourit, et relâcha son attention du coup. Cela permit à l’adolescent de lui donner un coup de pied dans les côtes et d’envoyer tous les autres au tapis. Il faisait preuve d’étonnamment d’agilité pour son âge.

« Vous deux ! dit-il. Partez rejoindre To, je m’occupe d’eux !

-Tu ne crois que tu es un peu jeune pour… commença Lloyd.

-Perds pas ton temps à discuter et dégage ! »

Colette commençait déjà à courir. La peur donnait des ailes, c’est bien connu. La jeune fille flottait presque comme un oiseau sans qu’on s’aperçoive que ses pieds touchaient à peine le sol. Très vite, elle se retrouva en lieu sûr.

Ce ne fut pas le cas de son ami. Un renégat qui n’attaquait pas Akim comme les autres s’élança vers lui et lui fit un croche-pied. Le jeune homme valsa un instant et atterrit sur le sable, se brûlant le visage par la même occasion.

Le soldat finit de bloquer son prisonnier en posant son genou sur le dos et siffla à d’autres camarades qui vinrent à lui.

« Lloyd… » appela d’abord Colette, doucement pour ne pas que le type ne la repère.

Lloyd la regarda et souffla quelque chose comme : « Aide-moi à m’en sortir ».

La jeune fille était pétrifiée sur place, et elle se prépara une seconde fois à appeler, plus fort, lorsque quelqu’un lui plaqua sa main sur sa bouche. Elle poussa un gémissement de surprise.

« Suis-moi vers To, on ne peut rien pour lui. »

Akim la traîna avec force vers un coin d’ombre malgré ses réticences et la mit bien vite à l’abri.

 

De son côté, Lloyd vit disparaître son amie aux bras d’Akim. Une rage sourde gronda en lui, mais en même temps un immense soulagement s’écoula dans son esprit. Il se sentit presque détendu.

Il était dans une situation presque inconfortable, les bras liés derrière le dos et face contre terre. Les types le prirent et le jetèrent sans ménagement dans une sorte de fourgon qui n’en était pas un. Un autre type monta dans le fourgon en question et prit une sorte de seringue qu’il piqua sur le bras de Lloyd, y injectant un liquide transparent.

« Fais de beaux rêves, gamin ! » l’entendit-il dire, lorsqu’il retira la seringue.

Mais déjà il basculait dans un profond sommeil.

 

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Un officier entra dans le bureau du chef des renégats.

« Mission accomplie, chef, ou presque. Nous avons capturé le garçon mais la fille s’est échappée avec les deux autres !

-C’est bien, vous avez fait du bon travail (H.S : Ce serait bien qu’il remonte leurs salaires aussi ! XD ; Yuan : Et puis quoi encore ?). Nous récupérerons la jeune fille bien assez tôt. Pour l’instant nous avons le garçon, c’est suffisant. »

Il congédia le lieutenant et se retrouva seul en tête à tête avec lui-même.

« Bien, comme on se retrouve… La partie tourne en notre faveur on dirait… » souffla t-il.

Un léger sourire flotta sur ses lèvres.

 

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Chapitre 13: Sans Colette / Sans Lloyd - par Alienor

(1ère partie) Sans Colette

 

Lloyd se réveilla avec une forte envie de se soulager. Tout était sombre autour de lui. Il se sentait mort. Il ne voyait rien, ne touchait rien, n’entendait rien, et il avait un goût fade dans la bouche. C’était comme si ses cinq sens s’étaient éteints.

Il ne supporta plus cela et se débattit. Il ne pouvait pas être mort. La preuve, son cœur battait encore. Et il avait une forte envie pressante. Il continua de se secouer comme une tortue retournée sur le dos jusqu’à ce qu’il bascule soudain dans une sorte de vide, pas si vide que ça au final puisque quelques secondes après il heurta un sol dur et froid, et se fit mal en se cognant la tête. Ses cinq sens étaient revenus, quel soulagement. Il ouvrit les yeux, et rencontra l’obscurité. Le temps que sa vue s’accoutume au noir environnant, il se releva en se frottant le dos. Lorsqu’il fut debout, il se courba pour éviter de s’uriner dessus et se rassit sur une sorte de banc en métal dur. Pas très confortable.

Lorsqu’il put voir suffisamment dans l’ombre, il détailla chaque recoin de l’endroit où il se trouvait. C’était une sorte de cellule, à voir les barreaux de métal qui interdisait de sortir.

« Qu’est-ce que j’ai pu faire pour me retrouver en prison ? » se demanda t-il à voix haute.

Il frôla les barreaux de ses doigts et une décharge violente traversa son corps et le renvoya au fond de la cellule. Sa vessie ne put se retenir plus longtemps et il se relâcha.

Il se remit debout avec une grimace à cause de son pantalon mouillé et commença à se plaindre.

« C’est pas vrai, dites-moi que c’est un cauchemar !

-Malheureusement non. »

Lloyd releva la tête, surpris. Il ne s’attendait pas à ce qu’on vienne lui parler ici.

« Qui est là ?

-Personne, ça ne se voit pas ? »

Une silhouette se dessina dans l’obscurité de la cellule voisine.

« Mon pauvre, tu te retrouves dans un sale état…

-Non, ça se voit tant que ça ? fit le jeune homme, énervé. Et puis, t’es qui d’abord ? »

La personne à qui il s’adressait était un jeune garçon aux cheveux blonds clairs et vêtu d’une veste et d’un pantalon marron. Celui-ci sourit, tristement.

« Gilles, dit soudain une voix de femme, derrière le garçon, avec qui parles-tu ?

-Tu es réveillée, Rébecca ? Regarde, pendant que tu dormais ils ont amené quelqu’un d’autre, on n’est plus seuls maintenant.

-Vous vous appelez Gilles et Rébecca… ?

-C’est exact, quelle perspicacité mon cher ! »

Le babillage du garçon commençait à agacer Lloyd, et pourtant, ceci lui était familier. Cela lui rappelait quelque chose mais il ne s’en souvenait plus.

« Excusez-moi, on se connaît ? » demanda t-il.

Une jeune femme d’une vingtaine d’années environ apparut à côté du garçon. Celui-ci lui lança un regard surpris.

« Pas à ma connaissance non, pourquoi ? »

Le jeune homme se sentit bête, soudain. Evidemment, il n’avait jamais vu ce garçon, et puis d’ailleurs, lui et sa sœur avait un accent légèrement… français.

Puis soudain, il aperçut l’étoile jaune, sur leurs vestes marron sales.

« Eh mais vous êtes… juifs ? »

L’enfant baissa la tête, l’adulte au contraire la laissa bien haute.

« Ca te dérange ?

-N… non bien sûr, s’excusa l’adolescent. J’étais juste curieux c’est tout.

-Tu es anglais ? »

Il s’empressa de répondre :

« Oui. Et vous parlez bien ma langue d’ailleurs.

-Merci. Comment tu t’appelles ?

-Lloyd. »

Lloyd se laissait aller à l’interrogatoire. Il était heureux de ne pas se retrouver seul, dans cette obscurité oppressante.

« Où sommes-nous ?

-Je ne sais pas, je viens d’arriver. »

Soudain, la lumière s’alluma, dans les cellules, ainsi que dans les couloirs. Surpris à un point, les trois prisonniers fermèrent les yeux, peu habitués à la forte lumière.

Une porte s’ouvrit automatiquement et plusieurs personnes s’avancèrent. Ils étaient habillés de noir pour certains, casqués pour d’autres et d’autres encore étaient tatoués.

« Eh bien, comment se portent nos chers prisonniers aujourd’hui ? » dit la première personne, un homme de grande taille plutôt musclé.

Les trois compagnons ne répondirent pas.

« Eh bien, pas bavard les petits oiseaux. Je m’attendais à les entendre chanter.

-Ta blague tombe comme d’habitude à plat, Bastian. »

C’était un autre homme, plus mince, avec quelques poils de barbe au menton, un foulard sur la tête et un regard moqueur qui ne présageait rien de bon. Lloyd l’aurait volontiers surnommé « le renard », à cause de son air rusé et de la forme de son visage, quasi triangulaire.

« Vous allez bien aujourd’hui les enfants ? Parfait. C’est que le chef s’inquiète pour votre santé mes petits moineaux.

-Que faisons-nous ici ? Qu’attendez-vous de nous ? » demanda Rébecca.

Le renard se tourna vers elle avec un regard de convoitise, ce qui la fit reculer.

Il s’approcha des barreaux en prenant soin de la regarder dans les yeux.

« Là-dessus, ma mésange, les deux questions se rejoignent. Vous allez nous servir à beaucoup de choses. Vous serez les jouets, les pions de notre partie de jeu de société. C’est bien comme ça qu’on appelle chez vous ? J’en frissonne déjà d’excitation. En attendant, on s’était dit que ce n’était pas très sympa de vous avoir capturé alors que vous ne nous connaissez pas. Alors si ça ne vous dérange pas nous pouvons faire les présentations.

-Tu es très imprudent, Link, de parler à des prisonniers. S’ils s’enfuient, on aura vite fait d’être localisés et capturés.

-Mais après tout, qui les croira ? »

Le renard continua :

« Je suis Link, le commandant de cette petite bande. Et voici Bastian, mon lieutenant, nos soldats, Emi, Lucinda, Maléagon, Karim, et notre mesmérienne, Thorû.

« Mesmérienne ? » se demanda Gilles.

« C’est quoi une mesmérienne ? demanda Lloyd, niaisement.

-T’es pas très futé, petit moineau. Tu n’as jamais entendu parler d’hypnotisme ?

-Euh… Si, je sais ce que c’est.

-Ca facilite les choses, et bien c’est quelque chose dans ce genre là.

-J’ai rien compris, grommela l’adolescent, tout bas.

-Un mesmérien est une personne qui pratique le mesmérisme, d’où le nom d’un certain docteur Mesmer. C’est le synonyme de l’hypnotisme, qui consiste à manipuler les gens sans qu’ils n’en aient conscience, et contre leur volonté, expliqua Gilles.

-Merci j’avais compris, lui répondit Lloyd, gêné par le fait que le garçon en savait plus que lui malgré leur différence d’âge, car l’enfant ne semblait pas dépasser la douzaine.

-Parfait, fit Link, satisfait. Et vous, aurions nous l’honneur de connaître vos noms ? Nous aurons plutôt du mal à les retenir car ici nous utilisons des noms très différents de chez vous.

«Déjà que j’arrive pas à retenir les leurs, »pensa Lloyd, passablement agacé par l’attitude de ces gens bizarres. Il avait atterri dans un monde de fous, c’était inévitable.

« Laisse, Link, retentit soudain une voix féminine, n’insiste pas, de toute évidence ils ne nous diront rien, as-tu vu comment ils nous dévisagent ? »

C’était une jeune femme brune aux yeux sombres, dénués d’expression. Elle avait la peau pâle comme celui d’un fantôme, et elle était vêtue d’un tee-shirt bourré de poches et d’un pantacourt noirs. Elle faisait peur à voir. Mais Gilles la reconnut immédiatement.

« Miracle ! Ta première longue phrase de la journée ! D’habitude tu es muette comme une carpe ! lança l’homme, hilare.

-C’est bien la première fois que tu prononces le nom d’un autre animal qu’un oiseau.

-Ha Ha, tu me fais rire, Thorû. »

La jeune femme s’approcha de lui et il se recula précipitamment.

« Si tu comptes poser un seul de tes doigts sur ma peau, je ne donnerais pas cher de la tienne à mon réveil.

-Tu aurais de toute façon été paralysée et incapable de bouger. Et puis, je n’avais pas l’intention de te toucher… »

La femme passa à côté de lui et vint s’asseoir sur une sorte de coffre de bois rare.

« Fais attention, si le chef s’aperçoit que tu t’assoies sur un de ses coffres, il fera en sorte que tu…

-Je n’ai pas d’ordre à recevoir du chef, le coupa la mesmérienne, en posant gracieusement une main sur ses genoux et une autre nonchalamment sur le bois dur.

-Elle est têtue, laisse tomber, dit une autre femme, casquée cette fois, et je crois que nous nous détournons du sujet principal, ne pensez-vous pas ? »

Elle retira son casque et une courte chevelure blonde lui descendit jusqu’aux épaules. Ses yeux étaient vert pâles, son teint clair. Un joli brin de fille. La trentaine environ, peut-être moins.

Elle se tourna vers les jeunes gens.

« Laissez-moi deviner… Alors toi, tu es Lloyd ! s’exclama t-elle en désignant le garçon aux cheveux châtains.

-V…Vous connaissez mon nom ?

-Naturellement, et vous deux, êtes… Génis et Raine !

-Génis et Raine ? C’est quoi ces noms ? s’exclamèrent le frère et la sœur, les yeux ronds.

-Oh, excusez-moi, je confondais avec vos doubles. Vous êtes bizarres, vous les passeurs, à donner des noms abracadabrants comme… Gilles et Rébecca !

-Eh !

-C’est ça ? Super, je suis une véritable devineresse !

-De premier niveau seulement, oui, railla Bastian, j’en connais qui sont mieux que toi.

-Ferme-là, gros tas de muscles, j’en connais moi aussi qui sont plus beaux que toi. »

Bastian resta de marbre, mais on sentait une lueur d’amusement dans son regard.

Soudain, une sonnerie retentit, venue de nulle part.

« Ah, on nous appelle, fit un homme, qui n’avait pas encore parlé, et qui, devina Lloyd, devait être Karim, à voir sa peau brune.

-Oh, encore une conférence ! râla la femme blonde. Je m’ennuie à mourir lors des réunions !

« Faut faire avec, ma petite Lucine, fit Bastian.

-Combien de fois t’ai-je dit de ne jamais m’appeler comme ça ?

-Pardonne-lui, Lucinda, lança une autre fille, plus jeune, qui devait être Emi, il est incorrigible.

-Nous allons vous laisser, petits oiseaux, dit Link, aux trois prisonniers. On reviendra vous chercher plus tard…

-Vous allez nous sortir d’ici ? » se risqua Lloyd.

Mais le groupe s’en allait déjà. La porte s’ouvrit lorsqu’ils passèrent et ils les laissèrent bientôt seuls. Seule Thorû, la fille brune, se retourna pour les regarder sans une trace d’émotion. Puis elle partit elle aussi.

Link revint soudain, et lança à Lloyd :

« Quant à toi on s’arrangera pour te repasser des vêtements propres. »

Le garçon devint rouge cramoisi, et se tassa sur lui-même, tandis que leurs ravisseurs s’esclaffaient de l’autre côté. Mais Gilles et Rébecca n’avaient pas le cœur à rire, eux. Le renard repartit rejoindre ses compagnons.

Les lumières s’éteignirent de nouveau, lorsque la porte se referma d’elle-même.

 

 

 -(2ème partie) Sans Lloyd

 

 

 

Colette s’écroula sur le sable, désespérée. Une bonne heure s’était écoulée depuis leur fuite du terrier. La chaleur était insupportable. La jeune fille était rouge et assoiffée. Elle ne pouvait plus marcher tellement elle était épuisée. Ils n’avaient plus d’eau et l’oasis de Triet se trouvait à quelques kilomètres de l’endroit où ils se trouvaient. Ils ne pourraient jamais parcourir toute cette distance. Ils seraient morts avant.

« Colette, encore un effort… l’encouragea Anto, qui, elle, ne paraissait pas souffrir de la chaleur malgré son âge.

-Je ne peux plus faire d’efforts, répondit la blondinette, je suis à bout. »

Puis elle éclata en sanglots.

« C’est ma faute ! s’exclama t-elle.

-Et en quoi serais tu fautive ?

-C’est ma faute si nous nous retrouvons dans cette situation, c’est ma faute si nous allons mourir, c’est ma faute si Lloyd a été capturé, c’est ma faute si…

-Du calme, Colette. Tu n’es responsable en rien de tout cela.

-Oui, arrête de faire ta pessimiste, » lança Akim.

Il rajouta :

« Chochotte. »

C’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. La jeune fille fut vers lui en quelques bonds. Elle lui cria dessus, le visage ruisselant de larmes :

« Tu ne comprends rien, toi ! Toi aussi, au fond, tu es responsable de tout ça ! Tu as abandonné Lloyd et qui sait ce qu’il subit en ce moment ?!

-Ce n’est pas ma faute si la petite étourdie que tu es n’avait pas oublié son bien si précieux. »

Il avait bien appuyé sur le « bien si précieux », faisant référence à la montre de Colette. La jeune fille serra le seul souvenir la rattachant à sa famille sur Terre. Plus que jamais elle se sentait désespérément loin d’elle.

« Et puis, s’il n’avait pas perdu son temps à discuter, il aurait eu une chance de s’en sortir. Mais non, monsieur a pensé que je n’étais qu’un gamin qui jouait avec le feu. Franchement, c’est d’une inconscience… »

Colette voulait à tout prix que quelqu’un ou quelque chose le fasse taire. Elle ne supportait plus de l’entendre. Tout ce qu’il disait la faisait souffrir à tel point qu’elle voulait mourir. Elle n’en pouvait plus.

« Et puis en même temps, il était stupide. Ce ne sera pas une grosse perte s’il succombe là où il est… »

Cette fois, elle en avait assez. Sa main partit sans qu’elle puisse la contrôler et atterrit sur la joue d’Akim en une claque retentissante. Elle ne put plus s’arrêter de pleurer par la suite.

L’adolescent resta un instant coi, incapable de réagir à ce qui venait de se dérouler, puis il porta une main à sa joue, rougie par la brûlure de la gifle. Un rictus amer se forma au coin de sa bouche et un grognement imperceptible sortit de sa gorge, qui ressemblait bizarrement à un rire. Il se retourna brusquement et s’éloigna, ne dévoilant aucun de ses sentiments.

Anto posa une main sur l’épaule de la jeune fille, mais celle-ci se déroba, et partit elle aussi dans son coin. La femme ne sut plus quoi faire. Elle comprenait la douleur de Colette. Lloyd venait lui aussi de la Terre, et sans lui, elle avait l’impression d’être la seule étrangère. Elle avait la sensation que son monde n’existait plus, mais qu’à la place elle était morte et dans un enfer dont elle ne sortirait jamais. Et pour elle, Akim et Anto étaient des diablotins venus la harceler. Et pourtant, la vieille femme le connaissait, Akim. Il avait été un adorable garçon jusqu’à la disparition de ses parents. Là, tout avait changé. Il avait fait de plus en plus souvent des escapades dans le désert. Il s’était renfermé sur lui-même, était devenu hargneux. Et pourtant, un jour qu’il errait dans Triet, il avait rencontré Arden. Un fennec blanc couleur sable clair. Il l’avait ainsi baptisé, car pour lui, l’animal avait été une porte vers le paradis, une évocation de cet Eden que le petit garçon avait tant et tant de fois recherché.

Mais voilà, aujourd’hui, tout n’était plus comme avant. L’arrivée de Lloyd et Colette avait bouleversé le cours de leur existence. Ils avaient appris des choses que les plus célèbres scientifiques de Sybak et de Meltokio auraient donné cher d’apprendre. Mais il avait fallu que ça tombe sur eux, pauvres gens, comme s’ils n’avaient pas suffisamment de soucis comme ça…

Anto secoua la tête. L’atmosphère commençait à dégénérer sérieusement. Lloyd n’était plus là, Colette déprimait et Akim et elle-même ne faisaient rien pour arranger la chose. Elle s’en voulait.

Néanmoins, elle continua sa route, précédé de son petit-fils à l’avant et suivie de Colette à l’arrière. Son cœur de personne âgée aurait dû lâcher depuis longtemps sous cette chaleur d’enfer, mais en tant qu’habituée du désert, elle était solide et pouvait marcher une journée sans s’épuiser, à condition de boire. Et là, l’eau leur faisait sérieusement défaut. Et c’était pour ça qu’ils devaient à tout prix rejoindre Triet.

Il était midi passé lorsque la jeune fille blonde s’écroula à terre, évanouie. Son cœur battait si lentement qu’Anto comprit qu’elle ne tiendrait plus longtemps. Elle avait été très rapidement déshydratée, tellement qu’il ne restait plus une seule goutte d’eau dans son corps. Sa gorge était à sec, ses yeux gonflés, sa peau fiévreuse. Ses cheveux étaient mouillés et foncés par la transpiration. Elle suffoquait. Anto essaya d’utiliser toutes les techniques de secours possibles, elle ne pouvait plus la ranimer.

« Akim… appela t-elle. Akim ! »

Mais le garçon avait une fois de plus disparu.

La vieille femme s’écroula à son tour à terre. Cette fois c’était sûr, elle ne pouvait rien faire. De plus, elle aussi était fatiguée. Si fatiguée…

Elle chercha la main de la jeune fille et la serra.

« Pardonne-moi… » murmura t-elle.

Elle sombra dans l’inconscience sans remarquer l’ombre soudaine qui s’abattait sur elles…

 

 

 

Conversation entre les personnages :

 

Link : Hi Hi…

Lloyd bis : Qu’est-ce que tu as encore ?

Link : Nan c’est juste que j’aie beaucoup aimé la scène où tu t’es lâché dessus…

Lloyd bis : Oh ça va !

Link : On peut dire que j’ai bien fait de t’indiquer qu’on allait te rapporter des vêtements !

Lloyd bis : D’accord mais c’était pas la peine de le dire devant tout le monde !

Gilles : Mais de toute façon on n’avait pas réellement le cœur à rigoler, vu la situation dans laquelle on se trouve actuellement !

Rébecca : Je plussoie.

Colette bis : Et moi qui vais sûrement mourir de déshydratation dans le désert de Triet…

Lloyd bis: Mais non Colette, tu vas pas mourir !

Gilles : Enfin bon, on passe cette conversation sur écoute et on se revoit dans le prochain chapitre de cette fan fiction. Prenez votre mal en patience d’ici là !

Lloyd bis : Mais attends on peut déjà parler de notre prochaine libération héroïque et de notre fuite dans la base poursuivis par des types bizarres et sous l’emprise de l’alcool et puis…

Rébecca :*soupire* Pour l’instant il ne s’agit pas encore de ça… 

Gilles : Et puis ce n’est pas toi qui décides du scénario…

Lloyd bis : Ben si justement puisque je fais partie des héros principaux !

Voix off : *à part* Sur le coup il n’a peut-être pas totalement tort. Allez à toutes !

 
 

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Chapitre 14: Une partie de la vérité... - par Alienor

Yuan attendit patiemment ses missionnaires dans la salle de réunion. Il avait un dernier travail à leur confier, et c’était très important.

Les missionnaires en question ne semblaient pas très pressés. Le chef des renégats n’était pas du genre à attendre et s’énerva très vite du retard du groupe qu’il attendait. Il leur avait envoyé un signal il y a dix minutes et ils auraient dû être ici depuis seulement cinq ! Il se promit de les réprimander lorsqu’ils seraient enfin présents.

En attendant, il se dit qu’il avait largement le temps d’accomplir une dernière chose.

Il s’avança vers une sorte de grand ordinateur à écran plat et appuya sur une touche. L’écran s’alluma et chargea. Yuan abrégea le chargement en appuyant sur une autre touche. Cette fois, il arriva au menu et choisit une icône qui venait de s’afficher. Une nouvelle fenêtre s’alluma et il débarqua sur une sorte de caméra qui filmait un endroit. D’habitude, c’était le travail de ses soldats de veiller sur les caméras de surveillance. Mais cette fois, c’était autre chose qu’un écran de surveillance. Oh oui, c’était autre chose.

L’image qui s’affichait montrait une sorte de salle, semblable à celle-ci, avec quelques différences près. Il n’y avait personne dans cette salle en question. Mais bientôt, la porte dans un recoin de la pièce s’ouvrit et un homme entra. Il semblait soucieux. Fatigué et soucieux. L’homme ne pouvait pas savoir qu’on l’espionnait, mais après tout, c’était mieux ainsi.

Il s’assit sur une chaise et se tint le visage entre les mains. Il était brun, les cheveux longs, plutôt beau, mai ça, ce n’était pas l’important. Il réfléchissait. Yuan savait à quoi il pensait.

« Où sont-ils passés ? Mon Dieu, ce n’est pas possible… »

Le chef des renégats s’amusa beaucoup à entendre parler l’homme. Cette évocation « mon Dieu », ça sonnait bizarre chez lui. Les croyances religieuses là-bas devaient être très différentes d’ici. En tout cas, il aimait beaucoup ce qualificatif. Est-ce qu’il aurait appelé Martel « ma Déesse ? », de son côté ? Non, sûrement pas.

Il zooma plus près et il put voir l’homme de plus près. La ressemblance était frappante, à part la couleur des cheveux et des yeux. Normal, là-bas, il n’y avait pas de demi elfes, et les cheveux n’étaient forcément pas verts ou bleus.

Il avait l’impression de se regarder dans le miroir. Il est vrai que voir quelqu’un qui vous ressemble vous aurait un peu déstabilisé, n’est ce pas ?

Néanmoins, l’homme enleva les mains de son visage pour regarder, alerté, la caméra où Yuan l’observait.

Là encore, c’était son sosie tout craché. Même forme de visage, mêmes yeux, même format de cheveux, et enfin, même façon de réagir à quelque chose.

« Qui est là ? » demanda t-il.

Yuan sursauta. Cet humain faisait preuve d’intuition à tel point que c’en était frappant. Plusieurs fois, il avait failli le surprendre en train de l’espionner. L’homme s’avançait à pas précipité vers la caméra lorsque Yuan la désactiva et éteignit l’écran, qui redevint noir.

A ce moment-là, ceux qu’il attendait entrèrent dans la pièce.

« Hey, salut, chef ! s’exclama l’homme qui était à leur tête.

-Vous en avez mis du temps ! les réprimanda le chef, en essayant de cacher son trouble, qui disparut bien vite. Cela fait un quart d’heure que je vous ai appelé il me semble ! »

Le type rit d’un rire qui déplut à Yuan. Il se demandait s’il avait bien fait de leur demander leur participation à son projet.

Mais bon, il fallait faire avec. Il posa ses mains sur son bureau et fit signe à tous de s’asseoir. Certains ne se gênèrent pas pour se caler sur la table où encore à utiliser les chaises dos au ventre. Là encore, leurs manières l’énerva beaucoup.

« Bien, commença t-il, maintenant que vous êtes tous là, nous allons pouvoir faire une mise au point… »

La blonde du groupe bâilla, et Yuan regretta presque de les avoir convoqués. Mais bon, il faut toujours supporter le pire pour arriver à ses fins.

« Nous avons ce que nous voulions, vous pensez peut-être obtenir votre part de la récompense, mais vous ne doutez pas que j’ai encore besoin de vous…

-Merci on le savait ! » tonna le chef du groupe.

Yuan lui jeta un regard lourd de sens. Voilà le problème. Link, le capitaine, semblait trop passif par rapport aux agissements de ses coéquipiers. Ils étaient tous aussi étranges les uns que les autres. Par exemple Bastian, le lieutenant quadragénaire, paraissant toujours aussi jeune pour son âge, normal puisque c’était un demi-elfe, avait un sombre passé que même Yuan pourrait comprendre. Ensuite, Lucinda, la femme du groupe. Blonde aux yeux vert pâles, plutôt jolie, qui ne se gênait pas pour se mettre en décolleté et mettre un court short qui dévoilait des cuisses costaudes, elle était humaine mais il y aurait des fois où l’on se demanderait si elle en était réellement une tellement elle était belle et insaisissable, car elle possédait le don de jouer avec le vent en courant avec, ce qui donnait l’impression qu’elle volait. Puis Karim, noir de peau et clair d’esprit. Il possédait une intelligence redoutable et calculatrice, et même s’il était frêle, ou plutôt s’il le paraissait, il pouvait porter quelque chose de très lourd et le trimbaler dix minutes sans se fatiguer. Puis Maléagon, qui ne savait pas parler. Il s’exprimait souvent en langage des signes. Et enfin Emi, qui n’avait même pas quinze ans. Elle avait des yeux légèrement bridés et une étonnante dextérité au combat. Les cheveux courts attachés en couettes derrières ses épaules, on l’aurait prise pour une pratiquante de l’art martial. Son regard affichait une telle détermination pour une fille si jeune… Et puis Thorû, la « mesmérienne » comme l’appelait ses amis. A une époque sur Terre elle aurait été envoyée au bûcher. Mais maintenant ce n’était plus le cas. Si elle n’était pas plus humaine qu’elfe, elle n’exprimait aucune émotion, si bien qu’on aurait dit un être sans vie. Si elle touchait la moindre matière vivante, celle-ci se trouvait comme anesthésiée et succombait à un coma profond, d’une durée de quelques jours ou de quelques mois, selon la solidité de la personne. C’était la plus mystérieuse du groupe. La plus dangereuse aussi. Mais de toute façon, ils étaient tous dangereux. D’une dangerosité inquiétante et efficace…

« Cette fois-ci, la mission que je vous confie ne devra pas être ratée. Il s’agit là d’une importance capitale.

-Laissez-moi deviner, le coupa Lucinda, il faut aller chercher cette fille qui manque à votre appel ?

-C’est à peu près ça, répondit le chef des renégats, un petit sourire légèrement ironique aux lèvres, mais en même temps, je ne m’inquiète plus trop pour le moment. La fille viendra à nous, de toute façon, un jour ou l’autre. C’est pourquoi je voudrais séparer votre groupe en trois parties. »

La surprise fut telle parmi les auditeurs, qu’un long silence s’abattit sur la salle de réunion. On entendrait une mouche voler, mais en ce moment, les insectes étaient absents, ce qui créait une sorte de calme gênant. Enfin, ce fut Link qui rompit le silence :

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, nous sommes peu, et si nous venons à nous scinder en trois groupes, nous ne serons que deux par partie. Et encore nous sommes un nombre impair, ce qui constitue un groupe de trois. C’est dangereux et…

-Il faut savoir prendre des risques. Vous n’en prenez peut-être pas, vous ? »

Pour la première fois, le chef du petit groupe semblait mal à l’aise, au plus grand plaisir de Yuan, car ça lui servait de leçon à son insolence, mais en même à sa plus grande inquiétude. Si les protagonistes refusaient sa proposition, il ne mettrait jamais son projet en œuvre…

Après une longue concertation, le groupe se tourna vers le demi-elfe et le chef prit la parole :

« Bon… C’est d’accord. Mais nous voudrions savoir ce que vous avez en tête, pour pouvoir nous informer. Quel est votre plan ? »

Yuan sentit un frisson de soulagement le parcourir, puis inspira un coup et se lança :

« La raison de ma proposition est simple : Je voudrais que deux d’entre vous parte à la recherche de la jeune fille. Elle doit être quelque part dans le désert, avec ses deux camarades qui l’ont caché. La seconde équipe partira à Meltokio pour régler une affaire avec l’élu de l’ancien monde de Tésséh’alla. Et enfin le troisième groupe restera ici, au cas où. Compris ?

-L’élu de Tésséh’alla ? Mais qu’a-t-il à faire là-dedans ? interrogea Bastian, avec surprise.

-Disons que j’ai un peu besoin de lui… » souffla le demi-elfe aux cheveux bleus.

Comme par le passé, songea t-il.

« Je vous laisse plusieurs minutes pour former vos groupes. Ensuite, vous vous préparerez et quatre d’entre vous partiront chacun dans une direction bien précise… »

 

L’entretien se termina bien vite. Les compagnons décidèrent ainsi : le groupe qui retrouverait Colette était composé d’Emi et Karim. Le second, celui chargé de voir Zélos, de Link et Lucinda, et enfin le troisième, qui resterait dans la base, de Bastian, Maléagon et Thorû.

Ainsi, deux groupes partirent, chacun sur un ptéroplan préparé pour leurs voyages.

D’ici là, on verrait bien ce qui se passerait…

 

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« Ca y est, elle se réveille ! »

Colette ouvrit les yeux difficilement, tellement ses paupières lui paraissaient lourdes. Elle regarda l’endroit où elle se trouvait. C’était une pièce assez sombre… Ou alors sa visibilité n’était pas au point. Mais en tout cas, il n’y avait aucun doute, elle se trouvait dans une chambre. Aux murs non tapissés. Et elle était allongée sur un lit sans drap. Et enfin, elle eut la sensation d’un liquide frais sur sa gorge, qui s’écoulait de sa bouche. Cela fit renaître un ravivant désir :

« J’ai soif… »

Elle se releva, la bouche sèche.

« Doucement, ça arrive. »

Elle sentit qu’on lui tenait le visage et qu’on l’incitait à porter quelque chose à ses lèvres. Elle ne se fit pas prier et un liquide doux s’écoula le long de sa gorge, mouillant sa langue craquelée. Elle soupira d’aise.

« Merci. »

Il faisait frais, dans cette pièce, mais dehors, on pouvait sentir le passage de la canicule récente.

« Où suis-je ?

-Dans l’auberge de Triet, nous errions dans le désert lorsqu’on nous a retrouvés. »

La jeune fille se tourna vers la femme qui lui avait répondu. Sans aucun doute, elle la connaissait. Il s’agissait d’Anto.

« Il s’en est fallu de peu, tu as bien failli y passer… Heureusement, Akim a trouvé des secours… Ne me demande pas par quel moyen… »

La jeune fille cligna légèrement des yeux, puis redemanda :

« Où est-il ? »

La vieille femme baissa la tête.

« Il flâne quelque part dans la ville, mais si tu veux le voir, je te conseille d’attendre un peu, tu dois récupérer… »

Le voir ? Akim ? Colette n’en avait aucunement l’intention. Qu’allait chercher Anto ?

« Ce n’est pas ça, je demandais juste… »

La jeune fille remarqua alors une femme au fond de la pièce, assise sur une sorte de tabouret. Les cheveux bruns attachés dans un turban enroulé sur sa tête, la peau mate et les yeux d’un bleu incroyable, elle restait un peu en retrait. Ses vêtements étaient pareils à ceux de la population locale. Lorsqu’elle sentit qu’on l’observait, la jeune femme se tourna vers elle et lui sourit, timidement.

« Voici Leïla, elle fait partie des gens venus nous porter secours, l’informa la grand-mère d’Akim.

-Enchantée, fit Colette. »

La femme se leva, marmonna quelque chose et fit un signe étrange de la main sur son front. Sur le coup, la jeune fille ne comprit pas.

« C’est un moyen de souhaiter la bienvenue. »

Anto sourit une nouvelle fois.

« Quand pourrais-je me remettre sur pied ?

-Dès que l’on jugera le moment venu. »

Colette se contenta de cette réponse, puis se prépara à rajouter quelque chose, mais se tut. Comprenant ce qu’elle désirait, la vieille dame fit un signe de tête à Leïla, qui, recevant le message, quitta la pièce en marmonnant. Puis Anto se retourna vers l’adolescente.

« Ne t’en fais pas, elle n’est pas bavarde, et est un peu étrange de temps en temps, mais elle n’est pas méchante non plus… »

Puis elle reprit :

« Tu voulais me dire quelque chose ?

-Oui… inspira Colette. Je suis désolée de vous avoir entraînés là-dedans. »

Anto ne dit rien, mais mit un poing sur une hanche.

« Encore une fois, tu n’y es pour rien. Après tout, au lieu de te faire des reproches, je préférerais encore te remercier !

-Hein ? fit la jeune fille, bouche ouverte avec une expression ahurie.

-Oui. Tu m’as appris des choses depuis ton arrivée. Avant, je pensais que nous étions tous des êtres inférieurs, comme voulaient nous le faire croire les riches nobles des terres de Tésséh’alla. Certains se battent pour prendre possession des terres de Sylvarant. Un jour où l’autre, nous allions devenir leurs serfs, puisque nous étions, d’après eux, voués à cela… »

Colette regarda son amie avec un éclair de compassion dans le regard.

« C’est la guerre depuis que ces mondes sont réunifiés. Les riches d’un côté, les pauvres de l’autre… Nous n’avions aucune chance… »

Anto regarda sa voisine dans les yeux.

« Mais toi, tu es là. Je vois comment tu es, je me rends compte comme tu es mature, comme ce qui arrive au monde, que ce soit le tien ou un autre, te préoccupe, et lorsque je te vois, je n’ai aucun doute sur le caractère de la Colette de ce monde… »

Elle reprit :

« Tu m’as redonné l’espoir, Colette. »

 

 

Il était tard ce soir et les étoiles scintillaient lorsque Colette partit s’asseoir près de l’enclos pour les animaux du voyage. Un vent frisquet secouait les branches des palmiers et s’envolait sur les toits terrasse des maisons. Il faisait doux malgré la fraîcheur nocturne, et la chair de la jeune fille frissonnait au contact de l’air froid.

Elle avait quitté sa chambre malgré les recommandations d’Anto et de l’hôtelière, qui les avait accueilli avec beaucoup d’inquiétude. Mais sentir le dehors sur sa peau l’avait trop tenté pour qu’elle reste au lit. Alors maintenant, elle se retrouvait ici.

Elle eut une pensée pour Lloyd, et une profonde mélancolie la traversa. Si au moins elle avait pu faire quelque chose pour le sauver. Mais elle avait été trop lâche pour réagir. Et Akim ne lui avait pas non plus laissé le choix…

En parlant du loup, elle entendait des pas sur le sable. Elle leva les yeux. C’était lui.

Que faisait-il ici ? Pourquoi venait-il à elle ? Ne comprenait-il pas qu’elle lui en voulait trop pour lui parler gentiment ?

Non, sûrement pas. Il s’assit à terre à ses côtés comme si de rien n’était et regarda les étoiles, comme elle.

« Derris… » murmura t-il.

Elle se tourna vers lui.

« Qu’est-ce que tu dis ? »

Elle ne voulait pas lui parler, et bien pourtant, elle le faisait…

« Derris, je disais ça comme ça… »

Ce mot disait quelque chose à Colette.

Il la regardait d’un drôle d’air maintenant. Cela avait le don de la mettre mal à l’aise.

« Dis-moi… commença t-il, soudain. T’es-tu souvent sentie mal sans aucune raison ? Enfin je voulais dire : as-tu déjà ressenti la douleur de quelqu’un d’autre sans savoir ce qui lui arrivait exactement, un peu comme si c’était empathique ?

-Pourquoi me demandes-tu cela ? »

Pour la première fois, le garçon semblait hésitant.

« Eh bien, j’ai eu l’impression à un moment donné que la souffrance que tu ressentais n’était pas la tienne, mais celle de quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu ne connais peut-être pas. »

Une lueur d’incompréhension brilla dans le regard de Colette.

« Eh bien… Ce que tu me dis est assez invraisemblable, mais il se peut que ça arrive quelquefois. Cela arrive à pas mal de personnes, non ?

-Non, justement. »

Il poursuivit :

« Non, cela n’arrive pas à tout le monde. C’est même rare. Cela n’arrive que si tu noues une réelle affection ou un lien avec quelqu’un à qui tu tiens beaucoup. S’il arrive quoi que ce soit de douloureux à cette personne, tu ressens sa souffrance…

-Tu en sais un rayon là-dessus, tu as déjà vécu cette expérience ? »

L’adolescent baissa la tête, puis souffla un « en quelque sorte » timide.

La conversation sembla s’arrêter pendant un moment. Un long silence s’ensuivit, puis Colette, un peu troublé par les paroles de son interlocuteur, changea de sujet :

« Mais Akim, dis-moi, je ne sais pas si je peux te demander ça mais l’autre jour, lorsque Lloyd s’est fait capturer, un… renégat, comme tu dis, t’a lancé quelque chose, comme quoi tu lui rappelais quelqu’un, et tout de suite après, il a dit que ce pouvait tout aussi bien être quelqu’un de ta connaissance. Sur le coup, je n’ai pas très bien compris, mais cela veut-il dire que tu avais un membre de ta famille qui avait des liens avec ces types !? »

Après un long silence gênant, où l’on put admirer le vol d’un oiseau habitué du désert, Akim lui répondit :

« Ce… je suis désolé, mais ce n’est pas quelque chose qui te concerne. Laisse-toi en dehors de ça, ce ne sont pas tes oignons ! »

Et il se leva brusquement, à la grande surprise de la jeune fille, qui tomba en arrière.

Il resta debout un instant, puis il marcha en direction de la place de la ville en lui lançant :

« Rentre à l’auberge, To s’inquiète pour toi. »

Et devant les yeux ronds de sa voisine, il rajouta en soupirant :

« Elle est insomniaque. »

Et il disparut dans la nuit sans qu’elle ait pu cligner de l’œil.

Colette resta là, et au lieu de suivre les conseils du garçon, elle se rassit sur son banc.

Ce soir-là, Akim avait dévoilé une phase de son caractère qui l’avait changé. Il n’était plus l’adolescent indifférent et mal élevé qu’ils avaient rencontré, Lloyd et elle, et il n’était pas non plus le lâche qu’elle avait cru voir à un certain moment. Il avait même dit « désolé » dans sa réponse à la question qu’elle avait posée, ce qui n’était pas dans ses habitudes, avant de se faire violence et de partir. Plus que jamais elle sentait que cet étrange adolescent de quatorze ans avait quelque chose à cacher… qu’il répugnait à avouer…

 

 

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13 novembre 2009

Chapitre 15: Un enchaînement assez brutal - par Alienor

Deux mois plus tard- Hambourg, Allemagne

 

Zack Wilder longea les quais en soupirant en continu. Il traînait là depuis des heures. Son supérieur lui avait donné l’ordre de surveiller les environs, pour éviter à des curieux de pointer le bout de leur nez. Pourtant, il n’y avait personne à cette heure de la journée. Les gens étaient trop occupés à rester cloîtrés dans leurs maisons. Cela facilitait les choses au gouvernement. Du coup, Zack se sentait un peu inutile dans toute cette affaire. Lui, ce qu’il aurait voulu, c’était se retrouver dans les premières loges pour voir débarquer ces fameux soldats japonais. Après tout, il avait joué des bras et des jambes pour faire partie de la patrouille qui les recevraient. Il avait obtenu une réponse affirmative à se demande, mais c’était seulement pour se retrouver à l’arrière-garde. Ce n’était pas une place très convoitée…

Mais bon, c’était cela ou ne pas venir du tout. Et puis, c’était aussi l’occasion de voir son chef en personne.

Le port était en effervescence. Bien qu’il y ait eu quelques problèmes, les alliés étaient finalement arrivés à destination, tous sains et saufs. Effectivement, ils avaient rencontré pas mal de tempêtes lors de leur voyage en mer. Un vent contraire les avait détournés de leur but et ils s’étaient retrouvés en pleine mer méditerranée. Des feux de détresse envoyés par le capitaine du bateau avaient aussitôt arrangé les choses : la République Italienne avaient été alertés et ils avaient été invités à accoster dans un port de leur pays. Tout de suite après, un train les avait amené en Allemagne, en passant par l’Autriche, puis ils avaient traversé le Sud du pays et étaient finalement arrivés comme prévu à Hambourg, à la seule différence que ce n’était plus en bateau. Mais bon, le résultat était le même : tout était bien qui finissait bien.

 

Personne à arrêter. Cela commençait à devenir ennuyeux…

L’homme bailla, puis regarda autour de lui. Il y avait bien quelques officiers qui couraient çà et là pour préparer l’arrivée de leurs coéquipiers, mais à part ça, tout était silencieux. L’entrée du port était vide…

Zack exécuta un pas en arrière, en direction des quais. Même s’il désertait son poste quelques minutes, son supérieur n’en saurait rien. Et puisqu’il n’y avait personne…

Zack quitta sa place et courut derrière des caisses, le temps que deux officiers passent, puis repartit sur la pointe des pieds. Enfin, le quai principal était en vue… Et on pouvait dire qu’il y en avait, du monde. A vous en boucher la vue. Le jeune gardien ne voyait plus rien. Et pourtant, les fourgons étaient là, et les soldats aussi, en chair et en os. Ils s’adressaient des poignées de mains et prêtaient l’accolade de temps à autre. A ce moment là, Zack souhaitait presque être à la place des soldats en premières loges.

Il examina les visages des étrangers un moment. Leur teint était assez blafard, et leurs yeux tirés, normal pour des japonais. Vêtus de leur uniforme local, qui symbolisait leur pays du Soleil Levant, il restaient fiers malgré tout, prêts à défendre la gloire de leur patrie.

Enfin, Zack décida de regagner sa place. Il avait déserté son poste un peu trop longtemps maintenant. Il fallait vite la regagner s’il ne voulait pas que son absence soit remarquée et que son sergent ne lui remonte les bretelles.

Il s’arrêta de nouveau devant des caisses qu’on avait amassées et qui provenait des bagages des japonais. Certaines de ces caisses contenaient les vivres qui avaient servi pendant le voyage, d’autres des draps et des matières textiles, et d’autres encore des explosifs…

Il se cacha encore derrière lorsqu’un soldat passa devant lui. Au bout d’un moment il pensa qu’il devait sortir et il se releva… pour tomber nez à nez avec un patrouilleur.

Celui-ci resta bouche bée, et Zack devina qu’il était simple soldat, comme lui, et qu’il avait à peu près son âge. Il profita de cet avantage pour lui plaquer une main sur la bouche et lui dire :

« N’alerte pas les supérieurs sur ma présence ici, d’accord ? Je rejoins mon poste. »

Et il s’esquiva, ne laissant pas le temps à son camarade de répondre.

Un peu plus tard, il regagna sa place. Il était temps. Un peu plus et sa présence dans un lieu où il ne devrait pas être était signalée.

Il fit mine de patrouiller comme s’il avait toujours été ici. Des hommes passèrent devant lui en transportant des caisses visiblement lourdes. Et puis bien sûr, aucun civile ne venait pointer son nez.

Un officier lui fit un signe de la main qui l’invitait à venir près de lui. Zack s’approcha et reçut l’ordre de garder les caisses en attendant que le soldat aille donner des ordres ailleurs.

Certaines caisses contenaient des explosifs, d’autres encore des matières textiles.

Depuis près de deux ans, le Japon entretenait une relation qui tenait la route avec l’Allemagne, aussi bien commerciale qu’amicale. En échange de soldats, le pays germanique envoyait des produits fabriqués dans la patrie, et vice versa.

Il resta debout en regardant à droite et à gauche comme tout garde expérimenté. Cela ne faisait que trois années qu’il avait intégré l’armée et côtoyé des supérieurs aussi irascibles les uns que les autres. Certains lui avaient même dit qu’il ne valait pas un clou, mais il avait tenu bon, et avait su leur tenir tête. Mais ils ne le portaient pas toujours dans leur cœur.

Soudain il entendit un bruit, comme un poing frapperait contre du bois. Etonné, il se tourna vers les caisses, car le bruit semblait venir de là. Un silence, il crut avoir rêvé, mais bientôt le bruit reprit, insistant. Le jeune soldat regarda tour à tour les caisses, cherchant laquelle faisait autant de bruit. Il l’aperçut. La boîte bougeait toute seule, comme si quelque chose essayait d’en sortir.

Ou quelqu’un…

Méfiant, il s’approcha, évitant les caisses contenant les explosifs, et s’approcha de l’objet de son intérêt.

Il s’accroupit pour l’examiner. Le bruit était de plus en plus fort, comme si la chose voulait absolument sortir.

Il décida d’ouvrir d’abord la caisse avant de sonner l’alerte, au cas où…

Il retint son souffle. Il n’y avait personne dans les parages. Il ouvrit alors la boîte.

Une chose noire en jaillit à l’instant même où il entrebâillait le battant, et il se retrouva propulsé vers l’arrière.

Il atterrit un mètre plus loin, sonné et surpris. Il se cogna la tête par la même occasion et il s’égratigna le bras en traînant contre le sol dur.

Il resta là un moment, trop sonné pour donner l’alerte. Il y avait quelque chose qui le bloquait. C’était lourd et… visqueux.

Il ouvrit les yeux, et son regard croisa celui, terrifié, d’une créature des plus sales. Les cheveux lui tombant sur le visage et le visage couvert de crasse, elle semblait presque perdue.

La première question qui passa dans la tête de Zack fut : que faisait-elle ici ?

Ses yeux bridés, bien qu’écarquillés, sa peau blanche, bien que crasseuse, et ses cheveux noirs ne laissaient aucun doute sur ses origines. Elle était japonaise, où du moins elle en était originaire. Mais que faisait-elle dans cette boîte ? Avait-elle… Zack secoua la tête. C’était complètement stupide, mais quand même…

Ils s’examinèrent un moment, l’un au dessus de l’autre, puis le jeune homme se leva brutalement, bousculant par la même occasion la jeune femme à terre.

« Mais qui es-tu et que fais-tu ici ? » lui cria t-il dessus.

La jeune fille, terrifiée, ne répondit rien, puis elle ouvrit la bouche et elle éclata en sanglots.

Là, Zack ne savait plus que faire. Voir des femmes pleurer, il n’avait pas l’habitude. La seule fois où il en avait vu une, c’était lors d’une dispute entre ses parents, il y a longtemps… Mais il n’était pas temps d’exposer les détails de sa jeunesse. Il se baissa à la hauteur de la pauvre créature et chuchota :

« Eh oh, ne pleure pas comme ça ! Si tu me dis ce que tu fais ici et comment tu as atterri là, je ne signalerai pas ta présence à mes congénères. »

A ces mots, la fille pâlit sous sa saleté. L’évocation des autres soldats devait lui faire peur.

Elle ouvrit la bouche et siffla quelque chose de presque inaudible :

« Oui, s’il vous plaît, appelez-les, faites n’importe quoi mais je veux rentrer chez moi… »

Son dernier mot fut ponctué d’un sanglot. Zack n’avait pas bien entendu la phrase prononcée et il décida de ne pas en tenir compte. Il tenta alors de la relever tant bien que mal. Ce n’était pas simple, elle était sale et repoussante. Elle sentait l’eau de cale et la sueur. Et elle arrivait à peine à se tenir debout.

Soudain, une voix retentit :

« Ca va, soldat Zack ? Un problème ? »

Zack jura. C’était le type qui l’avait surpris tout à l’heure. Luke, qu’il s’appelait.

Il s’empressa de précipiter la femme, étonnée, dans la caisse et de refermer le couvercle brutalement. C’est ce moment que choisit Luke pour intervenir.

« Alors, on ne s’est pas fait remonter ses bretelles ou bien le sergent a décidé de te coller là ? »

Il vit la tête que faisait son camarade. Un mélange de soulagement et d’étonnement.

« Et bien, tu en fais une tête. Tu as vu un fantôme ? »

Il ne croit pas si bien dire, pensa Zack.

Un silence s’ensuivit, coupé par un petit coup donné dans le bois de la caisse.

Non, pas maintenant… supplia le soldat.

Heureusement, Luke n’entendit rien. Il continuait son babillage :

« Si cela t’ennuie que je sois là, tu peux toujours me dire de m’en aller… »

Ouais c’est ça barre toi ! aurait voulu lui lancer Zack.

Mais il ne le dit pas.

« Excuse-moi, j’avais juste une petite envie de…

-d’aller voir nos chers compatriotes. Ne t’en fais pas, j’avais eu la même idée…

-Cela veut dire que… demanda le jeune homme, surpris.

-Eh bien que j’avais envie d’aller voir ça de plus près moi aussi. A la seule différence que je n’ai pas déserté mon poste, moi, puisque j’ai obtenu le poste de patrouilleur. »

« Ah ok … »pensa Zack.

« Et pourquoi tu es assis par terre, d’abord ? Tu as envie de faire bronzette ? »

Luke rit de sa petite blague pendant que son camarade se relevait, sa main appuyée sur la caisse où il avait enfermé la jeune femme dans l’urgence. Il devait s’assurer qu’elle ne surgirait pas en plein milieu de leur conversation. Elle semblait d’ailleurs avoir compris, car elle ne se manifestait plus.

« Et pourquoi ne rejoins-tu pas ton propre poste en attendant, soldat Luke ? dit Zack. Si les supérieurs te voyaient en train de faire la conversation, tu passerais un mauvais quart d’heure… »

Il se hâta de plaisanter :

« Tiens, d’ailleurs, il y a un type qui veut entrer sans se faire voir là-bas… »

Luke se retourna soudain, à la plus grande hilarité du jeune homme. Il se retourna vers lui :

« Ah, ah, c’est très drôle. Mais il est vrai que tu as raison. J’y vais fissa !

-Ouais, c’est ça, » dit son camarade, en lui adressant un sourire des plus goguenards.

Le soldat s’éloigna, et lorsqu’il fut hors de vue, Zack poussa un soupir et rouvrit le couvercle de la boîte. La jeune fille en sortit, essoufflée.

Ils se regardèrent un moment, elle, agenouillée et couverte de crasse, lui, debout et en uniforme de soldat. Il plongea dans le regard exorbité de la jeune femme.

Elle était maigre et chétive, ses yeux lui mangeaient la moitié du visage, elle avait le teint gris et blafard, et ses cheveux étaient gras et ne semblaient pas avoir connu de rinçage depuis pas mal de temps.

Soudain, la vérité sauta aux yeux du jeune homme. Et si… avait-elle accompagné clandestinement l’élite envoyée du Japon jusqu’ici ? Non… si vraiment elle l’avait fait, elle serait morte depuis longtemps…

Mais il arrivait que l’on s’en sorte au moyen d’approvisionnement. Elle devait avoir survécu grâce à ça. Tant mieux pour elle…

Mais la question était : qu’allait-il faire d’elle ? Fallait-il signaler sa présence aux supérieurs ? Ou bien… Il écarquilla les yeux à la pensée furtive qui traversa son esprit. Non, sûrement pas… l’héberger clandestinement chez lui ? Hors de question ! Il était un soldat, il ne devait rien cacher à ses généraux.

Mais en même temps, devait-il tout dire à n’importe qui ? Après tout, ils pourraient bien vouloir l’exécuter ! A moins qu’ils ne la renvoient dans son pays d’origine, ce qui serait peut-être bien pour elle…

Il s’agenouilla près d’elle et lui dit :

«Je me demande ce que je peux faire de toi… »

Soudain, il réentendit du bruit qui se rapprochait. Il se retourna, et vit les patrouilleurs et son sergent qui se dirigeaient vers les caisses.

« Merde. » se jura t-il, pour lui-même…

Il se retourna vers la jeune fille, mais celle-ci, comprenant qu’il y avait danger, s’enfermait déjà dans la caisse.

« Super ! » sourit-il.

Il se releva et se tint au garde-à-vous.

Il se tint en rang avec ses camarades et attendit les ordres de son supérieur. Celui-ci expliqua les consignes. D’abord, il fallait laisser le temps aux soldats alliés de s’habituer au décalage horaire, ensuite, pour leur faciliter leur venue, il fallait transporter leurs bagages, et les caisses ci-présentes. Zack et d’autres soldats furent désignés pour transporter les caisses. Ensuite, sous l’œil du sergent, ils se mirent au travail. Le jeune homme s’arrangea pour s’attribuer la caisse où se cachait la jeune femme. Il fallait la mettre en sécurité le plus vite possible, et ensuite remettre le carton avec les autres comme si de rien n’était. Imaginé ainsi, cela paraissait simple, mais la réalité l’était moins. Déjà, pour commencer, la caisse était trop lourde. En plus de son occupante, il devait y avoir autre chose là-dedans. Un de ses camarades lui proposa de l’aider. Il refusa poliment. Il avait suffisamment de force pour transporter un bloc, aussi lourd soit-il.

On emmena les caisses dans un fourgon, où on les enferma. Ensuite, Zack se porta volontaire pour conduire la camionnette militaire en compagnie d’un autre jeune homme, un peu plus jeune que lui, vingt ans à tout péter ( ; p).

Sur la route qui menait à la prochaine ville après Hambourg, le jeune homme se tracassa. D’accord c’était bien de vouloir aider une fille, mais qu’allait-elle devenir par la suite ? Il ne la connaissait même pas, et il était pour elle un parfait inconnu. Et si c’était une espionne ?

Peut-être pas, elle n’avait pas vraiment le profil. Mais en même temps, il ne fallait pas se fier aux apparences, c’était bien connu.

Ils arrivèrent dans la petite bourgade voisine de la grande ville portuaire. Le camarade de Zack qui jusque là n’avait pas parlé sortit de la camionnette et ouvrit le coffre, où s’entassaient les caisses. Il désigna l’entrepôt du doigt et souleva un des cartons. Le jeune soldat fit de même.

La caisse de la vagabonde était au fond, et Zack ne tarda pas à la récupérer. Il attendit que son camarade quitte l’entrepôt et y entra à son tour. Une fois à l’abri des regards, il entrebâilla le couvercle de la boîte et chuchota :

« Ne sortez pas tant que vous ne serez pas dans un lieu sûr. Vous êtes en territoire ennemi, et le moindre coup d’œil jeté dehors vous coûtera sûrement très cher. »

Il ne reçut pas de réponse, et il referma le couvercle. Ensuite, il entreposa la caisse avec les autres et rejoignit son camarade. Il était temps de rejoindre les autres et de fêter l’arrivée de leurs alliés, ou alors tout simplement d’aller dormir !

Zack préférait opter pour le sommeil. Il était dit que souvent, la nuit porte conseil. Peut-être lui dirait-elle la marche à suivre avec cette fille ?

Il la plaignit en silence (la jeune fille, pas la nuit !). Elle allait passer la nuit dans un entrepôt, enfermée dans une caisse inconfortable et trop petite pour elle, tellement qu’elle était obligée de se recroqueviller sur elle-même.

« Mais demain, je veillerais à trouver une solution pour elle, »pensa le jeune soldat.

Et déjà, la meilleure chose de faite pour elle, ce serait un bon bain…

Zack poussa un soupir. Décidément, elles lui tombaient toutes dans les bras. Il parlait des femmes, bien sûr. Jeunes ou vieilles, riches ou pauvresses. Et on dirait qu’il n’avait jamais le choix avec elles… Tant pis.

 

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Deux mois s’étaient écoulés depuis que Génis et Raine étaient revenus bredouille au village d’Isélia. Deux mois durant lesquels l’inquiétude s’était propagée. Deux mois pendant lesquels Colette avait préparé son pèlerinage, et Lloyd son anniversaire.

La jeune ex-élue avait quitté le village avec sa grand-mère le mois dernier. Personne, à part Génis, Raine, quelques autres demi-elfes et eux étaient au courant pour le problème de mana anormal réuni dans l’air. Le jour de son dix-huitième printemps, Lloyd avait soufflé ses bougies devant seulement quelques personnes : Dirk, Génis, sa sœur, Préséa et Régal qui avaient accepté de venir de bon cœur. Quant aux autres, Colette était partie, Sheena avait disparu et Zélos n’avait plus redonné signe de vie depuis la dernière fois à Triet. Et Kratos… Il n’était plus là pour lui, maintenant. Ils ne pouvaient plus que se regarder à travers le ciel, désormais… sans se voir.

 

Des cris et des chants se firent entendre de la cabane du nain Dirk, et des ovations par la suite.

Les bougies désormais fumantes du gâteau d’anniversaire de Lloyd se dressaient fièrement au centre de la petite table qui servait d’habitude de support pour forger les armes de Dirk.

Le gâteau avait magnifiquement été préparé et décoré par Génis, aidé par Raine qui avait proposé fièrement sa participation (entre nous, on peut imaginer qu’elle n’a rien fait hein, surtout si le gâteau est prétendument délicieux, comme il est dit dans le texte !^^). Avec le temps, elle avait pris des cours de cuisine et s’était beaucoup améliorée (ah !^^). Ses plats étaient meilleurs, quoi qu’un peu trop salés pour certains d’entre eux.

Enfin, au lieu de parler cuisine, revenir à l’essentiel : les chants de bon anniversaire cessèrent lorsque Lloyd ouvrit ses cadeaux. Le premier était celui de Génis. Il s’agissait en fait de bracelets, que le jeune garçon qualifiait « de liens ». Il y en avait huit, un pour chaque membre du groupe. L’un d’eux était pour Lloyd, les autres étaient attribués aux camarades. Il s’agissait en fait surtout d’un cadeau de groupe.

« Ces bracelets nous permettent de rester en contact malgré la distance. Ainsi, lorsqu’on voudra se communiquer des informations utiles, nous pourrons le faire par l’intermédiaire de ces bracelets. Pratique non ? »

Le demi-elfe était tout fier de sa surprise.

« Et ils viennent d’où ? » demanda son ami, curieux.

Génis sifflota en agitant l’index.

« Il ne faut jamais demander la provenance ou le prix d’un cadeau, Lloyd. A l’avenir, tu t’en souviendras. »

Le jeune homme baissa la tête, un peu honteux, à la grande hilarité de tous les invités.

Le second cadeau était de Raine. A la grande surprise du jeune adulte qu’il était devenu désormais, qui croyait qu’il allait sûrement recevoir des manuels de vacances de maths, il s’agissait en fait… d’un livre de mythologie, de la guerre de Kharlan jusqu’aux légendes les moins connues.

« Bon, pensa Lloyd, elle a sûrement déniché ça chez un antiquaire, mais du moment que ce n’est pas ce que je redoutais… »

Il remercia chaleureusement son professeur préféré (Lloyd : hé !  Moi : Bah quoi ? XD), et passa au cadeau suivant, celui de Préséa.

Enfin, quand tous les cadeaux furent ouverts, on put examiner celui de Colette. Lloyd le gardait toujours attaché à son poignet gauche, à l’emplacement précis de son exphère.

Génis lui fit remarquer qu’il allait le froisser s’il continuait ainsi et détacha le ruban mauve. Les grelots tintèrent, produisant un son cristallin. Le demi-elfe l’étudia un instant et secoua encore les grelots. Le même son se produisit.

« C’est dommage qu’il ne vente presque jamais ici, soupira t-il.

-Que veux-tu dire ? demanda son ami.

-J’ai lu quelque part que ces bijoux étaient assez rares et qu’on ne les trouvait qu’à Asgard, dans une petite boutique gérée par une famille d’apparence modeste. Leurs objets se vendent chers, et personne ne rentrent jamais chez eux, car ils sont trop pauvres pour acheter des bibelots qui coûtent les yeux de la tête. Mais ils sont incroyablement riches, paraît-il, depuis la réunification des deux mondes, car les nobles de Meltokio viennent en masse dans la cité du vent, qui est très touristique…

-Oui, bon, maintenant viens-en au fait, s’impatienta le jeune homme.

-…Il paraît que les jours de grand vent, quand on fait tinter ces grelots, ils produisent une mélodie douce et très belle à entendre. C’est pour ça qu’on les fabrique à Asgard. Colette a vraiment eu une idée très originale, en t’offrant ceci. C’est un porte-bonheur. »

Lloyd regarda le tissu. Colette avait donc poussé son affection jusque là, pour lui offrir ça ! Mais comment avait-elle pu se procurer quelque chose d’aussi difficile à avoir ?

Il eut soudain un sourire subit. Mais évidemment, considérée en tant qu’Elue de la Régénération, Colette n’avait eu aucun mal à s’attirer les faveurs des vendeurs.

Puis il rougit. En même temps, ce n’était pas bien de vouloir connaître la provenance des cadeaux, Génis le lui avait dit.

Le jeune garçon lui lança un regard malicieux.

« Il paraît que c’est un cadeau très recherché à offrir à son amoureux le jour d’une Saint-Valentin… »

Lloyd rougit jusqu’aux oreilles, tandis que les rires de ses camarades se faisaient entendre.

 

Le gâteau fut ingurgité en un rien de temps, et les amis se rendirent dehors, où ils retrouvèrent Noïshe. Le ciel était bleu, et les effets de la condensation de mana ne se faisaient pas trop ressentir. Mais il fallait rester prudent.

Le soir arriva vite, et, l’un après l’autre, les invités s’en allèrent. Régal d’abord, car il avait sa société à gérer, et beaucoup de travail. Il dit avoir été heureux de partager cette journée avec le jeune homme. Raine ensuite, car elle avait des choses à faire. Elle autorisa Génis à rester encore un peu, au grand bonheur de celui-ci. Préséa parla un moment avec les deux amis, un sourire charmant sur ses lèvres, ce qui avait le don de faire fondre Génis, qui rougissait de temps en temps. Elle avait des choses à leur dire, à propos de son malaise passager à Ozette. Mais elle préféra taire ce détail. Elle leur confia juste que les travaux de reconstruction avançaient bien, et que bientôt la ville en ruine ne serait plus qu’un souvenir.

Puis elle s’en alla, promettant de donner de ses nouvelles dès que possible.

Il ne resta que Génis, qui partit s’asseoir sur le petit banc en bois de la maison de Dirk, où de là, on pouvait apercevoir le couchant. Une lueur passa dans son regard.

Dirk repartit travailler, et Lloyd rejoignit son ami.

« Qu’est-ce que tu as, tu as l’air triste… »

Le demi-elfe leva un peu plus la tête, mais ne répondit pas, puis il détourna son regard du ciel pour observer le jeune homme.

« Je m’inquiète un peu, c’est tout. Pour Colette, Préséa et… tout le monde. »

Lloyd observa son ami :

« Tu sais, Génis, si ça se trouve, c’est la nature qui veut ça…

-Pour un humain, c’est sûr, mais les demi-elfes comme moi ont par contre décelé une anormalité. L’autre jour, on est revenus les poches vides de Triet, et toutes les informations qu’on a récoltées, c’est cette histoire d’imposteurs… On ne nous laissera donc jamais en paix ?

-Tu parles de cette histoire avec cette visite chez la voyante ? Voyons ! Tu sais bien que Colette et moi ne poserions jamais les pieds chez cette folle. La dernière fois qu’on est allés la voir, on avait allégé nos portes-monnaies… 

-Effectivement, je me souviens de ce coup-là… »

Les deux amis pouffèrent, puis le garçon aux cheveux argentés reprit, l’air grave :

« J’ai aussi repéré quelque chose qui n’allait pas chez Préséa. Il m’a semblé qu’elle voulait nous dire quelque chose, mais elle s’est abstenue. Et Zélos… Plus de nouvelles depuis deux mois ! Autrement dit la dernière fois qu’on l’a vu…

-La disparition… de Sheena lui a porté un coup, sûrement… Il doit avoir envie de disparaître de notre quotidien pour un moment.

-Espérons qu’il n’aurait pas une idée derrière la tête…

-Pour l’instant, oublions ça. En tant que héros, on a nous aussi besoin de repos, qu’en dis-tu ? »

Génis se contenta de sourire à son ami, puis il se leva, salua son camarade et s’en alla chez lui.

Après quelques aux revoirs, le jeune homme se rassit sur le banc et ferma les yeux. Et, tout au fond de son âme, il pensa à Colette…

 

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La caravane qui transportait les pèlerins s’arrêta pour la nuit, et chacun prépara couvertures et s’approvisionnèrent en nourriture. Phaidra Brunel, allongée sur un petit matelas, s’assoupit peu après. Colette resta seule éveillée. Sur le chemin qui les menait à Triet, elle commençait à se sentir de plus en plus mal, comme si la douleur venait de là. Elle se demandait si ce n’était pas à cause du comportement bizarre du mana. Mais Génis avait assuré qu’étrangement, il s’était déplacé, il ne savait pas exactement où. Mais cela n’arrangeait pas le fait qu’elle était malade, et le pèlerinage qu’elle avait mis tant de soins à préparer ne lui était pas d’un grand secours, finalement. Mais on n’était qu’au début du voyage, c’était tout à fait normal. Mais Martel aurait bien pitié des protecteurs de l’arbre de Kharlan, ainsi que de leurs descendants, à qui reviendrait la charge d’accomplir les actes de leurs aînés.

Une silhouette furtive s’assit à côté d’elle. Etonnée, elle se détourna de ses pensées, et regarda le nouvel arrivant. C’était un jeune garçon. La jeune fille ne se souvenait pas l’avoir vu parmi le groupe de pèlerins. Il n’en faisait pas partie. Que faisait-il ici alors ?

« Qui es-tu ? »demanda t-elle.

Le garçon ne se retourna pas vers elle, mais répondit d’une manière un peu étrange à sa question.

« Je pensais que ton reflet te le dirait… Mais à ce que je vois, vous n’êtes liés que par la distance… »

Puis il se leva et s’en alla, laissant Colette perplexe. C’était qui ce type ? Qu’avait-il voulu dire ?

Il avait disparu. Elle en conclut que c’était un jeune fou.

 

Dans la soirée, elle repensa à l’étrange garçon. Il lui rappelait soudain quelque chose, elle ne savait plus quoi, ou bien quelqu’un… mais qui ?

Dans l’obscurité de la nuit tombante, elle n’avait pas vraiment aperçu son visage, mais elle était persuadée qu’elle avait déjà rencontré quelqu’un qui lui ressemblait, mais elle ne savait plus qui exactement.

C’était l’évidence, en plus. La vérité lui sautait aux yeux, mais elle ne la voyait pas.

 

Ce soir-là, elle pensa très fort à Lloyd. Rien que son image lui donnait l’envie de continuer. Car elle savait que la régénération du monde ne se tenait pas uniquement à la résurrection de l’arbre sacré, mais aussi à aider les gens à retrouver leur chemin dans cette nouveauté qui s’offrait à eux…

 

La nuit s’écoula lentement, et de là où elle était, Colette pouvait distinguer les constellations. Elles prédisaient que quelque chose de nouveau allait bientôt arriver, bientôt…

 

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« Et c’est parti ! »

Akim, un grand sourire qui en disait long sur le visage, mit ses poings sur ses hanches.

« Cette fois papa, je tiens le secret ! »

Ses yeux emplis d’une joie étrange, il s’assit sur le sable du désert, Arden sur ses genoux, et regarda lui aussi les constellations, qui lui faisait la promesse s’une victoire proche.

 

----------------------------------------

« On devrait bouger un peu, j’en ai marre d’attendre ! » se plaignit Bastian.

Il ne se reçut qu’un vent de la part de ses camarades.

« Je me demande pourquoi on m’a flanqué avec des moulins à paroles comme vous… grommela t-il.

-Peut-être parce que tu en dis trop à chaque fois, dit Thorû, les bras croisés.

-Pour une fois que tu dis quelque chose toi… »

Maléagon fit un grand signe de la main, qu’on traduisit par «nous ne sommes pas là pour bavarder. »

-C’est bien le cas de le dire avec toi. »

Bastian se leva de sa chaise et alla bouder du côté de la fenêtre, tandis que ses deux camarades se lançaient des regards un peu amers.

« Bon moi, je sors, et vous savez où me trouver, si vous me cherchez… »fit-il, finalement, en ouvrant la porte et en la claquant derrière lui.

Les deux compagnons restants se regardèrent un moment, puis soupirèrent et vaquèrent à leurs occupations chacun de leur côté.

 

-------------------------------------

Yuan resta pensif un moment, assis devant son bureau. Les bras croisés, il attendait. Quoi exactement ? Il l’ignorait lui-même. Mais depuis quelques temps, il ressentait au plus profond de lui une sorte d’étau. Quelque chose d’indéfinissable, qui lui donnait la nausée depuis quelques temps. Même s’il n’avait pas le temps de s’en soucier, cela le mettait en rogne depuis un bout de temps.

Pour un Ange qui n’était pas censé réagir à la douleur, il était un cas plutôt particulier, et ce n’était pas qu’il en souffrait, au contraire il s’en accommodait fort bien, mais il trouvait cela anormal.

On frappa à sa porte et il cria, quoi qu’avec énervement, qui était là.

Un garde entra, droit comme un I.

« Chef, je suis là pour vous apporter des nouvelles.

-Bonnes ou mauvaises ? » s’impatienta le chef des Renégats.

Ignorant sa question comme si on ne la lui avait jamais posé, son subordonné répondit :

« Nous avons repéré une piste pour le Reflet de l’Elu de Sylvarant. Bien entendu il nous reste encore à la confirmer. Et les prisonniers ne tiennent plus en place. Ils ont manqué d’assommer un des nôtres… »

Yuan soupira.

« Qu’on les fasse venir. »

Le garde, même sous son casque, ne cacha pas sa surprise.

« Mais… chef, ne pensez-vous pas que…

-J’ai dit : faites-les venir. C’est un ordre. Oseriez-vous contester mes ordres, soldat ? »

La soldat s’inclina en marmonnant un vague : « ainsi sera fait », et s’en alla dans le couloir.

 

Quelques minutes plus tard, ses trois captifs étaient dans son bureau, et étaient tendus, méfiants.

Lloyd était le plus tendu, car ce n’était pas la première fois qu’il était venu ici. Il pensa à Colette, et pria pour qu’elle s’en sorte au plus vite. Cela ne lui ressemblait pas de prier. Après tout il n’était pas très croyant… Peut-être la jeune fille lui avait-elle refilé ses manières pieuses.

Rébecca et Gilles, eux, détaillaient soigneusement les lieux, sur la défensive comme leur compagnon. Jamais ils n’avaient vu pareille technologie, pas de leur connaissance en tout cas. C’en était effarant. Sur Terre, on fonctionnait encore à la vapeur, mais ici, tout marchait à l’électricité. Ils n’avaient jamais vu ça.

Yuan sourit en les voyant aussi agités, et se racla la gorge pour attirer l’attention. Son regard et celui de Lloyd se croisèrent un moment. Celui-ci le regardait avec hargne. Il lui renvoya une grimace ironique, se souvenant bien du coup de pied qu’il lui avait balancé. Il se vengerait un bon coup de ce coup dur, mais pas maintenant. Ils avaient des choses plus importantes à faire.

« Bien, je suppose que l’un de vous me connaît déjà, sourit le chef des Renégats, en faisant allusion à Lloyd.

Le frère et la sœur jetèrent un regard en coin au jeune homme, qui serrait le poing comme s’il voulait l’envoyer dans la face de ce type. Puis ils le détournèrent de nouveau en direction de Yuan.

« …Bien, nous allons pouvoir commencer… » fit-il, sans manquer d’humour pour une fois.

 

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Pourquoi les réactions d’Akim au fil de l’histoire sont-elles si étranges ? Que sait-il au sujet des Reflets ? Cache t-il un secret ?

 

Ces questions sans réponse seront dévoilées dans les chapitres qui vont suivre. Si jamais  on les élucide…

 

Akim : enfin ça devient intéressant ! Depuis le temps que je rêvais d’être le centre de l’attention !

 

Colette bis : je m’excuse mais tu l’es depuis un bon moment déjà…

 

Akim : n’a fout !

 

Petit gag- Extrait de texte :

 

Yuan sourit en les voyant aussi agités, et se racla la gorge pour attirer l’attention. Son regard et celui de Lloyd se croisèrent un moment. Celui-ci le regardait avec hargne. Le frère et la sœur jetèrent un regard en coin au jeune homme, qui serrait le poing comme s’il voulait l’envoyer dans la face de ce type.

 

Lloyd bis : j’vais t’buter ! 

 

Yuan : bah essaie toujours je suis entouré de gardes là ! Donc si tu veux finir en carburant pour ptéroplans… (note : expression dérivée de « pâtée pour protozoaire »)

 

Lloyd bis : Gros lâche…

 

Voix off : bah dans ce sens là c’est pas compliqué de savoir qui va remporter la partie…

 

Et yeap ! Vivement le prochain chapitre !

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Chapitre 16: A la recherche de traces- par Alienor

« Comment ça elle n’est pas repassée ici ! »

Zélos, visiblement en rogne, s’adressait à Tiga d’un air menaçant.

Celui-ci, en tant que chef adjoint, se montra digne, et ne laissa pas libre place à ses sentiments. Il se contenta de hocher la tête :

« C’est exact. Nous l’avons envoyée en mission avec plusieurs de ses camarades, sur ordre d’un commanditaire anonyme. Elle tenait à se porter volontaire à cette mission…

-Et il ne vous est pas venu en tête de refuser ?!

-Elu, nous ne pouvions pas prévoir. Sheena est avant tout une ninja, et la nouvelle chef de notre village. Nous n’avions aucune raison de nous opposer à ses décisions. »

Tiga ne céda pas une seconde. L’hystérie du jeune homme était bel et bien visible, et il ne tenait pas à la cacher. Il était entré en trombe dans le village, désarmant les soldats qui gardaient l’entrée avec beaucoup de facilité, et l’avait traversé jusqu’à la maison du chef. Déjà, son manque de courtoisie et de respect pouvaient passer pour choquant aux yeux des habitants du village qui s’étaient rassemblés devant la maison du chef, non par curiosité, mais par inquiétude et solidarité pour le chef adjoint, qui devait affronter seul cet homme enragé.

 

Zélos bouillonnait sur place. Mais où s’était-elle fichue bon sang ?! Et puis c’était qui ce commanditaire « anonyme » ? Et pourquoi tenait-elle à y aller ? Des fois Sheena pouvait être une vraie tête de mule, mais alors là… La colère aveuglait ses yeux emplis de brume indéfinissable. On le sentirait prêt à frapper quelqu’un !

Tiga, toujours impassible, observa ce jeune homme. Connaissant Sheena, elle était réputée pour beaucoup de ces absences prolongées, mais au final, elle revenait toujours. Et c’était ainsi avec tous les guerriers du village, excepté un certain Kuchinawa… Bref, personne ici ne s’inquiétait vraiment.

Le rouquin avait du mal à comprendre la mentalité de ces gens-là. Et à vrai dire, il ne les avait jamais compris eux-mêmes. Ils semblaient si insouciants… Et ça Zélos détestait ce genre de choses, comme si c’était un évènement qui se produisait tous les jours. C’était un être humain quand même ! Mais alors là…

Puis, ses épaules se rabaissèrent. Bien que toujours en colère, le jeune homme essayait de se calmer un peu, et se montra plus respectueux vis-à-vis du chef adjoint.

« Et qui était ce « commanditaire anonyme » ?

-Nous n’en avons aucune idée. Un garde est venu ici et nous rapporté un simple billet. Il a patienté et est reparti avec notre accord. Enfin, l’accord du chef Igaguri, Sheena et moi-même. Une heure après notre groupe de meilleurs guerriers est parti vers l’Est. Mais ils reviendront vite, et nous le saurons. Nous n’avons fait que notre travail.

« Vous a-t-elle dit seulement quand elle reviendrait ?

-Non. Nous ne précisons jamais. Nous sommes libres de profiter du temps qu’il nous plaira… »

Puis le regard de Tiga s’assombrit.

« Veuillez vous en aller, à présent. Nous avons à faire. »

Sa hargne revenue, Zélos tapa du pied par terre et regagna la porte d’entrée, ouverte à la volée, et laissa tomber une poterie du style asiatique qui se brisa par terre. Les ninjas qui gardaient l’entrée de la maison se reculèrent sur son passage, le dévisageant d’un air accusateur et hostile. Il ne leur rendit pas un seul regard. Et c’est dès qu’il fut sorti du village qu’on renforça la protection de l’entrée. Il n’était plus le bienvenu pour un bon moment. Mais il n’en avait rien à fiche.

Il n’était pas plus avancé non plus avec les informations qu’il avait récoltées…

« Vers l’Est. Hum… voyons voir ça. »

C’était la seule indication qui le renforçait dans ses recherches. Alors autant aller voir…

 

Mais alors qu’il se dirigeait vers son ptéroplan, posé sans ménagement au beau milieu de la prairie avoisinant Mizuho, il entendit un bruit, lointain mais tout à fait accessible à ses oreilles. N’ayant pas perdu ses sens d’Ange, il pouvait même en avoir l’utilité à loisir quelquefois (du genre écouter les filles chanter sous la douche), mais c’était rare…

Méfiant, il ne se retourna pas, et le bruit reprit de plus belle, de plus en plus proche. Il porta la main à son épée pour avoir le temps de dégainer si c’était un ennemi.

Une forme sombre atterrit sur ses épaules, et il s’écroula à terre sous la lourdeur de la chose. Il se retrouva à mordre la poussière. Un ennemi ?! Ici ?!

« C’est drôle de surprendre les gens de cette manière, tu trouves pas, Link ? » fit une voix rigolarde et féminine, juste au dessus de lui.

Une autre forme atterrit en face de lui, où plutôt de sa tête, vu qu’il était plaqué au sol par une autre masse lourde, mais mince.

« Tu aurais pu attendre, Lucy, je n’ai même pas eu ma part encore ! » fit la forme, plutôt masculine cette fois.

Des rires se firent entendre, puis celui qui semblait être l’homme s’agenouilla en face de lui, et lui prit le menton entre son index et son pouce, relevant sa tête vers lui.

Le physique de cet homme était un peu étrange. Visage triangulaire, regard rouge et rusé et cheveux hérissés sur la tête. Il avait l’expression d’un renard.

« Depuis le temps qu’on te cherchait. Tu t’imagines pas combien tu nous en as donné, du fil à retordre ! On t’en veut un peu pour ça, mon pote. »

Le visage de la jeune femme qui le retenait prisonnier apparut à l’envers dans son champ de vision.

« Mais finalement, on t’a retrouvé, poursuivit-elle, d’un ton mielleux, et on te remercie bien gentiment de ne pas être allé plus loin.

-Il en a fallu du flair, pour retrouver ta trace, » termina son voisin, en tapotant son nez.

La tête de Zélos tournait. Il ne savait plus où il en était. Il tenta de se débattre. Mais la fille était forte. Elle continuait sa prise de judo sans céder.

« Mais vous êtes qui… enfin ? » parvint-il à demander.

Ses deux agresseurs rirent un bon coup avant de s’exclamer, en parfaite synchronisation et à tue-tête :

« Commence déjà par dormir et on verra après ! »

Il sentit quelque chose de piquant sur son bras et le sommeil le prit brusquement, l’entraînant dans des abîmes si profonds qu’il ne put pas résister et sombra.

 

Il se réveilla avec un violent mal de crâne. Sonné il se leva et vit qu’il était dans une grotte. Comment avait-il atterri là ? Il explora l’endroit, hébété. Où l’avait-on emmené ?

Instantanément les souvenirs lui revinrent. Alors ça c’était la meilleure ! Lui, le grand, le splendide, le chevalier servant de ces dames (enfin, bon) avait été kidnappé ? Quoique « kidnappé » eût été un mot difficile à avaler.

Il bafouilla quelque chose qu’il ne comprit pas lui-même, et se leva.

Une sorte d’objet tombant non identifié lui atterrit sur la figure, et il se retrouva de nouveau à terre, encore plus K.O. que jamais.

Il entendit alors des éclats de voix, et envoya la sorte de « truc » visqueux faire connaissance avec un mur, puis il se mit debout et commença à crier :

« S’il s’agit d’une blague, messieurs OU mesdames, cela ne me fait pas rire du tout ! »

Il y eut un silence, puis un bruit bref derrière lui. Il se retourna et aperçut les deux personnes qui s’étaient jetées sur lui, côte à côte, avec un air espiègle qui ne lui plût pas du tout.

« Barre le « mesdames », je suis seule et je ne suis pas mariée, rétorqua la femme, une grande blonde costaude.

-Personnellement on aurait bien aimé que ça soit une farce, mais on t’aurait pas emmené ici pour des histoires de gosses, fit l’homme à tête de renard, le seul des deux dont il avait reconnu le visage. En tout cas, content de voir que tu es enfin réveillé mon gars. Tu peux pas savoir comme tu nous as fait poireauter pendant des heures à ronfler comme un… enfin bref. »

Il s’approcha de Zélos pour lui poser une main sur l’épaule, mais celui fit mine de se dérober à son contact.

« Ca n’explique pas la façon dont vous m’avez attaqué ! Vous…

-Avouons qu’on aurait pu procéder de manière bien plus douce, mais de toute façon ç’aurait été l’un ou l’autre on savait que tu allais refuser. Et on n’avait pas vraiment le choix après tout…

-Pourquoi vous-en êtes vous pris à moi ? »

Un long silence répondit à sa question, méditatif, puis un raclement de gorge et la voix de la femme qui s’éleva, grave mais moqueuse :

-A l’origine on ne se serait pas intéressés à ta petite personne, mais il a fallu qu’on se fasse embaucher par un type de ta connaissance, selon nous, qui voudrait conclure un marché avec toi. On ne sait pas encore dans quel but, mais notre mission est de t’amener à lui. »

L’ex-élu fronça les sourcils, et parut réfléchir.

« Aussi, continua l’homme, si tu refuses, nous n’aurons aucune pitié. Ton rôle dans une histoire que nous ne comprenons pas, vois-tu, semble tenir très à cœur à notre patron, si on peut dire que c’est notre chef.

-Et qui est-il, ce chef ? »

Un sourire malicieux apparut sur le visage de ses deux interlocuteurs.

« Ce serait d’autant mieux que tu viennes avec nous. Tu aimes les surprises, n’est-ce-pas ? »

Zélos ne dit rien, et il songea au danger que cela représentait pour lui s’il suivait ces deux étrangers. Puis il se dit qu’il verrait bien le moment venu. Il n’avait pas prévu cette partie du voyage. Il devait avant tout retrouver Sheena. Et il devait faire vite. Puis, décision vite prise, il décida de suivre ces deux-là. Si ça se trouvait, il n’en récolterait que de meilleures informations.

« Bien, fit-il, finalement. Ma décision est prise.

-Alors ? demanda Link, sournois.

-Je vous suis, à la condition de connaître vos noms, et que vous me dites ce que votre patron attend de moi. »

Le sourire des deux inconnus s’élargit.

« Nous pouvons te délivrer la réponse à une seule question. La seconde, tu la sauras en temps voulu. »

Et, en parfait acteur de théâtre, il annonça, d’une voix gutturale :

« Je suis Link, et je te présente…

-Lucinda, termina la jeune femme.

-Voilà, maintenant rejoins-nous. Nous avons un moyen de transport tout particulier pour toi. »

Et Zélos, soucieux, suivit, le pas incertain, ses deux ex-ravisseurs, en ayant une pensée pour ses compagnons, puis en songeant à ce que l’avenir lui réservait, s’il arrivait à tenir la route jusqu’au bout.

 

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« Hé ! Elle est marrante ta bestiole ! »

En entendant ces mots, l’animal, une sorte de chat sauvage aux oreilles tombantes de lapins, ronronna et se cala contre le coup de sa nouvelle maîtresse.

Laya eut un petit sourire, qui se transforma en grimace lorsque la longue queue noire de la « chose » se serra autour de son cou.

« Plus tu dis ça, plus elle ronronne, donc moins je respire… Arrête de répéter ça s’il te plaît !

-Ah Ah ! »

Matthew fit un large sourire et frotta le sommet du crâne de l’animal entre les deux oreilles.

« Qu’il est beau ! Et il a la classe avec son petit truc blanc sur le front. Qu’est-ce que c’est ? »

Laya fronça le nez tandis que la bestiole se lovait un peu plus sur sa poitrine.

« Elio et moi, nous n’avons pas eu le temps de bien regarder, mais il a pensé qu’il s’agissait d’une pierre précieuse. Bizarre que ça se trouve sur le front de cette bête. Je ne sais pas comment elle a reçu ça. En ce moment on est en train de chercher.

-Quand est-ce que tu l’as trouvé ?

-Il y a deux jours. Le soir pour tout te dire.

-Hum… »

Les deux amis étaient tous les deux seuls sur le banc, en cette fin d’après-midi. Le soleil déclinait sur l’horizon, et Laya racontait à son compagnon comment elle avait rencontré le petit animal qui se nichait contre elle au fur et à mesure qu’elle racontait son aventure.

 

****************

 

« J’ai senti qu’il y avait quelque chose, cachée dans un fourré, » répondit Laya, à la question d’Elio.

Elle se leva, tout en douceur, tandis que son tuteur fronçait les sourcils, comme il le faisait chaque fois que quelque chose le tracassait.

« Qu’est-ce que cela peut-il bien être ? demanda t-elle.

-Laisse-moi voir. »

Et il la laissa sur place, se dirigeant vers les buissons qui bordaient la maison. Puis, après quelques minutes de recherche, il revint bredouille.

« Il n’y a rien, tu as dû halluciner, lui fit-il remarquer.

-Mais j’étais pourtant sûre d’avoir aperçu quelque chose, juste ici… Tu dois me croir… »

Soudain, un buisson remua brusquement, et une chose toute noire en surgit comme une ombre, avant d’atterrir sur le toit et de dégringoler sur la façade. Les deux compagnons regardèrent ce spectacle avec stupéfaction, puis la chose noire tomba comme une pierre, et atterrit sur la terrasse de la maison, où ils étaient installés tous les deux.

D’abord stupéfaits, les deux compagnons virent une sorte de chat noir aux yeux rouges et oreilles tombantes tituber sur ses quatre courtes pattes. Puis elle poussa un couinement proche du miaulement et se mit en position d’attaque.

Laya comprit immédiatement qu’elle allait bondir sur eux, et elle se prépara à se défendre.

Mais la bestiole ne fit pas attention à elle. Son attention se reportait à Elio, qui sembla soudain mal à l’aise. Et elle bondit…

La jeune femme se prépara à contrer l’attaque de la bête…

… lorsque celle-ci atterrit sur la tête de son soigneur et s’y accrocha tandis que celui-ci se débattait pour la déloger. Mais elle tint bon.

Laya s’arrêta, stupéfaite. La bestiole s’était soudain accroupie et s’était penchée pour lécher la figure du vieil homme. Celui-ci ne savait plus que faire. Il était un peu perdu.

Et puis soudain, elle éclata de rire. Comme elle ne l’avait jamais fait.

 

****************

 

« Et ensuite ?

-Quoi ensuite ?

-Qu’est-ce que vous avez fait ? »

Laya eut un sourire qui en disait long.

« Eh bien… pour commencer, après une bonne crise de fou rire, nous nous sommes chargés de le détacher de la tête d’Elio et de l’emmener dans la maison, pour nous charger de lui…

-Permets-moi de t’interrompre… C’est un mâle ou une femelle ?

-Ah ça… Nous n’avons pas encore déterminé… Mais Elio dit qu’il se chargera de connaître le sexe de cet animal. »

Matthew fut pris d’un petit rire qui réussit à faire tirer un sourire en coin à Laya.

« Ah… les joies de l’adolescence…

-Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

-Oh, c’est juste comme ça… »

Le jeune garçon fronça les sourcils, puis il tendit ses jambes pour s’étirer.

-Tu lui as trouvé un nom ?

-Pas encore… »

Sa bouche trembla un peu.

« Il faut que j’y réfléchisse. »

Puis elle sauta de leur banc et observa le crépuscule, au loin, qui disparaissait lentement.

« Il faudrait rentrer, tu ne crois pas ?

-Peut-être… »

Elle se tourna vers lui.

« Hum…

-Ah… euh, je te suis. »

Et il sauta du banc à son tour et atterrit dans une flaque de boue, ce qui le fit rire, puis il sautilla à la suite de la jeune femme, heureux d’avoir passé une aussi belle journée.

 

Mais les deux compagnons avaient oublié un détail. Une anomalie se détachait dans le cadre de cette belle journée ensoleillée, qui se changeait peu à peu en décor nocturne.

 

La flaque d’eau boueuse à terre, qui disparaissait lentement mais sûrement…

 

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Emi et Karim avaient monté un campement pour la nuit, et se préparaient à se confier les tâches de la nuit. A commencer par les tours de garde.

La nuit était aussi fraîche que les autres sur le désert de Triet, et Emi fit mine de grelotter et de se plaindre d’une voix geignarde :

« C’est vraiment stupide de dormir en plein milieu d’un trou paumé ! On aura le temps d’attraper la crève avant demain si ça continue !

-Commence déjà par faire du sport, au lieu de te plaindre, » lança Karim.

Elle fusilla le jeune homme du regard. Bien qu’ils fassent équipe, les deux compagnons n’étaient pas faits pour s’entendre. Karim n’arrêtait pas de la vanner à chaque fois qu’elle faisait une réflexion, et il ne manquait pas non plus de lui clouer le bec lorsqu’elle voulait dire quelque chose (c’est ce qu’on appelle du « cassage » très chère^^). Aussi lui faisait-elle toujours la tête.

Elle n’avait pas été très enchantée lorsque les deux chefs du groupe, Link et Bastian, avaient soigneusement décidé de les caser tous les deux ensemble. Elle aurait encore préféré rester dans la base Renégate à supporter les sarcasmes du bleuet qui leur servait jusque là de « soi-disant » chef.

Mais voilà, le sort en avait décidé ainsi, et maintenant elle était obligée de se coltiner ce type. Est-ce que le monde entier lui en voulait à ce point ? Elle se le demandait.

« Je fais le premier tour de garde, tu prendras le temps de dormir, ensuite on échange, compris ?

-Et pourquoi ne le ferais-je pas en premier ce tour ? »

Le jeune homme eut un sourire sarcastique.

« Parce que les gamines comme toi ont plus de chances de s’endormir à la première minute. C’est pourquoi tu dois dormir d’abord. »

Il rata de peu un caillou qui lui frôla le visage. Et il répéta, amusé :

« Ouh là là, mademoiselle n’est pas contente ! A-t-elle besoin de sa poupée pour se consoler ? Ouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuh… ! »

Le dernier sifflement qu’il avait poussé ne fût pas dû au fait qu’il aimait taquiner l’adolescente, mais au deuxième caillou, de la taille de son poing, qu’elle venait de lui balancer et qui avait heurté sa tempe. Et c’était qu’elle avait bien visé la gamine !

Il se frotta un moment la tête, puis il soupira :

« D’accord… Tu le fais ce tour de garde… Mais ne viens pas te plaindre que le sommeil a été plus fort que toi…

-C’est ça, rétorqua t-elle, avec un rictus sardonique, et on verra bien lequel des deux est le plus efficace dans ce domaine.

-Pour toi c’est perdu d’avance, stupide paresseux… »

Ils se fusillèrent du regard, se lançant chacun un défi, et Karim se coucha, tandis que la jeune fille s’asseyait sur un rocher, prête à tout pour déraisonner son compagnon de voyage.

« Ah elle nous donne bien des complications cette fille. Col… Mol… Pol… Enfin qu’importe. J’espère qu’on va la retrouver vite fa it. Il faut vraiment qu’ils nous fassent mener la vie dure ces « Reflets ». Franchement… »

Elle continua de grommeler dans la nuit.

 

Karim, allongé dans sa couchette, ne dormait pas encore. Il guettait au contraire combien de temps tiendrait Emi. La jeune fille avait le dos tourné, et marmonnait la Déesse savait quoi.

Pour sa part le jeune homme n’était pas très croyant, mais rien ne l’empêchait d’utiliser cette expression de temps en temps, à son plus grand plaisir.

Il regarda la jeune fille sous tous les angles. Elle avait beau aller jusqu’à le détester, du moins le pensait-il, lui tout ce qu’il faisait c’était l’embêter, pour son plus grand bonheur. En fait, il l’aimait beaucoup, cette fille, et c’était même lui qui était allé jusqu’à demander à l’avoir dans son groupe, pour « s’assurer  qu’elle ne fasse pas de bêtises » avait-il assuré.

Bien qu’elle ne soit âgée que de quinze ans, la jeune fille avait déjà beaucoup d’expérience dans le groupe. Elle l’avait inclus alors qu’elle n’avait que dix ans et même avant elle était douée pour le combat. Tandis que lui ne l’avait rejoint que beaucoup plus tard, alors qu’il faisait partie d’un gang des rues d’Asgard. Il devait infiltrer le groupe et rapporter ce qu’il avait vu à ses camarades. Mais il avait été pris au dernier moment et pourtant, le chef du groupe de l’époque, Tigre qu’il se faisait appeler, avait décidé de le garder. Incrédule au début, le jeune bandit avait eu du mal à rentrer dans la bande, et comme par hasard c’était Emi qui l’avait aidé dans cette confrontation. Et maintenant, il était membre à part entière du groupe. Quant à ses amis d’avant, qu’il avait abandonné à son grand dépit, il ne les avait pas revus, et il avait même fini par les oublier. C’est à peine q’il se souvenait de leurs noms ou de leurs visages.

Tiens, voilà qu’il se surprenait à penser à eux. Il gigota dans sa couche et passa à autre chose.

Emi, il se souvenait, était à l’époque âgée de seulement douze ans et connaissait déjà l’art du combat et des arts martiaux. A première vue on se doutait bien que cette fillette parmi d’autres n’avait pas eu une enfance normale.

Ses parents, dont elle ne se rappelait plus, l’avaient abandonné à Izoold, le village des pêcheurs. Elle y avait vécu en tant que coureuse des rues et mendiante. Et puis, un jour, accusée d’un vol à l’étalage, elle avait été expédiée à Palmacosta où on l’avait jeté dans les geôles du sous-sol de la maison du gouverneur-général. Par un moyen qu’elle n’avait pas voulu dévoiler elle avait réussi à s’enfuir, et c’était à cette époque là qu’elle avait rencontré Link et sa bande. Evidemment, Tigre, le chef de l’époque, l’avait mise sous sa protection, et elle avait vécu chez sa nouvelle famille jusqu’à maintenant.

Elle avait toujours été un peu garçon manqué, mais on ne le lui reprochait pas ses manières.

Jusqu’à la mort de Tigre… Là, tout avait changé dans leur manière de vivre. Link, à cette époque lieutenant du chef, avait pris sa place et avait commencé à vendre leurs services à des organisations très louches. Non que Karim lui reprochait sa manière de gouverner et de décider des choses par lui-même, mais avant, ils avaient été toujours indépendants. Ce changement subit dans leur charte quotidienne les avait un peu marqués, mais ils avaient fini par s’en accommoder.

Tigre était mort dans la grande catastrophe de Palmacosta, lorsque cet arbre géant fou avait tout détruit sur son passage. Pour on ne sait quelle raison, il était parti pour « une affaire importante », et quelques jours, c’était arrivé…

Après une semaine de deuil, Link avait repris les choses en main, et ils étaient repartis pour une nouvelle vie…

Au fur et à mesure qu’il remettait sur le plateau tous ces souvenirs, Karim sentit ses paupières se fermer et il sombra petit à petit dans le sommeil, jusqu’à dormir profondément.

 

Emi entendit la respiration de son compagnon se réguler au fur et à mesure, et elle sourit. Finalement, il s’était abandonné aux songes. Il ne se réveillerait pas avant l’aube, en tout cas…

Elle le voyait d’ici, à lui crier dessus pour ne pas l’avoir réveillé. Elle s’en régalait d’avance.

Soudain, le vent autour d’elle se froissa. Etonnée, elle mit son odorat en action et renifla l’air. Il y avait une odeur, là… Et elle prenait une direction précise.

Elle regarda quel chemin suivait l’odeur, qui était à coup sûr d’origine humaine. Et son visage s’éclaira.

Presque à regret, elle quitta son rocher et parvint à tâtons jusqu’à Karim, puis le secoua. Il se réveilla, et aussitôt une grimace moqueuse se dessina sur son visage.

« Déjà fini le tour de garde ma puce ? T’as fait vite…

-Tu te trompes mon cher. En fait j’ai découvert une piste intéressante, direction le Nord-Ouest. Rassemble tes bagages et fais confiance à mon flair. »

Dépité d’avoir quasiment perdu son pari, il se leva, prit toutes leurs affaires et les rassembla sur son dos, et il lança un sourire à Emi, qui pour une fois le lui rendit.

« Bon alors, ne traînons pas, où les traces si précieuses que tu as détecté vont s’effacer…

-Dans ce cas grouille-toi. »

Et elle se mit à courir. Il la rattrapa peu après et ils allèrent, très sûrs d’eux, direction la ville de Triet, car c’était là qu’ils allaient à coup sûr trouver leur bonheur.

 

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Conversation entre les personnages :

 

Ali: Et voilà, encore une fois chapitre bouclé !

Génis : Hem, où est passée la voix off ?

Zélos : et c’est qui celle-là ?

Colette : Attends, ne me dis pas que c’est…

Ali : Oh mince… *part se cacher*

Lloyd : Non mais c’est trop tard on t’a reconnu là.

Ali : Et mince… *réapparaît*

Colette : Enfin un mystère résolu ! Le visage de l’auteur nous a été enfin révélé ! *lève le poing vers le ciel en signe de victoire*

Ali : Oui bon… Comment vous l’avez trouvé ce chapitre ?

 

*silence pendant un moment*

 

 Colette *soudain* : Super !

Génis : Très bien. Sans plus.

Zélos : Pas trop mal…

Lloyd : Mouais bof… *il dit ça parce qu’il aime pas lire*

Akim *entre* : Complètement raté ! Pourquoi je suis pas là-dedans d’abord ?

Yuan *entre à la suite d’Akim* : J’ai insisté pour qu’il reste dans sa loge. Il est têtu, désolé…

Génis : Tiens il entre enfin lui (il parle d’Akim)? Depuis le temps…

Colette *lève de nouveau le poing vers le ciel* : ça fait deux nouvelles arrivées dans cette édition de la conversation !

Akim : Et alors, pourquoi je suis pas présent dans ce chapitre ?!

Ali *soupire* : parce qu’il fallait bien laisser la place pour évoquer les autres personnages aussi…

 

*Link et sa bande font le V de la victoire aux lecteurs*

 

Akim : Je m’en fous ! Est-ce que j’apparais au moins dans le prochain chapitre ?

Ali: Hum… Laisse-moi le temps de réfléchir.

Akim : Grmbll… *s’en va casser des meubles et autres trucs de valeur et fragiles*

Yuan : Hé, attention !

Lloyd : tu joues le rôle de la maquilleuse maintenant Yuan ?

Yuan : Qu’est-ce qui te fait dire ça sale mioche ?

Ali : On t’a barbouillé le visage de peinture à l’huile pendant ton sommeil…

Génis : Verte.

Yuan *se regarde dans un miroir qu’Akim n’a pas encore cassé* : Ah… Ah ça, nan c’est un masque pour raffermir la peau et la rendre plus belle. C’est pour plaire un peu plus aux filles dans ce chapitre *joue les beaux gosses en s’imaginant toutes les filles qui ramperaient à ses pieds*

Zélos : Hé ! C’est moi le grand dragueur du jeu normalement !

Lloyd : C’est pas pour les vieilles ton truc là ?

 

*on entend un SBAF retentissant dans toute la pièce*

 

Yuan : Fils d’abruti !

Lloyd : N’insulte pas Kratos !

Yuan : Euh… Face de chaussette alors !

 

Ali : Bon bah on a terminé ! Allez au prochain chapitre !

 

*musique de générique de fin.*

 

Génis : Mais n’importe quoi c’est la musique de MacGyver ça !

 

TERMINE^^

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Posté par _martel_ à 16:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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