Chapitre cinq: Mises à l'épreuve

 

Au bout de deux semaines de soins minutieux et prodigués avec gentillesse, Yuan allait légèrement mieux. Il pouvait rester debout sans ressentir de vertiges, il respirait mieux et sa fièvre était tombée. Cependant, son état restait fragile. Même s'il reprenait des couleurs, que ses joues étaient moins creuses, il était toujours fatigué et son corps lui faisait toujours mal. Mais si on avait dit à un inconnu que ce garçon avait été violenté de différentes manières, il ne l'aurait pas cru. Yuan avait retrouvé l'essentiel. Il avait retrouvé le sourire. Ce jour-là allait être une journée affairée pour Yuan. Après les cours de Kratos, il allait récupérer ses affaires dans l'écurie. Sa mansarde était enfin prête et conforme aux volontés de Kratos et de Gabriel. Ensuite, il allait aller en ville avec son ami chez un tailleur. Il allait devenir officiellement le domestique attitré de Kratos. Il se doutait qu'il ne lui demanderait pas grand chose au début, vu son état. Une voix le tira de sa rêverie. Une voix perçante. Ellys, bien sûr. Elle avait le don de casser les pensées du demi-elfe.

- Yuan! Mademoiselle de Méthy te demande dans son bureau!

Le métis n'avait d'autres choix que d'y aller. Il descendit les escaliers et se rendit à l'endroit indiqué. Il frappa et attendit qu'un «entrez» sec lui permette d'entrer.

La directrice ne reconnut pas Yuan tout de suite. En deux semaines, il avait changé. Était-ce dû au fait qu'il était habillé avec des vêtements dignes d'un garçon de bonne famille, au fait qu'il avait repris un peu de poids, elle n'en savait rien. Mais elle ne pouvait admettre que l'évidence. Le jouet était beau. Désirable même.

-Vous m'avez appelé Mademoiselle?

-Bien sûr, sinon, Ellys ne serait pas montée te chercher, imbécile.

Yuan encaissa l'injure. Il avait entendu pire. La femme s'approcha de lui, imperturbable avant de lui asséner une gifle qui le fit tomber à terre, entraînant une chaise avec lui.

- Tu ne te doutes pas à quel point tu m'as coûté cher, être inférieur que tu es! Je me suis toujours demandée comment tu as fait pour attirer le regard de cet impertinent qui me tient tête. Mais je crois avoir vu clair dans son jeu. Ne te fais pas d'illusions. S'il t'habille aussi bien, s'il prend soin de toi c'est juste parce que ton corps l'intéresse. Tu ferais mieux de partir avant que tu ne comptes un nouveau violeur dans ton palmarès. C'est un conseil d'amie. A moins que tu n'y ais pris goût, de te faire violer...

-Kratos n'est ni un menteur ni un violeur. S'il veut mon corps, il n'aura pas besoin de me forcer, je le lui donnerai. C'est là la grand différence.

La directrice fut surprise, choquée même. Il y avait à peine deux semaines, le demi-elfe n'aurait rien dit. Aujourd'hui , il lui tenait tête. Cependant, elle reprit sa contenance. Ce freluquet venant d'Altamira l'avait peut-être ravi de son service pour le mettre au sien, cela n'empêcherait pas les pensionnaires et le personnel de s'amuser un peu.

-Que fais-tu encore là? Pars, je n'ai plus rien à te dire. Aboya t-elle.

Yuan ne répondit rien, il se contenta de hocher la tête et de sortir afin de regagner la chambre de Kratos.

De son côté, le cours de Kratos touchait à sa fin. Le fameux Lévin le retint.

-Aurion, je peux te parler un instant? Mes amis et moi aimerions te poser quelques questions si tu veux bien?

L'humain se méfia mais Lévin ayant été poli, il n'avait aucune raison de refuser. Ils l'emmenèrent dans un coin isolé où Lévin le plaqua conter le mur. Kratos resta imperturbable.

-Pourquoi nous as-tu pris notre jouet?

-Quel jouet?

-Comme si tu ne savais pas... Je te parle de l'inférieur.

-Ah! Yuan! Ce n'est pas un jouet, c'est un demi-elfe.

-Du pareil au même. Tu as le choix Aurion. Sois tu nous le rends, sois on va te convaincre de nous le rendre.

La main de Lévin descendit en traçant les courbes du corps de Kratos, s'avançant dangereusement de l'endroit le plus sensible de son anatomie. Il ne montra aucun signe de peur, ce que Lévin ne comprit pas.

- Alors, tu as sans doute compris, non? Accepte.

-Jamais Lévin. Je ne peux pas te rendre Yuan parce que Yuan n'est pas un objet.

-Fais gaffe, ne joue pas avec le feu.

La main étrangère se glissa sous le pantalon du jeune homme. Kratos resta imperturbable. Il n'avait pas peur.

«Yuan a connu pire.» pensait-il

- Qu'attends-tu? Viole moi, si ça te fait plaisir. Yuan ne redeviendra jamais celui que tu as connu.

Le calme olympien de Kratos face à lui déstabilisa Lévin. Il ne montrait aucune peur, il l'incitait même à achever son œuvre. Il était prêt à tout pour protéger Yuan. Dégouté, il ôta sa main.

-Tu ne me violes pas?

-Ce n'est pas drôle si tu n'as pas peur. Le jouet, lui, hurlait les premiers temps. Après, quand son cerveau limité a compris que ça ne servait à rien de s'abimer les cordes vocales, le jouet faisait le mort. Il a sans doute dû te dire à quel point il détestait nos séances mais il y avait des signes de son corps qui montraient qu'il mentait. Il aimait vraiment ça.

-Non seulement tu excelles dans l'art du viol mais en plus tu manies le mensonge avec dextérité! Que tu es polyvalent Lévin. Lança Kratos ironique.

-On sait très bien que tu le veux pour son corps, quoi d'autre sinon?

-Le plaisir de sa compagnie peut-être? Pardon, mais je vais être impoli et partir, j'ai des affaires à régler. Sympathique notre conversation, on recommence quand tu veux.

 

Laissant le violeur pantois, Kratos monta rejoindre Yuan. Le demi-elfe regardait encore une fois la couverture du livre qu'il regardait déjà le jour de leur première rencontre.

-Tu l'aimes tant que ça cette gravure?

-Elle me rappelle Maman...

-Ta mère?

-Une elfe. C'était une femme formidable. Elle m'a élevé seule, mon père l'ayant quitté à ma naissance. Elle est morte en me protégeant d'un maniaque. Sa sœur m'a recueilli mais elle m'a ensuite mis à l'orphelinat. Elle ne voulait pas s'encombrer d'un demi-elfe. La femme...sur cette gravure...elle lui ressemble tellement...

Sa voix fut coupée par un sanglot avant qu'il ne se reprenne et commence à raconter. Sa mère lui manquait tant! Elle avait été son rayon de soleil de sa naissance jusqu'à ses huit ans. Ils vivaient dans la misère, elle était trop pauvre pour l'envoyer à l'école et elle-même n'y avait jamais été mais ils étaient ensemble, c'était tout ce qui comptait. Jusqu'à ce qu'un vendeur d'esclave vienne pour acheter l'enfant. Sa mère avait reconnu l'homme et avait caché son fils. Elle lui avait fait croire qu'il était mort mais il ne l'a pas crûe. Il s'est mis à la frapper jusqu'à la mort et Yuan, depuis son armoire, avait tout vu. Il avait eu envie de crier, de foncer pour taper celui qui faisait du mal à sa mère mais en garçon obéissant, il respecta les vœux de sa mère: rester caché. Voyant qu'elle ne dirait jamais rien, l'homme partit, dépité. Ce fut la voisine qui trouva le cadavre le lendemain, avec le petit à ses côtés qui tentait en vain de réveiller sa mère. La police l'interrogea pour la forme mais l'esclavage des demi-elfes étant autorisé, elle classa l'affaire sans suite. Yuan alla donc chez sa tante qui se montra froide avec lui. Jamais un mot tendre, jamais une caresse. Elle ne voyait qu'en Yuan la raison du décès de sa sœur et si elle l'avait pris avec elle, c'était pour mieux s'en débarrasser après. De toutes façons, elle n'avait jamais compris pourquoi sa petite sœur tenait tant à son bâtard. Elle n'aurait jamais pu comprendre, elle qui avait un mari et des enfants elfes. Le petit se retrouva donc à l'orphelinat, où il était le seul demi-elfe, ce qui lui valut un traitement de défaveur. On ne lui apprenait rien, on ne lui parlait pas, les autres enfants avaient ordre de ne pas l'approcher. Yuan se souvenait avoir beaucoup prié pendant ces moments de solitude. Sa mère lui avait appris que ceux qui étaient fidèles aux enseignements de Mana se verraient récompensés un jour. Alors il priait. Il priait la Déesse de lui rendre sa maman et si ce n'était pas possible, de lui donner un ami. Il respecta toujours la religion, comme sa mère lui avait appris. Quand il pouvait, il aidait les plus démunis que lui en leur parlant ou bien en aidant une pauvre petite vieille à porter ses courses. Parfois, on le remerciait avec un bonbon. Les années passaient, la vie de Yuan à l'orphelinat empirait. Voyant bien qu'il insupportait le personnel, à seize ans, il entreprit d'entrer au service de quelqu'un. Il trouva une place au pensionnat Kharlan. Là débuta son Enfer. Mais il continuait de prier. Et puis la Déesse le récompensa enfin. Elle mit Kratos sur sa route.

Kratos laissa le demi-elfe pleurer. Il ne dit rien. Que pouvait-on dire dans ces moments-là? Il se contenta de lui serrer la main. Yuan n'avait plus personne. Sa propre famille l'avait trahi. Son père, sa tante, son oncle... Comment avait-il trouvé la force de croire encore en la Déesse? Comment trouvait-il la force de prier? L'humain se rendit compte de la chance qu'il avait. Ses parents l'aimaient. Sa famille l'aimait. Yuan n'avait personne. Il serra sa main plus fort, il voulait lui faire comprendre que c'était fini, qu'il était là. Il versa quelques larmes avec lui. Soudain on frappa à la porte. Ellys entra. Elle salua Kratos.

-Pardonnez-moi Monsieur Aurion, j'ai une lettre pour vous d'Altamira.

-Ah merci Ellys! C'est très gentil à vous de me l'avoir apportée.

-Normalement, c'était le travail du déchet à côté de vous, faites attention à ne pa marcher dedans.

Kratos fit semblant de regarder à côté de lui et répartit:

-Je ne vois qu'à côté de moi mon cher ami Yuan. A moins que ce ne soit de lui dont vous parlez. Et je ne saurai tolérer un tel manque de respect à son égard. Je vous pardonne pour cette fois mais souvenez-vous en à l'avenir.

-Je m'y efforcerai, Monsieur.

Ellys sortit de la pièce et Kratos ouvrit enfin sa lettre qu'il parcourut des yeux. Mon Dieu, qu'elle était sèche!

 

 

 

Kratos, mon cher fils

 

Ne vous rappelez donc vous point ce que je vous ai dit avant de vous quitter ou est-ce l'air de Meltokio qui gâte votre côté obéissant? J'ai reçu une lettre de mademoiselle de Méthy m'annonçant que tu n'en faisais qu'à ta tête, défiant les règles de la pension. Elle me dit également que vous receviez de la mauvaise compagnie en vos appartements. Vous encanailleriez-vous mon fils? Je ne saurai tolérer de tels manques d'égards! Reprenez vous que diable! Je laisse ma plume à Madame votre mère.

 

J'ai l'honneur d'être etc

Théophratus Aurion

 

 

Mon cher enfant

 

 

Mon fils, que vous arrive t-il? Je suis certaine qu'il y a une explication logique à tout cela. Cela aurait-il un rapport avec le jeune homme que vous hébergez en vos appartements? J'ai reçu un billet de Gabriel m'expliquant l'affaire. Votre père ne l'a pas encore lu, il est trop énervé. Je ne sais que vous dire, à part félicitations déjà pour votre geste si gentil qui a sauvé la vie d'un homme néanmoins, vous vous exposez à un grand danger en vous fâchant ainsi avec mademoiselle de Méthy. Songez à votre intérêt mon enfant. Je sens que de grands malheurs vont s'abattre sur vous. Quittez ce garçon tant que vous n'y êtes pas trop attaché. Je ne saurai supporter l'idée de vous savoir au désespoir.

 

Votre mère aimante

Déodate Aurion

 

 

 

Yuan ne savait pas lire mais vu l'expression de Kratos, le contenu de la lettre ne devait pas être plaisant.

-Veux-tu que je te la lise Yuan?

-Il s'agit de ta correspondance, je ne voudrais pas être impoli...

-Si je te le propose.

-Eh bien....je...j'aimerais bien....

Yuan prit donc connaissance de la lettre et il eut aussitôt mal au cœur pour Kratos et honte de lui. Il dérangeait Kratos, il se faisait réprimander par sa faute.

-Kratos, écris leur de ne pas s'inquiéter, je vais m'en aller.

-Hors de question!

-Je ne veux pas t'attirer d'ennuis! Je ne veux pas te perdre comme j'ai pu perdre ma mère! C'est le seul moyen que j'ai pour te protéger alors je t'en prie!

-Et moi, je ne veux pas que tu t'en ailles. C'est bête à dire, cela fait à peine un mois qu'on se connait mais je ne peux imaginer ma vie sans toi. Cela te dérange t-il si je leur réponds avant qu'on s'en aille?

-Non, je t'en prie.

Kratos écrivit donc une lettre à ses parents. Yuan était assis à côté à côté de lui. Il ne pouvait pas lire ce qu'il écrivait. Il regardait la main de Kratos aller de la gauche vers la droite, sauter vers l'encrier et recommencer sa danse. A la fin, Kratos lui lut sa réponse.

 

 

Monsieur et Madame mes chers parents

 

 

 

Comme votre lettre me fais mal au cœur! Je vois que la Méthy n'aura pas attendu longtemps avant de répandre son venin comme la vipère qu'elle est. Père, sachez que je n'ai manqué à aucun de mes devoirs et je me suis toujours montré respectueux du personnel et des personnes vivant ici. Néanmoins, j'ai aussi respecté les enseignements de Mana. Qu'auriez-vous fait, Père, si vous aviez eu en face de vous un être à qui l'on faisait souffrir impunément un martyr quotidien? Oui un martyr, c'est le mot. Ce pauvre garçon n'a eut aucun répit entre la faim, le manque de sommeil, le fait qu'on le traite comme un animal, les coups et les viols presque quotidiens! Et vous préfèreriez que je reste impassible?! Yuan est quelqu'un de bien sous tout rapport.

Mère, pardonnez l'affront que vous fait votre fils unique mais je ne saurai me séparer de Yuan. Il se trouve qu'il est mon unique ami en cette ville, je l'aime beaucoup et si rester avec lui signifie subir quelques malheur, alors j'accepte le tribut à payer. La vérité est que je ne saurai vivre loin de lui. Il m'est devenu trop précieux.

Monsieur et Madame mes chers parents, voilà tout ce que j'ai comme argumentaire. Sachez que votre fils vous aime comme s'il était encore à vos côtés.

 

Votre fils qui a décidé d'écouter Mana plutôt que Méthy

Kratos Aurion

 

 

 

Kratos cacheta sa lettre puis demanda à ce que l'on prépare une voiture. Dix minutes plus tard, une fois la lettre postée, Yuan et lui étaient en route en ville pour différentes emplettes. Premièrement le tailleur, qui accepta avec réticence de faire des vêtements pour le métis. Puis le cordonnier, même constat. Ils s'arrêtèrent chez le papetier où Kratos acheta un bloc de papier, des cahiers, de l'encre et des plumes.

- Tu as vraiment acheté beaucoup de choses Kratos.

-On ne peut pas travailler correctement si on n'est pas bien équipé. Je t'ai promis de t'apprendre à lire et à écrire, non?

-Et si jamais j'étais un mauvais élève?

-Je suis sûr que tu seras brillant. Fais de ton mieux, Meltokio ne s'est pas faite en un jour.

Vers cinq heures, le duo était de retour à la pension. Hector monta leurs paquets alors qu'ils se rendaient à l'écurie. Elle était propre mais quand Kratos vit un tas de paille moisie avec un creux au milieu, son cœur se serra. Yuan avait dormi là. Ils cherchèrent les affaires de Yuan: une paire de vêtements de rechange, tout aussi usés que les loques que le métis portait avant qu'il ne change radicalement de vie. Il n'y avait que ça. Kratos se fit un plaisir presque orgasmique de jeter ces horreurs à la poubelle. Puis, il mena Yuan dans sa nouvelle demeure. Celui-ci ne put retenir un cri d'étonnement quand il vit sa chambre. Petite mais confortable, avec une cheminée ramonée. Il avait un petit secrétaire qui fermait à clé, un lit à sommier avec un matelas et des linges neufs. Les murs et sols étaient propres. Il y avait un tapis qui décorait le plancher. Sur la table de chevet , une lampe et une sonnette reliée au cordon qu'on avait installé dans la chambre de Kratos qui tirerait dessus au besoin. Une bibliothèque. Vide pour l 'instant, Kratos voulait d'abord savoir si Yuan avait le goût de la lecture avant de lui acheter des livres.

- Regarde dans le tiroir de ton chevet Yuan.

Le jeune homme s'exécuta. Il y trouva la clé du secrétaire et un livre. Pas n'importe lequel. Celui avec la gravure que Yuan aimait tant.

- Je ne le lis plus alors je préfère te le donner plutôt qu'il prenne la poussière...

Kratos n'eut pas le temps de finir sa phrase, Yuan le serrait contre lui de toutes ses forces, sanglotant d'émotion. La joie de son ami remplissait Kratos de bonheur. Certes, il risquait de se faire lyncher à cause de cette amitié mais le sourire du demi-elfe valait tout les coups du monde.

 

Maman, tu avais raison. La Déesse Mana récompense toujours ceux qui respectent ses lois. Aujourd'hui, elle m'a sorti de mon Enfer et elle m'a donné un ami. Maman, si tu me regardes, sache que je suis heureux et je veux vivre plus que jamais. Je veux connaître encore mieux Kratos et rester à ses côtés. Maman, je t'aime.

Merci de m'avoir mis au monde.

 

 

A suivre

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