01 avril 2008
[OS] - Dernière danse (2) - par Naikkoh
Une larme
perla au coin de l’œil de la jeune femme et glissa lentement sur sa joue de
nacre. Zélos releva la tête, rompant leur baiser. Du bout du pouce, il essuya
la goutte salée. Il ne comprenait pas. Ne comprenait plus. Il pensait l’avoir
cernée et la voilà qui se mettait à pleurer sans qu’il sût pourquoi. Peut être
regrettait-elle leur séparation autant que lui après tout... Finalement, ils
n’en avaient jamais vraiment discuté. Ils s’étaient retrouvés ensemble plus ou
moins par hasard suite à un de ses moments de faiblesse. Il avait craqué sous
la pression et elle avait été là pour lui, épaule compatissante sur laquelle
s’épancher. Zélos n’avait pas pris leur histoire réellement au sérieux, tout du
moins au début. Elle ne lui demandait rien, n’exigeait rien à part sa confiance
et un peu de sa tendresse de temps en temps. C’était si différent de tout ce
qu’il avait connu auparavant. Si apaisant. Et puis brusquement elle avait
changé. Les nerfs à fleur de peau, elle était devenue irascible et les disputes
s’enchaînaient. Harcelé, il avait finalement pris la porte et Sheena avait crié
qu’elle ne voulait plus jamais le revoir. Sur le moment sa fierté l’avait
empêché de retourner la voir pour recoller les morceaux – on ne jetait pas le
grand Zélos Wilder, c’était lui qui vous jetait – et quand enfin il s’était
senti prêt à l’affronter, la jeune femme l’avait accueilli avec une froide
indifférence et un inexplicable sentiment d’abandon s’était emparé de lui.
Alors, résigné, il avait refermé la porte de son cœur et avait jeté la clef au
loin, tirant par-là même un trait sur cette histoire de la même manière qu’elle
semblait l’avoir fait. Il n’avait eu le courage de se battre et il s’était
souvent demandé s’il n’avait pas eu tort de baisser les bras si vite.
Maintenant qu’il l’avait retrouvé il en était certain : il n’aurait jamais
dû la laisser partir. Le temps de cette danse volée, il s’était senti entier.
Enfin.
- Sheena,
murmura-t-il, regarde-moi…
La ninja
secoua la tête, ravalant ses larmes, les paupières toujours closes.
- Sheena,
supplia-t-il. Je… je ne voulais pas te faire de la peine.
Zélos se
doutait bien du combat intérieur qu’elle menait à l’instant pour l’avoir
lui-même expérimenté. Voyant qu’elle ne cherchait pas à se dégager de son
étreinte, le jeune homme en conclut que son audace de tout à l’heure n’était
pas la cause de cet accès de tristesse.
- Regarde-moi,
répéta-t-il en lui relevant délicatement le menton.
Enfin la jeune
femme consentit à ouvrir les yeux. Leurs regards s’accrochèrent et se fondirent
l’un en l’autre. Le noisette se noya dans l’azur. Désir, doute, amertume,
regret, tendresse se partagèrent lors de cet échange où les mots étaient
inutiles.
- Sheena,
souffla Zélos hésitant, je t’…
Mais la ninja
posa doucement le bout de ses doigts sur ses lèvres et le reste de ses paroles
moururent dans sa bouche en un petit soupir étranglé.
- Chut !
Ne dis rien… Je t’en supplie, ne dis rien. C’est assez difficile comme ça alors
ne rajoute pas quelque chose que tu regretteras par la suite.
Voyant son
compagnon froncer les sourcils, elle s’apprêtait à continuer lorsqu’un appel
retentit dans l’air glacé de la nuit.
-
Sheena ? Tout va bien ?
La voix était
calme, posée, comme si la présence de ces deux personnes seules et étroitement
enlacées sur une des terrasses du palais alors que tout le monde s’amusait bien
au chaud à l’intérieur était tout à fait naturelle. Elle appartenait à un homme
à peine plus âgé que l’ancien Elu du Mana qui se tenait dans l’encadrement de
l’imposante porte-fenêtre donnant accès à cette partie du château.
Zélos se
rembrunit. Il n’avait nul besoin de tourner la tête pour savoir qui venait de
les interrompre de la sorte. Le poignard invisible qu’il avait planté au fond
du cœur depuis deux longues années effectua un quart de tour, attisant sa
douleur, et il se raidit. Le jeune homme tenta de ravaler sa morgue mais
l’intrus avait le don de l’exaspérer par sa simple présence. Il ne pouvait donc
pas aller voir ailleurs s’il y était ? Profiter d’un instant tranquille
avec son amie ne lui était donc pas permis ? Enfin bon « instant
tranquille », tout était relatif, d’accord. Mais quand même. Le bras droit
de Sheena lui tapait sur les nerfs et moins il le voyait, mieux il se portait.
Ainsi, ses envies de meurtre n’auraient pas été si violentes et il aurait
ménagé son ulcère à l’estomac!
Les
illuminations de la salle découpaient la silhouette élancée du visiteur. Son
regard émeraude, perçant, donnait l’impression qu’il pouvait sonder le plus
profond de votre âme et ses cheveux en bataille d’un noir de jais accentuaient
l’aura mystérieuse qu’il dégageait, le rendant presque intimidant. Enfin pour
la plupart des gens. Pour sa part Zélos le trouvait agaçant, prétentieux et on
ne peut plus quelconque. Il devait bien lui reconnaître certaines qualités,
comme l’efficacité et la discrétion, mais niveau prestance, il ne lui arrivait
pas à la cheville. Et non, ce n’était pas de la mauvaise foi. Après tout il
était toujours très objectif…
Le nouvel arrivant interrogea
Sheena du regard, lui demandant implicitement si elle avait besoin d’aide. Cette
dernière le rassura d’un petit signe discret. Pas de danger, elle maîtrisait la
situation. Du moins, depuis qu’il venait de faire son apparition…
Sa présence
lui avait fait l’effet d’une claque qui doucha ses ardeurs et la ramena
instantanément à la réalité. Mais qu’était-elle sur le point de faire ?
Eberluée, elle réalisa qu’elle était vraiment passée à deux doigts de la
catastrophe. Tout ça à cause d’un foutu moment d’hésitation ! A présent
elle ne doutait plus. Elle avait fait le choix qui s’imposait et devait s’y
tenir. Espérer encore ne rimait strictement à rien. Elle se ressaisit donc
rapidement et se composa un visage neutre tout en se détachant lentement des
bras de son ami à la chevelure flamboyante.
Zélos se
mordit l’intérieur de la joue pour ne pas hurler de frustration et afin de se
donner contenance, il attaqua. Acide.
- Tiens,
fit-il à Sheena d’un air goguenard, on dirait que ton « chevalier
servant » vient te sauver.
Il se trouvait
lamentable d’agir ainsi, mais sur le coup la pique lui fit beaucoup de bien.
Sheena, elle,
le toisa froidement.
- Je te
rappelle que Yohnis est mon mari, lança-t-elle aigrement. Et il ne t’a
strictement rien fait. Alors reste correct je te prie.
Si. Il a commis le pire des
crimes Sheena. Il t’a éloigné de moi…
Zélos resserra
instinctivement sa prise sur les hanches de la jeune femme et Yohnis avança
d’un pas.
- Peut-être
devrions-nous rentrer Sheena, proposa le ninja.
Happée par le
regard que lui lança l’ancien Elu, celle-ci ne bougea pas d’un pouce et Yohnis
dût réitérer sa demande en haussant la voix.
- Oui,
j’arrive…, dit-elle dans un murmure à peine audible.
Elle baissa
les yeux, rompant le contact et soudain l’air lui parut d’une froideur
mortelle. Doucement, elle se détacha de ces bras qui l’enserraient toujours.
Les épaules se frôlèrent, les bras glissèrent l’un contre l’autre, les doigts
s’effleurèrent en une ultime caresse.
Zélos ne fit aucun geste, lui qui
se reprochait quelques instants plus tôt son inertie. Mais que pouvait-il
dire ? Elle s’était engagée avec un autre et lui allait faire de même.
Qu’avait-il espéré ? Ni l’un ni l’autre n’auraient pu retourner en arrière
même s’ils l’avaient voulu.
Comme il aurait aimé pouvoir
hurler pour extérioriser sa peine. Ironie du sort aucun son ne sembla vouloir
franchir ses lèvres. Et il baissa la tête, vaincu.
Du coin de
l’œil, il les vit s’éloigner. Sheena n’eut pas un regard en arrière. Yohnis par
contre enroula son bras droit autour de l’épaule de sa femme, et tournant la
tête observa Zélos avec compassion tandis qu’ils franchissaient le seuil de la
porte-fenêtre. Le désespoir se mua en haine farouche dans les yeux du rouquin.
Sa pitié, il pouvait se la garder ! Il n’en avait pas besoin et crachait
dessus même. Un sourire navré, mais pourtant sincère, se dessina sur le visage
de Yohnis avant que le couple soit happé par la foule bigarrée. Quoi que Zélos
puisse en dire, il comprenait sa peine.
Zélos resta
longtemps immobile, puis incapable de taire plus longtemps son bouillonnement
intérieur, il jura à haute voix tout en assénant un violent coup de pied rageur
à la rambarde de marbre. Un deuxième juron suivit immédiatement le premier,
mais de douleur cette fois. Visiblement ses orteils n’avaient pas apprécié le
traitement…
Dans sa tête
tout se brouillait. Le sang battant ses tempes, il n’arrivait plus à avoir une
seule pensée cohérente si ce n’est ce manque d’elle qui lui tordait les boyaux
et lui faisait remonter l’estomac au bord des lèvres. Pris au cœur de la
tourmente, il sursauta lorsqu’une main délicate se posa doucement sur la
sienne. Dans un bruissement discret d’étoffe, un visage doux encadré par des
boucles blondes et soyeuses s’avança à sa hauteur et le dévisagea tendrement.
Tout à son chagrin Zélos n’avait pas entendu Hilda arriver.
- Et bien que
vous arrive-t-il mon ami ? Vous avez l’air bien soucieux, demanda la
princesse de sa voix chantante.
Voyant que le
jeune homme ne répondait pas, elle enchaîna.
- Elle est
partie n’est ce pas ?
Zélos ne put retenir un hoquet de
surprise et lança pour la forme d’un ton qui se voulait assuré.
« Mais
qui donc très chère ?
- Allons pas
de ça avec moi, vous savez très bien de qui je veux parler. Une charmante
personne, chef d’un clan ninja avec qui vous avez vécu de folles
aventures… »
Mais comment sait-elle
ça ?
- Ne prenez
pas cet air choqué Zélos. Et fermez la bouche, ce n’est pas très seyant, se
moqua-t-elle gentiment. Vous vous demandez sans doute comment je suis au
courant ? Très facile, il suffit de laisser traîner ses oreilles ça et là.
C’est fou ce qu’on peut apprendre dans les couloirs. J’ai toujours dit à mon
père de ne pas négliger cette source d’information mais il ne veut jamais
m’écouter. Vous savez que la plupart de ce qu’on raconte dans le secret des
alcôves a toujours une part de vérité? Tenez, pas plus tard qu’hier, j’ai
découvert en écoutant des jeunes soubrettes astiquer l’argenterie que la
comtesse Symol avait pris un nouvel amant. Et devinez au bras de qui nous avons
aperçu cette vieille peau ce soir ? Du jeune Ludwig Karstov, vous vous
rendez compte ?
Zélos
l’écoutait badiner le plus naturellement de monde complètement estomaqué. Ainsi
donc des rumeurs courraient dans son dos à propos d’une relation qu’il
entretiendrait avec la représentante de Mizuho ? Dire qu’il ne s’en était
pas douté une seule seconde ! Il perdait la main, c’était un comble !
Soudain, les murmures et les oeillades sur son passage depuis plusieurs
semaines prirent tout leur sens et il se rendit compte combien Hilda avait dû
en souffrir. Il savait très bien quels étaient les sentiments qu’elle
nourrissait à son égard et se surprit à se désoler de ne pouvoir lui les rendre
comme elle le méritait. Courageuse à bien des égards, elle ne lui avait pas
fait d’esclandres, alors que d’autres dans la même situation ne se seraient pas
gênées, et posait sur lui un regard affectueux et compréhensif. Zélos se mordit
la lèvre inférieure et détourna les yeux. Il ne méritait pas une telle
abnégation de sa part. Scrutant involontairement la cour d’honneur en
contrebas, il aperçut les silhouettes de Sheena et Yohnis qui s’éloignaient
dans l’obscurité, franchissant les lourdes portes de l’enceinte du château pour
aller se perdre dans le dédale des ruelles de Meltokio.
A cet instant, ce fût comme si
une part de son âme lui était arrachée à mesure que l’invocatrice disparaissait
dans l’obscurité, emportant avec elle un morceau de son passé. Cette fois-ci il
l’avait définitivement perdue. Alors qu’il serrait les poings si forts que ses
jointures blanchirent, il sentit un bras agripper timidement le sien. Hilda
essayait de le réconforter mais lui ne voyait que le vide que Sheena avait
laissé après son départ. Vide qui n’avait jamais été aussi béant qu’à cet
instant. Son souffle s’accéléra alors qu’il essayait vainement d’endiguer ces
larmes traîtresses qui tentaient de s’échapper de ses yeux. Pas question de se
laisser aller devant Hilda. Il n’avait rien contre elle pourtant. Seulement la
seule personne qui détenait le droit de franchir les remparts de son cœur était
partie en emmenant son âme avec elle et avait laissé un vide immense qu’il lui
semblait impossible de combler. Plus jamais il ne voulait revivre ce
déchirement. Cela fait mal. Si mal. Trop mal.
- Sheena…, fit-il
dans un murmure étranglé par l’émotion.
Par la Déesse,
pourquoi était-il si dur de se résigner ? Si seulement il s’était
davantage impliqué il y a deux ans, peut-être n’en serait-il pas là
aujourd’hui, à se torturer inutilement…
Hilda réprima
difficilement un vertige. La tête lui tournait. Finalement elle regrettait
d’avoir été si perspicace. Il aurait été tellement plus facile pour elle de
tout ignorer. La détresse de l’ancien Elu était la sienne. C’était comme si une
main invisible venait de se saisir de son cœur palpitant et le comprimait à le
faire exploser.
- Laissez-moi
vous aimer Zélos, implora-t-elle doucement.
Le jeune homme
se tourna vers elle, surpris par sa déclaration, et rencontra son regard triste
et suppliant, parfait reflet du sien.
Alors soit, il
serait son époux. Cependant, il n’aurait rien d’autre que ce titre et son
amitié à lui offrir.
Il soupira et
l’embrassa délicatement sur le front comme pour sceller cet accord tacite.
«
Zélos…, fit-elle la voix tremblante d’émotion.
- Hilda,
j’espère que vous savez dans quoi vous vous engagez ? »
La jeune femme
hocha la tête déterminée.
- Je sais très
bien que votre cœur ne m’appartient pas. Mais moi je vous aime. Je vous aime
depuis ce jour où vous et vos amis êtes venus me sauver des griffes du Pontife.
Jamais jusque-là personne ne s’était soucié de moi. Je n’étais qu’une princesse
frivole et volage aux yeux du monde. J’étais égoïste et bornée, persuadée de
tout connaître alors que je n’avais rien vécu. Depuis j’ai compris que seul on
n’arrive à rien et que l’on a toujours besoin des autres.
Ne vous renfermez pas Zélos, ne
redevenez pas la personne solitaire que vous étiez avant de réunifier les
mondes. Elle est partie, c’est vrai. Elle a fait sa vie avec un autre que vous.
Mais est-ce une raison pour cesser d’exister ? Je ne vous demande pas de
m’aimer comme elle du jour au lendemain, je sais que c’est impossible.
Accordez-moi juste un peu d’attention et de tendresse et je saurai vous rendre
la vie plus douce…
Touché par ces
paroles, Zélos serra la main de Hilda dans la sienne, sans un mot. Jamais il
n’aurait pensé qu’elle ait aussi bien compris la situation. Parfois les femmes
pouvaient encore le surprendre…
Il poussa un
nouveau soupir résigné et offrit son bras à sa compagne avant de rejoindre la
salle de bal, non sans un dernier regard en arrière. Il était temps de faire
une annonce officielle ainsi que son deuil une bonne fois pour toutes.
Sheena et
Yohnis avaient fendu la foule des convives en silence. Perdue dans de sombres
pensées, la jeune femme marchait droit devant elle en n’ayant qu’une vague
conscience de ce qui l’entourait. Yohnis lui jetait fréquemment de petits coups
d’œil inquiets, comme s’il s’attendait à la voir flancher à tout moment. Sans
un mot, ils récupérèrent leurs manteaux, saluèrent d’un hochement de tête poli
le portier qui leur ouvrit les lourdes portes en chêne du château et
s’empressèrent de traverser la cour d’honneur. Ils avaient parcouru la moitié
de la distance qui les séparait des grilles du mur d’enceinte lorsque Sheena
stoppa net, mue par une impulsion subite. Lentement elle se retourna et leva
les yeux en direction de la terrasse où elle avait valsé avec Zélos quelques
instants plus tôt. Sa bouche s’ouvrit en un hoquet muet et elle se figea. Là,
sur l’immense balcon de marbre, une femme blonde comme les blés conversait au
coude à coude avec un homme à la chevelure flamboyante. Jamais encore elle
n’avait eu l’occasion de les voir ensemble et elle en remercia intérieurement
la Déesse. Dans cette nuit bleutée éclairée par la nouvelle lune, le couple
semblait tout droit sorti d’un conte pour enfants. L’un et l’autre respiraient
la prestance et la majesté. Ils étaient tout simplement splendides.
Sheena sentit
sa gorge se nouer. Ils étaient si bien assortis... . Bien malgré elle, elle se
surprit à se comparer à cette femme magnifique. Un sentiment d’infériorité
s’insinua en elle. Comment avait-elle pu, ne serait-ce qu’un seul instant,
avoir eu la prétention de s’imaginer à sa place aux cotés de l’ancien Elu du
Mana ? Elle ne soutenait pas la comparaison, c’était l’évidence même…
Voir Hilda et Zélos ensemble fut
l’estocade finale pour Sheena, pâle comme la mort devant ce tableau. Elle se
mit soudain à trembler. Tout d’abord un léger tressaillement au niveau des
mains, qui se propagea ensuite au corps tout entier, tant et si bien que la
jeune femme dût enserrer son buste de ses bras afin de se calmer.
Yohnis,
sentant que Sheena ne le suivait plus, se retourna vivement, intrigué, pour la
découvrir statufiée au beau milieu de la cour. Il haussa un sourcil perplexe et
ne put retenir un soupir agacé.
C’est pas vrai ! Elle est
pénible à la fin…
Pourtant il passa très vite de
l’exaspération à l’inquiétude en constatant qu’elle tremblait comme une feuille
et pressa donc le pas dans sa direction. Il l’interpella doucement et voyant
qu’elle ne bougeait toujours pas, suivit ce qu’elle regardait avec tant
d’intensité. Il fronça les sourcils. Décidément, elle aimait se faire du mal
pour rien…
D’autorité il la prit par les
épaules et la retourna vers lui. A présent qu’il lui faisait face il pouvait
voir nettement son visage décomposé, ravagé par le chagrin, constatant par là
même l’étendue des dégâts provoqués par son entrevue avec Zélos. Il savait
qu’il n’aurait pas dû la laisser répondre à l’invitation de l’ancien Elu de
Tésséha’lla. Elle n’était pas encore prête à affronter ses vieux démons…
- Chhhht, là.
Calme-toi Sheena, calme-toi. Voilà comme ça. Respire, l’encouragea-t-il en la
prenant dans ses bras. Rentrons, tu veux ?
Incapable de parler, Sheena hocha
la tête en guise d’assentiment. Alors Yohnis la prit par la taille et elle se
laissa docilement conduire dans les ténèbres de la nuit.
Petit à petit,
la fraîcheur de l’air aidant, l’invocatrice recouvrit ses esprits et se
recomposa un visage froid et inexpressif. Ceci déplut beaucoup à Yohnis qui
estima qu’il était grand temps que sa femme crève l’abcès.
Ils arrivèrent
devant la petite auberge où ils étaient descendus, préférant de loin le chiche
confort de l’établissement aux suites luxueuses du palais royal mises à
disposition des hôtes de marques. Ils tenaient à conserver leur liberté de
mouvement sans avoir à rendre compte de leurs allées et venues régulières. Ils
s’apprêtaient à franchir l’entrée lorsque Yohnis attrapa le poignet de Sheena
et la força à lui faire face.
« Tu ne
lui as rien dit n’est-ce pas ? demanda-t-il avec douceur mais fermeté.
- Dire quoi à
qui Yohnis ? fit Sheena exaspérée.
- A Zélos… Lui
dire la vérité. Tu ne crois pas que cette comédie a assez duré ?
- Quelle
comédie ?
-
Arrête ! Arrête de faire l’innocente ! Combien de temps crois-tu que
tu vas tenir ? C’était ta chance et tu l’as laissé filer !
- Non mais de
quoi je me mêle ? Il ne me semble pas t’avoir demandé ton avis sur la
question Yohnis ! Cela ne te regarde pas ! Ce sont mes affaires, pas
les tiennes. C’est clair ? »
Le ninja aux
yeux émeraude la fusilla du regard mais la jeune femme ne se démonta pas pour
autant. Tremblant de rage, il serrait les poings et semblait sur le point de la
frapper. Lui qui restait toujours maître de lui-même avait beaucoup de mal à
contenir sa fureur cette fois.
- Comment
peux-tu dire une chose pareille après tout ce que j’ai pour toi depuis presque
deux ans ? Après tout le mal que je me suis donné pour vous ? Après
tous les sacrifices auxquels j’ai consenti ? Comment oses-tu me renvoyer
ça à la figure petite ingrate ? Alors oui, je suis concerné par toute
cette histoire et ce depuis que je t’ai épousé.
Cesse donc de t’enfermer dans tes
faux-semblants ! Tu ne trompes personne à commencer par moi. Tu n’as donc
pas fait attention aux ragots ces dernières semaines Sheena ? Il serait
temps de redescendre sur terre et d’accepter tes sentiments!
Elle mordilla
sa lèvre inférieure et baissa les yeux, telle une gamine prise en faute.
« Tu ne
comprends rien à rien ! Ce n’est pas aussi simple…
- Bien sûr que
si. Tu l’aimes toujours n’est ce pas ? »
Sheena ne pipa
mot et s’obstina à vouloir fuir son regard.
Dans un accès
de colère, le ninja défonça d’un coup de poing un pot en terre cuite reposant
sur le rebord d’une fenêtre proche. Les yeux de la jeune femme s’agrandirent de
terreur. D’un naturel calme et posé, son mari ne s’énervait qu’en de très rares
occasions. Elle savait pertinemment qu’elle avait poussé sa patience à bout ces
dernières années et elle se sentit coupable pour cela. C’était vrai, il avait
fait beaucoup ces derniers temps, répondant présent alors qu’elle avait eu
besoin d’aide. Déjà lorsqu’ils étaient enfants, elle avait toujours pu compter
sur celui qu’elle considérait alors comme son grand frère et l’un de ses trop
rares amis. Elle lui avait volé sa vie, elle en était consciente, et lui était
reconnaissante de ne pas l’avoir laissée tomber dans un moment pareil. Elle se
devait d’être honnête avec lui, certes, ne serait-ce qu’au nom de cette amitié
de longue date, mais à quoi bon remuer le couteau dans la plaie en lui
confirmant ce qu’il savait déjà ? Elle n’était pas si cruelle. Et puis
comme si avouer allait changer quoi que ce soit de toute manière…
Leurs destins avaient été liés
deux ans plus tôt par les anciens du village, conformément à leurs traditions. Dans
sa situation, elle n’avait pas eu le choix et avait dû se résoudre à se plier
aux règles immémoriales si elle voulait conserver son titre de chef. Bien sûr,
elle aurait pu refuser mais elle avait trop à cœur de protéger les intérêts des
siens pour cela et surtout, elle ne voulait pas laisser les rênes du pouvoir à
n’importe qui. D’autant que dans l’ombre, nombreux étaient les charognards qui
attendaient patiemment leur heure.
Yohnis était
arrivé à point nommé dans cette situation délicate et lui avait été d’un grand
secours et d’un soutien sans faille. Son union avec lui avait renforcé son
autorité auprès des plus conservateurs qui voyaient d’un mauvais œil qu’une
femme seule gouverne et avait fait taire les mauvaises langues qui n’auraient
pas tardé à se délier, surtout dans son état.
« Parle-moi
Sheena ! Remballe donc ta fichue fierté et vide ton sac une bonne fois
pour toute ! Ainsi tu pourras passer à autre chose. Je ne supporte pas de
te voir te détruire à petit feu de la sorte. Tu te jettes à corps perdu dans le
travail comme si tu cherchais à fuir quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un…
Moi, je sais de quoi il en retourne mais ton entourage s’inquiète. Tu es
devenue si dure et intraitable dernièrement. Où est passée la jeune femme un
brin timide et pleine de vie que j’ai connue autrefois ? Plus rien ne
semble t’atteindre, à part elle à qui tu réserves tes si rares sourires…
Tu ne peux pas passer le reste de
ta vie ainsi !
- Et
pourquoi pas ? le défia la jeune femme.
- Tu es
ridicule, bon sang ! Que pensera Sa…
- Laisse-la
en dehors de ça ! ordonna Sheena, une lueur étrange dans les yeux. Je
t’interdis de la mêler à tout ça !
- Et pourtant
tôt ou tard il le faudra bien ! Elle finira par découvrir la
vérité.
- Et
comment ? A part toi, moi et quelques anciens personne n’est au courant.
- Crois-moi,
ce genre de choses ne reste pas caché bien longtemps. »
Sheena pinça
les lèvres. Bien sûr Yohnis avait raison, elle le savait, et cela l’exaspérait.
Elle cherchait comment couper court à cette conversation dérangeante qui lui
échappait. La panique la submergea et ses certitudes difficilement acquises au
cours des ces deux dernières années volèrent en éclat. S’était-elle fourvoyée
sur toute la ligne ? Elle s’était convaincue que Zélos n’aurait pas voulu s’encombrer
d’elles, mais en était-elle certaine ? Après tout elle ne lui avait
jamais vraiment posé la question. Pour ne pas lui voler sa vie, elle avait
prise celle d’un autre. Quel égoïsme de sa part ! Elle avait donc moins de
considération pour Yohnis que pour Zélos ? De quel droit pouvait-elle
penser cela ? Puisque au final c’était bien de ça qu’il s’agissait…
Elle avait uniquement agi par
peur d’être rejetée par l’homme qu’elle aimait et non par souci de sacrifice
comme elle aurait voulu pouvoir s’en convaincre. Elle se sentait si misérable
et pitoyable à cet instant alors que son mari lui renvoyait à la face ses
propres erreurs !
Yohnis perçut
qu’il l’avait déstabilisée. Profitant de la brèche dans sa carapace, il s’y
engouffra sans plus attendre. Il fallait qu’elle comprenne une bonne fois pour toutes.
Lui ne regrettait rien. Bien sur il devrait se résoudre à ignorer les
inclinations de son cœur mais son affection pour elle compensait ce manque
d’amour. Il s’était attaché à elle, avait mêlé sa destinée à la sienne en toute
connaissance de cause, choisissant alors en son âme et conscience de mettre sa
vie entre parenthèses.
Il avait pitié de Sheena et
Zélos, pour cet amour qu’ils avaient l’un et l’autre laissé glisser entre leurs
doigts, cet amour contrarié pour des raisons imbéciles. Que les Hommes étaient
donc stupides ! Ils ne comprenaient qu’ils tenaient à une chose qu’une
fois qu’ils l’avaient perdue…Quel gâchis! D’autant que la vie ne vous accorde
pas toujours de seconde chance.
Les deux époux
se défièrent du regard pendant de longues minutes. Blessée au plus profond
d’elle-même, l’invocatrice mit un terme à cet affrontement en faisant
prestement volte-face et en rentrant précipitamment à l’intérieur, laissant
Yohnis planté là. Si elle restait une seconde de plus, c’était sûr elle le
giflait.
La vue
brouillée de larmes de rage et d’impuissance, la jeune femme gravit la volée de
marches qui menait à l’étage, le cœur au bord de l’implosion. Foulant avec
délicatesse l’épais tapis du couloir seulement éclairé par la douce lueur des
lampes à huile fixées le long mur, elle s’avança sans hésiter vers l’une des
chambres sur sa gauche près avoir ôté ses souliers de satin pour ne pas
réveiller les clients endormis. La lumière tamisée l’apaisait sans qu’elle puisse
expliquer pourquoi. Peut être parce qu’elle faisait écho aux ténèbres dans
lesquelles elle se débattait. Inspirant un bon coup comme pour se donner du
courage, elle pénétra dans la pièce sur la pointe des pieds tout en refermant
doucement la porte en châtaignier. Elle grimaça lorsque celle-ci grinça sur ses
gonds. Pourvu qu’elle ne l’ait pas réveillée ! Un petit gémissement
confirma cependant ses craintes et Sheena pesta intérieurement. Retenant sa
respiration elle ne fit aucun geste. Peut-être allait-elle se rendormir
sans la voir.
- Mama ?
appela une petite voix enfantine, hésitante et pressante.
Sheena
s’approcha doucement du lit d’où venait la voix.
- Je suis là
mon ange… chuchota-t-elle doucement.
Elle souleva
la bulle de verre protégeant la flamme de la lampe au dessus du lit et craqua
une allumette. Dans un petit chuintement celle-ci s’enflamma et dispensa une
auréole de clarté dans un océan de ténèbres.
Sheena approcha l’allumette de la
mèche en amadou et enferma la flamme dans son écrin translucide. La pièce
sembla s’animer tout à coup sous son éclat tremblotant. La jeune femme
s’agenouilla au pied du lit dans lequel était calée une fillette au visage
poupin d’environ deux ans. A ses côtés était lovée une magnifique hermine au
pelage mordoré, gardienne de ses nuits lorsque sa mère n’était pas là. Sheena
caressa le pelage soyeux de l’Ishkal et lui flatta le menton, le remerciant
d’avoir bien voulu veiller sur l’enfant une fois encore. La créature émit un
petit couinement de plaisir à ce contact et prit les traits d’une corneille
aussi sombre que la nuit. Sheena eut un petit sourire en ouvrant la fenêtre de
la chambre. Comme toujours l’Ishkal interprétait à merveille son humeur du
moment.
- Merci mon
ami murmura-t-elle au volatile qui croassa d’un air inquiet. Tu peux aller te
reposer maintenant, je ne vais pas te retenir ici davantage.
La corneille
flanqua un petit coup de tête affectueux sur sa main et sauta sur le rebord de
la fenêtre pour prendre son envol dans la rigueur de l’hiver.
Sheena referma
la vitre rapidement.
- Pa’ti ?
zozota la fillette dans son lit en tendant ses petites mains potelées dans le
vide.
- Oui il est
parti ma chérie, mais il reviendra bientôt ne t’en fais pas, la rassura la
ninja d’une voix douce tout en s’asseyant à ses côtés et en lui caressant le
front, entremêlant par la même occasion entre ses doigts les fines mèches
d’ébène.
Elle ferma un
instant les yeux lorsqu’elle croisa ceux de la petite. A chaque fois c’était la
même chose, elle ne pouvait s’empêcher de sursauter et se sentir mourir un peu
plus chaque fois que les pâles saphirs de sa fille la fixaient ainsi, avec cet
air trop grave et sérieux pour son âge. A travers ce regard, elle avait
l’impression que c’était lui qui lui adressait des reproches muets.
Une larme glissa le long de sa
joue.
Puis une autre.
Et encore une autre.
Bientôt ce fut tout un torrent de
gouttes salées qui se déversèrent en cascade le long de son visage.
Tristesse infinie et regrets
amers.
- Mama…
Elle gémit de
douleur tout en prenant sa fille dans ses bras, éperdue de chagrin. Enfouissant
sa tête contre elle, elle la serra de toutes ses forces comme si cette étreinte
pouvait lui rendre celles qu’elle avait perdues. L’enfant ne broncha pas et se
laissa docilement faire.
- Pardon…
pardon…, souffla Sheena entre deux sanglots.
Et c’est ainsi
que Yohnis les découvrit en entrant dans la pièce, toutes deux endormies,
blotties l’une contre l’autre, hors du temps. Un petit sourire triste étira son
visage aux traits tirés devant cet attendrissant tableau et il ramena les
couvertures sur les deux femmes de sa vie tandis que dehors la neige commençait
à tomber.
Ce fut un
« tic-tic » discret qui tira Zélos de sa rêverie. Intrigué, il se
dirigea vers la source de ce bruit pour découvrir une superbe corneille noire
taper du bec contre l’un des carreaux de la vitre. Le jeune homme allait
chasser cet étrange opportun mais soudain se ravisa et ouvrit la fenêtre.
L’animal ne se le fit pas dire deux fois et entra à tire-d’aile dans la pièce.
Il se posa sur le bureau jonché de papiers divers que l’air de la nuit venait
de disperser et qui voletaient ça et là. Dans ses yeux brillant d’intelligence
et à son empreinte magique particulière, Zélos reconnut en cet oiseau l’Ishkal
qui ne quittait plus Sheena désormais. Tendant le bras, il invita la créature à
venir s’y percher. Un bruissement d’ailes plus tard la corneille qui n’en était
pas une se métamorphosa en un corbeau de jais. Une connexion invisible mais
perceptible pour qui maîtrisait le Mana s’établit entre l’humain et la
créature. Soudain l’humain se figea tel une statue de sel, le sang désertant
son visage. La créature émit un croassement rauque et prit son envol.
Des paillettes
blanchâtres et duveteuses entamèrent lentement leur descente du ciel et
tourbillonnèrent dans la pièce par la porte-fenêtre restée grande ouverte
tandis que l’humain ne bougea pas d’un pouce. Seul l’imperceptible battement de
ses paupières attestait que la vie l’habitait encore.
Au bout de ce
qui sembla être une petite éternité, et le froid ambiant aidant sûrement, il
sembla revenir doucement à lui, son souffle s’accélérant. Il eut un haut-le-cœur
tandis qu’il était replongé avec brutalité dans la réalité.
Alors Zélos
versa des larmes amères sur son bonheur perdu.
07 avril 2008
Chapitre 01: La rencontre inattendue - par Coco13
Tout était redevenu normal, enfin
aussi normal que cela puisse paraître, Lloyd et Colette traversaient le
nouveau monde pour récupérer toutes les exphères de tel sorte que tous
les rêves et les espoirs de ces victimes reposent enfin en paix. Génis et Raine parcouraient
le monde maintenant réunis, pour faire accepter les demi-elfes. Sheena
dirigeait Mizuho, en espérant un jour revoir celui qui avait tant de
rancune envers elle, car la petite Sheena n’était pas très heureuse de
la vie qu'elle menait, bien sûr, tout les habitants comptaient sur elle
ainsi que son grand-père mais il lui manquait ce petit effet du danger
quelle avait eu pendant le long voyage avec ses amis. Régal, lui,
faisait de son mieux pour veiller sur le monde pour le bien de tous ses
êtres chers.
Et là, dans le noir, une seule personne regardait à travers la fenêtre, les habitants
d’ Ozette ville qui était reconstruite, passaient sans rien dire ni
penser au sujet de cette petite fille qui les observait avec tristesse.
Dans la pénombre de sa chambre, elle pensait à celui qu'elle avait
bêtement laissée partir après l'ultime bataille à Derris-Kharlan. Elle
revoyait son sourire caché, ses réactions et sa gêne. Elle qui était si
solitaire restait dans son village où elle était rejetée de tous.
L'adolescente retournait dans sa tête le malheur dont elle avait été
victime par le passé.
"Le
projet Angelus, soupira t-elle confuse dans ses pensées. Tu m’as si
souvent protégé et ce n'est que maintenant que je vois à quel point tu
me manques....Génis...bon reprit-elle il faut que j'aille au travail
je...je vais lui faire un cadeau, comme ça il me reviendra plus
vite...Mais d'abord il faut que j'aille à l'enterrement de Zélos. Le
pauvre... Quand on l'a tué on était si... Hé, repris la jeune Préséa,
peut-être que Génis sera là."
Et la jeune fille avait quitté la pièce en courant et en repensant à son sauveur.
Lloyd
et Colette rencontrèrent ainsi la jeune fille a l'enterrement de ce
pauvre Zélos...leur ami. Bientôt, Raine et Génis finirent par les
rejoindre suivis de près par Régal. En voyant Génis, la jeune fille
courut vers lui et le serra tellement fort que Génis en eut le souffle
coupé.
"Je suis si contente que tu sois là....Tu m'as vraiment manqué ! Dit la jeune demoiselle.
-M..M...moi aussi "bégaya t-il, intimidé, devant sa grande soeur.
Celle-ci le regardait avec un grand sourire. Tout le monde s'était retrouvé, tout le monde...sauf Sheena.
"Peut-être qu'elle avait autre chose à faire, déclara Lloyd, un peu déçu.
-Ne dis pas ça Lloyd! rétorqua Colette, Sheena tenait beaucoup à lui, j'en suis sûre.
-
Tu as raison" répondit simplement Lloyd. Bienvenue a tous! Même si se
n'est pas un bon endroit pour se rencontrer... Dit le jeune garçon se
perdant dans ses sentiments.
Tout
le monde avait finalement décidé de rester un moment tous ensemble pour
se retrouver mais très vite on pouvait s'apercevoir de l'absence des
deux amis. Avec eux, ils auraient beaucoup ri à cause de Zélos,
taquinant comme il savait si bien le faire la malheureuse Sheena au
corps parfait. Mais il n'était pas mauvais au fond, il avait ses
propres raisons.
Non loin de là, à Mizuho la célèbre invocatrice regardait la pluie tomber en réfléchissant comment elle pouvait faire revenir Kuchinawa.
"Kuchinawa...." repensa-t-elle,
Orochi lui dit pour l'apaiser :
« Mon frère te pardonneras tu sais, tu es un bon chef. »
-C'est gentil mais je n'ai pas besoin de ta pitié, répliqua-t-elle.
-D'accord, et pour ce Zélos ça va mieux? Lui dit-il
-Non je n'ai même pas...Je veux dire je ne suis pas allée le voir...une dernière fois…
-Alors que fais-tu encore ici!Vas-y je m'occupe de tout !
-Orochi... merci."
Et elle s'élança en pensant :
« J'arrive, ne t'inquiète pas petit pervers cette fois je réussirais à venir ! ».
Alors
qu'elle s'approchait de sa tombe elle sentit sa respiration augmenter
subitement, lorsque soudain elle entendit qui l’interpellait :
"
Tu...tu es Sheena? dit une petit voix sanglotante provenant de derrière
elle. Toi aussi tu ne pouvais pas venir le voir tout a l'heure... Alors
nous sommes deux ... Tu veux bien m'accompagner près de lui ? je n'y arriverais pas sinon...
-Oui Sélès, je veux bien. Reprit elle en reconnaissant la petite soeur du défunt
Alors les deux filles s'approchèrent de la tombe de Zélos, puis Sélès, après un moment de réflexion donna une lettre a Sheena.
« C'est pour toi" précisa t-elle avant de repartir dans la nuit glaciale.
Sans attendre, la concernée ouvrit la lettre.
A Sheena,
Sheena , je suis désolé pour ce que j'ai fait, cependant tu étais le seul regret que j'avais gardé durant toutes ces années. Sans savoir pourquoi ta silhouette me revenait.
Alors, ce soir je t'écris pour te dire que c'était la seule solution
possible pour que je ne sois plus considéré comme une "chose" de grande
valeur que me donnait mon statut social. Alors pour que cela ne
revienne plus sur le tapis c'était l’unique option. En plus si j'avais
trahi Yggdrasil, il s'en serait pris à tous ceux que j'aime, vous, mes
amis, alors ce n'était pas de ta faute. Tu vois je t'ai écris une
lettre sans parler de TES FORMES sublimes ! Non, je rigole ! Et c'est
bien, comme ça tu ne pourras plus me taper.
Sheena, sois heureuse
Le grand Zélos Wilder.
La jeune femme s'agenouilla près de la tombe en murmurant
« Zélos,
pourquoi? Tu n'étais pas bien avec m.....nous tous ? Tout est de ma
faute je le sais, j'aurais pu te sauver, non j'aurais dû… sans toi…la
vie n'a plus beaucoup de joie... Mais pourquoi es-tu parti chercher une
paix intérieure? Si tu étais là, je te donnerais des claques!!! »
Dit-elle, rageuse.
« Vraiment...dit une voix masculine provenant du lac.
-Elu, c'est toi…? Non ce n'est pas possible. Je doit rêver.
-Non, tu as raison, je ne suis plus l'élu.
Sheena se retourna vive comme l'éclair et partit très rapidement vers son ami et commença à le frapper en s'écriant :
-Pourquoi tu as fait ça? Pourquoi m'as-tu
abandonnée ? Hein, pourquoi m’as-tu écrit une lettre avant ta mort? Et
aussi, comment se fait-il que tu es encore vivant? »
Le jeune homme la prit dans ses bras. Sheena continuait à lui donner des coups.
Et lui à son tour demanda :
-Qu'espères-tu
en me demandant tout ça? Une réponse peut-être… Alors voilà je me tiens
devant toi car depuis quelques jours tu sombres dans la solitude et je
voulais te revoir et pour que tu saches que je suis bel et bien
vivant et que je reviens en ville mais en changeant de condition de
vie. Je vais retrouver une vie normale.
-Alors tu restes avec m... nous?
-Oui,
d'ailleurs si on allait retrouver Lloyd, je crois que le monde n'est
pas encore sauvé de tous ses malheurs et puis sans moi l'humour
n'existerait plus! Héhé » Mais il se rendit compte qu'il parlait dans le vide.
"Sheena, Sheena tu vas bien? Reprit Zélos.
-Ou..oui mais je vais à Mizuho, j'ai un mauvais pressentiment. Tu pourrais aller voir Lloyd, en attendant ?
-Non pas question que tu y ailles toute seule lui dit-il en la rattrapant.
- Heu, Zélos, dégage je suis assez grande et puis je sais me débrouiller seule tu sais. Pour qui me prend tu .Toi, tu vas voir Lloyd.
-Oui chef…lui dit t-il d'un ton agaçé.
[OS] - Dernière danse - par Naikkoh
Titre :
« Dernière danse » (ou « Quand Zélos rencontre Sheena »…
Comment ça mon titre est bidon ?! xD)
Couple : à votre avis ? ^^
Par contre Yohnis appartient à
Yuen (fic : « Le Dragon sacré » disponible sur le forum ToS de
JeuxVideo.com, ainsi qu’en version remasterisée sur
EluDesDeuxMondes.canalblog.com) et l’Ishkal m’appartient.
-------
Ce n’était qu’un déballage de
richesses et de démesure, tout étant bon à prendre afin d’épater la galerie.
Et, accessoirement, faire mourir de jalousie son voisin au passage…
Les dames de la noblesse, avec
leur visage poudré et maquillé à outrance, rivalisaient d’imagination afin de
se démarquer du troupeau et les étoffes chamarrées de leurs robes
tourbillonnaient en un bruissement discret sous les notes entêtantes de
l’orchestre placé au fond de la salle. Les coiffures étaient hautes,
sophistiquées, et mises en valeur à grand renfort de plumes, peignes de nacre,
pierres précieuses et perles d’eau. Nul doute que les caméristes avaient dû
user de tout leur génie pour rendre de tels chef-d’œuvres possibles. Les hommes
non plus n’étaient pas en reste et arboraient fièrement soieries délicates et
taffetas richement ornés, tout en faisant rutiler qui une broche, qui une
bague, qui un pommeau de canne, serti d’opale ou de diamant. Les conversations
légères allaient bon train et les rires de gorge étaient à moitié étouffés par
les éventails finement sculptés... le tout sous une bonne dose d’arrogance à demi
dissimulée par des regards affables et des sourires serviles.
Zélos soupira.
Plus le temps passait, et plus
ces mondanités lui pesaient.
Vraiment.
Que n’aurait-il pas donné pour
une soirée tranquille au coin du feu, à écouter Sélès, sa sœur, lire une de ses
histoires favorites ou encore un moment agréable passé avec ses amis.
Ses amis…
Que devenaient-ils
d’ailleurs ? Cela faisait des années qu’il ne les avait plus vus. Oh, bien
sur, ils avaient gardé contact mais avec le temps et cette période de paix
tranquille, les occasions de se rencontrer s’étaient faites de plus en plus
espacées, et pour finir s’étaient arrêtées. Chacun avait ses occupations et ses
responsabilités. Il ne pouvait pas les en blâmer. Pourtant… pourtant, retrouver
la fraîcheur de Colette, les niaiseries de Lloyd, les fanfaronnades de Génis,
les sermons de Raine, la discrétion de la jeune Préséa, les colères de Sheena
et le stoïcisme de Régal auraient été comme une bouffée d’air frais dans ce
carcan quotidien qu’était devenu sa vie. Non, au lieu de cela, il devait
supporter les courbettes et les fadaises des courtisans à longueur de temps.
Longtemps il avait eu la prétention de croire que cette situation lui
convenait, qu’il finirait par s’y faire. Ce n’était visiblement pas le cas.
L’ex-Elue de
Sylvarant et le jeune épéiste parcouraient encore le monde à la recherche des
derniers utilisateurs d’exsphère, les deux demi-elfes s’étaient volatilisés
dans la nature, Préséa dirigeait le nouveau village d’Ozette, reconstruit
depuis maintenant plusieurs années, et le président de la Société Lézareno
croulait sous le travail, tant et si bien qu’il ne mettait plus les pieds
dehors. Cela faisait un certain temps qu’il ne l’avait plus aperçu à la cour
d’ailleurs. Il n’y avait plus que Sheena pour le tenir informé des dernières
nouvelles de leurs compagnons. D’un autre côté, vu sa nouvelle fonction, il ne
pouvait guère en être autrement…
En parlant
d’elle d’ailleurs, elle était en retard, comme à son habitude, ce qui tira à
Zélos un nouveau soupir d’impatience. Aussitôt, une myriade de femmes de tous
âges l’entoura. Hors de question qu’un homme doté d’une telle prestance
s’ennuie lors d’une si somptueuse fête ! Il fallait dire aussi qu’on n’en
attendait pas moins pour un évènement pareil ! La décoration de la salle
était d’un luxe tapageur, des saltimbanques, originaires des quatre coins du
pays, animaient ces festivités tant attendues, déambulant entre les invités de
marque, et les cuisiniers s’affairaient aux fourneaux depuis presque une
semaine.
Le regard de
Zélos dériva à travers la pièce, passant au-dessus du troupeau de ses
admiratrices qui gloussaient autour de lui. Il y avait là de quoi subvenir aux
besoins d’un village entier. Et dire que plus de la moitié des mets entreposés
sur les tables finiraient dans les tas de fumier de l’arrière-cour des
cuisines, à peine entamés pour la plupart. Le jeune homme haussa les épaules et
chassa cette sombre pensée. De toute manière il ne pouvait rien y faire. Il
était difficile de changer les mentalités, ils en avaient eu la preuve à
maintes reprises.
Mais bon sang
que fichait donc Sheena !
La jeune femme
étouffa un grognement lorsque le page, dans sa livrée rutilante, lui annonça
avec un sourire avenant que le seigneur Wilder l’attendait depuis une bonne
heure déjà. Lui tendant son manteau, elle leva les yeux au ciel, constatant que
le temps n’avait toujours pas arrangé l’impatience de l’ancien Elu du Mana.
Quelque peu exaspérée – ce n’était pas de sa faute si une affaire urgente
l’avait retenue – elle pénétra sans plus attendre d’un pas énergique dans la
salle de réception royale, indifférente aux regards admiratifs et envieux sur
son passage. Faire partie des proches de sa « seigneurie » n’était
jamais de tout repos, et bien qu’elle fut habituée à ce genre d’attitude, elle
sentait qu’aujourd’hui il y avait quelque chose de différent. Sans doute à
cause de cet évènement, songea-t-elle, essayant de ne pas trop se formaliser
des murmures qu’elle percevait dans son dos. Se composant un masque froid et
neutre, elle continua sa route à travers le véritable labyrinthe humain des
convives, à la recherche du rouquin.
Elle finit par
l’apercevoir, adossé nonchalamment à une colonne de marbre, en train de badiner
avec des courtisanes. Cette découverte l’exaspéra au plus haut point.
Décidément, il ne changera
jamais ! Dès qu’il voit l’ombre d’une dentelle, il faut qu’il sorte le
grand jeu ! Et moi qui croyais qu’il avait fini par s’assagir… Sheena, ma
vieille, une fois de plus tu as été bien naïve de lui accorder ton crédit…
Malgré elle,
la jeune femme sentit son cœur se serrer et une pointe d’amertume la submergea
un instant à la vue de ce fier coq se pavanant au milieu de sa basse-cour. Se
faisant violence, elle réussit toutefois à reprendre le contrôle de ses
émotions et toisa l’ex-Elu avec tout le mépris dont elle était capable. Elle ne
devait pas ressentir ce genre de chose à son égard, car elle avait appris à ses
dépends où cela la mènerait. Elle secoua la tête comme pour expulser ce trouble
hors d’elle et expira à fond. Une fois sa paix intérieure retrouvée, elle fixa
le jeune homme plus intensément encore, laissant libre cours à sa colère. Il
n’avait pas dû s’ennuyer tant que ça en l’attendant. Très bien. Dans ce cas, il
pourrait bien l’attendre encore un peu. Elle n’avait pas envie de le priver
d’une si charmante compagnie.
Leurs regards
s’accrochèrent alors que Sheena allait tourner les talons. Lui, surpris. Elle,
de glace. Un instant ils restèrent là, sans bouger, le temps comme suspendu.
Puis, elle s’éloigna lentement, lui tournant ostensiblement le dos, sa robe de
satin blanc lui battant les chevilles.
Zélos avait
renoncé à chercher Sheena dans cette foule et avait reporté son attention sur
ces demoiselles surexcitées lui réclamant à corps et à cris un récit épique de
ses exploits, ce qu’il fit de bonne grâce. Il avait toujours aimé être le
centre d’intérêt général, cela lui donnait l’illusion qu’il existait en tant
qu’être humain et qu’il avait encore le contrôle de sa vie.
Soudain, une
impression de malaise lui fit relever la tête. Quelqu’un l’observait. La
sensation était étouffante. Et ce quelqu’un n’avait pas que des intentions
amicales, au vu de l’aura menaçante que le jeune homme roux percevait.
Lorsque ses yeux se posèrent sur
l’opportun, il en oublia presque de respirer. Pourquoi fallait-il qu’il fasse
toujours tout de travers ? Pourquoi fallait-il qu’elle le trouve en
charmante compagnie chaque fois qu’elle venait le voir ? Parce qu’à n’en
pas douter, la jeune ninja était en colère. Extrêmement en colère même. La lueur
glacée dans ses yeux en amande et la façon dont elle plissait le front ne
trompait pas. S’il lui tombait sous la main, il passerait un sale quart
d’heure. Zélos déglutit difficilement et pâlit, cloué sur place par le regard
méprisant, inquisiteur et peiné de la jeune femme…
Peiné ?!
Une petite seconde, là, il avait
visiblement loupé un épisode… Mais quel imbécile vraiment ! Zélos
s’infligea une claque mentale. Décidément il n’en loupait pas une avec elle.
Bredouillant de vagues excuses à son auditoire quelque peu dépité de le voir se
sauver si vite, il s’élança vers Sheena. Mais le temps qu’il fende le barrage
de corsages et de rubans, la chef de Mizuho avait disparu dans la foule,
laissant Zélos désappointé.
Il ne resta pas seul bien
longtemps, ses admiratrices vinrent l’entourer à nouveau, se pressant contre
lui. D’un geste rageur il les congédia et partit en quête de la ninja, sous les
regards noirs de ces dames énamourées.
Ce petit
manège commençait à fortement agacer notre ami à la chevelure flamboyante. Il
en avait assez ! Pourquoi prenait-elle toujours la mouche ainsi ? Il
n’avait rien fait de répréhensible à la fin. Si sourire relevait maintenant du
crime contre l’humanité selon le code de conduite de Sheena, où
allait-on ! Après tout, il n’aurait bientôt plus l’occasion d’aller voir à
droite et à gauche, alors autant en profiter avant le tomber de rideau…
Zélos grogna de frustration, mais
ne s’avoua pas vaincu pour autant. Une charmante blondinette l’alpaga au
passage et l’entraîna dans le tourbillon d’une valse. La demoiselle lui lança
des œillades enflammées, mais l’esprit du jeune homme était entièrement tourné
vers la chef du clan ninja, et il ne lui accorda qu’un intérêt relatif, ses pas
s’accordant aux siens par pur automatisme.
Soudain il
l’aperçut. L’invocatrice se dirigeait vers les imposantes portes-fenêtres de la
salle de réception donnant sur les terrasses extérieures du château. Des
trilles salvateurs annoncèrent la fin du morceau et Zélos s’inclina prestement
devant sa cavalière avant de tourner les talons.
Suffocant un
peu dans cette salle bondée et surchauffée, Sheena était sortie prendre l’air.
Elle s’étonna un instant de ne voir personne à part elle déambuler sur la
terrasse, avant de se souvenir qu’on était en plein hiver. Se délectant de
cette tranquillité offerte, elle s’avança sur les dalles blanches. Le bruit de
ses pas claquait sur le marbre et troublait le silence ambiant. Derrière elle,
le brouhaha des festivités, étouffé par les lourdes tentures pendues aux
immenses fenêtres, lui donnait l’impression qu’elle venait de pénétrer dans un
autre monde où tout n’était que silence et sérénité. Accoudée à la balustrade,
la jeune femme se perdit alors dans la contemplation de la ville endormie et
ferma les yeux.
Sentant une présence familière
dans son dos, son visage s’étira en un fin sourire, et sans se retourner, elle
lança d’un ton narquois :
« ça y est, tu en as fini avec tes ronds
de jambes ?
- Ma foi, il
semblerait que oui, lui répondit une voix railleuse.
- Tu m’en vois
ravie », répliqua-t-elle du tac au tac, tournant toujours le dos à son
interlocuteur.
Elle entendit
un petit reniflement dédaigneux qui lui arracha un nouveau sourire moqueur puis
des pas se dirigeant vers elle.
Zélos, car
c’était bien lui, s’arrêta à sa hauteur.
« Comment
as-tu su que c’était moi ? lui demanda-t-il sans pour autant la regarder.
- Depuis le
temps qu’on se connaît toi et moi, c’était plutôt facile, s’enorgueillit la
ninja. Un jeu d’enfant même…. Et puis franchement, mis à part toi, je ne vois
pas bien qui viendrait me surprendre ici.»
Zélos haussa
les épaules et le silence s’établit entre eux, perturbé de temps à autre par
les rires qui montaient de la salle de bal. Il prit le temps de détailler avec
soin sa compagne du coin de l’œil, tout en veillant à rester aussi discret que
possible. Il l’avait toujours trouvée magnifique, mais ce soir elle était
resplendissante. Les joues rougies par le froid lui donnaient un petit air
mutin adorable et il se surprit à s’attarder plus que de raison sur son profil
régulier barré de quelques mèches folles s’échappant ça et là de son chignon.
Une fine buée s’échappait de ses lèvres légèrement entrouvertes au rythme de sa
respiration profonde et calme. Sa tenue ne comportait aucune fioriture. D’une
blancheur argentée, elle dégageait des épaules graciles et mettait en valeur un
port de tête régalien. L’étoffe, satinée et miroitante, reflétant chaque rayon
lunaire et magnifiant ainsi son teint diaphane, enserrait un cou délicat, et un
décolleté vertigineux s’arrêtant à la chute des reins mettait à nu son dos
finement musclé. A l’inverse de la gent féminine présente à cette fête, la
jeune femme n’avait nul besoin d’artifices, l’aura d’assurance tranquille
qu’elle dégageait suffisait à la sublimer.
Le jeune homme essaya de graver
cette vision dans sa mémoire car il savait que des occasions pareilles de la
contempler ne se représenteraient peut être jamais.
- Quoi ?
lança l’invocatrice en tournant la tête vers lui, gênée par ce regard
inquisiteur qu’elle sentait peser sur elle.
Elle avait
prononcé ce mot d’une voix légèrement teintée de reproches qui le surprit.
- Toujours
fâchée ? hasarda le rouquin au bout de quelques instants.
Sheena secoua
doucement la tête en signe de négation, le menton reposant entre ses mains
gantées et retourna à son occupation première, à savoir l’observation de la
ville en contrebas.
« Je
suppose qu’il est difficile d’aller à l’encontre de sa nature, finit-elle par
lâcher dans un soupir en haussant les épaules, fataliste.
- Et puis-je
savoir de quelle nature tu parles ma chère ? »
La jeune femme
ne répondit rien et se contenta de désigner brièvement la salle derrière eux où
la fête battait son plein.
- Ah,
ça ? Depuis le temps qu’on se connaît toi et moi tu devrais bien le
savoir, rétorqua alors le jeune homme en s’accoudant dos à la balustrade. Et là
je ne fais que te citer.
Le cœur de
Sheena manqua un battement. Même si elle connaissait la réponse au fond d’elle,
l’entendre de sa bouche était toujours aussi douloureux. Pourtant elle n’en
montra rien. Avec le temps, elle aussi avait appris à masquer ses émotions.
Mais ses paroles avaient rouvert une porte qu’elle aurait ardemment désiré voir
fermée à tout jamais.
Seulement,
Zélos avait perçu sa raideur subite et comprit, qu’une fois de plus, il l’avait
blessée sans le vouloir. A ce petit jeu de dissimulation, c’était encore lui
qui menait au score et il ne s’en laissait pas compter si facilement.
Décidément je ne suis qu’un
bon à rien… se désola-t-il.
Le silence
s’abattit à nouveau sur eux, telle une chape de plomb.
L’orchestre
entama une nouvelle valse et Zélos, pris d’une inspiration subite, se redressa
prestement tout en faisant quelques pas vers le centre de la terrasse.
- Allez,
viens ! l’interpella-t-il.
Sheena se
retourna à demi vers lui et haussa un sourcil, perplexe.
« Venir
où ? demanda-t-elle, suspicieuse.
- Viens !
Allez… ! » répéta-t-il en lui tendant la main, un grand sourire aux
lèvres.
Il était très
fier de sa petite idée et espérait sincèrement que la jeune femme marcherait
sans trop se poser de questions.
Viens Sheena… je t’en prie.
Enlève donc cet air méfiant de ton visage. Il ne te va pas du tout. Depuis un
certain temps tu me parais si soucieuse et je n’ose pas t’en demander la raison
de peur que tu ne te renfermes encore davantage. J’ai bien peur d’être à
l’origine de cette mélancolie permanente que tu dégages, sans pour autant
savoir de quoi il en retourne... Est-ce à cause de cet évènement ?
Pourtant nous avons fait un trait sur cette nuit là… Alors, que me
reproches-tu ?
- Ne fais pas
ta timorée allons ! Je ne vais pas te manger ! se moqua-t-il
gentiment en lui faisant signe de le rejoindre.
Et pourtant ce n’est pas
l’envie qui m’en manque, crois-moi. Surtout ce soir, alors que je vais
m’engager sur un chemin que je n’aurai jamais cru prendre un jour et que tu
parais plus fragile que jamais, drapée dans ta fierté.
La réaction
qu’il espérait ne se fit pas attendre. Piquée au vif, la jeune femme s’avança
prestement dans sa direction. S’arrêtant face à lui, elle posa ses poings sur
les hanches et planta ses yeux noisette dans les siens, le menton relevé en
signe de défi.
- Et bien,
j’attends ! déclara-t-elle plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu.
Pour toute
réponse Zélos s’inclina devant elle en une grande révérence outrancière. Un
éclair de compréhension passa alors dans le regard de la ninja et son rire
cristallin s’éleva dans l’air nocturne. Le jeune homme sourit intérieurement de
cette demi victoire et prit un air faussement boudeur. Entrant dans son jeu,
Sheena salua à son tour son cavalier improvisé et lui tendit la main signe
qu’elle acceptait l’invitation.
« En plus
ça nous réchauffera, ajouta-t-elle rieuse.
- Evidemment,
avec ce que tu as sur le dos…, » fit Zélos levant les yeux au ciel tout en
la rapprochant de lui.
Glissant sa
main entre les omoplates de la jeune femme, il put apprécier à quel point elle
était gelée. Pourtant il constata avec étonnement que cela n’avait pas l’air de
la déranger outre mesure. Décidément, elle l’étonnerait toujours…
- Parle pour
toi Zélos, parle pour toi, dit-elle en lui tapant doucement sur l’épaule. C’est
toi qui as la chair de poule, pas moi. Je te rappelle que nous sommes
entraînés, nous autres ninjas.
Et il
l’emporta à sa suite au son de la musique qui s’échappait des baies vitrées entrebaillées.
Sheena riait toujours et Zélos en tira une certaine fierté, satisfait de son
petit effet.
C’est vrai
qu’ils devaient paraître étranges à danser de la sorte, seuls, dans cette nuit
glacée. Mais qu’importe après tout. Il serait bien temps de rendre des comptes
plus tard. Pour le moment, seul l’instant présent comptait et la savoir dans
ses bras, offerte le temps d’une danse, le ravissait plus qu’il ne voulait bien
se l’avouer.
Sheena engagea
la conversation, mettant le jeune homme au courant des derniers renseignements
glanés par son réseau d’information. Zélos fit la moue.
« Ton rapport
peut attendre non ? La responsable des services d’espionnage du royaume a
aussi le droit à des moments de détente !
- Mais…,
protesta-t-elle.
- C’est un
ordre, fit-il dans un gentil sourire. C’est ton supérieur qui te
l’ordonne. »
La jeune femme
bougonna et s’enfonça dans son mutisme.
«
Pourquoi m’as-tu fait venir ici alors? Ne me dis pas que c’était juste un
prétexte pour me voir en robe, grogna-t-elle.
- Mmmh, peut-être
que oui, peut-être que non, riposta-t-il d’un ton énigmatique, un petit sourire
ironique venant étirer son visage.
- Zélos !
Tu ne changeras donc jamais ! » s’énerva-t-elle, quelque peu vexée
par l’attitude si prévisible du rouquin.
Elle avait
voulu lui donner une chance, une de plus, mais elle s’avisa qu’elle avait eu
tort, une fois encore. Sa déception était telle qu’elle sentit une nouvelle
fissure déchirer son cœur déjà meurtri. Elle qui avait eu tant de mal à
recoller les morceaux… Une remarque de lui, et la carapace qu’elle avait tenté
d’ériger ces deux dernières années s’effritait dangereusement.
Pourquoi
avait-elle cette sensation, ô combien dérangeante, qu’il ne faisait que jouer
avec elle comme il jouait avec les autres. Qu’elle avait été présomptueuse de
croire que cela se passerait différemment avec elle ! Il fallait voir le
résultat…
Je suis trop stupide…
La jeune femme
stoppa net et fit mine de se dégager de ces bras qui l’enserraient un peu trop
à son goût. Pas question de lui donner une nouvelle occasion de lui faire du
mal. Elle en avait assez bavé la dernière fois !
Mais Zélos ne
l’entendit pas de cette oreille. Au contraire, comme s’il avait deviné sa
réticence, il la rapprocha davantage de lui, la rendant plus mal à l’aise
encore. Sheena sentit son rythme cardiaque s’accélérer à ce contact,
pressentant le danger qui découlerait inévitablement de cette situation
ambiguë.
A quoi joues-tu Zélos ?
«
Calme-toi, lui murmura-t-il à l’oreille en resserrant son étreinte.
- Mais je suis
calme, rétorqua vertement Sheena.
- Alors ne
soit pas si crispée. Je vais finir par penser que tu n’apprécies pas cette
danse.
- Justement,
elle est finie. Lâche-moi maintenant.
-
Pourquoi ? Je ne fais rien de mal, répliqua-t-il tout en nichant son
visage dans le creux de son cou.
- S’il te
plait…, Zélos…Arrête de faire ça.
- Quoi
« ça » ? » demanda-t-il en effleurant de ses lèvres la peau
si douce de la jeune femme.
Jeune femme
qui frémit de plaisir lorsqu’elle sentit le souffle chaud venir chatouiller sa
nuque. C’était si grisant qu’un instant elle bascula hors du temps, cette
caresse appelant le souvenir d’autres, plus anciennes. Cependant, l’abandon fut
de courte durée, et Sheena, affolée, dût se rendre à l’évidence que, déjà, elle
ne maîtrisait plus rien. Reprendre le contrôle de ses sens lui parut un effort
surhumain qu’elle réussit néanmoins.
« Tu
sais très bien de quoi je veux parler, dit-elle aussi froidement que possible
tout en essayant de conserver une attitude détachée.
- Tu n’aimes
pas ? Pourtant tu ne disais pas non avant.
- Ce temps-là
est révolu Zélos, tu le sais aussi bien que moi… Et puis… et puis ce n’est pas
correct voilà ! Tu as des engagements à respecter ! Et moi
aussi… », rajouta-t-elle plus bas, presque à contrecoeur.
Sourd aux
protestations de l’invocatrice, le jeune homme l’enserra alors totalement en
une étreinte des plus possessives. La jeune femme hoqueta de surprise. Elle
devait résister à ces sensations dérangeantes que Zélos réveillait à mesure de
sa douce torture. Elle les avait pourtant soigneusement enfouies au plus
profond d’elle-même et les voilà qui refaisaient traîtreusement surface à
présent qu’elle sentait le corps de son compagnon se presser ardemment contre
le sien.
- Crois-tu que
je ne le sache pas ? Crois-tu vraiment que je fasse tout cela de mon plein
gré ?
Non, ne me dis pas ça Zélos,
pas maintenant…
« Qu’attends-tu
de moi alors ?
- Une chose
que tu n’es plus en mesure de me donner Sheena », chuchota-t-il
sensuellement à quelques millimètres de son oreille.
La jeune femme
frissonna et ce n’était pas le froid de plus en plus mordant qui en était la
cause. Elle se réprimanda intérieurement pour cette attitude mais elle sentait
bien qu’elle était à deux doigts de déposer les armes. Décidément elle était
bien faible, constata-t-elle avec amertume. Et la promesse qu’elle s’était
faite il y a deux ans de cela, qu’en faisait-elle ? De rage face à sa
propre impuissance à maîtriser ses émotions, elle serra convulsivement les
poings.
-
Tais-toi ! Ne dis pas ça Zélos, tu sais très bien que tu n’en as pas le
droit ! Aurais-tu donc la mémoire si courte ?
L’ex-Elu du
Mana grimaça à cette remarque.
Oh, non je n’ai pas oublié
Sheena. Et si tu savais comme j’ai regretté cette décision chaque seconde
depuis ce jour-là. Mais il était trop tard pour réparer mes erreurs. J’ai
attendu trop de temps… oui, bien trop de temps…
Le jeune homme
lui massait à présent tendrement le dos et elle ne put empêcher un léger soupir
de contentement s’échapper de ses lèvres. Elle avait oublié à quel point il
était agréable et enivrant d’être dans ses bras. Sa chaleur lui avait manqué et
elle aurait tout donné pour que le temps s’arrête à cet instant.
Est-ce que
toutes les filles qu’il avait tenues ainsi avaient ressenti cela ?
Probablement. Et étrangement, ce constat la dérangeait. Jalouse, elle ?
Par la Déesse, certainement pas ! Une légère rougeur teinta ses joues
lorsqu’elle réalisa qu’elle s’était inconsciemment lovée tout contre lui. Comme
elle avait honte de s’être ainsi laissée aller ! Ah, elle était belle
« Madame la Chef de Mizuho » avec son beau discours sur le respect
des engagements !
Pathétique, serait le terme le
plus approprié oui !
Bien évidemment, elle essaya de
repousser cet entreprenant opportun mais deux bras puissants empêchèrent toute
fuite. Prise au piège, la jeune femme commença à sentir la peur l’envahir un
instant, puis la colère la submergea lorsque, levant les yeux vers le visage de
son compagnon, elle découvrit son petit air victorieux et satisfait.
-
Arrête ! s’exclama-t-elle. Pour qui te prends-tu ? Je ne suis pas une
de ces pimbêches fardées avec qui tu t’affiches régulièrement ! Lâche-moi
immédiatement tu entends ou sinon…
Sheena
tremblait de rage contenue. Comment osait-il agir de façon si désinvolte ?
Comment osait-il se comporter comme si ces années passées loin de l’autre, ne
se voyant que pour des raisons d’ordre strictement professionnel, n’avaient
jamais existé ? Faire comme si tout était comme avant… Pensait-il
seulement une seule seconde à ce qu’elle ressentait ? Se rendait-il compte
de la confusion et du trouble dans lesquels il venait de la précipiter par ces
gestes affectueux tout droit sortis d’un passé révolu ? Croyait-il qu’il
pouvait revenir comme ça dans sa vie ? D’un claquement de doigt…
Non,
évidemment qu’il ne pensait pas à tout ça, égoïste comme il l’était !
- Ou sinon
quoi ? Tu vas te mettre à crier ? demanda-t-il d’un ton narquois.
Sheena ouvrit
la bouche pour répliquer, mais Zélos ne lui en laissa pas le loisir. Il la
réduisit au silence en l’embrassant fougueusement, coupant court à toutes
protestations de sa part. L’invocatrice cessa de respirer, bien trop surprise
par l’irréalité de cette scène. Zélos l’enlaçait et l’embrassait alors qu’il
allait se marier !
« Pourquoi » fut le
seul mot qui lui vint à l’esprit.
Ce baiser
n’était ni tendre, ni doux mais violent et désespéré.
Violent comme les sentiments que
l’ancien Elu du Mana n’avait jamais cessé d’éprouver pour elle. Désespéré car
il n’avait plus le droit à prétendre à quoi que ce soit vis-à-vis d’elle et
qu’il avait beau dire, ça il ne l’acceptait pas. Non, chaque fibre de son être,
chaque parcelle de son âme rejetait cette union avec l’héritière du trône mais
ce n’était pas comme si on lui avait donné le choix. L’avait-il jamais eu
d’ailleurs…
D’abord
stupéfaite, puis outragée, Sheena perçut toute la tristesse et les regrets que
Zélos avait mis dans son geste et ne put qu’y être sensible. Après tout, elle
aussi regrettait tant de choses. Alors elle ferma les yeux, abandonna la lutte
contre sa raison, et lui rendit son baiser avec toute la détresse qu’elle
ressentait au fond d’elle.
Tels deux
naufragés en quête de salut, les deux jeunes gens s’étreignirent avec force,
chacun étant la bouée de sauvetage de l’autre dans un monde hostile où ils
étaient pris au piège.
Zélos poussa
l’incursion plus loin et Sheena gémit de plaisir. Lorsque la main du jeune
homme glissa lentement au creux de ses reins, ses sens s’affolèrent. Ce fut
comme si de la lave en fusion venait de se déverser en elle. Electrisé par ce
contact auquel il n’avait plus goûté depuis longtemps, le corps de la ninja se
rappela douloureusement à elle. Si elle avait occulté de sa mémoire ces moments-là,
lui n’avait pas oublié les ébats passionnés partagés avec son autre moitié et
quémandait une revanche à ces combats charnels. Tel un brasier menaçant de se
consumer à chaque instant, il balaya les derniers soubresauts de résistance de
Sheena.
Elle capitula.
Zélos sourit
intérieurement. Apparemment, il lui faisait toujours de l’effet et ça n’était
pas pour lui déplaire, bien au contraire. Sentir cet admirable corps se tendre
et se cambrer sous l’effet combiné de ses caresses et de ses baisers, lui
apporta une immense satisfaction. Il n’avait pas été le seul à regretter leurs
étreintes.
Et l’autre ?
Arrivait-il à faire de
même ? Etait-il capable de la faire frémir d’un simple souffle sur sa
peau ? Vibrait-elle de la même manière sous ses doigts ?
Une vague de sourde jalousie se
déversa en lui à cette simple pensée. Savoir qu’il la partageait avec un autre,
qu’il n’était pas la source exclusive de ses soupirs lui broyait le cœur aussi
sûrement qu’un étau.
Sheena se
maudit intérieurement de sa propre faiblesse. Comment avait-elle pu en arriver
là ? C’était atroce…Elle avait envie de mourir sur place tant la douleur
dans sa poitrine était lancinante. Pourquoi n’avait-elle pas eu le courage de le
repousser ? Pourquoi par la Déesse ?
Et elle invectiva cette dernière
en pensée.
Etait-ce si amusant que cela de
la voir souffrir et se débattre dans la jungle de ses propres sentiments ?
Qu’avait-elle donc fait pour mériter pareils tourments ? N’avait-elle pas
été suffisamment éprouvée ces derniers temps ? Non, il fallait la cerise
sur le gâteau : après l’avoir chassé de sa vie, il fallait qu’Elle le
ramène vers elle !
Sheena en aurait presque ri si
elle n’avait pas été aussi déroutée et malheureuse.
Elle qui s’était efforcée pendant
presque deux ans de refouler son amour pour Zélos, de faire comme si elle avait
tourné la page sur leur histoire, de se montrer indifférente tandis que ce
bellâtre papillonnait de droite à gauche. Et dire qu’elle avait presque réussi.
Presque. Ce soir devait être le point final de cette relation dépassant les
frontières de la franche amitié qui finalement n’aurait jamais dû être. Le
moment pour tous les deux de prendre un nouveau départ. Le mariage avec Hilda,
l’héritière du trône de Tésséha’lla était un tournant décisif, un moyen
d’assainir leurs relations. Chacun aurait sa vie à construire de son coté et
c’était mieux ainsi.
Au lieu de ça,
elle était blottie contre son ancien amant et futur marié de surcroît, à
entretenir je ne sais quel espoir fou dans un coin de sa tête, et elle ne
bougeait pas. Qu’attendait-elle donc ? Une déclaration d’amour
éternel ? Une fuite loin de tout ? Chimères que tout cela…, pesta-t-elle
intérieurement. Zélos n’était pas capable d’une chose pareille. Il ne
s’attachait pas aux autres. Jamais. Elle en avait eu la preuve. Alors pourquoi
était-ce si dur de le laisser partir ? Elle savait que ce mariage était
nécessaire mais ne pouvait empêcher son cœur de se briser à son évocation. Elle
se rendit compte qu’elle ne voulait pas le perdre, qu’elle ne l’avait jamais
voulu même. Seulement la vie en avait décidé autrement et il était impossible
de revenir en arrière.
21 avril 2008
Chapitre 02: Le retour maléfique - par Coco13
-Zélos ! Tu es vivant! crièrent
ses fidèles compagnons en l'apercevant.
-Alors vous vous ennuyez de mon
charme fatal. Hé, hé, hé.
-Tu n'as pas changé, constata Raine.
Mais comment a tu pu revenir a la vie ? Nous...
-Zélos nous sommes venus, tous, à
l'enterrement. Alors comment? fit Génis.
-Enfin tous sauf Sheena et ta
sœur je crois, completa Régal. Pas vrai Préséa ?
-Heu...Oui enfin désolé. Mais bon
bienvenue parmi nous Zélos, répliqua cette dernière un peu surprise de cet
appel a la discussion.
-Mais Zélos ça va ? demanda
Lloyd, qui avait observé son ami plus attentivement.
-Mm... Alors elle n'est pas
venue.... Pourquoi?!
-Qui? demanda Lloyd en
bafouillant.
-Euh… Personne, Lloyd. Ah, et au
fait Sheena fait un détour par Mizuho et arrivera après. Elle n'a pas voulu que
je l'accompagne...
Sur le chemin, la nouvelle chef,
se posait plusieurs questions. Elle se demandait si c'était vraiment pour elle
que l'homme qui lui avait causée tant de chagrin, était revenu. Etait-ce lui?
Pourtant, elle l'avait bien vu mourir sous ses yeux. A ce moment elle ne
pouvait rien faire, elle était impuissante et faible. Elle se remémorait la
scène, de ses propres mains, de ses propres armes, elle l'avait blessé. Quand
ce contact avait eu lieu, la jeune demoiselle avait pu voir, ressentir toute la
vie du malheureux. Peine, espoir, amour, passé et regrets. Elle pouvait à ce
moment précis voir et comprendre ses fous rires, ses regards, ses actions et
surtout ses sentiments à chaque fois qu'il la regardait ou l'admirait. Quant
Lloyd, héros de la paix lui infligea le coup fatal, Sheena sut que son être se
déchirait comme si plus jamais elle ne serait la même... Mais soudain la
chaleur la ramena à la réalité, elle se trouvait face a son village...
Les maisons étaient en feu. Tout
était dévasté .Elle entreprit alors les recherches pour retrouver des rescapés.
C'est alors qu’une épée violette avec un oeil incrusté dessus lui chatouilla le
dos. Tout de suite la ninja esquiva le coup que cet homme mystérieux
s'apprêtait à lui donner avec son autre arme, une sorte de corne finie par une
mâchoire. Le combat se faisait sentir. Après plusieurs minutes, Sheena était à
bout de force. Pliée en deux sous la force de cet être redoutable, elle l'avait
déjà battu auparavant. Il semblait beaucoup plus fort.
-Alors ? On se ramollit à ce que
je vois! Tu me déçois, mais soit, montre moi ta plus grande peur.
Sheena eut bien peur, pensant à
la quantité de chose qu'il pouvait découvrir! Non il ne fallait pas qu’elle
craque.
-Alors tu ne veut pas que je te
scanne ? Ce n'est pas grave car ta peur ultime est celle dont tu n'as pas
conscience.
-Tu...tu es Abyssion ou Nébilim?
-Ah, bien, maintenant en garde!
L'invocatrice essaya en vain de
désarmer son adversaire mais il était agile et de plus cette fois elle était
bien seule. Pas question qu'on l'aide. Ah ça non ! Elle ne voudrait pas de leur
pitié. C'est alors que le seigneur du mal finit par la plaquer au sol.
- Tu es tel qu'un vers, tu es
faible. Tu es pitoyable et maintenant je vais t’infliger la douleur de la mort.
Alors qui voit tu ma pauvre petite ?
- Tu....tu n'est pas Abyssion !
dit-elle surprise.
- Oui!!! Tu as raison et qui je
suis, alors si tu as devinée. Elu ultime?
- Zélos, encore! Mais
pourquoi....pourquoi je te vois ....
- Meurs par celui que tu aimes
tant ma belle, mais avant vois ta peur se réaliser.
C'est alors que Sheena vit Zélos
qui était accroché par des ronces sur un arbre. Elle ne pouvait pas bouger et Abyssion
tua lentement Zélos. Le faisant saigner jusqu'à ce que sa peau soit devenu
bleue. Elle de nouveau impuissante, ne pouvait bouger, criant sans cesse le
prénom de son ami. Puis les images s'envolèrent et Abyssion avec. En disant à
la ninja : " Si tu fait tout ce que je te dis cela n'arrivera pas ! Je
veux voir ce que tu es prête à faire pour qu'il reste en vie."
Sheena se réveilla avec la claque
d'Orochi.
-Mais...Le village il est....
-Sheena tu n'as rien ? Hé tu
m'écoutes! s’écria Orochi pris de panique.
-Oui mais que s'est-il passé ?
-Hé bien tu es arrivée au village
et tu t’es évanouie. Tu m'as fait vraiment peur tu sais. Et au fait c'est qui
ce Zélos?
-Hein...Zélos c'est un crétin ne
pensant qu'à sa petite personne, ne regardant que son ombre, oubliant son
chagrin à travers diverses filles de Meltokio. Vraiment rien qui en vaille la
peine crois-moi.
-Mais pourtant tu disais son prénom
dans ton délire. En plus, ce n’était pas à son enterrement que tu es allée tout
à l’heure? Tu peux rester ici cette nuit si tu veux.
Elle ne le savait pas mais il
resta toute la nuit à la regarder dormir.
Dans l'auberge, la même nuit,
Zélos ne put dormir en pensant à sa petite sœur Sélés qui malgré la réputation
qu'il avait, était venue le voir.
-Enfin pour voir Sheena je
suppose. Pourquoi a-t-il fallu que je lui parle d'elle, stupide Zélos, tu es
vraiment très stupide se dit-il en pensant a sa petite sœur.
Dans la chambre voisine, Colette
ne pouvait pas dormir, toute contente car elle était toujours aux côtés de
Lloyd.
« Quelle chance j’ai ! se
disait-elle. J'irais au bout du monde avec lui, ma place est à ses côtés, j'en
suis sûre ! songea-elle en regardant les étoiles. Dire que le père de Lloyd,
Kratos est parmi ces étoiles...
Et elle repartit dans sa rêverie,
inconsciente du danger qui la guettait. D'ailleurs, ce danger savait maintenant
manipuler Zélos et Sheena, il n'avait même pas besoin de faire un tour dans son
esprit pour voir que son point faible c'était sa sœur et son âme sœur. Qui
serait l'autre victime ? Deux, ça suffit pour l'instant non? Oui pour
l'instant... Combien de personnes allaient encore devoir mourir et souffrir
pour Niblaibinne?
























