Quelqu'un qui vous veut du mal

 

Nous sommes à une époque presque oubliée. Presque, oui, car on ne sait pas vraiment comment tout ça a commencé. Moi-même je suis incapable de vous en dire plus. Dans cette époque presque oubliée, le monde vit sa vie. Elfes et Humains n'aiment pas trop se côtoyer, je les comprends, moi je n'aime côtoyer ni les uns ni les autres.

Moi, je suis la Clé. Je n'aime personne, je crois même pouvoir dire que je déteste pas mal de choses. Et malheureusement pour vous, j'ouvre des coffres. Sans mentir, vous n'aimeriez vraiment pas savoir ce qu'il y a dans ces coffres. Si je me souviens bien, après avoir été forgée, j'ai été refroidie dans le sang d'un démon, ainsi je peux sceller spirituellement le contenu des coffres, et ça vaut mieux pour les choses vivantes. Tout ça s'est passé il y a longtemps, à l'heure où je vous parle, ma position ne me permet pas d'ouvrir quoi que ce soit.

J'aimerais vous convaincre que je suis une clé vraiment sensationnelle. Si je vous parlais de mon don de prescience? Par exemple, je sais que les coffres seront bientôt déverrouillés. Je sais également que le monde va vivre une période pas très sympa, en partie à cause de ça, si vous n'aviez pas encore compris.

 

En attendant mon heure j'observe le monde. Il n'a pas beaucoup changé depuis ses débuts, d'ailleurs c'est à l'humanité que je dois mon existence. A la part d'ombre que chaque humain porte en lui, pour être exact. Il y a très longtemps -je n'étais pas encore là mais on m'a raconté figurez-vous- cette part d'ombre se matérialisa sur terre. Je lis dans vos pensées (je peux faire ça aussi car je suis une clé sensationnelle, rappelez-vous): « Mais comment est-ce possible? ». Réfléchissons un peu ensemble, voulez-vous?

Je vais partir d'une base simple: changer l'eau en glace est impossible a un être humain par les voies naturelles. Si l'un d'eux y arrive, on parlera soit de miracle, soit de... magie! Bon passons sur les miracles, je ne suis pas trop à l'aise avec tout ça. La magie donc, rend possible des choses impossibles. Et je vous le donne en mille, c'est le mana qui a matérialisé la part d'ombre de l'humanité! Le démon qui m'a apprit ça m'a confié que c'était une époque d'enfer, la terre en était gorgée de sang, et nous (les démons, pas les clés) avons mené notre règne d'une main de fer. Je pouvais encore sentir ses pensées orgasmiques à ce propos quand j'ai dévoré son âme.

Mais on vous l'a sans douté déjà dit, l'humanité est capable du pire aussi bien que du meilleur. Et donc un rabat-joie est venu mettre fin à tout ça. Il a réussi, je ne sais comment, à enfermer les enfers dans un livre, un misérable livre. Mais il ne pouvait pas bannir comme ça la noirceur de l'âme humaine, même si vous auriez bien voulu le croire. Déjà le livre en lui-même est un concentré de malice. Et il restait en outre neuf rémanences infernales sous formes physique, et leur instabilité pouvait causer le retour des démons pour un oui ou pour un non.

Le Rabat-Joie scella les neuf rémanences infernales. Dans des coffres. Coffres qu'il ferma avec une clé. Une clé forgée dans un métal très spécial refroidi dans le sang d'un démon. Vous me suivez? Je me souviens comment ça a commencé, finalement. Faites souvent travailler votre mémoire, on est toujours étonné de quoi elle est capable.

 

Comme l'heure approche, je vais vous révéler qu'il existe un homme, qui est marié, sans enfants, il travaille la terre depuis une bonne paire d'années, et les affaires ne tournent pas très bien. Il a des cheveux d'une couleur sale, roux sale. Il a le menton carré, le nez cassé, une moustache sale, il aurait pu être beau sans les aléas de sa vie. A son maintient, son dos droit et fort qui ne manquera pas de se courber sous le poids des ans et du travail, on pouvait voir qu'il était un homme qui cultivait ses navets.

Sa femme était jolie comme un bouton de fleur. Elle aussi travaillait dur, mais savait se préserver, et elle aimait fortement son mari, qui pourtant ne lui offrait guerre plus qu'un regard coquin lancé par des yeux délavés.

Oubliez sa femme. Cet homme et moi avons de grands desseins. L'un sans l'autre, nous n'aurions jamais effleuré le destin qui nous attendait. C'est quand il me retrouva dans son champ, en retournant la terre, que la paire la mieux assortie de l'enfer vit le jour: Nébilim et la Clé de Nébilim. Croyez-le ou pas, le côté sombre est aussi une épine dans son propre pied. Si l'homme n'avait pas une telle propension à laisser traîner n'importe quoi, je ne me serais pas retrouvé perdu dans ce champ des siècles auparavant, et un cultiste dépravé adorateur de l'enfer m'aurait bien gentiment retrouvé dans la Tombe du Rabat-Joie et nous aurions semé la terreur bien comme il faut. Au moins le livre des enfers a atterri dans une bibliothèque.

 

Je peux lire dans les pensées, voir l'avenir, mais il m'est plus difficile de posséder les gens. Nébilim me ramena chez lui, et sans me vanter, nous avons couché ensemble dès le premier soir. Chaque jour ses pensées tournaient de plus en plus autour de moi. Sa femme pensait « Il y a du bon en lui. ». Leur ami le plus proche n'osait pas avouer le fond de sa pensée à la femme de Nébilim, mais il sentait bien que leur couple battait de l'aile.

 

Nébilim et moi n'arrivions cependant pas à entrer en contact. Ce qui posait quelques problèmes: par exemple il ne s'inquiétait pas du tout pour ce que j'étais sensé ouvrir, il passait juste des heures à m'observer, les fesses dans la terre, en se demandant pourquoi je l’intéressais autant. C'est un des travers de la possession démoniaque indirecte, il faut savoir être patient.

Un soir, alors que l'atmosphère se faisait lourde, étouffante, que le ciel s'assombrissait, annonçant un orage violent, Nébilim retrouva sa femme non moins menaçante à son retour au foyer. L'ami du couple avait finalement exposé ses inquiétudes à la douce épouse de Nébilim, et se faisait sévèrement remettre à sa place. Il était également venu leur faire ses adieux, il était sur le départ, à la recherche d'un vieux druide avec qui vivre en ermite pour le restant de ses jours.

Ce soir là je parvins à parler à Nébilim. Il accepta tout ce que je lui racontai ans broncher, ni paraître surpris. Son âme avait soif de pouvoir. Il quitta tout le soir même, laissant femme, biens et fœtus derrière lui. Quelque part au fond de lui, il n'aimait pas ce qu'il faisait. Il se dit que lorsqu'il aurait le pouvoir suprême il reviendrait vers sa femme et... il ne savait pas trop quoi, mais il reviendrait et elle le pardonnerait forcément. J'ai décidé de ne pas casser cette illusion tout de suite, préférant me délecter de la scène si jamais elle devait vraiment avoir lieu.

 

La route qui nous attendait était longue, les coffres étaient disséminés au quatre coins du monde. L'avantage, c'est que je pouvais sentir leur position exacte. Le problème c'était que Nébilim avait du mal à comprendre quand je lui parlais de lieux qu'il ne connaissait pas.

Au début de notre voyage il vécut sur ses réserves d'argent et de l'assistance de ceux qui le voulaient bien. Sauf que l'hiver approchait et que cela inquiétait Nébilim. Je le pressai donc vers le coffre le plus proche de nous. Nébilim fouilla frénétiquement la forêt dans laquelle devait se trouver la relique des enfers. Une chance viciée nous évita toute mauvaise rencontre.

Enfin il trouva le coffre, mais de nous deux c'était moi le plus excité. En toute honnêteté je n'ai fait que fermer les coffres, et en tant que clé, l'ouverture d'un d'eux m'inspirait les plus grands des plaisirs. Mais j'avais le trac, également. Je glissai par trois fois des mains de Nébilim, moites, avant qu'il ne parvînt à m'insérer dans la serrure. Mes doutes s'envolèrent pour laisser place au plaisir et à la volupté. Tout tourna sans accroc, la serrure n'était pas rouillée pour le moins du monde. Le son des clinches et des ressorts se détendant sous la pression de mes dentelures était des plus exquis.

Le sceau magique se brisa, déversant des flots d'ombre qui engloutirent tout autour de nous, la moindre trace de vie était masquée par les ténèbres, les odeurs devinrent âcres et le sol se flétrit. Dans le coffre brillaient d'une non-lumière deux épées. Leurs formes baroques semblaient se trémousser, elles ne paraissaient pas tranchantes pour deux sous. Mais rien qu'a les regarder on sentait une partie de son âme s'en aller, comme découpée de son tout.

 

Avant de s'en saisir, Nébilim voulut donner un nom à ces abominations. Il les nomma Nébilim car finalement, c'était le nom qui leur allait le mieux. Si seulement il m'avait demandé mon avis. Bref il les ramassa et le jour reprit ses droits. Nébilim commença à faire des grands moulinets, cognant les troncs au hasard. Il ne coupait rien, mais les troncs suffisamment touchés montrèrent des lors des signes de flétrissure autour de l'impact.

 

C'est là que j'eus très peur, pour la première fois de mon existence. J'ai cru que, ivre de son pouvoir et aveuglé par lui, Nébilim allait m'oublier dans cette serrure. Son absence dura plusieurs jours, et jamais il ne me laissa voir ce qu'il avait fait durant ces jours. Toutefois il avait sur lui des traces de sang, sans doute pas le sien, et il se plaignit du manque de tranchant des armes, mais comme elles tuaient quand même leur cible, ça restait convenable. Alors que je guidais Nébilim vers la prochaine arme, il tuait sans hésitation les voyageurs isolés qui croisaient notre route. Quand nous traversions une ville ou un village, il se faisait plutôt discret. Les extases et les meurtres se succédèrent, ce qui ne fut pas pour me déplaire. Retrouver un petit goût d'enfer, c'est ce qui vous fait prendre conscience que cela vous manquait.

Nous ouvrîmes d'autres coffres, et Nébilim excellait dans le maniement des armes qu'il y découvrait. Quand il s'agissait de massacrer des pécores. Mine de rien, à force de réduire des villages en cendres, on acquiert une certaine renommée, et de temps à autre un champion, un chevalier ou un groupe d'aventuriers, tous trop aventureux, venaient réclamer la tête de Nébilim dans l'espoir de réclamer une récompense quelque part.

Ce furent des coups durs pour Nébilim. Il parvint à survivre à leurs assauts, mais il se rendait compte qu'il n'était pas franchement à la hauteur, il perdit au cours des combat un doigt et une oreille, ce qui le fit réfléchir longuement. Ça faisait longtemps qu'il ne m'écoutait guère plus que pour prendre connaissance de sa prochaine destination. Nous étions en possession de cinq des neuf armes. Je lui répétai, une fois de plus, que son pouvoir suprême ne pouvait être complet que lorsqu'il aurait les neuf en sa possession.

 

Nébilim reconsidéra alors sa position vis-à-vis du bilboquet maléfique, abandonné la veille sous la table d'un cabaret. Il reconnut avec mauvaise foi qu'il en aurait besoin, même sans s'en servir vraiment, encore que les pluies de météorites étaient dotées d'un charme certain. Une fois l'artefact récupéré, je fis l'inventaire de nos possessions: Nébilim, le Mauvais Œil, Fafnir, Diablos, Apocalypse, et enfin Désastre. Il ne nous en manquait plus que trois. Cependant, un mauvais pressentiment me taraudait, au fil des jours cette sensation ne fit que grandir sans jamais s'expliquer, et quand enfin nous arrivâmes en vue du coffre maudit, situé dans un canyon profond, sur une corniche de pierre en surplomb d'un abîme aux profondeurs indiscernables, ce sentiment se dissipa.

 

Euphoriques comme à notre habitude, nous ouvrîmes le coffre et Nébilim s'empara de son contenu, une carte maudite: les Portes de l'Enfer. Il s'était habitué aux armes inutiles, n'ayant soif que de pouvoir. C'est alors que mon mauvais pressentiment se justifia. Nébilim se retourna, un sourire goguenard collé sur les lèvres, à peine discernable entre sa barbe et sa moustache sales. Il fixa l'homme qui marchait vers lui, qui semblait aussi déplacé qu'un nouveau né dans une étable.

L'homme portait une étrange couronne dorée, posée sur une capuche et un voile blancs qui lui cachaient le visage. Il portait également une robe d'un blanc crème, et marchait avec d'humbles sandales de paille. Négligemment posé sur ses épaules, un châle bleu-vert menaçait de s'envoler à la moindre bise. Sa main droite tenait une longue perche, terminée par un anneau dans lequel étaient passés quatre anneaux plus petits, qui l'aidait à marcher. Deux objets complétaient sa livrée de manière improbable: un bâton noir aux formes torturées coiffé d'un globe sanglant accroché dans son dos, et une épée dont la garde gigotait, qui pendait à son flanc. Le sourire de Nébilim se crispa quand il reconnut deux armes maudites.

 

« T'es une sorte de bonze ou quoi? » héla le guerrier maudit. L'interpellé ne répondit pas. J'insistai pour que Nébilim dégaine, parce que là je le sentais vraiment mal. Avec précaution, il choisit Diablos, il avait apprécié le carnage que cette arme pouvait occasionner. Les dents de la hache maudite cliquetaient d'impatience.

« T'as perdu ta langue? » relança Nébilim.

La réaction de l'homme en blanc fut aussi légère que le soupir d'une concubine:

« Mon cher monsieur, je suis effectivement un saint homme. Puis-je connaître votre nom? »

 

Nébilim hésita avant de répondre, en se demandant s’il ne devrait pas plutôt lui délivrer son patronyme juste avant de l'achever, pour conclure l'entretient de manière distinguée. Mais il opta finalement pour:

 

« Je te dirai mon nom en échange du tien.

-Je suis venu exorciser le Mal qui vous possède, je suis le bonze Emon! » répondit le moine blanc en brandissant sa canne avec une grandiloquence soudaine.

« M'exorciser, moi, Nébilim? répéta-t-il en haussant un sourcil. Laissez-moi plutôt vous exciser. »

C'est après ce trait d'esprit dont il aurait été incapable sans mon éminente suggestion que Nébilim chargea, accompagné d'un rugissement rauque émis par Diablos.

 

Malgré son ample tunique le moine parait les coups pesants du Diablos avec une facilité déconcertante, sa frêle canne supportant très bien les chocs répétés. Nébilim cognait pourtant comme un sourd, chaque choc s'accompagnait de l'habituelle éructation de la hache, sans déstabiliser l'adversaire, qui reculait cependant. Déambulant sur les corniches et les à-pics, il entraîna peu à peu Nébilim hors de la gorge. La tactique d'Emon ne changea pas pourtant, il se contentait de parer les attaques, ce qui énerva Nébilim. Les flux de pouvoir des armes maudites commençaient à se répandre autour de lui. Il raccrocha Diablos pour se saisir de Nébilim, alors que Mauvais Œil se mettait à tourner en orbite autour de son propriétaire.

L'aura de Nébilim corrodait imperceptiblement toute chose autour de lui mais le moine n'en était pas affecté. Les premières passes de cette deuxième manche furent maladroites mais Nébilim se rattrapa rapidement. Le combat se poursuivit dans un silence époustouflant, le son du choc des armes était emporté par les rafales de vent qui balayaient le plateau désolé surplombant le canyon. La canne du bonze interceptait chaque coup d'épée, mais pour une raison inexpliquée, Mauvais Œil était toujours dévié un instant avant de heurter l'adversaire. Dans un habile mélange de coups venant de toutes parts, Nébilim camoufla un coup de pied qui heurta le ventre d'Emon et l'envoya rouler par terre. Apocalypse manqua de peu de déchirer ses chairs, mais le bonze s'en sortit indemne.

 

Le ciel s'assombrit de lourds nuages et le vent hurla de plus belle. Le saint homme se releva avec grâce, et sa robe s'épousseta d'elle même avant que Nébilim ne parvint à sa hauteur. L'orage se mit à gronder et chaque coup de tonnerre coïncidait à la rencontre de la canne et des épées maudites. Par une passe subtile, Emon passa l'anneau de sa canne autour d'une des épées de Nébilim et la lui fit sauter des mains. Désarmé mais pas désemparé, Nébilim plongea sa seconde épée dans le corps du moine et lança sa main libre vers l'épée pendant à la ceinture d'Emon. Cependant son poignet fut intercepté par la main gantée de cuir noir du moine, dont la poigne était aussi ferme et froide que celle d'une tenaille.

 

Il imposa une torsion au poignet et au bras de Nébilim qui lui arracha un cri de douleur. D'un coup de genou bien placé Emon repoussa violemment le guerrier maudit, ôtant par là même sa seconde épée qui n'avait rien pénétré d'autre que les plis de l'ample vêtement du saint. Nébilim atterrit sans douceur dans la poussière. La première épée de Nébilim se planta dans le sol en retombant. Le Mauvais Œil tomba lui aussi dans la poussière. Emon fit quelques pas vers l'épéiste, foulant l'épée de son pied en passant, mais il fut forcé de bondir pour éviter une boule de feu envoyée par Nébilim. Ce dernier s'était saisi du bilboquet maléfique qui pendait à sa ceinture et fit pleuvoir les sortilèges sur le sain homme. Il ne parvint qu'à déchirer les habits enchantés du bonze qui se raccommodaient peu de temps après, le corps du bonze semblait évanescent.

 

Enragé par ses assauts inutiles, Nébilim se rua vers Emon en tirant Fafnir de sa botte. Le guerrier maudit bondit dans les airs et abattit ses deux armes sur la canne du bonze. Il lâcha aussitôt Fafnir pour refermer sa main sur la canne qu'il réussit à arracher des mains d'Emon. Riant à gorge déployée, Nébilim recula en bondissant, ramassa sa première épée et Fafnir qu'il cala entre ses dents. Il brisa la canne qu'il trouvait ridicule et se rua dans un nouvel assaut. Accompagné par le fracas du tonnerre Nébilim frappa plusieurs coups qui furent bloquées par des mains gantées et dans sa véhémence il parvint toutefois à déchirer le voile qui couvrait le visage d'Emon. Nébilim se figea.

 

Derrière des mèches blondes désordonnées et des paupières à demi closes, des iris d'un vert étincelant dévisageaient le guerrier maudit. Ce regard accompagna une sensation des plus désagréables, celle d'une grosse goutte d'eau froide s'écrasant sur le sommet du crâne de Nébilim. Ajoutez à cela une épée enfoncée jusqu'à la garde dans son ventre et vous aurez un aperçu de l'inconfort dans lequel se trouvait Nébilim. Sans oublier que l'épée commençait à sucer goulument son âme.

Ce sourire, désinvolte et serein, est désagréable au possible pour qui ne souhaite que le chaos. Mais la dernière image qui se fixa dans l'esprit mourant de Nébilim fut celle de ces yeux, qui ressemblaient tant à ceux de sa femme.

Franchement, quelle honte. Voilà qu'en plus Emon se mit à fouiller le corps de Nébilim. Il écarta précautionneusement les armes maudites, et finit par me débusquer. J'essayai de rester discret, de ressembler à une clé, pour une fois, pour pouvoir le corrompre plus tard. Cependant il décela ma conscience. Ce que je lus en lui ne me plut pas, mais alors vraiment pas. Sérieusement, comment un bonze comme lui peut se servir d'une telle épée, même pour le bien du monde? Allons posez ça mon ami, cessez incessamment cette mauvaise blague! Quelle... ironie!