13 novembre 2009

[OS] Est ce que tu m'aimes...? - par Marina Ka-Fai

Ohayo minasan !
Tadaima !
J’ai décidé d’écrire un yaoi sur un couple que j’aime beaucoup : le zélloyd ^^
Je vais faire de mon mieux pour essayer de rester loin du OOC.
Ca va être galère XD
Petite fantaisie de fana de TOS, une vraie geek ^^

Couple : Zélos WilderxLloyd Irving-Aurion

Contexte : Peu avant le grand combat contre Mithos, nos héros se retrouvent chez Zélos à Meltokio afin de profiter d’un moment de répit. Enfin répit pour tous sauf pour Lloyd et Zélos qui ressentent une attirance l’un pour l’autre.

Disclamer : TOS n’est pas à moi sinon j’aurais tout fait pour que Yuan soit mon père adoptif et j‘habiterais chez les Renégats ^^

Attention, cette fic est axée sur une relation homosexuelle !
Ceux et celles qui pour une raison X ou Y ne supportent pas le yaoi, passez- votre chemin, je ne supporterai pas d’insultes sur le couple.
Merci pour votre compréhension.

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Est-ce que je…t’aime ?



Meltokio, cité des nobles, Tésséh’alla.
Le ciel était teinté d’une drôle couleur violette, Derris-Kharlan en recouvrait la quasi-totalité. Tous croyaient la fin du monde proche. Mais c’était sans compter sur le groupe de l’Elue de Sylvarant qui voulait réunir les mondes, ce qui était signification de sauvetage des deux mondes. La bataille finale arrivait mais avant, les héros exténués s’arrêtèrent chez un des membres du groupe, l’Elu de Tésséh’alla Zélos Wilder, afin de se reposer un peu.
Tous vaquaient à leurs occupations : Colette s’occupait du chien de Zélos, un magnifique bébé labrador sable. Raine lisait avec Régal, Préséa apprenait à Génis à sculpter des objets en bois, Sheena admirait les lys blancs qui décoraient la maison, Kratos, le père de Lloyd qui les avait rejoint, astiquait son épée avec minutie.
Lloyd, quand à lui, avait entreprit de se promener dans les rues de la ville. Il y croisa Zélos qui charmait une de ses nombreuses groupies superficielles. En dragueur invétéré, il lui faisait des compliments, lui sursurait des mots doux.
Pour une raison inconnue, Lloyd avait mal. Un mal affreux qui lui pesait sur le cœur, qui lui enserrait la poitrine dans un étau. Le coup fatal pour son pauvre petit cœur fut quand Zélos la prit dans ses bras. C’en était trop. Zélos le vit, les larmes vinrent brûler les yeux de Lloyd et soudain il s’enfuit.

POV Lloyd

Pourquoi ? Pourquoi je pleure comme ça ?
Zélos a toujours été comme ça, un charmeur. Avant cela me faisait sourire alors pourquoi maintenant j’ai si mal ? Pourquoi ai-je eu envie d’être à la place de cette fille ?
Pourquoi il m’obsède tant ? C’est mon ami, un bon ami avec qui je ris, avec qui je m’amuse. Il est déjà arrivé que l’on dorme ensemble à la belle étoile car l’occasion s’était posée comme ça mais je n’ai jamais ressenti quelque chose comme ça ! Mon cœur se serre malgré moi. Pourquoi ? Et surtout qui pourrait me répondre ? J’ai mal et aussi peur de ce sentiment, de la réaction des autres…J’ai mal, j’ai peur….

POV Zélos

J’ignorais que Lloyd était là. D’ailleurs me serais-je arrêté s’il était là ? Je ne sais pas, d’ailleurs je ne sais plus rien quand je suis avec lui. Il est si pur, si innocent, du haut de ses dix-sept ans et moi à côté j’ai l’air d’un libertin dépravé de vingt-deux printemps. Sa candeur me fait tant de bien, avec lui, j’ai l’impression d’être vivant enfin ! Avec lui, je ne suis plus l’Elu, je n’ai plus à jouer ce rôle que je déteste, que je hais et à qui pourtant je dois tout. Si je n’étais pas l’Elu, je sais très bien que les filles qui m’adorent ne feraient pas plus attention à moi qu’à un petit souillon. Avec Lloyd, tout est différent, je ne suis plus l’Elu, je suis moi. L’avoir vu s’enfuir comme ça me rend triste, d’autant plus que je jure avoir entendu des pleurs…Mon ange pleure par ma faute….merde pourquoi je l’appelle mon ange d’abord ? Mon cœur se serre, c’est insupportable. Lloyd me fait ressentir des choses que jamais avant je n’avais ressenti, même en draguant mes louloutes. Quand je les charme, j’ai l’impression que j’ai Lloyd en face de moi, ses lèvres me tentent tout comme sa peau…
Bon sang, ce serait ça !
Est-ce que…je serais…amoureux de Lloyd ?

POV Lloyd

Mes larmes s’apaisent peu à peu mais mon mal subsiste. Zélos n’a rien fait de mal alors pourquoi je souffre autant ? Je me rappelle un jour avoir lu un livre, moi qui d’habitude en lit si peu…La Nouvelle Héloïse je crois, un vrai pavé. Je venais juste de rencontrer Zélos. Au début, mon cœur s’était serré sous l’émotion. Aujourd’hui si je le relis, il se serre et moi je pleure, comme s’il cherchait à se débarrasser de toute l’eau qu’il a, comme une éponge.
Il est Julie, moi je suis Saint-Preux…Le professeur était étonnée que je lise un pareil bouquin, moi qui ne suis pas très scolaire…
Bon sang, mais pourquoi j’ai si mal ?!
Je….aimerais-je Zélos ?

POV normal

Zélos courait à travers la ville afin de retrouver « son ange ». Il ignorait vaguement pourquoi mais il se disait qu’il était de son devoir de sécher les larmes de Lloyd. Le jeune homme était assis sur les escaliers de pierre menant au château, dans un coin sombre afin que personne ne le remarque. Les gens ne faisaient pas attention à lui. Ce n’était pas plus mal. Il vit la cause de ses larmes venir vers lui. Il tenta de s’enfuir à nouveau mais Zélos l’attrapa par le bras, le forçant à se coller contre lui.

POV Zélos

Je retrouvais enfin Lloyd, caché aux yeux du monde extérieur pour extérioriser sa peine à sa guise. Il me vit et tenta de s’enfuir à nouveau mais dans une sorte de rélflexe, je l’en empêchais et le serrais contre moi. Ses larmes redoublèrent, je le serrais plus fort, comme pour le consoler. D’un geste lent, avec ma main, je levai son menton vers moi afin de le voir, lui et ses beaux yeux noisettes inondés de larmes. Je lui souris gentiment, séchais ses larmes et là, comme poussé par une attraction invisible, je m’emparais de ses lèvres dont j’ai si souvent rêvé. Je me sentais comme apaisé, plus rien d’autre ne comptait pour moi. Je ne voyais que Lloyd.


POV Lloyd

Zélos me trouva aisément malgré ma cachette, je voulus partir mais il m’en empêcha et me serra contre lui. Mes larmes se remirent à couler, comme si les écluses de mon être s’était ré ouverte. Plus je pleurais plus il me serrait contre lui. Avec tendresse, il me força à le regarder à travers mes yeux noyés et soudain sans crier gare, il m’embrassa. Surpris, je me laissais pourtant assez vite abandonner. Mon mal s’était envolé, disparu dans le néant. Je me sentais flotter, j’étais bien. Je l’aimais, oui je l’aimais.

POV normal
Le tout nouveau couple ne se sépara que quand le manque d’oxygène se fit sentir. Les deux cœurs battaient à se rompre. Les habitués de Zélos « el draguissimo » les regardaient comme s’ils venaient de voir un extraterrestre.

- Pardonne-moi Lloyd, j’aurais dû me rendre compte de tout ça avant, mon pauvre, comme tu as dû souffrir! Pourras-tu un jour me le pardonner ?
-Zélos tu m’aimes ?
- A en mourir.
-Mais je suis un homme, comme toi.
-Ca je m’en fous, ce que je veux c’est être avec toi. Si tu veux de moi évidemment.

Pour toute réponse, Lloyd l’embrassa. Et c’est main dans la main qu’ils rentrèrent au bercail, sous les yeux de Kratos, qui les regardait par la fenêtre. Il avait remarqué tout cela depuis longtemps. Loin d’être sous le choc ou fâché, il souriait. Son fils venait de trouvait le bonheur, son fils allait être heureux et c’était tout ce qui lui importait.

Quand aux amis des deux amoureux, surpris au début, ils s’en accommodèrent assez vite, sans aucun mal.

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Voilà c’est fini !
Oh je le sens mal….
Reviews ?

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Zelos Wilder - par Sasuk8

Zelos_Wilder_by_Sasuk8

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Chapitre 15: Un enchaînement assez brutal - par Alienor

Deux mois plus tard- Hambourg, Allemagne

 

Zack Wilder longea les quais en soupirant en continu. Il traînait là depuis des heures. Son supérieur lui avait donné l’ordre de surveiller les environs, pour éviter à des curieux de pointer le bout de leur nez. Pourtant, il n’y avait personne à cette heure de la journée. Les gens étaient trop occupés à rester cloîtrés dans leurs maisons. Cela facilitait les choses au gouvernement. Du coup, Zack se sentait un peu inutile dans toute cette affaire. Lui, ce qu’il aurait voulu, c’était se retrouver dans les premières loges pour voir débarquer ces fameux soldats japonais. Après tout, il avait joué des bras et des jambes pour faire partie de la patrouille qui les recevraient. Il avait obtenu une réponse affirmative à se demande, mais c’était seulement pour se retrouver à l’arrière-garde. Ce n’était pas une place très convoitée…

Mais bon, c’était cela ou ne pas venir du tout. Et puis, c’était aussi l’occasion de voir son chef en personne.

Le port était en effervescence. Bien qu’il y ait eu quelques problèmes, les alliés étaient finalement arrivés à destination, tous sains et saufs. Effectivement, ils avaient rencontré pas mal de tempêtes lors de leur voyage en mer. Un vent contraire les avait détournés de leur but et ils s’étaient retrouvés en pleine mer méditerranée. Des feux de détresse envoyés par le capitaine du bateau avaient aussitôt arrangé les choses : la République Italienne avaient été alertés et ils avaient été invités à accoster dans un port de leur pays. Tout de suite après, un train les avait amené en Allemagne, en passant par l’Autriche, puis ils avaient traversé le Sud du pays et étaient finalement arrivés comme prévu à Hambourg, à la seule différence que ce n’était plus en bateau. Mais bon, le résultat était le même : tout était bien qui finissait bien.

 

Personne à arrêter. Cela commençait à devenir ennuyeux…

L’homme bailla, puis regarda autour de lui. Il y avait bien quelques officiers qui couraient çà et là pour préparer l’arrivée de leurs coéquipiers, mais à part ça, tout était silencieux. L’entrée du port était vide…

Zack exécuta un pas en arrière, en direction des quais. Même s’il désertait son poste quelques minutes, son supérieur n’en saurait rien. Et puisqu’il n’y avait personne…

Zack quitta sa place et courut derrière des caisses, le temps que deux officiers passent, puis repartit sur la pointe des pieds. Enfin, le quai principal était en vue… Et on pouvait dire qu’il y en avait, du monde. A vous en boucher la vue. Le jeune gardien ne voyait plus rien. Et pourtant, les fourgons étaient là, et les soldats aussi, en chair et en os. Ils s’adressaient des poignées de mains et prêtaient l’accolade de temps à autre. A ce moment là, Zack souhaitait presque être à la place des soldats en premières loges.

Il examina les visages des étrangers un moment. Leur teint était assez blafard, et leurs yeux tirés, normal pour des japonais. Vêtus de leur uniforme local, qui symbolisait leur pays du Soleil Levant, il restaient fiers malgré tout, prêts à défendre la gloire de leur patrie.

Enfin, Zack décida de regagner sa place. Il avait déserté son poste un peu trop longtemps maintenant. Il fallait vite la regagner s’il ne voulait pas que son absence soit remarquée et que son sergent ne lui remonte les bretelles.

Il s’arrêta de nouveau devant des caisses qu’on avait amassées et qui provenait des bagages des japonais. Certaines de ces caisses contenaient les vivres qui avaient servi pendant le voyage, d’autres des draps et des matières textiles, et d’autres encore des explosifs…

Il se cacha encore derrière lorsqu’un soldat passa devant lui. Au bout d’un moment il pensa qu’il devait sortir et il se releva… pour tomber nez à nez avec un patrouilleur.

Celui-ci resta bouche bée, et Zack devina qu’il était simple soldat, comme lui, et qu’il avait à peu près son âge. Il profita de cet avantage pour lui plaquer une main sur la bouche et lui dire :

« N’alerte pas les supérieurs sur ma présence ici, d’accord ? Je rejoins mon poste. »

Et il s’esquiva, ne laissant pas le temps à son camarade de répondre.

Un peu plus tard, il regagna sa place. Il était temps. Un peu plus et sa présence dans un lieu où il ne devrait pas être était signalée.

Il fit mine de patrouiller comme s’il avait toujours été ici. Des hommes passèrent devant lui en transportant des caisses visiblement lourdes. Et puis bien sûr, aucun civile ne venait pointer son nez.

Un officier lui fit un signe de la main qui l’invitait à venir près de lui. Zack s’approcha et reçut l’ordre de garder les caisses en attendant que le soldat aille donner des ordres ailleurs.

Certaines caisses contenaient des explosifs, d’autres encore des matières textiles.

Depuis près de deux ans, le Japon entretenait une relation qui tenait la route avec l’Allemagne, aussi bien commerciale qu’amicale. En échange de soldats, le pays germanique envoyait des produits fabriqués dans la patrie, et vice versa.

Il resta debout en regardant à droite et à gauche comme tout garde expérimenté. Cela ne faisait que trois années qu’il avait intégré l’armée et côtoyé des supérieurs aussi irascibles les uns que les autres. Certains lui avaient même dit qu’il ne valait pas un clou, mais il avait tenu bon, et avait su leur tenir tête. Mais ils ne le portaient pas toujours dans leur cœur.

Soudain il entendit un bruit, comme un poing frapperait contre du bois. Etonné, il se tourna vers les caisses, car le bruit semblait venir de là. Un silence, il crut avoir rêvé, mais bientôt le bruit reprit, insistant. Le jeune soldat regarda tour à tour les caisses, cherchant laquelle faisait autant de bruit. Il l’aperçut. La boîte bougeait toute seule, comme si quelque chose essayait d’en sortir.

Ou quelqu’un…

Méfiant, il s’approcha, évitant les caisses contenant les explosifs, et s’approcha de l’objet de son intérêt.

Il s’accroupit pour l’examiner. Le bruit était de plus en plus fort, comme si la chose voulait absolument sortir.

Il décida d’ouvrir d’abord la caisse avant de sonner l’alerte, au cas où…

Il retint son souffle. Il n’y avait personne dans les parages. Il ouvrit alors la boîte.

Une chose noire en jaillit à l’instant même où il entrebâillait le battant, et il se retrouva propulsé vers l’arrière.

Il atterrit un mètre plus loin, sonné et surpris. Il se cogna la tête par la même occasion et il s’égratigna le bras en traînant contre le sol dur.

Il resta là un moment, trop sonné pour donner l’alerte. Il y avait quelque chose qui le bloquait. C’était lourd et… visqueux.

Il ouvrit les yeux, et son regard croisa celui, terrifié, d’une créature des plus sales. Les cheveux lui tombant sur le visage et le visage couvert de crasse, elle semblait presque perdue.

La première question qui passa dans la tête de Zack fut : que faisait-elle ici ?

Ses yeux bridés, bien qu’écarquillés, sa peau blanche, bien que crasseuse, et ses cheveux noirs ne laissaient aucun doute sur ses origines. Elle était japonaise, où du moins elle en était originaire. Mais que faisait-elle dans cette boîte ? Avait-elle… Zack secoua la tête. C’était complètement stupide, mais quand même…

Ils s’examinèrent un moment, l’un au dessus de l’autre, puis le jeune homme se leva brutalement, bousculant par la même occasion la jeune femme à terre.

« Mais qui es-tu et que fais-tu ici ? » lui cria t-il dessus.

La jeune fille, terrifiée, ne répondit rien, puis elle ouvrit la bouche et elle éclata en sanglots.

Là, Zack ne savait plus que faire. Voir des femmes pleurer, il n’avait pas l’habitude. La seule fois où il en avait vu une, c’était lors d’une dispute entre ses parents, il y a longtemps… Mais il n’était pas temps d’exposer les détails de sa jeunesse. Il se baissa à la hauteur de la pauvre créature et chuchota :

« Eh oh, ne pleure pas comme ça ! Si tu me dis ce que tu fais ici et comment tu as atterri là, je ne signalerai pas ta présence à mes congénères. »

A ces mots, la fille pâlit sous sa saleté. L’évocation des autres soldats devait lui faire peur.

Elle ouvrit la bouche et siffla quelque chose de presque inaudible :

« Oui, s’il vous plaît, appelez-les, faites n’importe quoi mais je veux rentrer chez moi… »

Son dernier mot fut ponctué d’un sanglot. Zack n’avait pas bien entendu la phrase prononcée et il décida de ne pas en tenir compte. Il tenta alors de la relever tant bien que mal. Ce n’était pas simple, elle était sale et repoussante. Elle sentait l’eau de cale et la sueur. Et elle arrivait à peine à se tenir debout.

Soudain, une voix retentit :

« Ca va, soldat Zack ? Un problème ? »

Zack jura. C’était le type qui l’avait surpris tout à l’heure. Luke, qu’il s’appelait.

Il s’empressa de précipiter la femme, étonnée, dans la caisse et de refermer le couvercle brutalement. C’est ce moment que choisit Luke pour intervenir.

« Alors, on ne s’est pas fait remonter ses bretelles ou bien le sergent a décidé de te coller là ? »

Il vit la tête que faisait son camarade. Un mélange de soulagement et d’étonnement.

« Et bien, tu en fais une tête. Tu as vu un fantôme ? »

Il ne croit pas si bien dire, pensa Zack.

Un silence s’ensuivit, coupé par un petit coup donné dans le bois de la caisse.

Non, pas maintenant… supplia le soldat.

Heureusement, Luke n’entendit rien. Il continuait son babillage :

« Si cela t’ennuie que je sois là, tu peux toujours me dire de m’en aller… »

Ouais c’est ça barre toi ! aurait voulu lui lancer Zack.

Mais il ne le dit pas.

« Excuse-moi, j’avais juste une petite envie de…

-d’aller voir nos chers compatriotes. Ne t’en fais pas, j’avais eu la même idée…

-Cela veut dire que… demanda le jeune homme, surpris.

-Eh bien que j’avais envie d’aller voir ça de plus près moi aussi. A la seule différence que je n’ai pas déserté mon poste, moi, puisque j’ai obtenu le poste de patrouilleur. »

« Ah ok … »pensa Zack.

« Et pourquoi tu es assis par terre, d’abord ? Tu as envie de faire bronzette ? »

Luke rit de sa petite blague pendant que son camarade se relevait, sa main appuyée sur la caisse où il avait enfermé la jeune femme dans l’urgence. Il devait s’assurer qu’elle ne surgirait pas en plein milieu de leur conversation. Elle semblait d’ailleurs avoir compris, car elle ne se manifestait plus.

« Et pourquoi ne rejoins-tu pas ton propre poste en attendant, soldat Luke ? dit Zack. Si les supérieurs te voyaient en train de faire la conversation, tu passerais un mauvais quart d’heure… »

Il se hâta de plaisanter :

« Tiens, d’ailleurs, il y a un type qui veut entrer sans se faire voir là-bas… »

Luke se retourna soudain, à la plus grande hilarité du jeune homme. Il se retourna vers lui :

« Ah, ah, c’est très drôle. Mais il est vrai que tu as raison. J’y vais fissa !

-Ouais, c’est ça, » dit son camarade, en lui adressant un sourire des plus goguenards.

Le soldat s’éloigna, et lorsqu’il fut hors de vue, Zack poussa un soupir et rouvrit le couvercle de la boîte. La jeune fille en sortit, essoufflée.

Ils se regardèrent un moment, elle, agenouillée et couverte de crasse, lui, debout et en uniforme de soldat. Il plongea dans le regard exorbité de la jeune femme.

Elle était maigre et chétive, ses yeux lui mangeaient la moitié du visage, elle avait le teint gris et blafard, et ses cheveux étaient gras et ne semblaient pas avoir connu de rinçage depuis pas mal de temps.

Soudain, la vérité sauta aux yeux du jeune homme. Et si… avait-elle accompagné clandestinement l’élite envoyée du Japon jusqu’ici ? Non… si vraiment elle l’avait fait, elle serait morte depuis longtemps…

Mais il arrivait que l’on s’en sorte au moyen d’approvisionnement. Elle devait avoir survécu grâce à ça. Tant mieux pour elle…

Mais la question était : qu’allait-il faire d’elle ? Fallait-il signaler sa présence aux supérieurs ? Ou bien… Il écarquilla les yeux à la pensée furtive qui traversa son esprit. Non, sûrement pas… l’héberger clandestinement chez lui ? Hors de question ! Il était un soldat, il ne devait rien cacher à ses généraux.

Mais en même temps, devait-il tout dire à n’importe qui ? Après tout, ils pourraient bien vouloir l’exécuter ! A moins qu’ils ne la renvoient dans son pays d’origine, ce qui serait peut-être bien pour elle…

Il s’agenouilla près d’elle et lui dit :

«Je me demande ce que je peux faire de toi… »

Soudain, il réentendit du bruit qui se rapprochait. Il se retourna, et vit les patrouilleurs et son sergent qui se dirigeaient vers les caisses.

« Merde. » se jura t-il, pour lui-même…

Il se retourna vers la jeune fille, mais celle-ci, comprenant qu’il y avait danger, s’enfermait déjà dans la caisse.

« Super ! » sourit-il.

Il se releva et se tint au garde-à-vous.

Il se tint en rang avec ses camarades et attendit les ordres de son supérieur. Celui-ci expliqua les consignes. D’abord, il fallait laisser le temps aux soldats alliés de s’habituer au décalage horaire, ensuite, pour leur faciliter leur venue, il fallait transporter leurs bagages, et les caisses ci-présentes. Zack et d’autres soldats furent désignés pour transporter les caisses. Ensuite, sous l’œil du sergent, ils se mirent au travail. Le jeune homme s’arrangea pour s’attribuer la caisse où se cachait la jeune femme. Il fallait la mettre en sécurité le plus vite possible, et ensuite remettre le carton avec les autres comme si de rien n’était. Imaginé ainsi, cela paraissait simple, mais la réalité l’était moins. Déjà, pour commencer, la caisse était trop lourde. En plus de son occupante, il devait y avoir autre chose là-dedans. Un de ses camarades lui proposa de l’aider. Il refusa poliment. Il avait suffisamment de force pour transporter un bloc, aussi lourd soit-il.

On emmena les caisses dans un fourgon, où on les enferma. Ensuite, Zack se porta volontaire pour conduire la camionnette militaire en compagnie d’un autre jeune homme, un peu plus jeune que lui, vingt ans à tout péter ( ; p).

Sur la route qui menait à la prochaine ville après Hambourg, le jeune homme se tracassa. D’accord c’était bien de vouloir aider une fille, mais qu’allait-elle devenir par la suite ? Il ne la connaissait même pas, et il était pour elle un parfait inconnu. Et si c’était une espionne ?

Peut-être pas, elle n’avait pas vraiment le profil. Mais en même temps, il ne fallait pas se fier aux apparences, c’était bien connu.

Ils arrivèrent dans la petite bourgade voisine de la grande ville portuaire. Le camarade de Zack qui jusque là n’avait pas parlé sortit de la camionnette et ouvrit le coffre, où s’entassaient les caisses. Il désigna l’entrepôt du doigt et souleva un des cartons. Le jeune soldat fit de même.

La caisse de la vagabonde était au fond, et Zack ne tarda pas à la récupérer. Il attendit que son camarade quitte l’entrepôt et y entra à son tour. Une fois à l’abri des regards, il entrebâilla le couvercle de la boîte et chuchota :

« Ne sortez pas tant que vous ne serez pas dans un lieu sûr. Vous êtes en territoire ennemi, et le moindre coup d’œil jeté dehors vous coûtera sûrement très cher. »

Il ne reçut pas de réponse, et il referma le couvercle. Ensuite, il entreposa la caisse avec les autres et rejoignit son camarade. Il était temps de rejoindre les autres et de fêter l’arrivée de leurs alliés, ou alors tout simplement d’aller dormir !

Zack préférait opter pour le sommeil. Il était dit que souvent, la nuit porte conseil. Peut-être lui dirait-elle la marche à suivre avec cette fille ?

Il la plaignit en silence (la jeune fille, pas la nuit !). Elle allait passer la nuit dans un entrepôt, enfermée dans une caisse inconfortable et trop petite pour elle, tellement qu’elle était obligée de se recroqueviller sur elle-même.

« Mais demain, je veillerais à trouver une solution pour elle, »pensa le jeune soldat.

Et déjà, la meilleure chose de faite pour elle, ce serait un bon bain…

Zack poussa un soupir. Décidément, elles lui tombaient toutes dans les bras. Il parlait des femmes, bien sûr. Jeunes ou vieilles, riches ou pauvresses. Et on dirait qu’il n’avait jamais le choix avec elles… Tant pis.

 

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Deux mois s’étaient écoulés depuis que Génis et Raine étaient revenus bredouille au village d’Isélia. Deux mois durant lesquels l’inquiétude s’était propagée. Deux mois pendant lesquels Colette avait préparé son pèlerinage, et Lloyd son anniversaire.

La jeune ex-élue avait quitté le village avec sa grand-mère le mois dernier. Personne, à part Génis, Raine, quelques autres demi-elfes et eux étaient au courant pour le problème de mana anormal réuni dans l’air. Le jour de son dix-huitième printemps, Lloyd avait soufflé ses bougies devant seulement quelques personnes : Dirk, Génis, sa sœur, Préséa et Régal qui avaient accepté de venir de bon cœur. Quant aux autres, Colette était partie, Sheena avait disparu et Zélos n’avait plus redonné signe de vie depuis la dernière fois à Triet. Et Kratos… Il n’était plus là pour lui, maintenant. Ils ne pouvaient plus que se regarder à travers le ciel, désormais… sans se voir.

 

Des cris et des chants se firent entendre de la cabane du nain Dirk, et des ovations par la suite.

Les bougies désormais fumantes du gâteau d’anniversaire de Lloyd se dressaient fièrement au centre de la petite table qui servait d’habitude de support pour forger les armes de Dirk.

Le gâteau avait magnifiquement été préparé et décoré par Génis, aidé par Raine qui avait proposé fièrement sa participation (entre nous, on peut imaginer qu’elle n’a rien fait hein, surtout si le gâteau est prétendument délicieux, comme il est dit dans le texte !^^). Avec le temps, elle avait pris des cours de cuisine et s’était beaucoup améliorée (ah !^^). Ses plats étaient meilleurs, quoi qu’un peu trop salés pour certains d’entre eux.

Enfin, au lieu de parler cuisine, revenir à l’essentiel : les chants de bon anniversaire cessèrent lorsque Lloyd ouvrit ses cadeaux. Le premier était celui de Génis. Il s’agissait en fait de bracelets, que le jeune garçon qualifiait « de liens ». Il y en avait huit, un pour chaque membre du groupe. L’un d’eux était pour Lloyd, les autres étaient attribués aux camarades. Il s’agissait en fait surtout d’un cadeau de groupe.

« Ces bracelets nous permettent de rester en contact malgré la distance. Ainsi, lorsqu’on voudra se communiquer des informations utiles, nous pourrons le faire par l’intermédiaire de ces bracelets. Pratique non ? »

Le demi-elfe était tout fier de sa surprise.

« Et ils viennent d’où ? » demanda son ami, curieux.

Génis sifflota en agitant l’index.

« Il ne faut jamais demander la provenance ou le prix d’un cadeau, Lloyd. A l’avenir, tu t’en souviendras. »

Le jeune homme baissa la tête, un peu honteux, à la grande hilarité de tous les invités.

Le second cadeau était de Raine. A la grande surprise du jeune adulte qu’il était devenu désormais, qui croyait qu’il allait sûrement recevoir des manuels de vacances de maths, il s’agissait en fait… d’un livre de mythologie, de la guerre de Kharlan jusqu’aux légendes les moins connues.

« Bon, pensa Lloyd, elle a sûrement déniché ça chez un antiquaire, mais du moment que ce n’est pas ce que je redoutais… »

Il remercia chaleureusement son professeur préféré (Lloyd : hé !  Moi : Bah quoi ? XD), et passa au cadeau suivant, celui de Préséa.

Enfin, quand tous les cadeaux furent ouverts, on put examiner celui de Colette. Lloyd le gardait toujours attaché à son poignet gauche, à l’emplacement précis de son exphère.

Génis lui fit remarquer qu’il allait le froisser s’il continuait ainsi et détacha le ruban mauve. Les grelots tintèrent, produisant un son cristallin. Le demi-elfe l’étudia un instant et secoua encore les grelots. Le même son se produisit.

« C’est dommage qu’il ne vente presque jamais ici, soupira t-il.

-Que veux-tu dire ? demanda son ami.

-J’ai lu quelque part que ces bijoux étaient assez rares et qu’on ne les trouvait qu’à Asgard, dans une petite boutique gérée par une famille d’apparence modeste. Leurs objets se vendent chers, et personne ne rentrent jamais chez eux, car ils sont trop pauvres pour acheter des bibelots qui coûtent les yeux de la tête. Mais ils sont incroyablement riches, paraît-il, depuis la réunification des deux mondes, car les nobles de Meltokio viennent en masse dans la cité du vent, qui est très touristique…

-Oui, bon, maintenant viens-en au fait, s’impatienta le jeune homme.

-…Il paraît que les jours de grand vent, quand on fait tinter ces grelots, ils produisent une mélodie douce et très belle à entendre. C’est pour ça qu’on les fabrique à Asgard. Colette a vraiment eu une idée très originale, en t’offrant ceci. C’est un porte-bonheur. »

Lloyd regarda le tissu. Colette avait donc poussé son affection jusque là, pour lui offrir ça ! Mais comment avait-elle pu se procurer quelque chose d’aussi difficile à avoir ?

Il eut soudain un sourire subit. Mais évidemment, considérée en tant qu’Elue de la Régénération, Colette n’avait eu aucun mal à s’attirer les faveurs des vendeurs.

Puis il rougit. En même temps, ce n’était pas bien de vouloir connaître la provenance des cadeaux, Génis le lui avait dit.

Le jeune garçon lui lança un regard malicieux.

« Il paraît que c’est un cadeau très recherché à offrir à son amoureux le jour d’une Saint-Valentin… »

Lloyd rougit jusqu’aux oreilles, tandis que les rires de ses camarades se faisaient entendre.

 

Le gâteau fut ingurgité en un rien de temps, et les amis se rendirent dehors, où ils retrouvèrent Noïshe. Le ciel était bleu, et les effets de la condensation de mana ne se faisaient pas trop ressentir. Mais il fallait rester prudent.

Le soir arriva vite, et, l’un après l’autre, les invités s’en allèrent. Régal d’abord, car il avait sa société à gérer, et beaucoup de travail. Il dit avoir été heureux de partager cette journée avec le jeune homme. Raine ensuite, car elle avait des choses à faire. Elle autorisa Génis à rester encore un peu, au grand bonheur de celui-ci. Préséa parla un moment avec les deux amis, un sourire charmant sur ses lèvres, ce qui avait le don de faire fondre Génis, qui rougissait de temps en temps. Elle avait des choses à leur dire, à propos de son malaise passager à Ozette. Mais elle préféra taire ce détail. Elle leur confia juste que les travaux de reconstruction avançaient bien, et que bientôt la ville en ruine ne serait plus qu’un souvenir.

Puis elle s’en alla, promettant de donner de ses nouvelles dès que possible.

Il ne resta que Génis, qui partit s’asseoir sur le petit banc en bois de la maison de Dirk, où de là, on pouvait apercevoir le couchant. Une lueur passa dans son regard.

Dirk repartit travailler, et Lloyd rejoignit son ami.

« Qu’est-ce que tu as, tu as l’air triste… »

Le demi-elfe leva un peu plus la tête, mais ne répondit pas, puis il détourna son regard du ciel pour observer le jeune homme.

« Je m’inquiète un peu, c’est tout. Pour Colette, Préséa et… tout le monde. »

Lloyd observa son ami :

« Tu sais, Génis, si ça se trouve, c’est la nature qui veut ça…

-Pour un humain, c’est sûr, mais les demi-elfes comme moi ont par contre décelé une anormalité. L’autre jour, on est revenus les poches vides de Triet, et toutes les informations qu’on a récoltées, c’est cette histoire d’imposteurs… On ne nous laissera donc jamais en paix ?

-Tu parles de cette histoire avec cette visite chez la voyante ? Voyons ! Tu sais bien que Colette et moi ne poserions jamais les pieds chez cette folle. La dernière fois qu’on est allés la voir, on avait allégé nos portes-monnaies… 

-Effectivement, je me souviens de ce coup-là… »

Les deux amis pouffèrent, puis le garçon aux cheveux argentés reprit, l’air grave :

« J’ai aussi repéré quelque chose qui n’allait pas chez Préséa. Il m’a semblé qu’elle voulait nous dire quelque chose, mais elle s’est abstenue. Et Zélos… Plus de nouvelles depuis deux mois ! Autrement dit la dernière fois qu’on l’a vu…

-La disparition… de Sheena lui a porté un coup, sûrement… Il doit avoir envie de disparaître de notre quotidien pour un moment.

-Espérons qu’il n’aurait pas une idée derrière la tête…

-Pour l’instant, oublions ça. En tant que héros, on a nous aussi besoin de repos, qu’en dis-tu ? »

Génis se contenta de sourire à son ami, puis il se leva, salua son camarade et s’en alla chez lui.

Après quelques aux revoirs, le jeune homme se rassit sur le banc et ferma les yeux. Et, tout au fond de son âme, il pensa à Colette…

 

------------------------------------------------

 

La caravane qui transportait les pèlerins s’arrêta pour la nuit, et chacun prépara couvertures et s’approvisionnèrent en nourriture. Phaidra Brunel, allongée sur un petit matelas, s’assoupit peu après. Colette resta seule éveillée. Sur le chemin qui les menait à Triet, elle commençait à se sentir de plus en plus mal, comme si la douleur venait de là. Elle se demandait si ce n’était pas à cause du comportement bizarre du mana. Mais Génis avait assuré qu’étrangement, il s’était déplacé, il ne savait pas exactement où. Mais cela n’arrangeait pas le fait qu’elle était malade, et le pèlerinage qu’elle avait mis tant de soins à préparer ne lui était pas d’un grand secours, finalement. Mais on n’était qu’au début du voyage, c’était tout à fait normal. Mais Martel aurait bien pitié des protecteurs de l’arbre de Kharlan, ainsi que de leurs descendants, à qui reviendrait la charge d’accomplir les actes de leurs aînés.

Une silhouette furtive s’assit à côté d’elle. Etonnée, elle se détourna de ses pensées, et regarda le nouvel arrivant. C’était un jeune garçon. La jeune fille ne se souvenait pas l’avoir vu parmi le groupe de pèlerins. Il n’en faisait pas partie. Que faisait-il ici alors ?

« Qui es-tu ? »demanda t-elle.

Le garçon ne se retourna pas vers elle, mais répondit d’une manière un peu étrange à sa question.

« Je pensais que ton reflet te le dirait… Mais à ce que je vois, vous n’êtes liés que par la distance… »

Puis il se leva et s’en alla, laissant Colette perplexe. C’était qui ce type ? Qu’avait-il voulu dire ?

Il avait disparu. Elle en conclut que c’était un jeune fou.

 

Dans la soirée, elle repensa à l’étrange garçon. Il lui rappelait soudain quelque chose, elle ne savait plus quoi, ou bien quelqu’un… mais qui ?

Dans l’obscurité de la nuit tombante, elle n’avait pas vraiment aperçu son visage, mais elle était persuadée qu’elle avait déjà rencontré quelqu’un qui lui ressemblait, mais elle ne savait plus qui exactement.

C’était l’évidence, en plus. La vérité lui sautait aux yeux, mais elle ne la voyait pas.

 

Ce soir-là, elle pensa très fort à Lloyd. Rien que son image lui donnait l’envie de continuer. Car elle savait que la régénération du monde ne se tenait pas uniquement à la résurrection de l’arbre sacré, mais aussi à aider les gens à retrouver leur chemin dans cette nouveauté qui s’offrait à eux…

 

La nuit s’écoula lentement, et de là où elle était, Colette pouvait distinguer les constellations. Elles prédisaient que quelque chose de nouveau allait bientôt arriver, bientôt…

 

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« Et c’est parti ! »

Akim, un grand sourire qui en disait long sur le visage, mit ses poings sur ses hanches.

« Cette fois papa, je tiens le secret ! »

Ses yeux emplis d’une joie étrange, il s’assit sur le sable du désert, Arden sur ses genoux, et regarda lui aussi les constellations, qui lui faisait la promesse s’une victoire proche.

 

----------------------------------------

« On devrait bouger un peu, j’en ai marre d’attendre ! » se plaignit Bastian.

Il ne se reçut qu’un vent de la part de ses camarades.

« Je me demande pourquoi on m’a flanqué avec des moulins à paroles comme vous… grommela t-il.

-Peut-être parce que tu en dis trop à chaque fois, dit Thorû, les bras croisés.

-Pour une fois que tu dis quelque chose toi… »

Maléagon fit un grand signe de la main, qu’on traduisit par «nous ne sommes pas là pour bavarder. »

-C’est bien le cas de le dire avec toi. »

Bastian se leva de sa chaise et alla bouder du côté de la fenêtre, tandis que ses deux camarades se lançaient des regards un peu amers.

« Bon moi, je sors, et vous savez où me trouver, si vous me cherchez… »fit-il, finalement, en ouvrant la porte et en la claquant derrière lui.

Les deux compagnons restants se regardèrent un moment, puis soupirèrent et vaquèrent à leurs occupations chacun de leur côté.

 

-------------------------------------

Yuan resta pensif un moment, assis devant son bureau. Les bras croisés, il attendait. Quoi exactement ? Il l’ignorait lui-même. Mais depuis quelques temps, il ressentait au plus profond de lui une sorte d’étau. Quelque chose d’indéfinissable, qui lui donnait la nausée depuis quelques temps. Même s’il n’avait pas le temps de s’en soucier, cela le mettait en rogne depuis un bout de temps.

Pour un Ange qui n’était pas censé réagir à la douleur, il était un cas plutôt particulier, et ce n’était pas qu’il en souffrait, au contraire il s’en accommodait fort bien, mais il trouvait cela anormal.

On frappa à sa porte et il cria, quoi qu’avec énervement, qui était là.

Un garde entra, droit comme un I.

« Chef, je suis là pour vous apporter des nouvelles.

-Bonnes ou mauvaises ? » s’impatienta le chef des Renégats.

Ignorant sa question comme si on ne la lui avait jamais posé, son subordonné répondit :

« Nous avons repéré une piste pour le Reflet de l’Elu de Sylvarant. Bien entendu il nous reste encore à la confirmer. Et les prisonniers ne tiennent plus en place. Ils ont manqué d’assommer un des nôtres… »

Yuan soupira.

« Qu’on les fasse venir. »

Le garde, même sous son casque, ne cacha pas sa surprise.

« Mais… chef, ne pensez-vous pas que…

-J’ai dit : faites-les venir. C’est un ordre. Oseriez-vous contester mes ordres, soldat ? »

La soldat s’inclina en marmonnant un vague : « ainsi sera fait », et s’en alla dans le couloir.

 

Quelques minutes plus tard, ses trois captifs étaient dans son bureau, et étaient tendus, méfiants.

Lloyd était le plus tendu, car ce n’était pas la première fois qu’il était venu ici. Il pensa à Colette, et pria pour qu’elle s’en sorte au plus vite. Cela ne lui ressemblait pas de prier. Après tout il n’était pas très croyant… Peut-être la jeune fille lui avait-elle refilé ses manières pieuses.

Rébecca et Gilles, eux, détaillaient soigneusement les lieux, sur la défensive comme leur compagnon. Jamais ils n’avaient vu pareille technologie, pas de leur connaissance en tout cas. C’en était effarant. Sur Terre, on fonctionnait encore à la vapeur, mais ici, tout marchait à l’électricité. Ils n’avaient jamais vu ça.

Yuan sourit en les voyant aussi agités, et se racla la gorge pour attirer l’attention. Son regard et celui de Lloyd se croisèrent un moment. Celui-ci le regardait avec hargne. Il lui renvoya une grimace ironique, se souvenant bien du coup de pied qu’il lui avait balancé. Il se vengerait un bon coup de ce coup dur, mais pas maintenant. Ils avaient des choses plus importantes à faire.

« Bien, je suppose que l’un de vous me connaît déjà, sourit le chef des Renégats, en faisant allusion à Lloyd.

Le frère et la sœur jetèrent un regard en coin au jeune homme, qui serrait le poing comme s’il voulait l’envoyer dans la face de ce type. Puis ils le détournèrent de nouveau en direction de Yuan.

« …Bien, nous allons pouvoir commencer… » fit-il, sans manquer d’humour pour une fois.

 

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Pourquoi les réactions d’Akim au fil de l’histoire sont-elles si étranges ? Que sait-il au sujet des Reflets ? Cache t-il un secret ?

 

Ces questions sans réponse seront dévoilées dans les chapitres qui vont suivre. Si jamais  on les élucide…

 

Akim : enfin ça devient intéressant ! Depuis le temps que je rêvais d’être le centre de l’attention !

 

Colette bis : je m’excuse mais tu l’es depuis un bon moment déjà…

 

Akim : n’a fout !

 

Petit gag- Extrait de texte :

 

Yuan sourit en les voyant aussi agités, et se racla la gorge pour attirer l’attention. Son regard et celui de Lloyd se croisèrent un moment. Celui-ci le regardait avec hargne. Le frère et la sœur jetèrent un regard en coin au jeune homme, qui serrait le poing comme s’il voulait l’envoyer dans la face de ce type.

 

Lloyd bis : j’vais t’buter ! 

 

Yuan : bah essaie toujours je suis entouré de gardes là ! Donc si tu veux finir en carburant pour ptéroplans… (note : expression dérivée de « pâtée pour protozoaire »)

 

Lloyd bis : Gros lâche…

 

Voix off : bah dans ce sens là c’est pas compliqué de savoir qui va remporter la partie…

 

Et yeap ! Vivement le prochain chapitre !

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Chapitre 16: A la recherche de traces- par Alienor

« Comment ça elle n’est pas repassée ici ! »

Zélos, visiblement en rogne, s’adressait à Tiga d’un air menaçant.

Celui-ci, en tant que chef adjoint, se montra digne, et ne laissa pas libre place à ses sentiments. Il se contenta de hocher la tête :

« C’est exact. Nous l’avons envoyée en mission avec plusieurs de ses camarades, sur ordre d’un commanditaire anonyme. Elle tenait à se porter volontaire à cette mission…

-Et il ne vous est pas venu en tête de refuser ?!

-Elu, nous ne pouvions pas prévoir. Sheena est avant tout une ninja, et la nouvelle chef de notre village. Nous n’avions aucune raison de nous opposer à ses décisions. »

Tiga ne céda pas une seconde. L’hystérie du jeune homme était bel et bien visible, et il ne tenait pas à la cacher. Il était entré en trombe dans le village, désarmant les soldats qui gardaient l’entrée avec beaucoup de facilité, et l’avait traversé jusqu’à la maison du chef. Déjà, son manque de courtoisie et de respect pouvaient passer pour choquant aux yeux des habitants du village qui s’étaient rassemblés devant la maison du chef, non par curiosité, mais par inquiétude et solidarité pour le chef adjoint, qui devait affronter seul cet homme enragé.

 

Zélos bouillonnait sur place. Mais où s’était-elle fichue bon sang ?! Et puis c’était qui ce commanditaire « anonyme » ? Et pourquoi tenait-elle à y aller ? Des fois Sheena pouvait être une vraie tête de mule, mais alors là… La colère aveuglait ses yeux emplis de brume indéfinissable. On le sentirait prêt à frapper quelqu’un !

Tiga, toujours impassible, observa ce jeune homme. Connaissant Sheena, elle était réputée pour beaucoup de ces absences prolongées, mais au final, elle revenait toujours. Et c’était ainsi avec tous les guerriers du village, excepté un certain Kuchinawa… Bref, personne ici ne s’inquiétait vraiment.

Le rouquin avait du mal à comprendre la mentalité de ces gens-là. Et à vrai dire, il ne les avait jamais compris eux-mêmes. Ils semblaient si insouciants… Et ça Zélos détestait ce genre de choses, comme si c’était un évènement qui se produisait tous les jours. C’était un être humain quand même ! Mais alors là…

Puis, ses épaules se rabaissèrent. Bien que toujours en colère, le jeune homme essayait de se calmer un peu, et se montra plus respectueux vis-à-vis du chef adjoint.

« Et qui était ce « commanditaire anonyme » ?

-Nous n’en avons aucune idée. Un garde est venu ici et nous rapporté un simple billet. Il a patienté et est reparti avec notre accord. Enfin, l’accord du chef Igaguri, Sheena et moi-même. Une heure après notre groupe de meilleurs guerriers est parti vers l’Est. Mais ils reviendront vite, et nous le saurons. Nous n’avons fait que notre travail.

« Vous a-t-elle dit seulement quand elle reviendrait ?

-Non. Nous ne précisons jamais. Nous sommes libres de profiter du temps qu’il nous plaira… »

Puis le regard de Tiga s’assombrit.

« Veuillez vous en aller, à présent. Nous avons à faire. »

Sa hargne revenue, Zélos tapa du pied par terre et regagna la porte d’entrée, ouverte à la volée, et laissa tomber une poterie du style asiatique qui se brisa par terre. Les ninjas qui gardaient l’entrée de la maison se reculèrent sur son passage, le dévisageant d’un air accusateur et hostile. Il ne leur rendit pas un seul regard. Et c’est dès qu’il fut sorti du village qu’on renforça la protection de l’entrée. Il n’était plus le bienvenu pour un bon moment. Mais il n’en avait rien à fiche.

Il n’était pas plus avancé non plus avec les informations qu’il avait récoltées…

« Vers l’Est. Hum… voyons voir ça. »

C’était la seule indication qui le renforçait dans ses recherches. Alors autant aller voir…

 

Mais alors qu’il se dirigeait vers son ptéroplan, posé sans ménagement au beau milieu de la prairie avoisinant Mizuho, il entendit un bruit, lointain mais tout à fait accessible à ses oreilles. N’ayant pas perdu ses sens d’Ange, il pouvait même en avoir l’utilité à loisir quelquefois (du genre écouter les filles chanter sous la douche), mais c’était rare…

Méfiant, il ne se retourna pas, et le bruit reprit de plus belle, de plus en plus proche. Il porta la main à son épée pour avoir le temps de dégainer si c’était un ennemi.

Une forme sombre atterrit sur ses épaules, et il s’écroula à terre sous la lourdeur de la chose. Il se retrouva à mordre la poussière. Un ennemi ?! Ici ?!

« C’est drôle de surprendre les gens de cette manière, tu trouves pas, Link ? » fit une voix rigolarde et féminine, juste au dessus de lui.

Une autre forme atterrit en face de lui, où plutôt de sa tête, vu qu’il était plaqué au sol par une autre masse lourde, mais mince.

« Tu aurais pu attendre, Lucy, je n’ai même pas eu ma part encore ! » fit la forme, plutôt masculine cette fois.

Des rires se firent entendre, puis celui qui semblait être l’homme s’agenouilla en face de lui, et lui prit le menton entre son index et son pouce, relevant sa tête vers lui.

Le physique de cet homme était un peu étrange. Visage triangulaire, regard rouge et rusé et cheveux hérissés sur la tête. Il avait l’expression d’un renard.

« Depuis le temps qu’on te cherchait. Tu t’imagines pas combien tu nous en as donné, du fil à retordre ! On t’en veut un peu pour ça, mon pote. »

Le visage de la jeune femme qui le retenait prisonnier apparut à l’envers dans son champ de vision.

« Mais finalement, on t’a retrouvé, poursuivit-elle, d’un ton mielleux, et on te remercie bien gentiment de ne pas être allé plus loin.

-Il en a fallu du flair, pour retrouver ta trace, » termina son voisin, en tapotant son nez.

La tête de Zélos tournait. Il ne savait plus où il en était. Il tenta de se débattre. Mais la fille était forte. Elle continuait sa prise de judo sans céder.

« Mais vous êtes qui… enfin ? » parvint-il à demander.

Ses deux agresseurs rirent un bon coup avant de s’exclamer, en parfaite synchronisation et à tue-tête :

« Commence déjà par dormir et on verra après ! »

Il sentit quelque chose de piquant sur son bras et le sommeil le prit brusquement, l’entraînant dans des abîmes si profonds qu’il ne put pas résister et sombra.

 

Il se réveilla avec un violent mal de crâne. Sonné il se leva et vit qu’il était dans une grotte. Comment avait-il atterri là ? Il explora l’endroit, hébété. Où l’avait-on emmené ?

Instantanément les souvenirs lui revinrent. Alors ça c’était la meilleure ! Lui, le grand, le splendide, le chevalier servant de ces dames (enfin, bon) avait été kidnappé ? Quoique « kidnappé » eût été un mot difficile à avaler.

Il bafouilla quelque chose qu’il ne comprit pas lui-même, et se leva.

Une sorte d’objet tombant non identifié lui atterrit sur la figure, et il se retrouva de nouveau à terre, encore plus K.O. que jamais.

Il entendit alors des éclats de voix, et envoya la sorte de « truc » visqueux faire connaissance avec un mur, puis il se mit debout et commença à crier :

« S’il s’agit d’une blague, messieurs OU mesdames, cela ne me fait pas rire du tout ! »

Il y eut un silence, puis un bruit bref derrière lui. Il se retourna et aperçut les deux personnes qui s’étaient jetées sur lui, côte à côte, avec un air espiègle qui ne lui plût pas du tout.

« Barre le « mesdames », je suis seule et je ne suis pas mariée, rétorqua la femme, une grande blonde costaude.

-Personnellement on aurait bien aimé que ça soit une farce, mais on t’aurait pas emmené ici pour des histoires de gosses, fit l’homme à tête de renard, le seul des deux dont il avait reconnu le visage. En tout cas, content de voir que tu es enfin réveillé mon gars. Tu peux pas savoir comme tu nous as fait poireauter pendant des heures à ronfler comme un… enfin bref. »

Il s’approcha de Zélos pour lui poser une main sur l’épaule, mais celui fit mine de se dérober à son contact.

« Ca n’explique pas la façon dont vous m’avez attaqué ! Vous…

-Avouons qu’on aurait pu procéder de manière bien plus douce, mais de toute façon ç’aurait été l’un ou l’autre on savait que tu allais refuser. Et on n’avait pas vraiment le choix après tout…

-Pourquoi vous-en êtes vous pris à moi ? »

Un long silence répondit à sa question, méditatif, puis un raclement de gorge et la voix de la femme qui s’éleva, grave mais moqueuse :

-A l’origine on ne se serait pas intéressés à ta petite personne, mais il a fallu qu’on se fasse embaucher par un type de ta connaissance, selon nous, qui voudrait conclure un marché avec toi. On ne sait pas encore dans quel but, mais notre mission est de t’amener à lui. »

L’ex-élu fronça les sourcils, et parut réfléchir.

« Aussi, continua l’homme, si tu refuses, nous n’aurons aucune pitié. Ton rôle dans une histoire que nous ne comprenons pas, vois-tu, semble tenir très à cœur à notre patron, si on peut dire que c’est notre chef.

-Et qui est-il, ce chef ? »

Un sourire malicieux apparut sur le visage de ses deux interlocuteurs.

« Ce serait d’autant mieux que tu viennes avec nous. Tu aimes les surprises, n’est-ce-pas ? »

Zélos ne dit rien, et il songea au danger que cela représentait pour lui s’il suivait ces deux étrangers. Puis il se dit qu’il verrait bien le moment venu. Il n’avait pas prévu cette partie du voyage. Il devait avant tout retrouver Sheena. Et il devait faire vite. Puis, décision vite prise, il décida de suivre ces deux-là. Si ça se trouvait, il n’en récolterait que de meilleures informations.

« Bien, fit-il, finalement. Ma décision est prise.

-Alors ? demanda Link, sournois.

-Je vous suis, à la condition de connaître vos noms, et que vous me dites ce que votre patron attend de moi. »

Le sourire des deux inconnus s’élargit.

« Nous pouvons te délivrer la réponse à une seule question. La seconde, tu la sauras en temps voulu. »

Et, en parfait acteur de théâtre, il annonça, d’une voix gutturale :

« Je suis Link, et je te présente…

-Lucinda, termina la jeune femme.

-Voilà, maintenant rejoins-nous. Nous avons un moyen de transport tout particulier pour toi. »

Et Zélos, soucieux, suivit, le pas incertain, ses deux ex-ravisseurs, en ayant une pensée pour ses compagnons, puis en songeant à ce que l’avenir lui réservait, s’il arrivait à tenir la route jusqu’au bout.

 

------------------------------------------------

« Hé ! Elle est marrante ta bestiole ! »

En entendant ces mots, l’animal, une sorte de chat sauvage aux oreilles tombantes de lapins, ronronna et se cala contre le coup de sa nouvelle maîtresse.

Laya eut un petit sourire, qui se transforma en grimace lorsque la longue queue noire de la « chose » se serra autour de son cou.

« Plus tu dis ça, plus elle ronronne, donc moins je respire… Arrête de répéter ça s’il te plaît !

-Ah Ah ! »

Matthew fit un large sourire et frotta le sommet du crâne de l’animal entre les deux oreilles.

« Qu’il est beau ! Et il a la classe avec son petit truc blanc sur le front. Qu’est-ce que c’est ? »

Laya fronça le nez tandis que la bestiole se lovait un peu plus sur sa poitrine.

« Elio et moi, nous n’avons pas eu le temps de bien regarder, mais il a pensé qu’il s’agissait d’une pierre précieuse. Bizarre que ça se trouve sur le front de cette bête. Je ne sais pas comment elle a reçu ça. En ce moment on est en train de chercher.

-Quand est-ce que tu l’as trouvé ?

-Il y a deux jours. Le soir pour tout te dire.

-Hum… »

Les deux amis étaient tous les deux seuls sur le banc, en cette fin d’après-midi. Le soleil déclinait sur l’horizon, et Laya racontait à son compagnon comment elle avait rencontré le petit animal qui se nichait contre elle au fur et à mesure qu’elle racontait son aventure.

 

****************

 

« J’ai senti qu’il y avait quelque chose, cachée dans un fourré, » répondit Laya, à la question d’Elio.

Elle se leva, tout en douceur, tandis que son tuteur fronçait les sourcils, comme il le faisait chaque fois que quelque chose le tracassait.

« Qu’est-ce que cela peut-il bien être ? demanda t-elle.

-Laisse-moi voir. »

Et il la laissa sur place, se dirigeant vers les buissons qui bordaient la maison. Puis, après quelques minutes de recherche, il revint bredouille.

« Il n’y a rien, tu as dû halluciner, lui fit-il remarquer.

-Mais j’étais pourtant sûre d’avoir aperçu quelque chose, juste ici… Tu dois me croir… »

Soudain, un buisson remua brusquement, et une chose toute noire en surgit comme une ombre, avant d’atterrir sur le toit et de dégringoler sur la façade. Les deux compagnons regardèrent ce spectacle avec stupéfaction, puis la chose noire tomba comme une pierre, et atterrit sur la terrasse de la maison, où ils étaient installés tous les deux.

D’abord stupéfaits, les deux compagnons virent une sorte de chat noir aux yeux rouges et oreilles tombantes tituber sur ses quatre courtes pattes. Puis elle poussa un couinement proche du miaulement et se mit en position d’attaque.

Laya comprit immédiatement qu’elle allait bondir sur eux, et elle se prépara à se défendre.

Mais la bestiole ne fit pas attention à elle. Son attention se reportait à Elio, qui sembla soudain mal à l’aise. Et elle bondit…

La jeune femme se prépara à contrer l’attaque de la bête…

… lorsque celle-ci atterrit sur la tête de son soigneur et s’y accrocha tandis que celui-ci se débattait pour la déloger. Mais elle tint bon.

Laya s’arrêta, stupéfaite. La bestiole s’était soudain accroupie et s’était penchée pour lécher la figure du vieil homme. Celui-ci ne savait plus que faire. Il était un peu perdu.

Et puis soudain, elle éclata de rire. Comme elle ne l’avait jamais fait.

 

****************

 

« Et ensuite ?

-Quoi ensuite ?

-Qu’est-ce que vous avez fait ? »

Laya eut un sourire qui en disait long.

« Eh bien… pour commencer, après une bonne crise de fou rire, nous nous sommes chargés de le détacher de la tête d’Elio et de l’emmener dans la maison, pour nous charger de lui…

-Permets-moi de t’interrompre… C’est un mâle ou une femelle ?

-Ah ça… Nous n’avons pas encore déterminé… Mais Elio dit qu’il se chargera de connaître le sexe de cet animal. »

Matthew fut pris d’un petit rire qui réussit à faire tirer un sourire en coin à Laya.

« Ah… les joies de l’adolescence…

-Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

-Oh, c’est juste comme ça… »

Le jeune garçon fronça les sourcils, puis il tendit ses jambes pour s’étirer.

-Tu lui as trouvé un nom ?

-Pas encore… »

Sa bouche trembla un peu.

« Il faut que j’y réfléchisse. »

Puis elle sauta de leur banc et observa le crépuscule, au loin, qui disparaissait lentement.

« Il faudrait rentrer, tu ne crois pas ?

-Peut-être… »

Elle se tourna vers lui.

« Hum…

-Ah… euh, je te suis. »

Et il sauta du banc à son tour et atterrit dans une flaque de boue, ce qui le fit rire, puis il sautilla à la suite de la jeune femme, heureux d’avoir passé une aussi belle journée.

 

Mais les deux compagnons avaient oublié un détail. Une anomalie se détachait dans le cadre de cette belle journée ensoleillée, qui se changeait peu à peu en décor nocturne.

 

La flaque d’eau boueuse à terre, qui disparaissait lentement mais sûrement…

 

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Emi et Karim avaient monté un campement pour la nuit, et se préparaient à se confier les tâches de la nuit. A commencer par les tours de garde.

La nuit était aussi fraîche que les autres sur le désert de Triet, et Emi fit mine de grelotter et de se plaindre d’une voix geignarde :

« C’est vraiment stupide de dormir en plein milieu d’un trou paumé ! On aura le temps d’attraper la crève avant demain si ça continue !

-Commence déjà par faire du sport, au lieu de te plaindre, » lança Karim.

Elle fusilla le jeune homme du regard. Bien qu’ils fassent équipe, les deux compagnons n’étaient pas faits pour s’entendre. Karim n’arrêtait pas de la vanner à chaque fois qu’elle faisait une réflexion, et il ne manquait pas non plus de lui clouer le bec lorsqu’elle voulait dire quelque chose (c’est ce qu’on appelle du « cassage » très chère^^). Aussi lui faisait-elle toujours la tête.

Elle n’avait pas été très enchantée lorsque les deux chefs du groupe, Link et Bastian, avaient soigneusement décidé de les caser tous les deux ensemble. Elle aurait encore préféré rester dans la base Renégate à supporter les sarcasmes du bleuet qui leur servait jusque là de « soi-disant » chef.

Mais voilà, le sort en avait décidé ainsi, et maintenant elle était obligée de se coltiner ce type. Est-ce que le monde entier lui en voulait à ce point ? Elle se le demandait.

« Je fais le premier tour de garde, tu prendras le temps de dormir, ensuite on échange, compris ?

-Et pourquoi ne le ferais-je pas en premier ce tour ? »

Le jeune homme eut un sourire sarcastique.

« Parce que les gamines comme toi ont plus de chances de s’endormir à la première minute. C’est pourquoi tu dois dormir d’abord. »

Il rata de peu un caillou qui lui frôla le visage. Et il répéta, amusé :

« Ouh là là, mademoiselle n’est pas contente ! A-t-elle besoin de sa poupée pour se consoler ? Ouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuh… ! »

Le dernier sifflement qu’il avait poussé ne fût pas dû au fait qu’il aimait taquiner l’adolescente, mais au deuxième caillou, de la taille de son poing, qu’elle venait de lui balancer et qui avait heurté sa tempe. Et c’était qu’elle avait bien visé la gamine !

Il se frotta un moment la tête, puis il soupira :

« D’accord… Tu le fais ce tour de garde… Mais ne viens pas te plaindre que le sommeil a été plus fort que toi…

-C’est ça, rétorqua t-elle, avec un rictus sardonique, et on verra bien lequel des deux est le plus efficace dans ce domaine.

-Pour toi c’est perdu d’avance, stupide paresseux… »

Ils se fusillèrent du regard, se lançant chacun un défi, et Karim se coucha, tandis que la jeune fille s’asseyait sur un rocher, prête à tout pour déraisonner son compagnon de voyage.

« Ah elle nous donne bien des complications cette fille. Col… Mol… Pol… Enfin qu’importe. J’espère qu’on va la retrouver vite fa it. Il faut vraiment qu’ils nous fassent mener la vie dure ces « Reflets ». Franchement… »

Elle continua de grommeler dans la nuit.

 

Karim, allongé dans sa couchette, ne dormait pas encore. Il guettait au contraire combien de temps tiendrait Emi. La jeune fille avait le dos tourné, et marmonnait la Déesse savait quoi.

Pour sa part le jeune homme n’était pas très croyant, mais rien ne l’empêchait d’utiliser cette expression de temps en temps, à son plus grand plaisir.

Il regarda la jeune fille sous tous les angles. Elle avait beau aller jusqu’à le détester, du moins le pensait-il, lui tout ce qu’il faisait c’était l’embêter, pour son plus grand bonheur. En fait, il l’aimait beaucoup, cette fille, et c’était même lui qui était allé jusqu’à demander à l’avoir dans son groupe, pour « s’assurer  qu’elle ne fasse pas de bêtises » avait-il assuré.

Bien qu’elle ne soit âgée que de quinze ans, la jeune fille avait déjà beaucoup d’expérience dans le groupe. Elle l’avait inclus alors qu’elle n’avait que dix ans et même avant elle était douée pour le combat. Tandis que lui ne l’avait rejoint que beaucoup plus tard, alors qu’il faisait partie d’un gang des rues d’Asgard. Il devait infiltrer le groupe et rapporter ce qu’il avait vu à ses camarades. Mais il avait été pris au dernier moment et pourtant, le chef du groupe de l’époque, Tigre qu’il se faisait appeler, avait décidé de le garder. Incrédule au début, le jeune bandit avait eu du mal à rentrer dans la bande, et comme par hasard c’était Emi qui l’avait aidé dans cette confrontation. Et maintenant, il était membre à part entière du groupe. Quant à ses amis d’avant, qu’il avait abandonné à son grand dépit, il ne les avait pas revus, et il avait même fini par les oublier. C’est à peine q’il se souvenait de leurs noms ou de leurs visages.

Tiens, voilà qu’il se surprenait à penser à eux. Il gigota dans sa couche et passa à autre chose.

Emi, il se souvenait, était à l’époque âgée de seulement douze ans et connaissait déjà l’art du combat et des arts martiaux. A première vue on se doutait bien que cette fillette parmi d’autres n’avait pas eu une enfance normale.

Ses parents, dont elle ne se rappelait plus, l’avaient abandonné à Izoold, le village des pêcheurs. Elle y avait vécu en tant que coureuse des rues et mendiante. Et puis, un jour, accusée d’un vol à l’étalage, elle avait été expédiée à Palmacosta où on l’avait jeté dans les geôles du sous-sol de la maison du gouverneur-général. Par un moyen qu’elle n’avait pas voulu dévoiler elle avait réussi à s’enfuir, et c’était à cette époque là qu’elle avait rencontré Link et sa bande. Evidemment, Tigre, le chef de l’époque, l’avait mise sous sa protection, et elle avait vécu chez sa nouvelle famille jusqu’à maintenant.

Elle avait toujours été un peu garçon manqué, mais on ne le lui reprochait pas ses manières.

Jusqu’à la mort de Tigre… Là, tout avait changé dans leur manière de vivre. Link, à cette époque lieutenant du chef, avait pris sa place et avait commencé à vendre leurs services à des organisations très louches. Non que Karim lui reprochait sa manière de gouverner et de décider des choses par lui-même, mais avant, ils avaient été toujours indépendants. Ce changement subit dans leur charte quotidienne les avait un peu marqués, mais ils avaient fini par s’en accommoder.

Tigre était mort dans la grande catastrophe de Palmacosta, lorsque cet arbre géant fou avait tout détruit sur son passage. Pour on ne sait quelle raison, il était parti pour « une affaire importante », et quelques jours, c’était arrivé…

Après une semaine de deuil, Link avait repris les choses en main, et ils étaient repartis pour une nouvelle vie…

Au fur et à mesure qu’il remettait sur le plateau tous ces souvenirs, Karim sentit ses paupières se fermer et il sombra petit à petit dans le sommeil, jusqu’à dormir profondément.

 

Emi entendit la respiration de son compagnon se réguler au fur et à mesure, et elle sourit. Finalement, il s’était abandonné aux songes. Il ne se réveillerait pas avant l’aube, en tout cas…

Elle le voyait d’ici, à lui crier dessus pour ne pas l’avoir réveillé. Elle s’en régalait d’avance.

Soudain, le vent autour d’elle se froissa. Etonnée, elle mit son odorat en action et renifla l’air. Il y avait une odeur, là… Et elle prenait une direction précise.

Elle regarda quel chemin suivait l’odeur, qui était à coup sûr d’origine humaine. Et son visage s’éclaira.

Presque à regret, elle quitta son rocher et parvint à tâtons jusqu’à Karim, puis le secoua. Il se réveilla, et aussitôt une grimace moqueuse se dessina sur son visage.

« Déjà fini le tour de garde ma puce ? T’as fait vite…

-Tu te trompes mon cher. En fait j’ai découvert une piste intéressante, direction le Nord-Ouest. Rassemble tes bagages et fais confiance à mon flair. »

Dépité d’avoir quasiment perdu son pari, il se leva, prit toutes leurs affaires et les rassembla sur son dos, et il lança un sourire à Emi, qui pour une fois le lui rendit.

« Bon alors, ne traînons pas, où les traces si précieuses que tu as détecté vont s’effacer…

-Dans ce cas grouille-toi. »

Et elle se mit à courir. Il la rattrapa peu après et ils allèrent, très sûrs d’eux, direction la ville de Triet, car c’était là qu’ils allaient à coup sûr trouver leur bonheur.

 

---------------------------------------

Conversation entre les personnages :

 

Ali: Et voilà, encore une fois chapitre bouclé !

Génis : Hem, où est passée la voix off ?

Zélos : et c’est qui celle-là ?

Colette : Attends, ne me dis pas que c’est…

Ali : Oh mince… *part se cacher*

Lloyd : Non mais c’est trop tard on t’a reconnu là.

Ali : Et mince… *réapparaît*

Colette : Enfin un mystère résolu ! Le visage de l’auteur nous a été enfin révélé ! *lève le poing vers le ciel en signe de victoire*

Ali : Oui bon… Comment vous l’avez trouvé ce chapitre ?

 

*silence pendant un moment*

 

 Colette *soudain* : Super !

Génis : Très bien. Sans plus.

Zélos : Pas trop mal…

Lloyd : Mouais bof… *il dit ça parce qu’il aime pas lire*

Akim *entre* : Complètement raté ! Pourquoi je suis pas là-dedans d’abord ?

Yuan *entre à la suite d’Akim* : J’ai insisté pour qu’il reste dans sa loge. Il est têtu, désolé…

Génis : Tiens il entre enfin lui (il parle d’Akim)? Depuis le temps…

Colette *lève de nouveau le poing vers le ciel* : ça fait deux nouvelles arrivées dans cette édition de la conversation !

Akim : Et alors, pourquoi je suis pas présent dans ce chapitre ?!

Ali *soupire* : parce qu’il fallait bien laisser la place pour évoquer les autres personnages aussi…

 

*Link et sa bande font le V de la victoire aux lecteurs*

 

Akim : Je m’en fous ! Est-ce que j’apparais au moins dans le prochain chapitre ?

Ali: Hum… Laisse-moi le temps de réfléchir.

Akim : Grmbll… *s’en va casser des meubles et autres trucs de valeur et fragiles*

Yuan : Hé, attention !

Lloyd : tu joues le rôle de la maquilleuse maintenant Yuan ?

Yuan : Qu’est-ce qui te fait dire ça sale mioche ?

Ali : On t’a barbouillé le visage de peinture à l’huile pendant ton sommeil…

Génis : Verte.

Yuan *se regarde dans un miroir qu’Akim n’a pas encore cassé* : Ah… Ah ça, nan c’est un masque pour raffermir la peau et la rendre plus belle. C’est pour plaire un peu plus aux filles dans ce chapitre *joue les beaux gosses en s’imaginant toutes les filles qui ramperaient à ses pieds*

Zélos : Hé ! C’est moi le grand dragueur du jeu normalement !

Lloyd : C’est pas pour les vieilles ton truc là ?

 

*on entend un SBAF retentissant dans toute la pièce*

 

Yuan : Fils d’abruti !

Lloyd : N’insulte pas Kratos !

Yuan : Euh… Face de chaussette alors !

 

Ali : Bon bah on a terminé ! Allez au prochain chapitre !

 

*musique de générique de fin.*

 

Génis : Mais n’importe quoi c’est la musique de MacGyver ça !

 

TERMINE^^

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Chapitre 17: Prises de conscience- par Alienor

Le jeune homme s’affala dans son fauteuil, exténué. La journée n’avait pas été de tout repos, à commencer par son travail. Maintenant, il était là, et il se sentait presque heureux d’en finir.

La salle de bains était occupée, mais il aurait donné cher pour prendre un bain à cette heure-ci. Mais bon, tout ce qu’il ne fallait pas faire pour arriver à ses fins…

Le bruit de l’eau à l’étage s’estompa, et on n’entendit plus que le bruit léger des gouttes coulant par terre.

« Elle a enfin terminé ! » sourit Zack, tout content.

Il allait enfin pouvoir l’avoir, cette salle de bains !

La porte en haut grinça, et on entendit la voix familière de la gouvernante aboyer pour que tous l’entendent.

« Mais c’est-y pas qu’elle est bien plus jolie comme ça la petiote. A tomber ! »

Il ne fallait pas s’étonner de l’accent de la bonne femme. Elle était française…

Une sorte de râle lui répondit, et un bruit bref dans l’escalier. De nouveau l’autre cria :

« Mais c’est pas vrai qu’elle pourrait pas tenir sur une poutre la petiote. Faut vraiment lui réapprendre à marcher !

- Marianne, vous pouvez arrêter de rugir s’il vous plaît ? Toute la Terre n’est pas à votre écoute ! » tonna Zack, de manière à ce que son ton égale celui, bourru de ladite Marianne.

Un grognement lui répondit, signe qu’elle prendrait son ordre au pied de la lettre. Il fallait dire que c’était épuisant, en plus, de l’entendre à longueur de journée.

Il monta, et tomba sur sa gouvernante et une autre jeune femme, plus mince, qui tremblait et qui semblait se demander qu’est-ce qu’elle fichait dans cette maison de fous. Elle était simplement vêtue d’un peignoir, et était affalée par terre, ne tentant même pas de se relever. Sa peau était d’une rougeur anormale, mais Zack comprit pourquoi. Il fallait dire que les manières de Marianne à frotter étaient un peu à faire peur… Il regrettait presque de l’avoir confiée aux mains de la servante, qui avait assuré en faire son affaire.

« Vous auriez dû un peu moins abuser sur le lavage, Marianne, fit-il remarquer.

-Tout le monde a sa manière de faire, répliqua la femme, de sa grosse voix, philosophe.

-Vous avez peut-être raison, mais à ce point-là… »

Les yeux bruns de la jeune femme se posèrent sur lui, et sa bouche trembla d’autant plus. On aurait dit un petit chien apeuré…

« J’m’occupe de la changer ! lança Marianne, d’un ton joyeux.

-Eh, faites att… »

Mais la grosse femme de relever brutalement sa protégée et de l’emmener dans une petite chambre où elles seraient à l’abri des regards.

« Elle sera toute, toute belle ! promit la gouvernante, radieuse, avant de fermer, ou plutôt de claquer la porte.

Et Zack resta là, bêtement, au milieu du couloir, une main levée en direction de la porte, et le visage un peu perdu. C’est qu’elle avait du caractère, la bonne femme !

Il soupira, puis redescendit l’escalier, avant de s’asseoir à nouveau dans son fauteuil fétiche et de prendre un livre, histoire de passer le temps. Il avait l’air très ordinaire, dans la vie de tous les jours, mais ce n’était pas le cas lorsqu’il revêtait son uniforme de soldat. Là, il faisait mine d’être totalement apte à recevoir des ordres de la part de son supérieur, mais il était aussi effronté qu’un gamin. S’il fallait y aller, il fallait y aller, un point c’est tout, qu’on ait le choix ou non, telle était la devise du commandement. Mais il n’obéissait pas à cette règle. En fait, il faisait tout le contraire de ce qu’on lui disait. Exemple : quand on lui disait d’aller par ci, il allait par là, pour la simple et bonne raison qu’il était persuadé d’avoir raison. Plusieurs fois il avait failli être renvoyé, mais comme le besoin de soldats se faisait beaucoup ressentir, à chaque fois on remettait ça à plus tard. Il n’avait donc rien à craindre là-dessus.

L’armée, c’était toute sa vie. Il avait toujours rêvé d’être un officier. Mais pour l’instant il était un simple soldat, et faisait partie de la classe la moins importante de la garnison. Il en avait connu moins âgés que lui qui avaient sans mal réussi à décrocher le titre de sergent-chef par pot-de-vin. Il aurait bien voulu faire pareil, mais on ne lui faisait pas assez confiance pour ça. Dommage…

Il se dirigea de nouveau vers la salle de bains, et s’enferma à double tour. Un bon bain ne serait pas de refus, et de loin. A la différence près que ce n’était pas Marianne qui se chargeait de le rendre propre, c’était déjà ça.

Il laissa couler l’eau pendant qu’il se déshabillait, puis il s’immergea jusqu’aux épaules et soupira d’aise. Quoi de mieux qu’un peu de tranquillité bien méritée ?

La porte à côté grinça, et la voix de la gouvernante se fit entendre, alors qu’elle frappait à la porte :

« Maître Zack, vous êtes ici ? »

Nan je suis en Suisse, voulut-il lui lancer, mais il préféra répondre par politesse :

« Oui, vous désirez quelque chose ? »

C’était plutôt à elle de poser la question d’habitude, mais dans cette maison on avait tendance à inverser les rôles…

« V’nez voir comment se porte la p’tiote ! Elle se porte comme un charme! »

Après ce que je viens de voir, se dit-il, je ne sais pas si on peut la qualifier ainsi.

« Deux secondes, » grommela t-il.

Il venait à peine de rentrer dans la baignoire !

Il sortit un pied de l’eau, puis l’autre, et, tout en prenant son temps, il fut sur le tapis et se vêtit d’un de ses peignoirs.

Même s’il savait qu’il était inconvenant de sortir avec ça pour seul vêtement, il rafla quelques habits au passage, s’habilla en vitesse et sortit de la salle. Marianne l’attendait dans le couloir. Elle trépignait sur place.

« V’nez vite, v’nez vite ! »le supplia t-elle, très pressée.

Il aurait bien voulu lui dire que ce n’était pas la peine de s’exciter comme ça et qu’il n’y avait pas le feu, mais il s’abstint. La domestique était une vraie maniaque. Impossible de la détourner de ses passions. Elle s’y accrochait comme à une bouée de sauvetage.

En entrant dans la petite chambre qui servait pour les essayages, Zack se figea sur place.

Là, toute rouge de timidité, une jeune femme qu’il ne connaissait pas se trouvait là. Un instant il se demanda ce qu’elle fichait là, puis il revint à lui et la contempla yeux écarquillés. Son regard insistant embarrassa d’autant plus la fille.

Elle était vêtue d’une très jolie robe datant du début du vingtième siècle, et était maquillée d’une très jolie façon, qui la rendait naturelle malgré tout. Même pour l’instant pied nu, Zack sentait que tout, absolument tous les vêtements du monde lui iraient à merveille.

A côté de lui, la gouvernante rayonnait. Elle attendait avec impatience la réaction de son patron et à sa tête, on voyait bien qu’elle n’était pas déçue, mais alors pas du tout.

Elle couvait sa protégée du regard, qui avait le rouge aux joues à force d’être regardée de cette manière. Finalement, au bout d’un moment de silence, la voix de la servante retentit, brisant le calme qui s’était installé.

« Hein qu’elle est jolie la p’tite mignonne. Hein ? »

Elle s’approcha de la jeune fille et, d’une poigne forte, la fit tournoyer sur elle-même. La robe virevolta sous l’attraction, et un moment encore, Zack eut l’impression de regarder danser une princesse. Puis il se reprit et se racla la gorge :

« C’est… euh… superbe !

-Pas seulement ça hein ? Elle est bien mieux que ça ! Hein ma petiote ? lança la domestique, en prenant le menton de Sheena entre son pouce et son index et en le tournant vers son visage.

« Ah euh… »balbutia celle-ci, en fixant la chemise de Zack qu’il avait mise en vitesse.

Juste le temps pour lui de voir qu’il l’avait mise à l’envers que la voix de Sébastien, le majordome, retentit, venant du rez-de-chaussée.

« Maître Zack, vous avez de la visite ! »

Aussitôt le cœur de l’interpellé se mit à battre plus fort et il ordonna de vive voix à Marianne :

« Dépêche-toi de tout remettre en place et prends soin de cacher notre invitée ! »

Celle-ci s’exécuta, ne prenant pas en compte le tutoiement subit qu’il venait d’emprunter. Il était toujours comme ça lorsqu’il était énervé. Elle prit la main de la jeune femme abasourdie et l’entraîna derrière un rideau. Le jeune homme, quant à lui, regagna la salle de bains et vida la baignoire, se rhabilla et se recoiffa correctement et vérifia qu’il était présentable. Puis il descendit et essaya de garder un ton poli et guttural, histoire de ne pas avoir l’air grossier.

Ca y était, tout allait bien…

« Bonjour, Monsieur Wilder, belle soirée ? »

Il sursauta. La personne qui se tenait dans le hall n’était pas celle à laquelle il s’attendait. Et de loin.

« Eh bien, reprit-elle, vous me sembliez bien étonné. Est-ce ma venue qui vous dérange ? »

Zack balbutia quelques mots et s’inclina respectueusement devant le colonel, car il s’agissait là de son supérieur hiérarchique.

« Aucunement, mon colonel, il est juste rare que vous veniez rendre visite à quelqu’un de mon statut. »

Et en général, ça ne présageait rien de bon.

« Eh bien, il faudra vous y habituer à partir d’aujourd’hui, très cher. Considérez ceci comme une simple visite amicale. Puis-je ? demanda t-il, en retirant son manteau et en le lui tendant.

-Oui, » répondit simplement le jeune homme embarrassé.

Et en retour il s’écarta et repassa le manteau à Sébastien, ceci étant son travail. Le majordome s’inclina et partit accrocher le manteau.

« Dois-je vous préparer un thé ? demanda t-il, en respectant à la lettre les règles de bienséance, pour une fois.

« Je vous en prie, préparez-en pour vous aussi, » répondit l’homme, de sa voix mielleuse que Zack détestait.

Un peu en rogne sans le montrer pour autant, le jeune homme ordonna à Marianne, qui descendait, de préparer les boissons, puis il s’assit en face du colonel, s’attendant visiblement à ce que celui-ci lui dise quelque chose. Mais l’homme prenait son temps, profitant de son grade pour énerver la bête tout en la tenant par les cornes (cherchez pas c’est une expression de mon cru^^).

Lorsque le thé fut servi, le colonel se décida enfin à expliquer les raisons de sa présence, tout en prenant son temps.

« Bien, permettez-moi de m’excuser de venir aussi tard, mais je voulais vous voir pour quelque chose d’important.

-Alors pourquoi ne pas m’avoir fait quérir, pour vous épargner tout ce chemin jusqu’à chez moi ? »

Il fallait dire que le manoir, car c’en était un, de Zack se trouvait relativement loin de la base militaire. Plus de vingt minutes en automobile.

« Je me doutais que vous alliez poser cette question. Non, si je suis venu ici par moi-même, c’est parce que je suis beaucoup plus sûr de vous parler seul à seul. Il suffit juste que vous envoyiez vos domestiques accomplir une tâche quelle qu’elle soit, et de fermer les issues qui mènent jusqu’ici. Compris ? »

Comprenant que, même en dehors du travail, il s’agissait là d’un ordre, Zack ne perdit pas son temps, se leva et fit ce qui lui était demandé. Enfin, lorsqu’il revint, son interlocuteur passa aux explications.

« Vous devez vous douter que nos alliés venus d’Orient dorment cette nuit à un hôtel près du complexe.

-Oui, acquiesça le jeune homme, se demandant où il voulait en venir.

-Eh bien, cette nuit, nous envoyons une garnison dans le Sud du pays, car nous avons perçu de l’agitation dans la région de Bade-Wurtemberg, à côté de Bavière. Et nous nous sommes aperçus qu’il nous manquait beaucoup plus d’hommes que nous ne le pensions, c’est pourquoi nous avons décidé de faire monter en grade les plus méritants.

-Quel rapport ici avec… un soldat tel que moi ? »

Il craignait de comprendre ce que cet homme voulait dire. De toute sa carrière en tant que simple soldat, il ne se rappelait pas avoir été considéré comme l’un des plus méritants.

Le colonel étouffa un rire.

« Voyons, ne jouez pas les incrédules, et soyez plutôt heureux de la proposition que je vous fais là. N’est-ce pas excitant ? »

Zack haussa un sourcil. Se pourrait-il que…

« Désirez-vous un poste plus prestigieux que votre grade initial ? Voulez-vous vous sentir plus concerné par les affaires militaires, et peut-être même vous faire remarquer, et monter encore plus en grade ? N’est-ce pas là tentant ? »

Le jeune homme manqua de s’écrouler avec le fauteuil. Avait-il bien entendu ?! C’était quoi ces… bêtises ? Et pourquoi cette proposition si subite ?

« Ca vous surprend, n’est-ce pas ? fit le colonel, amusé par la réaction de son subordonné. Je comprends bien que vous soyez sous le choc. Je sais qu’il n’est pas dans les règles de demander cela ainsi, car il faut avant tout passer un test. Mais nous sommes en manque énorme et il nous faut à tout prix du recrutement. Or, les gens sont trop peureux pour sortir de leur maison, en cette période de guerre, et donc ils ne veulent pas perdre leurs enfants à la bataille, c’est commun. Donc il faut jouer de persuasion et quelquefois de force pour avoir des soldats dignes de ce nom. Fort heureusement, il en existe encore qui veulent sauver la gloire de leur pays, comme vous n’est-ce pas ? »

Zack se redressa, une mèche en bataille, l’air mal réveillé. Il tenta de dire :

« Oui, mais c’est uniquement parce que…

-Je connais votre histoire, monsieur Wilder, et je sais qu’elle est ô fort triste. C’est bien cela qui vous a forcé à quitter votre Amérique natale ? »

Le passé ressurgissait brutalement dans la tête du jeune homme, et une mine grave se peignit sur son visage. Il avait souhaité ne plus jamais en reparler.

« Il… y a longtemps que j’ai quitté le Michigan pour venir ici, mon colonel. Je me sens tellement plus à l’aise en Allemagne, dans ce pays dont j’ai rêvé tant de fois depuis l’enfance. Je me suis même décarcassé pour apprendre la langue…

-Au grand désespoir de votre cher père. Mais on peut voir que cela a mené à quelque chose. Normalement, l’Amérique est une des patries alliées de l’ennemi. Et qui dit «les amis de nos ennemis sont nos ennemis » dit faire front à l’ennemi. Pour l’instant ils semblent que les Américains ne participent pas beaucoup à l’affrontement. Nos alliés d’Asie s’en occupent, heureusement, et leurs batailles principales se déroulent en mer. Nous envoyons beaucoup de renfort pour participer à la bataille, mais pour l’instant tout semble se dérouler au mieux. Et je me suis aperçu que, même étant originaire du nouveau continent, vous ne réagissez pas en faveur de vos compatriotes…

-Il y a longtemps que l’Amérique n’est plus ma patrie, colonel. Désormais je suis fidèle à mon nouveau pays : l’Allemagne. Soyez assuré que je resterai à vos ordres. »

L’homme sourit, satisfait, puis reprit, en se levant :

« Bien, pour ce qui est de votre montée en grade, je vous attends vous et vos camarades avertis demain à neuf heures dans mon bureau. J’espère de tout cœur que vous serez du lot…

-Attendez, le retint Zack, est-ce que… pour cela, ai-je vraiment le choix ? Je veux dire : suis-je permis de refuser ou d’accepter ? »

Son interlocuteur se contenta de réfléchir, puis il tourna la tête vers le jeune homme.

« Pour ce qui vous concerne, vous êtes libre de choisir, mais il serait vraiment dommage de rater une telle opportunité non ? »

Et il tourna le dos. Zack le regarda revêtir sa veste, à l’aide du majordome et quitter la salle pour se rendre à l’extérieur, où l’attendait une voiture privée. Ainsi, il laissa son soldat devant un choix aussi peu probable qu’inévitable. Demain se jouerait son futur.

Avec une politesse forcée, il regarda partir la voiture puis rentra, en soupirant. Il faisait nuit noire maintenant. Plus le temps de prendre un bain de nouveau.

Mais de toute façon, se dit-il, la persuasion du colonel avait été telle qu’il avait sans peine fait son choix, lui qui en rêvait depuis tellement longtemps. Ce soir-là était sans doute le plus différent des autres qu’il ait connus. Il avait vécu beaucoup de péripéties ces derniers temps. Pourquoi tant d’acharnement sur lui ? Qu’est-ce que le sort lui réservait ?

Un raclement de gorge se fit entendre soudain lorsqu’il passa près des escaliers, puis un bruit bref. Il s’arrêta. Rêvait-il ?

Une masse noire apparut sur la rampe, puis un visage. Des mains s’agrippèrent à la rampe d’escalier, et deux grands yeux noirs le fixèrent. Il manqua de sursauter, puis se remit tout aussi rapidement. C’était seulement elle. La jeune japonaise…

« Qu’est-ce que vous faites là ? Marianne t’a laissé tombé ? » demanda t-il, passant au tutoiement sans faire la différence avec le registre de bienséance.

Les yeux de la jeune fille se plissèrent, puis elle répondit d’une petite voix :

« Elle est partie me préparer à manger… »

Comme pour signifier le geste à la parole, un grognement surgit de l’estomac de l’invitée. Elle rougit.

Zack l’observa, l’air blasé. Elle avait beaucoup changé physiquement, depuis leur première rencontre. A commencer par l’hygiène, qui avait largement battu son record. Elle était plus féminine comme ça. C’était déjà bien.

Et puis, en plus, elle avait pu recouvrer sa voix. La première fois qu’elle avait posé le pied sur le palier de ce manoir, elle était incapable de prononcer ses mots. Il avait fallu qu’elle note ce qu’elle désirait dire sur un bout de papier et qu’on lise sur ses lèvres. C’était en net progrès.

Et (quelle chance !), lorsqu’il lui avait demandé si elle parlait allemand, elle lui avait fait un petit paragraphe sans faute sur son pays dans la langue de son « sauveur », Voilà qui avait pu rassurer le maître de maison, qui se voyait pouvoir faire la conversation avec elle. Et c’était qu’elle en savait, des choses, l’asiatique !

Elle tituba légèrement et manqua de trébucher dans les escaliers, puis le rejoignit. Lorsqu’elle se trouvait à proximité, Zack ne pouvait s’empêcher d’éprouver une répulsion à son égard, alors que tantôt il la trouvait si belle. Pourquoi ? Sûrement à cause de son apparence… Ca c’était la meilleure !

La jeune femme le suivait timidement, mais d’une démarche bien assurée pour une « malade ». Sa présence était tenue secrète et personne à part ses deux domestiques, Sébastien et Marianne, et lui n’étaient au courant de son existence. C’était une bonne chose, car il n’était pas sûr que ses supérieurs le prendraient bien là-dessus. Et c’était sa carrière qu’il risquait, surtout ! Donc elle avait intérêt à se tenir à carreau, la brunette !

Sa voix fluette le fit sursauter :

« Dites, tout à l’heure, j’ai entendu votre conversation… »

Il fit volte-face, et regarda avec une extrême sévérité la jeune fille. A sa grande surprise, malgré sa fragilité, elle ne cilla pas. Elle avait dans son regard un petit air déterminé.

Déstabilisé un moment, Zack revint à lui et fronça d’autant plus les sourcils, puis il finit par siffler entre ses dents :

« Tu n’étais pas censée écouter aux portes, petite effrontée. J’ai intérêt à me tenir à carreau, si je ne veux pas que tu fouilles dans mes affaires…

-Qu’est-ce que cela signifiait ? Je veux dire… Quelle est cette histoire de patrie, et… de montée en grade ? »

Il soupira. Ca n’arrangeait pas les choses. S’il avait su qu’il abritait sous son toit une fouineuse, il ne se serait sûrement pas donné tout ce mal pour la transporter ici dans le plus grand secret. Déjà que la tâche n’avait pas été simple…

« Suis-je vraiment obligé de tout devoir dire à tout le monde ? On ne se connaît qu’à peine, de toute façon… Vois-tu, j’ignore totalement ton âge, ton nom de famille, ce qui t’est arrivée et comment tu as atterri là ! Tu es mal placée pour me donner des explications !

-Au contraire, si tu veux un détail sur moi, j’ai travaillé à l’administration d’Hiroshima. Là-bas, ils sont très concernés par la guerre. Et j’en sais bien plus que tu ne le penses… »

Ce tutoiement subit renforça l’énervement du jeune homme. Aussi importante dans son travail soit-elle, elle n’avait pas à s’exprimer comme ça avec lui. Il s’agissait d’une étrangère, mince !

« Je n’en ai rien à fiche de ce genre de détail. Et je me fous carrément de ta vie. Ne va pas chercher plus compliqué ok ?

-Pourquoi… reprit-elle, sans se soucier de ce qu’il avait dit. Pourquoi en veux-tu tant à ta nation d’origine, au point de te ranger du côté de l’ennemi ? »

Un silence. Zack sentit toute sa belle assurance s’écrouler en quelques secondes. Elle avait touché là un point sensible.

« Ca ne te regarde pas, balbutia t-il, d’une voix mal assurée. Ce ne sont pas tes affaires, après tout, je me trompe ?

-En France, c’est ce qu’on appelle « collaborer ». »

Il eut envie de la gifler. Pas seulement à cause du fait qu’elle étalait sa science à tout va, mais parce qu’elle n’arrêtait pas de mettre son nez dans les affaires de tout le monde. Elle ne devait pas être appréciée pour ça, là où elle habitait…

« Ok, mignonne, grinça t-il. Tu as gagné. J’ai déjà assez joué avec toi…

-Parce qu’il s’agissait d’un jeu, en plus ?

-Si tu veux, on en reparlera après le dîner, mais pour l’instant, je te conseille de mettre ton nez dans ta purée plutôt que dans mes affaires, compris ? »

Une odeur de grillé s’échappait de la cuisine au moment où ils s’approchaient de celle-ci.

« Ca n’a pas l’air de sentir tellement comme de la purée… »fit remarquer la jeune fille.

Elle se reçut un silence de la part de son voisin.

 

Après le dîner, qui s’était avéré être délicieux malgré la drôle d’odeur qui flottait dans l’air, et suite aux vantardises de Marianne qui se flattait de l’avoir concocté elle-même, les deux compagnons quittèrent la table et décidèrent de ne pas aller au salon, où les domestiques pouvaient très bien entendre ce qu’ils se disaient. Sans aucune gêne, Sheena avait proposé la chambre du rouquin, et celui-ci, le visage un peu coloré, avait refusé systématiquement et avait choisi une autre pièce. Une petite pièce privée où il n’y avait aucun meuble. Il disait qu’elle ne servait à rien d’autre qu’à y mettre les objets inutiles. Or, il ne devait pas y avoir beaucoup de choses inutiles ici car il ne s’y trouvait aucun objet et autre babiole. Le maître de maison semblait ranger ses affaires avec attention. En voilà quelqu’un d’ordonné. Mais comme la jeune japonaise  n’était pas ici pour ça, elle décida d’aller droit au but, et une fois qu’il eut fermé la porte, elle lança :

« Bien, maintenant qu’on peut enfin parler en privé, je ne passerai pas par quatre chemins… Pour commencer, on peut toujours faire les présentations non ? »

Il soupira, puis dit :

« Commence toujours par toi. Je ne suis pas sûr de te faire assez confiance pour commencer.

-Comme tu veux, fit-elle, impassible. Mon nom est Sheena Fujibayashi. J’étais secrétaire à la société d’Hiroshima, où la ville est entièrement sous le contrôle des dictateurs qui se disent gouverner mon pays. Depuis plusieurs années, j’œuvre pour sortir mon pays de la crise, mais nous ne sommes qu’une poignée à aspirer à cela et beaucoup d’entre nous sont les cibles d’attentats dirigés par le gouvernement du Japon. Aujourd’hui encore, nos tentatives de persuader les gens de se joindre à nous échouent encore, mais nous ne nous avouons pas vaincus. Nous…

-Pourquoi donc essayer de résister ?

-A ton avis ? Tu ne te rends pas compte que ces pourritures au pouvoir détruisent notre beau petit monde ? Je veux empêcher cela et c’est pour ça que je suis née !

-Comment oses-tu traiter de pourritures les grands de ce monde ? Tu sais qu’il t’en cuira… »

Elle le fusilla du regard, et il parut troublé.

« Tu n’es vraiment qu’un sale lâche… »

L’insulte le fit sortir de ses gonds.

« Comment ça, un lâche ?! Je ne fais que servir fidèlement ceux que tu traites de pourriture, et mon boulot est aussi de débarrasser la société des gens comme toi. Vous êtes des nuisibles, pour ainsi dire…

-C’est donc à ça que tu sers, en ce bas monde ? Entièrement soumis à ces dictateurs qui se servent de toi pour accomplir leurs desseins ? Qu’est-ce qui t’as poussé à faire cela ?

-Je suis fidèle à mon pays…

-A ce que j’ai entendu, il ne s’agit pas vraiment de ton pays. Ta patrie, c’est bien l’Amérique, n’est-ce pas ? Tu l’as abandonné pour la laisser entre les mains de mes compatriotes. Et c’est ça que tu appelles servir fidèlement ton pays ? Tu… »

Une claque retentissante atterrit sur sa joue et l’envoya à terre. Elle ressentit une douleur cuisante sur sa pommette droite, et frissonna. C’était qu’il frappait fort, le bougre…

« Tu n’as pas intérêt à évoquer nos alliés de cette manière. Si c’est comme ça que tu envisages ma vie, c’est que tu ne me connais pas assez… »

Zack était calme, malgré sa main qui tremblait à cause de la gifle, et la rage qui sourdait en lui.

« Toi, peut-être pas, mais les autres pays, si. Je ne les connais que trop bien pour ressentir la douleur de ceux qui souffrent à cause de cette stupide guerre… »

Mais c’était qu’elle avait la langue bien pendue, la traîtresse à sa patrie ! Elle tenait bon, en plus, malgré la baffe qui aurait dû lui remettre les idées en place.

Elle se releva en titubant, et il se rendit compte à l’instant que n’étant pas encore tout à fait rétablie, sa conduite n’avait pas été exemplaire envers elle, invitée en tant que malade. Mais qu’importe, il avait mal fait en l’escortant ici. Après tout, pourquoi ne pas l’avoir laissée pourrir dans son coin ? C’était pas non plus la peine de se décarcasser pour une rebelle.

Mais voilà, il ne pouvait pas faire marche arrière. Elle était là et elle était résolue à rester comme un noyé s’accrocherait à une bouée de sauvetage, ou mieux, comme une mouche attirée par la lumière d’une lampe…

« Mon pauvre… A ton expression, on devine sans peine que tu ne gardes pas un souvenir heureux de ta vie passée…

-En quoi ça te regarde d’abord ? cria t-il, rouge de honte et de colère.

-Après ça, j’ai presque pitié de toi… » soupira t-elle.

Alors qu’il s’approchait pour à nouveau lever la main sur la jeune femme, la voix retentissante de Marianne se fit entendre à l’autre bout du couloir.

« Mademoiselle Fujibayashiiiiiiiiii ! Vous êtes ici ?

-J’arrive ! » s’empressa de répondre la brunette.

Et jetant un ultime regard sur Zack, elle le contourna, atteignit la porte, l’ouvrit et disparut dans le couloir, partie à la rencontre de la grosse gouvernante.

Resté seul, le jeune homme sentit sa colère s’estomper, et il s’affala par terre, presque abattu. C’était bien la première fois que quelqu’un (surtout une fille !) lui faisait si mal en l’atteignant au cœur. Durant cet entretien, la jeune fille s’était amusée à torturer son esprit déjà courbatu, au point qu’à la fin, il n’en reste rien. C’était pitoyable de sa part de s’avouer vaincu comme ça. Mais là, il ne savait comment réagir.

Il eut une brève pensée pour elle, et soudain, se souvint d’un truc : la fille, sa façon de parler… Son ton n’était plus sifflant comme tout à l’heure. Elle avait même l’air d’être en pleine forme ! Incroyable ! Cette guérison soudaine n’était sûrement pas due au hasard, ça c’était clair…

Puis une idée surgit dans sa tête, n’ayant aucun rapport avec cette découverte, mais avec son idée de vengeance de tout à l’heure. Et un sourire étira ses lèvres fines. Cette fois-ci, elle se garderait bien de laisser sortir ses paroles venimeuses. Et elle le regretterait, d’ailleurs…

 

------------------------------------------------

 

Lloyd, s’ennuyant ferme dans sa prison, se décida à s’approcher des barreaux et à regarder ailleurs.

L’endroit était bien calme depuis leur dernière entrevue avec Yuan. Plus personne ne pipait mot, préférant s’enfermer dans un mutisme bien à soi. On ne parlait pas, on ne bougeait pas, on ne faisait rien…

Rébecca, la sœur de Gilles, et lui-même ne tentaient pas de faire la conversation à leur compagnon d’infortune. Le jeune homme déprimait devant tant de silence. Il n’avait jamais aimé ça. Le silence…

Il détourna légèrement la tête et aperçut une fine silhouette en position assise et qui bougeait légèrement, dans la cellule voisine. A voir la masse de cheveux blond clair, il s’agissait du plus jeune des trois prisonniers, Gilles. Il avait sur les genoux une sorte de cahier et griffonnait avec un fin stylo d’encre. Les yeux de Lloyd luisirent d’envie. L’écriture n’avait jamais été sa grande passion, lui qui était nul en grammaire et en orthographe (évidemment ! Tout Reflets qui se ressemble s’assemble ! *SBAF*), mais en ce moment même, il aurait préféré avoir une occupation comme celle-là plutôt que de ne rien faire, à moins que ce ne soit l’inverse… Enfin, bon. 

« Qu’est-ce que tu fais ? » se risqua t-il.

Il craignait que le garçon feigne l’indifférence, mais ce dernier sursauta et fusilla le jeune homme du regard, ses cheveux ternes et en batailles frémissant dans l’obscurité.

« Je joue aux échecs avec une chèvre, ça ne se voit pas ? » railla t-il.

Lloyd soupira. Au moins, il acceptait de lui parler…

« Non, c’est juste que ça me surprend que tu aies amené une distraction, à croire que tu savais que tu allais croupir ici… »

Soupir sarcastique de la part du jeune français.

« Ce n’est pas une distraction. En fait c’est un journal que je tiens depuis mes huit ans… »

Son interlocuteur siffla.

« Même moi, je ne serais pas capable d’écrire à cet âge-là…

-Tu n’aimes pas les études ?

-Disons que je ne me suis pas donné la peine d’apprécier… »

Il rit lui-même, mais Gilles garda un air grave et sérieux, et son gloussement s’étrangla dans sa gorge. Mince, il n’aurait pas dû en parler. A coup sûr, il était tombé sur un snobinard qui allait lui débiter dans cinq secondes ô combien les études étaient importantes et qu’il ratait une énorme opportunité de réussir dans la vie plus tard. Mais en cette période-là, réussir dans la vie via les études n’était plus à l’ordre du jour, et il détestait qu’on le regarde de haut après ça…

Mais le petiot ne dit rien dans ce genre-là, et il arrêta de griffonner sur son cahier. Lloyd put distinguer une écriture soigneuse et serrée, mais il lui fut impossible de lire étant donné que le journal était à l’envers de son point de vue. L’enfant écrivait déjà comme un prof à son âge, l’horreur !

Le regard de Gilles se fit évasif, l’air de penser à autre chose, puis il dit :

« En fait… Je prends des notes pour me rappeler chaque détail de ce que j’ai vécu pendant cette guerre, pour que je puisse peut-être la mettre plus tard entre les mains de personnes en qui j’ai confiance, afin de ne pas oublier…

-A quoi ça sert que ce soit un journal intime si tu te mets en tête de le faire lire à d’autres personnes, se moqua le jeune homme.

-Tu ne comprends pas… Il faut que des gens soient au courant de ce qu’on a subi… Tu te souviens de nos parents pour la grande guerre ?

-Personnellement, je préférerai oublier… »

Le regard de Lloyd devint triste. Il jeta un coup d’œil au fond de la cellule voisine. Rébecca était assise, et semblait somnoler. En voilà une bonne occupation pour passer le temps !

« Je comprends ce que tu ressens Lloyd… On vit tous une épreuve difficile en ce moment tu sais… »

L’adolescent détourna la tête. Il fronça les sourcils et plissa le nez, pour finalement s’adosser, le dos tourné, à la paroi qui les séparait.

« Dis, Lloyd… Tu vas trouver ma question indiscrète, et je comprendrai si tu refuses d’y répondre, mais comment était ta vie ? Avant notre rencontre…

-Hum… »

Il y eut un long silence qui s’ensuivit, et Gilles le craignit plus qu’une réponse cassante.

Pourtant, Lloyd dit finalement :

« Je ne vois pas en quoi je ne devrais pas te répondre, puisque je suis sûr qu’étant juif, tu as vécu bien plus de choses que moi… »

Le garçon fixa son camarade de ses grands yeux gris-bleu. Etait-ce une affirmation ?

« En fait, avant la guerre, j’étais un gamin assez ordinaire, qui écumait les rues de Londres et qui vivait dans un orphelinat comme beaucoup d’orphelins. J’allais à l’école et je revenais tout le temps avec les chaussures salies à cause de mes bêtises avec les copains, et je n’étais bien sûr pas du genre à écouter en cours… A vrai dire j’utilisais ces heures-là à rattraper mon sommeil de la nuit… »

Il eut un rire qui sonnait faux.

« Enfin, bon, ces détails-là ne vont sûrement pas t’intéresser. Ce sont des choses qui me regardent… Tout allait bien jusqu’à mes treize ans. Là, seulement, ça s’est gâté… »

Gilles acquiesça. C’était à cette date –il n’avait alors lui-même que huit ou neuf ans-, que les conflits avaient débuté.

« J’étais orphelin depuis l’âge de trois ans, et je vivais dans un orphelinat, en compagnie d’autres gamins qui avaient perdu leurs parents dans des accidents ou qui avaient été déposés là sans autres ménagements. Pour ma part, je fais partie de la première catégorie… »

Il soupira puis continua :

« Au début, ça allait. C’était pas encore la grande catastrophe. De là où on était, on entendait que des rumeurs sur l’évolution des évènements, et ça n’était pas encore ça… C’est seulement un an plus tard que le bombardement a eu lieu en plein Londres… »

Gilles acquiesça. Avec sa sœur, il en avait entendu parler.

« … Ca a touché pas mal de monuments importants, et il y a eu des morts. Notre orphelinat a été en plein centre de ce cataclysme. On a pas eu de chance, on était en pleine nuit lorsque ça s’est produit. Il y a eu une grande explosion à t’exploser les tympans. Le toit avait été touché. Les surveillants et le directeur ont veillé à tous nous évacuer, mais seulement une moitié d’entre les orphelins ont pu être sauvés. Les autres sont morts dans la destruction du bâtiment avec quelques surveillants. Les survivants ont eu tôt fait de s’éparpiller ailleurs, dans l’affolement. Tu peux les comprendre. En une nuit, ils ont tout perdu. Une maison, une famille, des biens qui leur étaient chers… »

Le jeune homme fouilla dans sa chemise et en sortit un petit médaillon :

« C’est tout ce que j’ai pu sauver… »

Gilles observa le pendentif, et il ne put s’empêcher de partager la peine de son compagnon. En fait, des deux, c’était son voisin qui avait vécu le plus de choses. Lui, il n’avait rien fait d’autre que se cacher comme un lâche, se tapir comme un animal soumis, apeuré…

Le médaillon représentait un portrait peint à l’ancienne de trois personnes au sourire heureux sur le visage. Un homme, une jeune femme et au centre de cette petite communauté un petit enfant, qui semblait le fixer avec un grand sourire angélique et innocent. Une belle petite famille qui semblait ne rien avoir à se reprocher ni à envier aux autres.

« Ma mère me l’avait donné… avant qu’on ne m’envoie à l’orphelinat… »

Gilles leva la tête, scrutateur, tandis que Lloyd, le visage impassible, rangeait l’objet dans le col de sa veste.

« Qu’est-il arrivé à tes parents ?

-Je ne sais pas… Ma mère a sans doute été tuée lors d’un attentat ou je ne sais quoi, parce que le lendemain on m’avait enlevé sans m’en dire les raisons à ma maison et je me suis retrouvé parmi une centaine d’enfants désemparés d’avoir perdu leurs parents ou se demandant ce qu’ils faisaient là. Quant à mon père… il a disparu sans laisser de trace, juste avant que ma mère ne disparaisse. Il doit être mort, de toute façon, ça ne fait pas un pli, fit le jeune homme, avec une pointe d’amertume dans la voie.

-Tu as sans doute raison… » murmura le garçon, pour tout commentaire.

Lui aussi, il avait perdu ses parents, mais si Rébecca n’avait pas été là, il aurait connu le même sort que son confident.

« Par la suite, après l’explosion, je me suis enfui sous le nez et à la barbe des surveillants, comme tant d’autres qui ne voulaient pas rester. Il devait rester une bonne dizaine d’enfants sur les cent vingt-et-un qu’ils hébergeaient, parmi eux les tout-petits et les rares filles qui n’avaient pas été envoyées pour travailler chez les familles aisées. Mais les autres, dont moi, voulions d’une vie meilleure et libre et vivre notre vie à notre façon. Ca a dû être une grave erreur pour certains parce qu’ils s’adonnaient à une vie de vagabonds et de criminels, mais moi, au moment où je sombrais moi aussi dans la misère et les pratiques illicites, j’ai été repéré par un homme qui s’avérait être un résistant…

-Des résistants ? Il y en a aussi en Angleterre ?

-Il y en a partout, répondit du bout des lèvres le jeune homme en haussant les épaules, y compris dans les pays lointains ou non touchés par la guerre. Il y en aura toujours de toute manière. »

Le jeune juif aux cheveux blonds presque neigeux cligna plusieurs fois des paupières, et inclina la tête sur le côté, montrant ainsi qu’il réfléchissait.

« Cet homme m’a parlé et m’a proposé de venir avec lui, et donc je l’ai suivi, parce que je n’avais plus rien à perdre. Plus tard j’ai appris ce qu’il était et les risques qu’il prenait à embaucher des jeunes inexpérimentés en plus de cela. Mais il avait agi à mon égard en totale sympathie et je ne le remercierai sûrement jamais assez pour cela. C’est lui qui m’a entraîné et qui s’est conduit comme un père avec moi. Grâce à lui voilà désormais ce que je suis. »

Il écarta les bras comme pour joindre le geste à la parole, puis, dans un souffle, il rajouta :

« Cet homme s’appelle Yuan… »

Avant que Gilles n’ait pu rajouter quoi que ce soit, une voix féminine retentit, douce et compatissante, mais ferme malgré tout :

« Ton histoire est triste, comme celle de tant d’autres en temps de guerre, et tu as eu beaucoup de courage pour surmonter cela…

-Rébecca ! Tu ne dormais pas ?

-J’essayais, en fait. Excusez-moi si je vous ai dérangés… »

Lloyd esquissa un petit sourire à l’adresse de la jeune femme, comme pour lui dire qu’il ne fallait pas qu’elle s’excuse pour cela…

« Ainsi ton « sauveur » s’appelle Yuan ? C’est une étrange coïncidence avec cet homme que nous venons de voir…

-Pas seulement au niveau du nom, en tout cas… grogna son interlocuteur.

-Je comprends ce que tu veux dire. Tu sais, il faut savoir lire des livres pour s’instruire et se forger diverses hypothèses sur une quelconque vie extra-terrestre. Moi, en tout cas, je ne suis pas très surprise de me retrouver dans cette situation…

-Rébecca…

-A vrai dire, je peux même dire que je m’y attendais. Après tout, quand on est professeur, il faut s’attendre à tout. »

Les deux adolescents la regardèrent avec une surprise non dissimulée.

« Non que je soupçonne l’existence de mondes autre que le nôtre, mais disons que de toute façon, il n’y a pas de raisons que la vie soit présente exclusivement sur Terre !

-Tu as sans doute raison… fit Gilles.

-Et d’ailleurs c’est le cas. »

Ils se retournèrent, étonnés, à l’intervention d’une voix méconnue dans leur conversation, et tombèrent nez à nez avec un grand homme de l’autre côté des barreaux de leur prison. C’était l’un des types de tout à l’heure, Bastian.

« Bah, de toute façon, grommela t-il, de sa voix bourrue, je ne sais pas ce que vous avez dans la tête en guise de cerveau mais il semble que le chef vous a sûrement répété au moins dix fois la même chose, et on dirait qu’il n’y a que la demoiselle qui a compris en partie…

Les trois compagnons lui jetèrent un regard noir, qui lui arracha un sourire, puis il croisa les bras derrière le dos, en soulignant d’un ton narquois :

« Vous devriez au moins vous rappeler de ce qu’il a dit, histoire d’avoir les pensées un peu plus claires… »

Et effectivement, c’était nécessaire…

 

*********************************

 

« Bien, nous allons pouvoir commencer… »fit Yuan, qui pour une fois ne manquait pas d’humour.

Tout dans sa voix sous-entendait pas mal de choses, et cela agaça prodigieusement Lloyd, qui avait vraiment envie de lui balancer son poing dans la figure une bonne fois pour toutes. Certes il avait la tête et les manières de son chef à lui, mais ce n’était pas une raison. Son patron était son patron, et cet homme ne pouvait rien avoir en commun avec lui. Et pourtant…

« Pour débuter, je tiens à faire remarquer que, bien que je ne sois pas à votre place, je sais ce que vous ressentez dans cette situation et vous m’en voyez désolé, parce que vous ne me laissez pas le choix. En fait –ai-je besoin de le répéter-, l’un de vous m’a déjà rencontré et a entendu la version des faits que je vous ai raconté. Aussi a-t-il quelque chose à dire ? »

Tous les regards convergèrent vers Lloyd, qui détourna la tête, l’air à bout, et qui siffla :

« Tout ceci n’est que pure aberration, je me tue à le répéter…

-Je vois que ta mentalité n’est guère différente de celle du Lloyd que je connais. Toujours têtu et l’air de n’en faire qu’à sa tête. Ton amie Colette était plus apte à comprendre… »

Le ton dans la voix de Yuan s’était fait doux, mais il ne fallait pas s’y fier. Cet homme était fou, du moins le garçon le pensait-il.

« Mon Reflet était-il du genre à dire des mensonges ?» demanda t-il, soudain.

Un long silence suivit sa question, puis le jeune homme répondit à contrecoeur :

« Il ne le fait que lorsque c’est nécessaire. Et puis il s’agit de mon chef. »

Un sourire étira les lèvres du chef des Renégats. Il était beau, lorsqu’il faisait cela.

« Alors dans ce cas, je réagis comme lui. Moi aussi, je mens quand c’est nécessaire, or, en ce moment, ai-je besoin de le faire? Comment se fait-il que tu renies toutes les « bizarreries » autour de toi ?

-Mais parce que ce genre de choses est impossible dans la réalité, la vraie ! » cria Lloyd.

Son interlocuteur soupira.

« Tu es décevant, mon cher Lloyd. Je m’attendais à plus de crédulité de ta part. Mais bon, continue à  croire ce que tu veux, puisque tu y tiens tant… »

L’adolescent lui adressa une grimace que Yuan se contenta d’ignorer, puis il se tourna vers Gilles et Rébecca, qui jusque là n’avaient fait que suivre l’échange.

« Veuillez m’excuser de vous avoir délaissé quelques instants, mais j’espère que vous serez plus aptes à écouter ce que j’ai à vous révéler. En vérité, votre transfert ici n’était pas désiré. »

Le frère et la sœur le regardèrent en clignant des yeux.

« Voici, en gros, les explications que j’ai auparavant fourni à Lloyd et à sa camarade portée disparue, même si je n’ai peut-être pas eu l’occasion de tout leur dire… »

Et il débuta son récit, tout en vérifiant que ses auditeurs buvaient chacune de ses paroles. Il était rassuré. Les deux nouveaux venus écoutaient d’une oreille attentionnée. Cela se voyait à leurs yeux qui s’écarquillaient minute après minute. Pour eux, cette histoire était… surprenante.

Enfin, il en arriva au plus intéressant :

« En vérité, notre monde est plus âgé que le vôtre, et la technologie est deux fois plus avancée. Ici, il y a plus de quatre mille ans, nous fonctionnions à la magitechnologie, une science que vous mettrez encore plusieurs milliers d’années à découvrir. A cette même date, il y a eu une guerre mondiale qui s’est répandu dans chaque contrée de la planète. Les habitants de ce monde connaissaient alors l’art du savoir-faire et possédaient l’intelligence indispensable pour progresser. A cette époque, votre planète était encore en développement, et vos ancêtres, qui la peuplaient, n’étaient pas suffisamment matures pour intéresser le meilleur dirigeant de tous les temps. Or, nous en avons eu un, de dirigeant… »

Il se délecta de l’intérêt que représentait son histoire à l’égard de ses prisonniers. Même Lloyd semblait tendre l’oreille, maintenant…

« Il s’appelait Mithos, et ce fut lui qui triompha de notre guerre dans l’Antiquité. Peu après qu’il fut devenu le héros vénéré du peuple, il apprit l’existence de cette planète que vous nommez Terre aujourd’hui. Mais la mentalité de ses habitants l’a exaspéré et il a décidé que ce monde ne valait pas la peine d’être exploré. Ca a dû être une erreur de sa part car aujourd’hui j’ai vu la vitesse à laquelle vous avez progressé. Cela m’a impressionné, et j’ai voulu en savoir plus. Saviez-vous que votre évolution n’est pas due au hasard, que vos mentalités d’aujourd’hui ne seraient pas si on ne vous était pas venu en aide ? Et bien, c’est grâce aux habitants de notre monde. Lors de la guerre, ils ont découvert une brèche qui menait vers la Terre à travers l’espace-temps. C’était une chance inespérée pour échapper aux horreurs des conflits, vous ne trouvez pas ? Ils n’ont pas perdu de temps et ont émigré… »

Il poursuivit dans ses révélations :

« Bien entendu, arrivés là, certains n’ont pas survécu, car l’absence de mana dans l’air n’a pas aidé à respirer correctement. Les survivants, quant à eux, ont essayé de se faire aux conditions de survie et s’en sont tirés sans trop de mal. Ils ont même transmis leur savoir aux habitants de ce monde après avoir sympathisé, ce qui, croyez-le bien, a été difficile car quand on voit des extra-terrestres débarquer chez vous, votre premier réflexe est de vous défendre, n’est-ce-pas ? Finalement, les deux espèces ont cohabité et ont même fini par se mélanger. Ainsi l’espèce humaine s’est propagée jusqu’à maintenant à une vitesse fulgurante, et voilà où nous en sommes… »

Il sourit, d’un sourire satisfait. Il attendait les commentaires.

« Waouh, fit tout simplement Gilles.

-Effectivement, ça explique beaucoup de choses…poursuivit Rébecca

-… » fut le commentaire de Lloyd.

Evidemment, il avait souvent eu ce genre de cours. Anto les avait suffisamment bassiné avec ça, mais alors tout apprendre en un seul coup, c’était trop dur pour un esprit comme celui de Lloyd…

« Et y a-t-il quelque chose qui peut justifier le lien entre ces deux mondes ? Je veux dire, la présence des Reflets, et…s’enquit la jeune femme.

-C’est une très bonne question, très chère, je vois que tu gardes l’esprit réfléchi et le caractère très appréciable de ton double… Bref, lors de l’évolution de la Terre, il y a eu disons, un petit accident, qui a eu des conséquences ensuite pour les habitants de la planète.

Il y a eu plusieurs tremblements de terre aux quatre coins du monde, qui a donné lieu à plusieurs phénomènes. Le lien jusque là invisible qui reliait Sylvarant et Tésséh’alla à la Terre s’est rompu et les deux mondes jumeaux ont sombré dans le déclin, tandis que l’autre planète exerçait sur eux une pression. Il a fallu que Mithos, le dirigeant dont je vous parlais, s’en mêle pour rétablir la balance. Après cet exploit, il a décidé d’éloigner les deux mondes de l’autre car il jugeait que le contact d’autres planètes pouvaient avoir des effets dévastateurs. Il a donc établi un bouclier entre les mondes de sorte qu’aucun autre ne puisse finir dans leur champ d’attraction, mais ce qu’il ignorait, c’est que le contact passager des deux mondes avait laissé des traces, dont voici le résultat : les gènes des espèces vivantes des deux mondes se sont mélangés, qui a créé un lien entre les êtres vivants respectifs, et ainsi sont nés les Reflets. Depuis, l’évolution fonctionne telle que vous la voyez. »

Au fond de lui, Lloyd réfléchissait. Les faits étaient bien trop élaborés pour que ce puisse être un mensonge. Même un mythomane ne saurait raconter ce récit abracadabrant aussi bien. Et puis, le jeune homme se rendit compte peu à peu qu’autour de lui, on racontait la même chose. Anto… Akim…Tout était clair maintenant. Il les imaginait timbrés mais en fait, il y avait en eux une sincérité que même le dernier des idiots décèlerait (et étant donné  que le dernier des idiots, c’est lui XD). Il était donc finalement bien forcé d’y croire, désormais…

« Alors, Lloyd ? demanda un Yuan ironique. On y voit un peu plus clair dans son esprit maintenant ? »

 

*****************************

 

« Oui, maintenant ça y est, je comprends mieux… souffla Lloyd.

-Hum ? l’interrogèrent ses deux camarades, du regard.

Bastian eut un grand éclat de rire.

« Ben enfin on y arrive ! Depuis le temps qu’on vous enfonce ça dans le crâne, et vous vous rendez compte que maintenant de la réalité des choses ! Le chef l’a dit : maintenant ça n’a que trop duré, il nous reste plus beaucoup de temps.

-Comment cela ? s’informa Rébecca.

-Hem, hem… Nan, en fait c’est une affaire qui ne concerne que le chef et les principaux sujets de son projet. »

Devant le regard interrogateur des trois prisonniers, l’homme comprit qu’il devait en avoir trop dit pour être honnête, et il quitta les barreaux de la cellule en s’adressant à quelqu’un d’autre :

« Maléagon, vas-y c’est ton tour. Au moins toi tu ne feras pas de bourde en parlant. »

Au moment ou quelqu’un d’autre entrait dans la pièce, une alarme se déclencha, qui leur fit lever les yeux.

« On dirait qu’ils sont rentrés. Je vais voir ça. Reste-là, la carpe ! »

Et devant le regard désapprobateur de l’autre homme qui venait d’entrer, Bastian les quitta.

Link et Lucinda revenaient avec un nouveau camarade.

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