Chapitre un: Un rayon d'espoir pour un demi-elfe

 

Un carrosse roulait dans les rues pavées du quartier noble de Meltokio. En son sein, un trio: un homme, une femme, leur fils de dix-huit ans. Le jeune Kratos, car tel était le nom du jeune homme, allait entrer dans un pensionnat où il pourrait mener ses études à termes. Bien entendu, il n'avait pas eu son mot à dire, ses parents avaient décidé à sa place. Quitter son île natale avait été un déchirement pour l'adolescent. Mais, il devait faire honneur à ses parents, à plus forte raison qu'il était leur fils unique et Kratos aimait ses parents. Alors malgré son chagrin, il ne protesta pas quand son père lui annonça qu'il allait vivre à Meltokio.

Le carrosse s'arrêta et les passagers en descendirent. Kratos jaugea vite fait les lieux. Un bâtiment immense, une écurie qui apparemment avait été bâtit pour accueillir son cheval. Il trouva la fenêtre du deuxième étage et ce qu'il vit à travers la vitre l'intrigua au plus haut point. Il avait vu une forme humaine et une vague couleur bleu.

-Sûrement un domestique. Éluda le jeune homme.

Ramenant ses pensées sur Terre, il pénétra dans son futur foyer. Le hall était sobre, les murs peints en blanc, le parquet semblait patiné par le temps. Face à lui, un escalier qui reliait le rez-de-chaussée aux chambres.

La directrice du pensionnat les accueillit. Elle était vraiment très belle. Ses longs cheveux bruns étaient retenus en chignon. Elle était grande et ses traits réguliers avaient le don de rassurer les parents venus confier l'éducation de leurs petits à l'élite.

-Monsieur le Duc, Madame la Duchesse, Monsieur Kratos c'est un plaisir que de vous voir enfin! J'espère que le voyage s'est bien déroulé.

-Fort bien à la vérité, Mademoiselle Méthy. Répondit la mère de Kratos

Mademoiselle Méthy fit passer dans son bureau les trois voyageurs afin de régler les derniers détails de l'inscription de l'héritier Aurion à la pension Kharlan.

-Conformément à vos exigences, votre fils aura une chambre individuelle et étant le plus fortuné de ses camarades, tout le second étage lui est réservé. Il pourra y recevoir qui bon lui semble. L'écurie est prête à recevoir son cheval et sa bibliothèque personnelle a été montée ce matin même. Et bien entendu, tant que cela reste à horaires décents, votre fils pourra sortir.

-Cela est parfait. Merci de votre patience face à nos exigences Mademoiselle. Kratos, votre mère et moi, attendons de vous que vous fassiez de votre mieux, échouer n'est pas une honte néanmoins, il y a une chose sur laquelle nous ne transigerons pas. Il vous faudra toujours respecter les lois de ce lieu.

-Bien Père.

On se sépara, les parents prirent congé de leur enfant. On expliqua au nouveau venu les cours, tout ce qui lui servirait au cours de sa vie en ce lieu. Enfin, on permit à l'adolescent d'aller dans sa chambre, qui n'attendait plus que cela. Il voulait s'installer au plus vite ainsi il pourrait se reposer.

Kratos gravit donc les escaliers qui le menait en sa nouvelle demeure. Plus qu'une chambre, on aurait dit presque un appartement. Il entra dans ce qui aurait put être le salon. La pièce à gauche était la chambre à coucher et celle à droite était la pièce d'eau. Comme chez lui, à Altamira. Son père s'était vraiment démené pour qu'il ne se sente pas trop dépaysé et il avait réussi.

A un détail près. Dans sa chambre d'Altamira, il n'y avait pas un jeune homme qui regardait la couverture d'un livre comme s'il s'agissait de la huitième merveille du monde. Ses yeux bleu regardait la gravure qui ornait la première page du livre avec intensité, comme s'il voulait en fixer tout les traits dans sa mémoire. Il était perdu dans sa contemplation et n'avait pas entendu le propriétaire des lieux entrer. Kratos en profita donc pour le détailler. Le jeune homme au regard bleu était légèrement plus petit que lui. Ses cheveux longs azurés lui tombaient en cascade jusqu'au milieu de son dos. Ses vêtements étaient sales, usés, rapiécés. Les mains du jeune homme étaient longues et blanches et malgré les gerçures et engelures qu'elles avaient, elles étaient restées belles. Kratos remarqua la maigreur et la pâleur du visiteur, les cernes qu'il avait sous les yeux. Pourtant, ces détails n'altéraient en rien la beauté du garçon.

-Si seulement je pouvais le voir de face! Soupira intérieurement Kratos

Il décida donc d'approcher doucement pour ne pas faire peur au demi-elfe. Kratos avait reconnu sans mal à quelle race appartenait le domestique et il avait également reconnu la personne qu'il avait vu par la fenêtre après être descendu du carrosse qui l'avait mené là. Malheureusement, le métis l'entendit et se retourna brusquement. Son regard fit mal au cœur de l'humain. Il y lisait la peur, l'appréhension. Le pauvre tremblait de tout son long.

- Pardon, je...je ne voulais pas déranger....je m'en vais tout de suite....

Cette voix, malgré la timidité et la peur, était si belle, si claire, ni trop aiguë, ni trop grave. Il devait avoir le même âge que lui. Kratos ne s'était pas trompé. De dos, le jeune domestique était beau. De face, il était magnifique. Ses traits si fins, si purs, un nez droit bien dessiné, des lèvres jolies malgré le fait qu'elles étaient gercées, des yeux dans lesquels Kratos aurait adoré se noyer...

-Ne pars pas, tu ne me déranges pas! Je m'appelle Kratos, Kratos Aurion. Je suis nouveau ici. Et toi, quel est ton nom? Demanda t-il chaleureusement.

Voyant que le domestique tremblait toujours et qu'il avait toujours aussi peur, il ajouta avec un sourire vrai et sympathique:

-Tant que je ne saurai pas ton nom, je ne te laisserai pas partir.

-Je...Yuan...Yuan Ka-Fai... balbutia le pseudo otage de l'humain.

-Heureux de te connaître Yuan! Dis moi, tu aimes les livres toi aussi?

-Juste les regarder Monsieur, leurs couvertures sont si belles...

-Tu ne les lis pas?

-Je....je ne sais pas lire Monsieur...lâcha Yuan gêné.

-Dommage, tu aurais pu remarquer qu'il n'y a pas que la couverture qui est belle dans un livre!

Kratos eut l'air de réfléchir puis dit au bout de quelques secondes:

-Tu sais, je pourrai t'apprendre à lire.

-C'est gentil mais Monsieur ne devrait pas perdre son temps avec un homme comme moi, je suis sans doute trop bête pour savoir lire...

-Mais je suis sûr au contraire que tu apprendras vite! Bien sûr, si tu as du travail, je ne veux pas empiéter dessus. La plupart du temps, je serai sans doute ici. Rejoins moi quand tu auras du temps libre!

Yuan regardait Kratos avec étonnement. Pour la première fois dans sa vie, un humain était gentil, poli et courtois avec lui. Pour la première fois de sa vie, il rencontrait quelqu'un qui semblait sincère avec lui. Pour la première fois, il voulait se rapprocher d'un humain et celui-ci lui tendait une perche.

-Je...je remercie Monsieur de sa bonté...Si Monsieur est sûr de lui, je...j'essayerai de venir mais avec le travail, je ne sais pas si je...

-Je te l'ai dit Yuan, tu viens quand tu peux!

Yuan remercia l'Humain et prit congé.

-Au fait, Yuan, laisse tomber le Monsieur, appelle moi Kratos et tutoie-moi!

-Mais Monsieur, cela serait....

-J'insiste.

-D'accord mais je vous en prie, permettez moi de continuer à vous vouvoyer , je...

-A une condition: en public, le vous, en privé le tu, d'accord?

Yuan acquiesça.

-J'espère que nous pourrons devenir amis, Yuan. Je l'aimerais vraiment.

Ami? Il voulait bien devenir son ami? C'était trop beau pour être vrai! Tous deux l'ignoraient, mais cette rencontre venait de sceller leurs destins. Yuan l'ignorait, mais Kratos allait devenir son bouclier protecteur. Kratos l'ignorait mais il était devenu le rayon d'espoir dans la vie triste et noire du demi-elfe. La vie, au pensionnat Kharlan, c'était pas si mal finalement!

 

 

 

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