Chapitre quatre: Convalescence

 

Kratos serrait Yuan de toutes ses forces contre lui. Il avait eu peur de le perdre. Pourquoi? Il ne le savait pas, il ne le connaissait que depuis peu mais dès leur première rencontre, le demi-elfe l'avait touché.

- Kratos...Tu me fais mal...murmura de sa voix affaiblie le métis

L'humain relâcha donc sa prise, sans pour autant briser l'étreinte. Il voulait sentir Yuan contre lui. Le sentir frissonnant certes mais vivant. Il voulait sentir son corps lutter contre la maladie. Il voulait se rassurer.

- Que....Que m 'est-il arrivé?

- Je parlais avec Mademoiselle Méthy et tu as une violente quinte de toux puis tu as eu un malaise. Voyant l'état dans lequel tu étais, je l'ai convaincue d'appeler un médecin, qui s'est avéré être un ami de mes parents. Tu es très malade Yuan, tu sais...

-Je vais mourir?

-Si on ne te soigne pas, oui.

-Prépare un cercueil, personne ne me soignera ici.

-Moi je le ferai. J'ai obtenu de la Méthy ta convalescence et ton affectation à mon service.

Yuan croyait rêver. Non, ce n'était pas possible! Aucun être humain ne s'était intéressé à lui en dix-huit ans d'existence et voilà qu'un garçon de son âge, à peine débarqué, le connaissant à peine, décide de le sortir de sa misère!

- Tu...Tu....

-Oui?

-Tu...veux..vraiment de moi?

Kratos le serra un peu plus fort en guise de réponse, ce qui eut pour effet de faire pleurer d'émotion le demi-elfe.

-Si tu es à mon service, Yuan, ce sera plus facile pour pouvoir organiser des séances de lecture. Lui dit l'humain souriant

Il se trouvait que l'on était dimanche. Il n'y avait pas de cours ce jour-là. Kratos devait juste s'absenter le temps de la messe. Après il était libre. Libre de s'occuper de son petit protégé.

- Les week-end, je pourrai te soigner mais en semaine, il va falloir que tu le fasses le temps des cours. Ce médicament, tu dois le prendre toutes les demi-heures.

- C'est quoi une demi-heure?

-Yuan...

- Pardon, c'est que... je ne sais pas lire l'heure. Pour me repérer, j'écoute les cloches de la cathédrale car je sais qu'elles sonnent toutes les heures et que leur nombres de coups est égal aux nombres d 'heures mais...

Yuan avait honte de se montrer aussi bête face à Kratos, qui soupira avant de lui sourire gentiment. Il entreprit de lui expliquer de manière simple afin qu'il puisse se soigner correctement.

- Kratos, dis moi, quand retournerai-je dans ma chambre?

- Jamais. Une écurie n'est pas une chambre. Grâce à Gabriel, tu n'auras plus jamais à y dormir. Tu auras une jolie petite chambre juste au dessus de la mienne. Quand tu iras mieux, on ira chercher tes affaires et je t'emmènerai voir un tailleur pour qu'il te fasse des vêtements neufs, d'accord?

- Kratos, je vais te coûter cher, laisse tomber, l'écurie, c'est pas si mal et mes vêtements sont encore mettables.

- Yuan, ne te préoccupe pas avec une chose aussi triviale que cela. Pense surtout à guérir vite. Comme ça, je pourrai t'apprendre à lire.

- A écrire aussi?

-Même à compter si tu le souhaites.

Yuan eut un léger sourire, crispé en raison de la douleur lancinant au niveau de sa poitrine. Kratos voulut le soulever, il se braqua aussitôt, tremblant malgré lui, cette fois-ci de peur.

- Qu'est-ce que tu fais? Demanda t-il paniqué

-Je t'emmène dans la salle de bains. Répondit l'humain comme si c'était une évidence universelle

-Mais pourquoi?

-Tu as beaucoup transpiré et tu dois te sentir poisseux. De plus, je dois t'appliquer un onguent au niveau de la poitrine. Et pour cela, il faut que tu sois propre. D'accord, tu n'es pas si sale mais au moins, tu te sentiras mieux après un bon bain bien chaud. Je t'aiderai si tu as besoin d'un coup de main.

Yuan rougit assez violemment. Kratos allait le voir...nu. Pourquoi se sentait-il gêné d'abord? Ils étaient entre garçons, non? Enfin....les seuls garçons qui l'ont vu nu, c'étaient ses violeurs. En y repensant, le demi-elfe fut prit d'une nausée, ce qui n'échappa pas à Kratos qui lui murmura un «n'y pense plus» . Il se laissa donc mener à la salle d'eau. C'était la première fois que Yuan prenait un vrai bain, chaud, avec du savon et tout l'attirail. Les bains qu'il prenait à l'orphelinat étaient courts, l'eau était froide voire gelée puisqu'il prenait son bain le dernier, pourquoi donnerait-on de l'eau chaude à un bâtard? Kratos le laissa seul dans la pièce.

-Appelle moi en cas de besoin, je serai juste à côté.

Un humain qui respectait son intimité et sa pudeur, c'était une première pour Yuan en deux ans de travail au pensionnat Kharlan. Comme il se sentait bien dans l'eau! Il avait l'impression qu'il pouvait se passer des siècles sans qu'il ne s'en rende compte. Mais comme il ne voulait pas abuser des bontés de son protecteur, il se dépêcha, si bien qu'au bout d'un quart d'heure à peine, il avait fini. Il chercha ses vêtements. En vain. Il n'allait quand même pas sortit nu, non, ça n'allait pas le faire. Il cacha donc sa virilité en nouant une serviette autour de sa taille. Il sortit timidement.

-Kratos, aurais-tu vu mes habits?

-Oui, je les ai jetés. Je ne supporte pas de te voir dans ces loques. Je t'en prêterai jusqu'à ce que l'on aille t'en chercher. Tu es à peine plus petit que moi et malgré ta maigreur, je pense qu'ils devraient t'aller. Regarde dans mon armoire et choisis ceux que tu veux.

Pendant que Yuan regardait dans le meuble désigné, Kratos observait discrètement le demi-elfe. Kratos savait que le visage du demi-elfe était sublime, encore plus une fois lavé, les cheveux propres et lisses, mais qui aurait dit que son corps soit aussi magnifique! Sa peau était blanche, elle semblait douce et chaude au toucher. Malgré le problème de maigreur du garçon, on voyait qu'il avait eu un jour des muscles finement dessinés et galbés sans excès. Son dos était bien droit. Le seul bémol était ces marques de coups, signes de la situation désespérée du demi-elfe. Kratos ressentit comme une sorte de chaleur envahir son être à la vue du corps de Yuan. Son cœur se mit à battre plus fort et il ne put s'empêcher de désirer le demi-elfe, l'avoir pour lui, entièrement pour lui. Il chassa vite fait cette pensée de son esprit. Yuan s'était fait violé la veille, il était affaibli, malade, sa confiance en autrui était presque en miettes. Quitte à posséder le jeune homme, autant que se soit par consentement mutuel... Bon sang, voilà qu'il délirait! Kratos eut le temps de remettre de l'ordre dans son esprit avant que Yuan ne se tourne vers lui, lui demandant conseil.

Ensemble, ils trouvèrent donc une tenue pour le métis. Une chemise blanche avec un jabot simple, un pantalon blanc, des chaussures noires vernies et une veste bleu décorée par des broderies argentées. Le cœur de Kratos manqua un battement. Yuan était si beau! On aurait dit un ange tombé du Ciel. L'humain lui proposa de l'aider à se coiffer. Il aida son ami à s'asseoir et il passa doucement la brosse dans la chevelure turquoise. Yuan ferma les yeux et se laissa bercer. C'était si bon! Kratos était doué, il y allait doucement, sans tirer. Un peu plus, il s'endormait sur place.

-Comment veux-tu que je les coiffe?

- Je..je ne sais pas...comme tu veux.

Kratos réfléchit quelques secondes puis il prit un ruban fin blanc. Il continua à brosser avec douceur les cheveux du malade puis les noua en catogan, laissant une mèche tomber le long du visage fin du métis. Il montra le résultat à Yuan.

Il ne se reconnaissait pas. C'était un étranger que la glace lui montrait, pas lui! Comment un être comme lui pouvait ressembler à quelque chose, surtout une chose aussi classe? Malgré ses joues creuses, il aurait pu être un jeune homme de bonne famille, pensionnaire et invité par Kratos à venir visiter sa chambre. Où était le jeune homme maigre, la mine toujours triste et résignée, le regard éteint, le front toujours en sueur pour X raisons ? Yuan comprit à ce moment-là que Kratos ne lui avait pas menti. Il allait réellement l'accueillir dans son monde. Il avait l'impression d'être dans un conte où sa marraine la bonne fée se serait enfin rendue compte du malheur de son pupille et aurait mis Kratos sur sa route.

- Allez espèce de Narcisse, viens, il faut que je te mette cet onguent!

- Je ne suis pas une fleur.

-Narcisse est un personnage mythologique. Il a vu son reflet dans l'eau et fasciné par sa beauté il est tombé dans l'eau et s'est noyé.

-Mais la narcisse est aussi une fleur.

-Oui.

-Je ne suis pas une fleur.

-Non, tu es un bourgeon sur le point de s'ouvrir, Yuan.

Kratos prit Yuan par la main et le mena dans la pièce où trônait le lit gigantesque du nouvel habitant de la pension Kharlan. Même si Yuan redoutait ce contact physique, il se laissa faire, comme lors de ses viols. Il faisait le mort, espérant que cela passe. Kratos se montra très doux avec lui. Quand il eut fini, Yuan était étonné de remarquer que son corps n'avait pas réagi de la manière qu'il croyait. Loin de se révolter, il réclamait une nouvelle caresse de la main de l'humain. Il se demandait bien pourquoi. Son estomac grouilla, ce qui eut pour effet de faire en sorte que le demi-elfe se crispa.

-Ne t'inquiète pas, j'ai demandé à ce que l'on te monte un plateau repas.

 

Ce fut Hector qui amena les mets. Il les posa sur la table, toisant Yuan de haut en bas. Malgré le mépris qu'il éprouvait pour lui, il devait admettre qu'il était classe.

-Je ne sais pas ce que tu as fait pour mériter les faveurs de Monsieur Aurion mais ne prends pas la grosse tête. Même bien habillé et bien coiffé, une merde reste une merde.

-Nous nous passerons de vos commentaires si délicats Hector. Merci de nous avoir monté nos repas. Vous pouvez disposez. Dit Kratos avec aigreur

Hector partit, laissant les deux adolescents seuls. Yuan avait rarement vu autant de mets sur une seule table. Pas un seul centimètre carré de la table n'était libre et tout avait l'air si bon!

-Installe toi, je vais nous servir. Lui dit Kratos

-Nous servir? Tu ne vas pas manger avec les autres?

-Pour faire semblant d'apprécier des violeurs et des bourreaux? Non, merci.

-C'est à moi de te servir.

-Pas dans ton état Yuan. Assieds-toi et surtout mange autant que tu veux.

Le demi-elfe ne le se fit pas dire deux fois. Il prit donc place et son ami lui servit de tout en quantité généreuse. Malgré l'appel de son estomac qui lui intimait de se jeter littéralement sur son assiette, il prit son temps, non seulement pour apprécier le goût de ces plats qui étaient pour la plupart une découverte pour lui mais aussi pour ne pas apparaître comme étant un rustre sans manières. Il ne parlait pas, préférant regarder l'humain se régaler.

Le repas était assez tranquille jusqu'à ce que Yuan fut pris d'une nouvelle quinte de toux, plus violente que la veille. Il sentait aussi son estomac le faire souffrir, il n'avait plus l'habitude d'un repas complet. Il se sentait vraiment mal.

- Yuan?

Le demi-elfe sentit deux bras l'entourer et sans comprendre ce qu'il lui arrivait, il se retrouva blotti contre le torse de son ami. Kratos sentit le tressaillement du corps qu'il serrait contre lui et intérieurement, il soupira. Yuan allait avoir besoin de temps pour s'habituer à sa présence. De son côté, Yuan s'en voulait. Il avait honte de ce corps qui réagissait ainsi alors que c'était son ange gardien qui le serrait dans ses bras. Certes, il avait toujours une appréhension, les autres pouvaient toujours venir et Kratos pouvait toujours les rejoindre. Mais il se sentait si bien dans les bras de l'humain au cœur d'or! Entendre son cœur battre l'apaisait.

- Pardonne-moi, Kratos, ça va passer. Je...j'aimerais m'allonger...juste un moment...

Enfin il exprimait ce qu'il désirait! Bon, d'accord, il hésitait toujours mais ça allait mieux! Le jeune homme aida son ami à se diriger vers son lit et le métis s'endormit presque aussitôt que son corps fut en contact avec le matelas. Kratos en profita pour l'observer. Endormi, il avait l'air si fragile! Il n'osait imaginer ce qu'il avait pu endurer, entre les viols quasi quotidiens, les coups, la faim, la solitude... A sa place, il aurait craqué, il aurait mis fin à ses jours, même s'il se doutait qu'on ne lui aurait jamais donné de tombe. Et si Yuan y avait pensé? Cette idée glaça le sang du penseur, assis sur sa chaise. Inconsciemment, il se mit à caresser les cheveux du demi-elfe. Sa main effleura son front, toujours en feu.

- Kratos...

L'interpellé leva la tête, croyant que le convalescent s'était réveillé mais il s'aperçut qu'il dormait toujours.

- Kratos.... Au secours....Sauve-moi....

Le ton de son ami était presque suppliant.

- Laissez-moi...Kratos...Au secours...

Gabriel avait vu juste. Kratos était bel et bien la bouée de sauvetage de Yuan, il s'accrochait désespérément à lui. Bon sang, mais que lui avaient-ils fait pour qu'il soit brisé à ce point? Et qu'avait fait Yuan pour mériter une telle haine? Comment pouvait-on être aussi cruel et n'en éprouver aucun remords? N'avaient-ils pas appris, eux aussi, les enseignements de la Déesse? N'avaient-ils pas appris que chaque vie avait la même valeur, peu importe la race? Pourquoi la haine? Pourquoi la discrimination? Pourquoi un monde aussi injuste? Kratos avait honte de sa race. Les larmes lui piquèrent les yeux.

- Dors, Yuan, ne t'inquiètes pas, je suis là, je veille sur toi.

Il avait murmuré ces mots, doux et rassurant. Il ne savait pas si Yuan l'avait entendu mais jusqu'à son réveil, il ne prononça plus une seule parole. Il dormait, paisible, calme malgré la douleur et la température. Il se sentait protégé.

Un Ange a décidé de veiller sur moi. Il me protégera, je le sais. Mais il ne peut pas combattre mes démons internes à ma place. Je dois faire face. J'ai peur mais je ne suis pas seul. Je ne le suis plus. Oh, Kratos...

 

 

A suivre

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