Chapitre trois: Un demi-elfe ma bataille

 - Yuan!

Autant Kratos était paniqué, autant la directrice restait de marbre. L'humain secoua doucement l'endormi, ayant peur de lui faire du mal. Il sentait sous les loques du demi-elfe sa maigreur. Le corps récemment outragé convulsait, toussait, tremblait...Kratos posa délicatement sa main sur le front du garçon, ce ne fut que pour la retirer presque aussitôt. Il brûlait. Le métis était exténué, son corps n'arrivait plus à suivre le rythme de la pseudo-vie qu'il subissait.

L'héritier Aurion était stupéfait devenant le manque de réactivité de la Méthy. Un jeune homme souffrait devant elle et elle ne faisait rien! Il rassembla toutes ses forces pour que sa voix soit ferme.

-Appelez un médecin.

-Enfin, pour un demi-elfe, c'est ridicule, il nous joue là une belle comédie. Répliqua aigrement la directrice

-Je payerai les frais médicaux et de déplacements.

-Pour un demi-elfe? S'étonna t'elle

-Oui, pour un demi-elfe! Rétorqua Kratos qui perdait patience

Voyant qu'il ne plaisantait pas, elle se résigna donc à appeler un médecin, un bon tant qu'à faire, elle sentait que le jeune Aurion pouvait lui causer du tort.

Pendant qu'elle s'affairait, le propriétaire de la chambre demeurait aux côtés du malade. Il lui tenait la main, de sa main libre, il lui caressait distraitement les cheveux, comme sa mère quand lui-même était malade, en lui murmurant des mots rassurants. Il ne voulait pas que Yuan se sente abandonné. Il ne comprenait pas comment on pouvait être aussi cruel envers un être vivant ayant des sentiments, une conscience.

-Ne t'inquiète pas Yuan, je te sortirai de là. Je ferai de mon mieux pour que ta vie s'améliore. Maintenant que je te connais, même si ce n'est que depuis quelques jours, je ne peux pas faire comme si je ne savais rien, cela serait trop cruel!

Le médecin arriva et le destin avait fait en sorte qu'il soit un ami de la mère de Kratos: Gabriel Théodore. Cet homme inspirait la bonté et la générosité à quiconque lui parlait.

- Eh bien, Kratos ,je ne m'attendais pas à ce que ce soit toi mon patient.

-Ce n'est pas moi qui ait besoin de tes soins Gabriel.

-C'est donc ce pauvre garçon qui gît dans ton lit? En effet, il est dans un bel état! Pourtant, Mademoiselle Méthy m'a assuré que c'était toi le patient.

M'enfin, moi, je soigne tout le monde alors....

Gabriel s'approcha de Yuan. Il lui tâta le pouls, vérifia sa fièvre, l'ausculta avec minutie, avant de se tourner la mine sévère vers la directrice.

-Comment avez-vous pu laisser un enfant souffrir autant?!

-Ce n'est qu'un demi-elfe, n'exagérons rien, aux yeux de la Loi, je n'ai rien à me reprocher.

-Aux yeux de la Déesse, Mademoiselle, vous êtes un monstre. Je n'ai jamais vu un garçon de dix-huit ans aussi mal en point! Sous-nutrition, manque de sommeil...Les bleus qu'il a au niveau des jambes me prouvent que ce garçon a subit des sévices sexuels répétés et des hématomes me montrent qu'il est battu. Il frise la pneumonie. Où dort cet enfant?

-Dans une écurie, comme l'animal qu'il est.

Ce ton froid, logique, effraya Kratos. Comment une femme qui pouvait se montrer si douce avec ses pensionnaires pouvait être aussi dénuée de sentiments face à un de ses employés? Il parvint à demander néanmoins au docteur ce qu'il allait advenir de Yuan si on le laissait dans cet état, bien qu'une partie de lui savait déjà la réponse.

-C'est très simple Kratos. Il mourra. A vrai dire, je ne sais même pas si avec les médicaments appropriés il survivra. Son état est alarmant et son corps est dans un état de fatigue extrême. Il se peut que son cœur ne supporte pas le traitement.

Cette vérité, Kratos la reçut comme une claque. Yuan...allait mourir?

Non! Il ne le voulait pas! Il lui avait promis de le sortir de là, il lui avait promis de lui apprendre à lire, il lui avait juré de devenir son ami!

-Il n'y en aurait pas un moins fort qui pourrait le sauver sans danger? Risqua l'adolescent

- Il y en a un, mais il sera plus long. De plus, même si son corps se remet, je n'ai aucun remède pour soigner son esprit. Ils ont voulu le briser.

- Alors, prescrit lui celui-là. Je m'occuperai personnellement de lui.

- Et moi, n'ai-je pas mon mot à dire dans cette affaire? Remarqua la Méthy

-Mademoiselle, vos gens, vos pensionnaires et vous-même avez fait assez de mal à ce garçon, alors non, vous avez juste à vous taire.

-Aux yeux de la Loi, je n'ai rien fait de mal. On ne punit pas les crimes contre les demi-elfes.

-Certes, mais en refusant ce que Kratos propose, vous risquez de perdre votre pensionnaire le plus fortuné et votre esclave, car cela m'étonnerait qu'il parte sans lui. Vous allez suivre mes ordres à la lettre, enfin, si vous tenez à la réputation de votre établissement car même si les gens n'aiment guère les enfants comme Yuan, ils aiment encore moins les crimes envers des enfants et là, peu importe la race.

La directrice pâlit. Elle était en position de faiblesse. Il lui fallait céder. D'accord, elle allait laisser ce fichu gamin s'occuper du jouet de la pension. D'accord, le jouet ne serait plus jamais un jouet puisqu'il allait devenir celui du jeune homme qui lui tenait tête.

- D'abord, vous changerez cet enfant de «chambre». Il y a des mansardes à l'étage au dessus non? Vous en aménagerez une pour lui, salubre et agréable, entendons nous bien. Ensuite, vous irez chercher tout les remèdes inscrits sur cette liste et vous les donnerez à Kratos. Vous déchargerez évidemment ce pauvre garçon de toutes ses tâches. Croyez-moi Mademoiselle, si vous n'obéissez pas, la honte s'abattra sur vous. Kratos et moi y veillerons.

-Et ses parents dans l'histoire?

-Sans être particulièrement fans des demi-elfes, Théophratus et Déodate n'ont jamais supporté les maltraitances envers les gens en général. Dans tous les cas, vous êtes perdante.

La discussion continua ainsi pendant un moment encore avant que la dame outrée ne s'en aille chercher les remèdes nécessaires au salut du métis. Gabriel se tourna vers Kratos, toujours aux côtés de Yuan, un air désolé sur le visage alors que celui du jeune humain était noyé par des larmes silencieuses. Le médecin en son for intérieur soupira. Kratos avait toujours eu le don de se trouver dans des situations impossibles à cause de son petit cœur trop sensible. Mais il se rappelait qu'elle finissaient toujours bien. Il priait Mana que celle-ci fut aussi une de ces histoires-là.

- Cet enfant aura besoin de toi Kratos. Tu es en quelque sorte sa bouée de sauvetage. Fais en sorte qu'il ne se noie pas, jusqu'à ce qu'il puisse nager seul dans l'océan de l'existence.

-Comment peut-on être aussi cruel envers quelqu'un? Quel est donc son crime pour avoir mérité cela?!

-Il est innocent, c'est pour cela qu'on lui en veut tant. On le blâme pour une chose dont il n'est pas responsable. Prends soin de lui, Kratos. Prouve lui que la vie vaut la peine d'être vécue.

-Combien te dois-je?

-Rien. Tu ne me dois rien. Les médicaments, c'est moi qui les offre, et la consultation aussi. Le plus beau cadeau que tu puisses me faire, c'est d'essayer de sauver ce malheureux. Il te faudra être un Ange de patience et de douceur. Mais avec ton caractère compatissant, cela ne sera pas trop dur.

Le médecin donna à Kratos un sourire chaleureux que l'adolescent lui rendit maladroitement. Il lui jura de revenir pour suivre l'évolution de l'état de son patient infortuné puis partit.

Kratos sut qu'il avait un nouvel appui. Son cœur fut plus léger. Légèreté éphémère quand il entendit la toux déchirante de Yuan. Inconsciemment, il attira le malade contre lui, le serrant doucement pour ne pas lui faire mal mais suffisamment fort pour lui faire sentir qu'il n'était pas seul et lui caressa les cheveux.

- Tout ira bien, Yuan. Je veillerai sur toi. Je ne les laisserai plus te faire du mal.

La directrice se montra particulièrement efficace. Kratos obtint les remèdes avant le dîner, les pensionnaires et le personnel avaient ordre de laisser le métis tranquille, et la chambre de Yuan serait prête d'ici quelques jours. En attendant, il devrait partager son lit avec le convalescent.

Quelle est cette chaleur que je sens contre moi? Quelle est cette chaleur que je sens en moi? Pourquoi est-ce que je les sens? Je ne suis donc pas mort? Pourtant, cette douleur atroce, cette impression que tout se détruisait en moi...

Pourquoi ne suis-je pas encore mort? Je veux mourir! A qui appartenait cette voix si douce qui me rassurait tant? Pourquoi s'évertuer à vouloir me sauver?

Yuan s'éveilla doucement. Il entendit les cloches de la cathédrale. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six. Sept... Il était en retard! Il allait déguster! Il essaya de bouger mais il n'en trouva pas la force. De plus, un corps était niché contre le sien. Kratos. Alors, la voix qui lui parlait si gentiment, c'était lui! L'humain s'éveilla à son tour et voyant son ami les yeux ouverts, les larmes lui vinrent. Il serra contre lui le demi-elfe, heureux de le voir enfin réveillé.

Il y a quelqu'un ici qui tient à moi . Il y a quelqu'un qui m'accepte. Quelqu'un qui veut me sauver. Je...je ne veux plus mourir, plus maintenant. Je veux guérir et rester aux côtés de Kratos. La vie, c'est pas si mal au final.

 

 

A suivre

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