27 août 2009

Chapitre 11: Légende - par Alienor

« Grand-mère… »

Colette serra sa montre contre sa poitrine. Celle-ci avait arrêté de disjoncter, mais elle ne fonctionnait plus. « Que dirait-elle si elle apprenait cela ? » se demandait la jeune fille.

Allongée sur son lit, Colette laissait divaguer ses pensées. Elle pensait à Andréa, Chloé et Pierre, tous ceux, même si elle ne les avait vu que le temps d’un après-midi, avec qui elle avait noué une douce affection. En espérant qu’ils aillent bien, ainsi que sa grand-mère.

Elle eut un petit rire. Ils devaient penser qu’elle errait seule sur la route de Bristol, sous la pluie et tentant de se protéger du mieux qu’elle pouvait, mais en réalité, elle était en train de se prélasser dans une maison construite sous terre et douillette. « Je leur donne du souci pour rien, » se dit-elle.

Elle se sentit aussitôt coupable. Là-bas, en Angleterre, ils luttaient contre la famine et vivaient à moitié dans la misère alors qu’ici, on était à l’abri du besoin, et elle ne faisait quasiment rien, à part pleurer, ce qui ne résoudrait rien à la situation.

Et le pire, elle en était maintenant certaine, c’est qu’elle avait basculé dans un monde totalement étranger, où les habitants étaient en quelque sorte liés à ceux de la Terre. « C’est un concept très étrange » se disait Colette. Mais ce qui était amusant, c’était le fait d’avoir un double dans ce monde-ci. Elle se demandait ce qui se passerait si elle rencontrait cette autre Colette. C’était très excitant d’y penser. Par contre, ce qui était moins amusant, c’était qu’elle allait faire mourir sa jumelle si elle continuait de se promener dans ce monde. La question était : comment rentrer chez elle ?

Elle décida de sortir un peu, ses larmes avaient séché et ses yeux n’étaient plus rougis. Elle prit son courage à deux mains et se promit d’aller voir Anto.

Elle sortit de sa chambre, et referma la porte. Puis elle longea le couloir et monta les escaliers. Etant donné qu’on est sous terre, vous ferais-je remarquer, j’ai décidé de mettre les chambres à un étage au dessous du rez-de-chaussée. Elle déboucha dans le salon, puis partit vers la cuisine. Arrivée devant la porte, elle respira un bon coup, puis leva une main tremblante vers la poignée.

« Tu t’es bien reposée Colette ? »

Elle sursauta en entendant une voix derrière elle, et se retourna brusquement, sur la défensive. Elle fut stupéfaite de voir Anto.

« Eh bien, sourit celle-ci, tu es si surprise que ça ? Tu croyais que j’étais là c’est ça, dit-elle, en indiquant la porte. Mais tu sais, je ne vais pas passer éternellement ma vie dans la cuisine. Il arrive quelquefois que je sois ailleurs ! »

Colette se détendit quelque peu. Mais elle restait contractée.

« Viens te détendre un peu, ma fille. »

La jeune fille la suivit.

Pendant un moment, elles ne dirent rien. A la grande surprise de l’adolescente, Anto ne cherchait pas à faire la conversation. Mais en même temps, cela la soulageait.

Au bout d’un moment, Colette n’en pût plus, elle voulait tout dire.

« Ecoutez, Anto… commença t-elle.

-Je t’écoute, » l’encouragea la femme.

Elle respira un grand coup.

« Ecoutez, au sujet de tout ce que vous avez appris… Je m’excuse…

-Je ne vois pas pourquoi tu t’excuserais. »

Encore une fois, la grand-mère d’Akim la surprit.

« Ah… Euh…

-Continue.

-Je dois vous avouer que je n’y comprends pas grand-chose, toutes ces choses, cette histoire de mondes… C’est trop pour moi !

-Et moi, je trouve cela très intéressant. »

Colette regarda Anto avec des yeux ronds.

« Si tu es ici, c’est que c’est un signe du ciel, continua la vieille femme, avec des étoiles dans les yeux, toi et ton ami, vous prouvez qu’il existe un monde autre que Sylvah’alla, et de surcroît semblable au nôtre ! »

Elle regarda la jeune fille avec admiration.

« Que diraient les scientifiques de Sybak et de Meltokio s’ils apprenaient cela !

-Sybak, Meltokio ?

-Des villes dans notre monde, très importantes, ce sont d’ailleurs deux des plus puissantes, Meltokio est le siège de l’empire de Sylvah’alla. C’est là que résident le roi et ses proches. Tandis que Sybak est un campus universitaire où les archives sont classées dans une bibliothèque. Les habitants du monde de Sylvarant d’autrefois s’y pressent car la technologie de l’ancien monde de Tésséh’alla est toute nouvelle pour eux. Il faut dire que d’après les gens de la cour de Meltokio, on est des « arriérés » !

-Et vous, à quel monde apparteniez-vous autrefois ?

-Sylvarant, le monde des paysans, comme le disent si bien les gens de Tésséh’alla. »

Il y avait une note de sarcasme dans sa voix.

« Triet faisait d’ailleurs partie de ce monde. J’y ai toujours vécu. »

Par contre, ce que Colette avait du mal à comprendre, c’était ça :

« Comment cela se fait-il que ces deux mondes soient « réunis », comment peut-on réunir des mondes séparés ? »

Anto soupira.

« C’est une bien longue histoire, il faudrait s’informer près des élus de la grande régénération, ils ont marqué la légende. Leurs noms sont célèbres, ils se nommaient Raine et Génis Sage, Zélos Wilder, élu de Tésséh’alla, Préséa Combatir, Régal Bryant, Sheena Fujibayashi de Mizuho, Lloyd Irving et Colette Brunel, élue de Sylvarant. »

Colette tiqua en entendant son propre nom parmi cette liste.

« Attendez, s’alarma t-elle, se pourrait-il que… »

Anto la fit taire d’un doigt sur la bouche.

« Chut, souffla t-elle, garde cela pour toi. »

Colette ne dit plus rien, et la femme poursuivit :

« Il y a un autre nom, mais il demeure dans l’ombre, il a figuré dans une autre légende, plus ancienne, mais qui s’efface peu à peu… Mais je ne peux pas tout te dire en un instant, je préfère te préserver la vérité. Maintenant, laisse-moi te narrer l’histoire des deux mondes de Tésséh’alla et Sylvarant… »

 

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« On arrive à rien ici, rentrons… »

Zélos bougonnait.

« C’est dommage, soupira Raine, moi qui nous croyais si proche du but…

-Faut pas s’en faire Raine, fit Génis, j’imagine que dans cette situation, Lloyd et Colette en sauraient plus que nous.

-Mais ils sont malades ! fit remarquer Zélos, et pas en état de bouger en plus.

-Et Raine et moi, on est quoi dans tout ça ? On aurait bien besoin de se reposer nous aussi d’abord !

-Pour Raine, je serais d’accord pour dire qu’elle n’est pas bien, mais toi, je considère que t’es pas grand-chose dans tout ça !

-Espèce de… éructa le demi elfe, les joues couleurs d’écrevisse.

-Taisez-vous, à la fin ! Vous ne faites que me fatiguer encore plus ! »

Les deux garçons se turent sous le ton autoritaire du professeur.

« Ah, voilà qui est mieux, soupira Raine, satisfaite, encore un peu et je vous en collais une à tous les deux. »

Génis se tendit, en parfait connaisseur des mouvements d’humeur de sa sœur, il savait qu’il devait se tenir à carreau sans protester. Zélos, lui, marmonnait quelque chose.

« Donc, récapitulons : on rentre à Isélia, on raconte ce qui s’est passé à Lloyd et Colette, et on décide ensuite de ce qu’on fera, vous avez compris ?

-Je ne pourrais pas vous accompagner jusqu’à Isélia, je dois retourner à Meltokio pour affaires, ces derniers temps on rencontre quelques petits problèmes au cœur de la cité… fit l’ex-élu.

-Enregistré… Durant tes temps libres, si jamais il y a un problème, débrouille-toi pour nous joindre. Nous, on se débrouille durant ce temps. »

Et sur ces mots, ils se dirigèrent vers leurs ptéroplans, toujours à l’ombre.

  

Derrière un rocher, bien cachée, une silhouette humaine accompagnée d’une petite forme animale avait tout écouté de l’échange.  « Intéressant, très intéressant… » marmonna t-elle.

Et, tel une ombre, elle s’esquiva, de même que l’animal.

 

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Colette était sidérée. Les révélations d’Anto avaient éclairci ses idées confuses. Elle avait été si passionnée par les histoires racontées par la vieille femme, qu’elle n’avait pas vu le temps passer. L’après-midi touchait à sa fin et elle avait pris congé afin de récapituler sa situation initiale. Cette légende de la guerre de Kharlan avait été racontée de façon si funeste qu’elle en avait tremblé. L’histoire du héros Mithos aussi. Ensuite, la narratrice avait enchaîné sur l’arbre sacré de Kharlan, le rôle qu’il jouait dans l’histoire du monde et la façon dont il était mort durant la guerre de Kharlan. Colette était impressionnée. Et dire que durant tout ce temps qu’aura duré cette guerre, des gens avait dû vivre leur vie entière, de leur naissance jusqu’à leur mort, ce conflit horrible dont personne n’expliquait la raison. En même temps, la jeune fille avait fait le rapprochement entre ces légendes de plus de mille ans et celles de la mythologie grecque et Viking. Elle avait tenté de raconter les récits de l’Iliade et l’Odyssée ainsi que les mythes racontés dans son monde mais maintenant, elle les trouvait moins impressionnants, superficiels par rapport aux histoires de ce monde. Et puis, il se pouvait que ces légendes soient fausses, contrairement à celles du monde d’Anto. Celle-ci avait narré ces récits mythiques de façon si réelle qu’elle avait eu l’impression de vivre chaque instant que les héros de ces mythes avaient vécu eux-mêmes.

Enfin, elle en arrivait à ce point : les héros de la régénération. Elle savait désormais qui était son double et celui de Lloyd. Soudain, elle se sentait toute petite. Sa jumelle devait être haute placée dans ce monde-là. Elle était célèbre. Cela l’effrayait. C’était un personnage de légende, de même que le Lloyd Irving de ce monde-ci. Elle comprenait désormais la réaction de la voyante lorsqu’elle avait cru « les » reconnaître. En réalité, c’était leurs « reflets » comme avait dit cet homme aux cheveux bleus maintenant qu’elle s’en souvenait, qu’elle avait pensé voir. Tout s’expliquait maintenant.

Il était l’heure de manger maintenant, l’odeur délicieuse d’un cassoulet lui montait l’eau à la bouche. Tranquillement, elle sortit de sa chambre et monta au rez-de-chaussée.

Lorsqu’elle entra de nouveau dans la cuisine, Akim entra en trombe dans la pièce, accompagné de son « fennec » perché sagement sur son épaule.

« Ben tiens, où étais tu passé ? demanda Anto, tranquillement.

-Oh, j’étais parti me balader … répondit son petit-fils, en s’étirant, c’est fou ce qu’il peut y avoir de choses intéressantes dans ce coin perdu du désert !

-Akim ! » fit la femme, faussement en colère. Mais en vérité, elle ne semblait pas fâchée.

Soudain, l’animal du garçon couina.

« Arden a faim ! s’exclama l’adolescent, en caressant le poil soyeux de son familier.

-Pas si vite, un peu de patience ! »

Colette, en retrait, décida d’intervenir et s’approcha timidement d’Akim.

« Je peux le caresser ? » demanda t-elle, ne fixant Arden.

L’animal grogna en la voyant et se mit en position défensive.

« Je doute qu’il soit d’accord. »dit le garçon, pour toute réponse.

Et sur ces mots, il s’éloigna.

La jeune fille soupira. Décidément, ce garçon était un mystère. Elle se consola en pensant au plat de cassoulet qu’Anto servait dans les assiettes, ou du moins, les coupelles en bois. Lloyd entra à son tour. Il semblait en pleine forme. Lorsqu’il la vit, il lui demanda :

« Tu t’es bien reposée ? »

Mais derrière cette question il y en avait une autre, qui était : « Tu en as fini avec tes idées stupides ? ». Baissant la tête, elle marmonna un vague « oui » et avala une première bouchée du plat. C’était délicieux.

Après le repas, Colette décida de se promener.

Elle désirait revisiter cette maison, qu’elle commençait à considérer un peu comme la sienne, et redécouvrir des endroits inexplorés, même si elle pensait avoir tout vu.

En marchant dans le couloir des chambres, Colette apprécia cette douce sensation de bien-être. C’était sûrement le fait d’avoir parlé avec Anto qui la soulageait. Après la pluie vient le beau temps, s’amusa t’elle à se dire.

« Comme j’aimerais pouvoir te raconter ce qui m’arrive, grand-mère… »

En pensée, elle priait pour qu’il se passe quelque chose qui pourrait l’aider à progresser dans cette aventure.

Elle ne croyait pas si bien dire.

 

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Rébecca et Gilles contemplèrent un moment encore avec émerveillement la ville d’Altamira. À mi-journée, la cité balnéaire était très visitée, et il y avait un monde fou ! Parmi les touristes, ils croisaient des gens luxueusement vêtus à la mode du XVII è siècle, qui les regardaient avec hauteur. Rébecca, qui aimait l’Histoire et ses grands personnages qui l’avaient marqué, nageait en plein bonheur. Elle disait même que c’était le plus beau moment de sa vie et que cela ne pouvait pas être réel, et elle le répétait encore et encore. Gilles, lui, était inquiet, car il n’avait toujours pas compris ce qui leur arrivait et comment ils avaient atterri là. Un mystère à éclaircir. Il était tellement dans ses pensées qu’il ne vit pas le petit garçon qui marchait droit vers lui, un paquet dans les bras, et le heurta. Déséquilibrée, l’enfant fit tomber son sac et s’agenouilla pour le ramasser.

« Excuse-moi, fit l’adolescent, je ne t’avais pas vu.

-C’est pas grave, monsieur »

Le petit garçon releva la tête, et là, Gilles eut un choc.

Il avait des cheveux bleus turquoise, légèrement verts, et de grands yeux innocents, vert pâle.

Et des oreilles au format étrange. Légèrement pointues, un peu rondes. Un teint pâle.

« Waouh…

-Il y a un problème, m’sieur ?

-Tu t’es teint les cheveux ?

-Hein ?

-Non rien… »

Il l’aida à ramasser ses affaires, puis ils se relevèrent.

« C’est gentil m’sieur de m’avoir aidé, je vais pouvoir retrouver maman !

-De rien… »

Le petit saisit le bras de l’adolescent pour le saluer, mais il se figea.

« Qu’y a-t-il petit ? »

L’enfant retira sa main brusquement, comme s’il avait touché quelque chose de particulièrement dégoûtant.

« Tu… Tu n’as pas de mana!

-Hein ? »

Effrayé, le garçon se recula, et s’enfuit dans la foule des passants.

« Eh ! Attends ! »

Gilles resta tout seul, comme un idiot, à méditer les paroles du petit garçon. « Tu n’as pas de mana ! » avait-il dit.

« C’est quoi le mana ? » se demanda t-il.

Les gens se retournèrent pour le lorgner d’un œil malveillant, et il préféra se faire discret en se mettant à chercher Rébecca, qui avait disparu dans la foule.

Il la retrouva en train de s’extasier près d’un chien. Elle répétait toutes les cinq minutes en s’adressant à l’animal : « tu as vu ça, c’est incroyable non ?! »

« Rébecca, t’as à manger ? J’ai faim ! »

La jeune femme se retourna.

« Ah, tu étais là ! Où étais-tu passé ? Enfin bon… C’est à cette heure seulement que tu demandes à manger ?

-Effectivement, si on observe bien la position du soleil dans le ciel, il doit être midi passé…

-Ah… Ah ouais, si tu le dis… On voit que tu as retenu tes cours de physique.

- De toute manière je n’arrive même pas à les oublier…

- Tiens. »

Gilles prit le petit pain que lui proposaient sa sœur, et tout en mangeant il demanda :

« Dis-moi, un garçon tout à l’heure m’a dit que j’avais pas de mana, c’est quoi le mana ?

-On ne mange pas la bouche pleine. »

L’adolescent s’essuya la bouche d’un revers de la manche, faute de serviette.

« Le mana ? C’est quoi ? interrogea Rébecca.

-Justement c’est ce que je te demande…

-Ce ne serait pas un terme polynésien ? Hum… à l’origine, je penserais qu’il s’agissait d’une force sacrée et magique, considérée comme une puissance vitale… »

Et Rébecca de relater l’histoire des Polynésiens en question et de leurs nombreuses légendes qu’elle connaissait par cœur, cas extrêmement rare d’ailleurs car plus beaucoup de personnes de nos jours connaissent l’histoire de la Polynésie. Dans son blabla continu, Gilles finit pas détourner son attention en regrettant d’avoir posé la question à sa sœur. Puis il crut apercevoir des gens, un groupe de quatre personnes, qui s’amenaient vers eux.

Bizarre les vêtements, se dit-il, et il détailla les personnes, tandis que Rébecca continuait de parler au chien qui la regardait avec curiosité.

L’un d’eux, une femme plutôt jeune, s’avança avec l’air de dire « toi je vais te dire quelque chose ». Elle était vêtue d’un haut et d’un pantalon noirs, qui lui donnait un air de vampire avec ses cheveux noirs attachés en tresse. Le tout avec des bottes de la même couleur.

« On dirait une racaille… » s’inquiéta le garçon.

« Tiens, Rébecca, j’ai remarqué un magasin intéressant, ça te dirait d’aller jeter un coup d’œil ?

-Tais-toi et écoute plutôt ce que je dis, donc je disais que les ruines polynésiennes devaient être très intéressantes à vue d’œil, mais enfin je n’en sais rien puisque je n’y suis jamais allé, et puis…

-Rébeccaaaaaa ! la pressa t-il.

La femme arriva à leur hauteur, et, l’air de rien, demanda :

« Vous sauriez par hasard où on trouverait une boutique d’armes ? »

Gilles soupira. Il s’inquiétait pour pas grand-chose. Il essaya de répondre avec assurance.

« Ah bien sûr, on y allait justement pour voir s’il y avait des choses intéressantes, ma sœur et moi, vous pouvez nous suivre, c’est par… »

La femme crispa soudain sa main sur le bras de l’adolescent. Surpris, il s’étonna soudain que tout son environnement soit si froid, alors qu’il y avait à peine quelques secondes le soleil réchauffait sa peau. Envahi d’une torpeur soudaine, il ferma les yeux et bascula dans les bras de la femme en noir.

« Hé ! Que faites vous à mon petit frère ? s’exclama Rébecca, émergeant soudainement de sa folie cérébrale.

«-Excusez-moi madame, il s’est évanoui alors que je lui demandais le chemin de la boutique d’armes.

-Gilles, Gilles, tu te réveilles ? » demanda son aînée.

Le contact de sa peau était glacé.

« Vous pouvez me dire ce qu’il a ? Il est froid et pâle… »

La jeune femme ne répondit pas. Elle se contenta de la regarder, puis elle s’agenouilla près du garçon évanoui dans les bras de sa sœur, et toucha la main de celle-ci.

Presque aussitôt, Rébecca se sentit brusquement ensommeillée, elle avait froid, et elle s’endormit.

La femme en noir se releva, et un de ses camarades la rejoignit.

« C’est bon, on les a ?

-Oui.

-Génial, ça marche comme prévu. Le seigneur Yuan sera content ! »

Il prit le garçon et le chargea sur son épaule, tandis que sa camarade soutenait la jeune femme.

« Avec un peu de chance, personne ne verra rien, c’était presque trop facile. » fit remarquer l’homme.

Et ils se fondirent dans la foule.

 Le chien qui avait accompagné le frère et la sœur jappa, puis alla voir ailleurs si l’on voulait bien de lui.

 

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Posté par _martel_ à 17:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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Chapitre 12: Retournement de situation - par Alienor

Laya évita le boomerang avec agilité. Elle effectua un saut en arrière et para les coups que lui assenaient ses ennemis. Elle se baissa de nouveau lorsque le projectile faillit de nouveau lui atterrir en pleine face.

« T’es trop forte ! »

Un attroupement se forma autour de la jeune femme, qui se releva.

« Comment tu fais pour être aussi rapide ? » demanda un jeune garçon aux cheveux châtains.

Laya sourit.

« Je ne sais pas. L’habitude peut-être…

-Ouais, bah en tout cas pour une habituée t’en es une ! » railla un autre garçon.

Laya secoua ses cheveux noirs attachés en queue de cheval qui semblaient lui donner un charme presque surnaturel. Ses yeux paraissaient froids lorsqu’on lui parlait, mais étaient sans cesse animés de tendresse.

En un mois, elle s’était remise de ses blessures à une vitesse hallucinante. N’importe qui d’autre aurait mis plus de temps, mais la jeune femme était une créature solide, et superbe en plus de cela.

Elle souriait sans cesse et avait recommencé à manger régulièrement avec beaucoup plus de facilité que la première fois. Par contre, elle restait toujours amnésique. Pas moyen pour elle de se rappeler ce qui s’était passé avant d’avoir été récupéré par Elio, l’homme qui maintenant l’hébergeait chez lui. Et encore moins de se rappeler son propre prénom…

Elle avait mis le pied dehors pour la première fois depuis une semaine. Au début, elle n’avait pas su quoi penser du village qu’elle avait eu sous les yeux, mais les habitants s’étaient montrés très gentils. Ils l’avaient accueilli comme tout voyageur. Ils avaient bien compris pourquoi elle était là et ils essayaient de l’aider à surmonter cette épreuve qu’elle devait affronter. Depuis, elle avait presque trouvé une seconde maison et s’était fait des amis.

Sa beauté et son passé mystérieux avaient surtout été la raison pour laquelle les gens s’étaient intéressés à elle depuis le début.

Ce jour-là, elle s’était adonnée au plaisir de jouer au combat et à la guerre avec une bande d’enfants, garçons et filles. Et elle devait avouer qu’elle s’amusait follement. Elle avait l’impression d’être un chat et elle ne ratait presque jamais ses cibles.

« Ca vous dirait de vous reposer, les amateurs du boomerang ? J’ai envie de récupérer un peu, fit-elle remarquer, aux enfants.

-Ouais, minou. »

Les enfants avaient pris l’habitude d’appeler la jeune femme « minou » ou « la chatte » car effectivement, elle avait vraiment le profil gracieux d’un félin. Et quand elle s’entraînait à combattre, c’était à peine si on aurait dit une humaine. C’était un animal en liberté, voilà tout.

Ils allèrent s’asseoir sur un banc le plus proche et offrirent quelques instants leurs visages au soleil rayonnant. Il faisait beau aujourd’hui, le temps idéal pour se défouler un peu.

Quelques minutes passèrent, quand soudain :

« Attrape ! »

Laya faillit se prendre un boomerang dans la face. Mais, avec une rapidité étonnante, elle le faucha dans sa course avec seulement deux doigts levés.

Elle sourit en voyant ses camarades bouche bée.

Elle redonna l’objet au lanceur.

« La prochaine fois, essaie de me prendre réellement par surprise !

-Mais enfin comment tu fais ? » explosa le garçon.

Laya lui tira la langue avec audace et bientôt elle se retrouva en train de courir avec un adolescent à ses trousses.

« Si je t’attrape, tu me dis ton secret !

-Tu peux toujours rêver ! »

De rage, son poursuivant balança le boomerang dans l’espoir qu’elle atteigne sa cible, mais il la rata une nouvelle fois et l’arme finit sa course à l’intérieur d’une maisonnette, où juste après on entendit un « crash » et un cri de surprise. Le cri en question finit bientôt en hurlement de colère.

Laya et son voisin s’arrêtèrent. Le temps de comprendre ce qu’ils avaient fait, des gouttes de sueur perlèrent sur leurs crânes.  

« Oh, oh… commença la jeune femme.

-Oh, oh, oh… » finit le garçon.

Une vieille femme en fureur sortit précipitamment de la maison en tenant un vase brisé dans la main, et le boomerang dans l’autre.

« Sales mioches ! éructa t-elle. On ne vous a jamais dit de ne pas jouer à vos jeux stupides dans les zones d’habitations !?! »

Son regard tomba sur Laya.

« Et toi, tu étais censée veiller sur eux et faire attention à ce qu’ils ne fassent pas de bêtises !

-Je suis désolée, Mina, mais…

-Regarde ce magnifique vase qu’on m’a rapporté du mausolée de Balacruf ! Il coûtait une fortune !

-Mais Mina…

-Toi ! rugit Mina en désignant le garçon qui essayait de se faire tout petit, tu as deux choix ! Soit tu me repayes le prix exact de ce vase jusqu’au cent près, ou bien tu me le répares dans un délai de trois jours maximum !

-Mais madame, s’il vous plaît… implora le pauvre enfant.

-Je ne veux rien entendre !!! Je me plaindrais à tes parents s’il le faut, mais je t’ordonne de réparer ta faute ! J’attends, que choisis-tu ?

-C’est un travail d’Hercule… murmura l’adolescent.

-Euh, Mina, s’il te plaît, c’est aussi en partie de ma faute, donc je pourrais partager la peine de ce garçon, qu’en dis-tu ? »

La vieille femme se renfrogna :

« J’aurais préféré qu’il le fasse tout seul, pour qu’il lui passe l’envie de recommencer, mais bon, puisque tu le demandes si gentiment… »

Elle se retourna vers l’adolescent.

« Tu devrais prendre exemple sur elle, nabot… »

Elle avait bien appuyé sur « nabot », pour souligner ce qu’elle pensait des sales gosses mal élevés de nos jours.

« Bon d’accord, je vais réparer votre vase, madame… » fit le garçon, confus.

Il s’éloigna, le dos voûté, le vase cassé dans ses mains, sous les yeux compatissants de ses camarades de jeu.

Dès que le garçon se fut éloigné tel un condamné à l’échafaud, Mina quitta son regard sévère pour une mine plus sombre. Elle soupira.

« Franchement, ces jeunes, on ne pourra jamais les forger comme il faut…

-On fait tous des bêtises un jour ou l’autre Mina…

-Oui, mais pour des enfants c’est anormal. Moi si c’était les miens, tu verrais comment je les éduquerai !

-Merci déesse Martel d’avoir fait en sorte qu’elle n’en ait pas… se dit intérieurement Laya.

-En tout cas il faudra bien en faire quelque chose de ces bouts de chou, fit remarquer Mina.

-Oui, maintenant si ça ne te dérange pas je vais retourner à mes occupations...

-D’accord, fais en sorte que le petit me rapporte mon vase en bon état.

-Oui, à plus tard. »

Laya revint vers le groupe d’enfants et leur expliqua qu’ils devaient jouer sans elle et leur camarade, puis elle rejoignit le garçon qui s’était arrêté devant le mur d’une maison en regardant le vase genre : Mais qu’est-ce que je vais bien faire de toi ?

« Ne déprime donc pas comme ça, Matthew… »

Le dénommé Matthew fit la moue.

« Ouais tu parles, à ton avis c’est possible de réparer un vase comme celui-là en trois jours ?

-Si on y met un peu du sien, peut-être… » sourit la jeune femme.

Elle prit la main du garçon et le fit se relever.

« Rentrons chez toi, on va commencer tout de suite, tu comprends, il ne faut pas perdre de temps, surtout avec Mina…

-Mina, minable oui…

-Ca te plairait qu’on écorche ton prénom toi ? » le tança Laya, sévèrement.

Matthew grommela, puis ne dit plus rien jusqu’à ce qu’ils arrivent chez lui.

« Mon père est absent, dit-il, finalement, lorsqu’ils dépassèrent le seuil d’entrée. Tu peux entrer.

-Merci, » fit sa camarade.

Ils se précipitèrent sans tarder dans la chambre du garçon, meublée uniquement d’un lit et d’une table faisant office de bureau, chacune dans un coin de la pièce, l’une près de la fenêtre et l’autre au fond de la pièce.

Ils déposèrent le vase sur la table et rassemblèrent des morceaux du même marbre que l’objet.

Les deux complices se mirent aussitôt à l’ouvrage de la tâche compliquée qui les attendait.

 

Deux jours passèrent. Laya allait et venait tous les matins pour aider Matthew et repartait le soir chez Elio, l’homme qui l’hébergeait depuis le début de sa convalescence.

Au matin du troisième jour, après ces dures journées de labeur, le vase était terminé.

Matthew le prit précautionneusement.

« Waouh, il n’est pas aussi beau qu’avant, mais il n’en est pas moins superbe. Avec ça la mégère ne pourra pas dire qu’on a paressé… »

Il adressa un coup d’œil complice à Laya.

« Merci de ton aide, sans toi j’en serais encore à me demander ce que j’allais en faire.

-Mais de rien, sourit son amie.

Elle rajouta :

« Je propose qu’on aille redonner ce vase ce midi à Mina. A cette heure, elle est dehors avec…

-…ses pigeons, chantonna le garçon à tue-tête.

-…ses colombes… » termina la jeune femme.

L’adolescent pouffa quand sa voisine lui jeta un regard sévère.

 

Midi venu, les deux complices s’empressèrent de se rendre chez la vieille dame. Lorsqu’ils arrivèrent, Mina était justement en train de rentrer chez elle.

« Va lui donner toi-même son bien, chuchota Laya.

-Et pourquoi, moi ? protesta le garçon.

-Fais ce que je te dis. »

Il bougonna, mais avança timidement vers la vieille femme. Il lui donna le vase, elle l’examina sous tous les angles, ils discutèrent un moment, puis elle lui fit un signe excessif de la main qui semblait vouloir dire, « maintenant du balai ! »

Il revint.

« Alors ? interrogea la jeune femme.

-Elle a dit que c’était bon et que j’avais intérêt à faire attention la prochaine fois.

-Rien d’autre ?

-Non. »

Ils ne dirent rien pendant un moment, puis elle dit :

« On devrait peut-être aller manger, j’ai faim.

-Oui tu as raison. »

Ils mangèrent un sandwich puis allèrent s’asseoir sur un banc où ils restèrent là, silencieux, jusqu’à ce que les enfants viennent de nouveau pour mettre un peu d’ambiance. Ils s’amusèrent un moment, Matthew raconta comment il avait soi-disant « cloué le bec à la vieille mégère » en lui redonnant le vase en parfait état.

Laya rentra en fin d’après-midi. Elio l’attendait. Ils rentrèrent et la jeune femme prépara à dîner.

L’homme était taciturne. Il ne parlait que pour donner des ordres ou par monosyllabes. Pas une seule fois Laya n’avait réussi à lui soutirer plus de deux mots. Il vivait en solitaire, loin des villageois, qu’une forêt séparait. Cela ne l’empêchait pas d’être gentil et bienveillant, et il s’entendait quand même bien avec les autres, même si quelquefois les relations étaient tendues.

Ce soir là, comme à son habitude, il ne faisait rien d’autres que bricoler. Bricoler et encore bricoler. A force, il rappelait une certaine personne à la jeune femme, mais sa mémoire était floue.

« Le dîner est prêt, dit-elle, finalement.

-D’accord. »

C’est tout.

Il mangea avec la rapidité d’un lièvre en pleine course. Evidemment, il finira par s’étrangler avec les aliments s’il continuait comme ça. Mais bon, c’était dans sa nature. Puis il repartit bricoler. Il ne s’arrêterait jamais. C’était sa vie, sa passion, sa compagnie. Rien d’autre. Il ne disait rien quand elle sortait, il ne disait rien quand elle rentrait. Aussi loin qu’elle se souvienne, les seules longues phrases qu’il avait proféré datait seulement d’un mois, c'est-à-dire du soir où elle était arrivée, en sang et sachant à peine marcher sur deux jambes.

 

Comme tous les soirs, Laya partit sur la terrasse de la maison en bois qu’avait construit Elio il y avait une dizaine d’années. Son passé, il n’aimait pas en parler. Du coup, elle ne savait pas grand-chose sur lui ou presque, à part qu’il avait été bûcheron et quelque chose du genre, qu’il avait abandonné son travail pour déserter et qu’il avait élu domicile ici. C’était ce que lui avaient dit les enfants du groupe au village. D’après les dires, il était l’un des premiers villageois à s’installer ici, avec le maire, bien avant leurs parents, bien avant qu’ils ne naissent où alors lorsqu’ils étaient petits enfants. Car le village n’était pas vieux.

« Et ensuite, il ne vous a pas parlé de ce qu’il faisait avant ? »

Les petits s’étaient lancés des regards entendus, tels des conspirateurs.

« Nos parents, ils nous ont dit de ne rien dire. » avait dit l’un deux, en bombant le torse.

Laya en avait donc conclu que les gens lui cachaient quelque chose.

Offrant son visage au vent qui forcissait à la nuit tombante, la jeune femme se livrait à ses pensées. Une façon à elle d’essayer de reconstituer ses souvenirs disparus. Chaque soir elle faisait un effort pour se rappeler la plus petite étincelle de mémoire. Elle ne parvenait pas à grand-chose, mais des progrès étaient en train de se mettre en œuvre. Elle avait reconstitué ce qu’elle pensait être un souvenir montrant une fillette brune habillée étrangement et coiffée en queue de cheval elle aussi, en train de sauter dans les arbres comme un petit singe et d’éviter des projectiles qu’on lui lançait. Après c’était flou, et le hic, c’est que le visage de la fillette l’était aussi. Un puzzle dont on aurait égaré les pièces.

Elle regarda le paysage d’un regard, avec un sentiment de déprime dans le regard.

 

 Un bruit dans les buissons.

Elle sursauta. Regarda dans tous les sens. Son regard tomba sur le paysage alentour.

Qu’étais-ce ?

Elio, alerté par la soudaine agitation de sa protégée, abandonna son ouvrage qu’il travaillait depuis le matin, et la rejoignit, demandant :

« Qu’y a-t-il Laya ? »

 

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« Je sens qu’on nous suit. »

Sheena jeta un coup d’œil affolé à son camarade. Celui paraissait très calme malgré la situation oppressante.

« Ne t-en fais pas, avec moi tu ne risques rien. »

Et sans dire plus, il la prit par la main et l’emmena dans le grand port d’Hiroshima.

 

Voilà maintenant un mois que Sheena avait fait la connaissance de Takehiko et de Katsuo, deux voyous des rues d’Hiroshima recherchés par la police pour cambriolage. Ils étaient connus pour leurs photos qui étaient souvent passées dans les journaux japonais. Ils avaient retrouvé Sheena dans l’une des ruelles de la grande ville. Elle était alors endormie, allongée sur un petit tas d’ordures. Pas très douillet comme lit, mais elle avait tellement sommeil qu’elle s’était contentée de ça. Ils l’avaient réveillée. Effrayée, elle avait essayé de s’esquiver, mais heureusement ils l’avaient bloqué, et emmenés dans leur repaire : une cave aménagée d’un hôtel. Il avait fallu un certain temps avant que la jeune femme ne se rende compte qu’en réalité ils ne lui voulaient pas le moindre mal. Ils ne se seraient pas permis ça. Mais Sheena était restée méfiante.

Sous l’hôtel, là où ils vivaient, on entendait tous les jours du bruit au rez-de-chaussée. C’était dérangeant des fois mais les deux jeunes hommes savaient y recueillir de précieuses informations.

C’est ainsi qu’un soir, Katsuo était revenu, et, essoufflé, leur avait annoncé :

« Ils prévoient d’envoyer une brigade en Allemagne !

-Qui ça « ils », avait demandé Sheena.

-Mais les types du gouvernement, pardi ! Ils sont venus ici ! Ils vont envoyer des hommes en Allemagne pour leur prêter main forte contre les anglais qui ne veulent pas se rendre ! »

La jeune femme sauta sur ses gonds.

« Mais c’est ignoble ! Je leur avais pourtant dit…

-C’est l’occasion d’aller voir ça, vous croyez pas ?

-Mais t’es fou ! On va se faire arrêter si on nous reconnaît ! » s’exclama Takehiko.

Katsuo s’était tourné vers lui et l’avait supplié, presque comme un enfant qui voulait un jouet :

« S’il te plaît, frérot, on n’aura pas l’occasion de voir ça tous les jours, dis… Ils ont même dit que ça se déroulera en public ! Tu te rends compte ? D’habitude ils le font en privé ! »

Après avoir longuement débattu, Takehiko avait finalement cédé aux supplications de son frère, non pas après l’avoir prévenu que ce serait entièrement sa faute s’ils se faisaient arrêter par les autorités de la ville.

Quelques jours plus tard, à une heure précise de l’après-midi, les trois compagnons s’étaient faufilés hors de leur cachette en toute discrétion et s’étaient dirigés vers le port de la ville.

Déjà, une foule de personnes s’amassait çà et là pour assister à l’évènement. Mais dans la cohue, ils avaient perdu Katsuo.

Et pour finir, Sheena sentait une présence à quelques mètres d’eux, qui les surveillaient. Inexplicable.

Finalement, ils arrivèrent au premier rang, déjà, des centaines de marins vérifiaient que le paquebot qui allait accueillir deux cents soldats de l’armée japonaise était suffisamment prêt pour la grande traversée.

Voici ce qu’avait expliqué le gouvernement : tout d’abord, l’armée voyagerait jusqu’en Inde, où elle achèterait des denrées nécessaires au voyage, puis ils allaient continuer en traversant l’océan Indien et en atteignant le cap de Bonne Espérance. Là, ils s’arrêteraient encore, puis recommencerait à longer la côte africaine, jusqu’à arriver en Europe. Ils longeraient les côtes françaises en passant par la Manche, puis par la mer du Nord, et finalement, ils dépasseraient le Luxembourg et les Pays-Bas et débarqueraient en Allemagne, où les attendrait le Führer en personne et ses partisans.

La foule criait de joie et chantait l’hymne du pays, consciente d’une victoire proche. Parmi eux, Sheena restait sceptique.

Encore cette présence. Elle n’avait pas l’air menaçante, mais n’en était pas moins bourrée de mauvaises intentions. Que leur voulait-elle ?

« Tu rêves ma pauvre, se dit-elle, si ça se trouve c’est un type qui cherche quelqu’un d’autre que nous dans toute cette cohue. En tout cas il aura du mal. »

Elle serra la manche du pull de Takehiko. Ils se tourna vers elle et lui sourit, mais sentit son inquiétude. Il lui serra la main pour la rassurer.

Takehiko est Katsuo étaient deux frères, qui avaient grandi dans une famille modeste de la banlieue d’Hiroshima. Leur famille disposait de peu de ressources, et à la mort de leurs parents, ils s’était enfuis du logis familial et s’étaient terrés dans les rues de la cité. Takehiko était l’aîné des deux. Il avait vingt et un ans et son frère vingt. Plusieurs fois ils avaient été arrêtés pour vol, mais on les avait relâché avec un avertissement. Et puis un jour ce cambriolage de la bijouterie de la rue. Ils se trouvaient là par hasard et on les avait tous de suite soupçonnés.

« C’est pas nous qui avons fait ça, avaient-ils juré, à leur camarade féminin, on n’aurait jamais pu faire ça. »

L’aîné était plus mûr que le cadet. Son nom signifiait « avisé », et Katsuo « victorieux ». Avec des noms pareils, ils ressortiraient chanceux de leur condition, leur avait-elle dit. Ils avaient haussé les épaules, fatalistes, à cette évocation.

« De toute façon on est libre, avait affirmé Katsuo, que la police le veuille ou non, elle n’arrivera pas à nous mettre la main dessus. »

Justement, le voilà qui revenait, en sueur, essoufflé et affolé.

« Qu’y a-t-il encore ? Ca fait dix minutes qu’on te cherche ! Où étais-tu passé ? demanda Takehiko, sévère et soucieux.

-Faut partir d’ici ! » suffoqua le jeune homme.

Cette fois, la stupéfaction se peignit sur le visage des deux compatriotes.

« Qu’est-ce que tu racontes ?! s’exclama son grand frère. Tu as insisté pour venir ici, et voilà que tu veux rentrer avant même que le bateau ne soit parti ?! Tu nous fais vraiment tourner en bourrique !

-Mais tu comprends pas ! cria le cadet. Puis il baissa la voix, au point d’en faire un chuchotement : C’est un piège. Ils veulent organiser une rafle. Une fois que le navire sera parti, ils vont boucler le secteur et mettre la main sur tous les bandits imprudents qui seraient venus ici et les mettre en tôle ou pire encore ! On est en danger !

-Comment ?! Une rafle ?! » s’exclama Takehiko.

Son jeune frère lui fit signe de se taire.

« Il faut partir, vite avant qu’ils ne mettent leurs plans en action !

-Mais… balbutia Sheena. Et eux ? demanda t-elle, en désignant la foule qui les environnait.

-Le paquebot s’en va dans une dizaine de minutes. D’ici là, on n’aura jamais le temps de prévenir tout ce petit monde ! Il faut juste prier pour qu’ils se sortent de cette merde.

-Ok, on te suit, » fit Takehiko.

Katsuo les entraîna alors dans la foule en direction de la sortie du port. Ce n’était pas chose simple. Il y avait du monde !

Finalement, en arrivant à la sortie, le jeune homme jura :

« Merde ! Ils ont fermé l’entrée ! Le piège va se refermer sur nous ! »

Sheena ressentait la présence, encore, à quelques mètres d’eux. Que leur voulait-elle ? Pourquoi cette intuition ?

« Il faut trouver une autre sortie, » suggéra Takehiko, qui commençait lui aussi à s’inquiéter.

Il se tourna vers sa voisine :

« Tu m’avais bien dit qu’on nous suivait ?

-Oui, acquiesça la jeune femme.

-Alors là c’est encore plus grave ! Si ça se trouve on nous a reconnu et la police va de ce pas nous envoyer derrière les barreaux !

-Ce n’est pas la police, Katsuo, c’est une bande de possédés fanatiques, » fit l’aîné.

Soudain, les gens poussèrent tous un cri de joie dans une complainte générale. Les soldats arrivaient les uns après les autres, fiers, prêts à protéger leurs familles et à risquer leur vie pour elles. Le général de leur armée à leur tête. Il monta sur le bateau le premier et laissa la foule l’acclamer ainsi que ses soldats.

Pétrifiés sur place, les trois compagnons virent le paquebot larguer ses amarres et se préparer  à un long voyage en mer. Mais il ne s’en allait pas tout de suite comme convenu. Il semblait attendre quelque chose.

Soudain, des cris de terreurs vinrent percer les acclamations. La rafle commençait.

« Je croyais que ce serait dès que le navire serait parti ! éructa Katsuo, fou de colère.

-Pas de temps à perdre, il faut s’enfuir avant qu’on ne nous cueille comme des fruits sur un arbre. »

Et ils se mirent en action.

Ils ne coururent pas longtemps. Quelqu’un agrippa Sheena par le bras. Celle-ci poussa un cri de surprise. Takehiko lui vint en aide, et la débarrassa du policier. A force de progresser, ils se retrouvèrent bientôt cernés et empoignés. Certains agents y allaient même à donner des coups de matraques s’il le fallait.

Elle se retrouva séparée de ses deux camarades. Ils crièrent son nom deux fois, mais ils se perdirent de vue dans la foule.

Pour finir, elle mordit la main gantée du matraqueur qui la retenait. Donna un coup de pied si fort dans les jambes qu’il lâcha prise. Elle s’enfuit, cherchant les deux frères désespérément. Mais déjà, une bande de policiers étaient à ses trousses. Le bateau, quant à lui, n’était toujours pas parti.

La présence qu’elle avait sentie avait disparu, mais le danger était là, réel. On l’agrippa par le bras et on l’entraîna. En larmes, impuissante, Sheena se laissa faire. Elle se préparait à perdre connaissance, mais un dernier espoir surgit. Un homme passa en courant, bousculant les matraqueurs, ce qui lui rendit la liberté. Il fut abattu par plusieurs policiers qui l’avaient rattrapé. Celui-là était un criminel, elle le connaissait pour l’avoir souvent vu dans les journaux. Et pourtant, il était innocent. C’était injuste.

Elle ne perdit pas de temps pour s’esquiver. Elle courait vite, mais ils étaient rapides, eux aussi. Désespérée, elle chercha une cachette des yeux. Impossible, dans l’affolement général, il était impossible d’en trouver une.

Quelqu’un la bouscula et elle tomba par terre, les mains écorchées par le sol de pierre. Elle se releva et fonça dans une direction au hasard. Un coup donné dans son dos l’envoya en avant et elle se retrouva au pied du paquebot.

Elle eut l’idée de monter sur le pont pour éviter de se faire prendre. Heureusement, la planche d’accès était encore là, elle monta et se mit à quatre pattes pour ne pas se faire voir.

Le sol de béton du bateau était humide, elle rampa un moment et se cacha derrière des sacs. Le bruit du quai lui parvint encore aux oreilles pendant un moment, puis ce fut le silence, soudain.

« C’est fini ? » se demanda la jeune femme.

Elle se releva avec peine, et se dirigea en boitillant vers le quai. Une secousse lui fit perdre l’équilibre, et elle tomba. Au lieu de heurter le sol, elle bascula dans un trou et alla se perdre un peu plus bas.

En se fracassant sur le sol dur et mouillé, Sheena se tordit la cheville. La douleur remonta jusqu’à ses cuisses et s’amplifia dans tout son corps. Elle voulait crier, mais un faible gémissement lui échappa seulement des lèvres.

Elle regarda autour d’elle. La pénombre l’entourait, mais quiconque se serait retrouvé dans sa situation aurait immédiatement su qu’elle était dans la cale du navire. Une nouvelle secousse la fit tomber de nouveau, et elle eut le vertige, ou plutôt, vous me direz, le mal de mer. Car à cet instant, la jeune femme ne se doutait pas que le bateau avait pris le grand large et qu’il se préparait à voyager pour de longs mois, du port d’Hiroshima jusqu’à celui de Hambourg, en Allemagne.

 

-------------------------------------------------------

 

« Colette, Colette ! Réveille-toi, il faut partir ! »

La jeune fille se réveilla, encore ensommeillée.

« Nous ne sommes que le matin…

-Nous avons été découverts ! Le terrier est encerclé. »

Cela réveilla définitivement Colette qui regarda Anto avec des yeux écarquillés.

« C’est la vérité ! Les gens qui vous couraient après ont découvert notre cachette et ils sont en train de l’assiéger ! »

La jeune fille sentit son cœur battre à toute allure. Ainsi donc ils les avaient retrouvés…

« Et…et Lloyd ? »demanda t-elle.

Comme s’il attendait ce moment, le garçon s’encadra dans l’ouverture de la chambre, inquiet et mal réveillé.

« Ce qu’elle dit est vrai ! Il y a une bonne dizaine de soldats qui guettent aux entrées ! »

Il s’avança vers Colette, lui prit la main et l’emmena dans le couloir, la femme sur leurs talons.

« Mamie ? Où va-t-on ? »

Colette trouvait bizarre que Lloyd qualifie Anto de « mamie ». Venant de sa bouche ça sonnait bizarrement.

Mais Anto ne semblait pas s’en soucier, elle s’empressa de répondre à la question de Lloyd :

« Suivez-moi, je connais un endroit où nous pourrons nous échapper.

« Et Akim ?

-Il a encore disparu, mais il nous retrouvera, faites-lui confiance. »

Le jeune homme bougonna et les trois compagnons trottinèrent dans le couloir des chambres. Ils débouchèrent dans le couloir que Colette avait tant de fois arpenté, et s’arrêtèrent devant une porte.

« Et, mais c’est… »pensa la jeune fille.

Anto sortit une clef de sa poche et l’enfila dans la serrure. Puis elle ouvrit la porte qui débouchait sur un tunnel.

« Alors c’était ça, la raison de pourquoi cette porte était fermée ?!

-Tu t’en doutais hein ? fit la vieille femme. Oui, c’est un passage secret que nous n’avons plus utilisé depuis des années, car nous pensions être en sécurité. Passez derrière moi, je vous guiderai. »

Ils entrèrent dans le tunnel et Anto ferma la porte, puis prit les devants et les emmena dans le dédale de couloir. Il ne faisait pas sombre, il y avait même suffisamment de lumière pour y voir comme en plein jour. C’était un couloir en pierre, très bien construit comme le reste de l’habitation. Colette n’avait pas peur, étrangement, mais son sang battait dans ses tempes. Lloyd aussi semblait ressentir ce même sentiment. Son visage ne dénuait aucune expression.

Finalement la lumière du jour se fit voir et ils montèrent un autre escalier qui débouchait au dehors.

Ils coururent à perdre haleine sur le sable déjà brûlant du matin. Ils étaient loin lorsque Colette s’arrêta.

« Ma montre ! J’ai oublié ma montre ! »

Lloyd se retourna.

« Quelle montre ? La babiole sans importance ? Ce n’est pas une grosse perte, ce truc ne sert à rien !

-Tu ne comprends pas ! C’est un cadeau de ma grand-mère ! Je dois aller le récupérer ! »

Le jeune homme allait exploser lorsque Anto posa une main sur son bras.

« Laisse-là y retourner. Si elle y tient tant que ça, alors qu’elle aille le récupérer. »

Le jeune homme s’apaisa. Colette se tourna vers la grand-mère d’Akim, reconnaissante. Son visage était étrangement serein, ne comportait aucune trace d’exaspération ou de colère.

« Prenez la clé du tunnel. Et prenez soin de refermer la porte. Je vous attends ici. »

Ils se précipitèrent vers l’escalier souterrain et Colette descendit en hâte pour se précipiter dans les couloirs. Ils ne perdirent pas de temps à retrouver la porte et sortirent dans le couloir. L’adolescente courut vers sa chambre. A l’étage supérieur il y avait du bruit. Elle retrouva sa précieuse montre sous l’oreiller de son lit et la mit dans sa poche, puis rejoignit Lloyd.

« C’est bon tu l’as ? demanda t-il.

-Oui. »

Et ils coururent rejoindre la sortie.

Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu’ils tombèrent sur Akim.

« Qu’est-ce que vous faites là ?! s’exclama celui-ci.

-Et toi alors ? rétorqua le jeune homme. Mamie t’attend ! »

Le garçon eut un rictus moqueur.

« To a confiance en moi, elle sait que je reviendrai même si je m’absentai une semaine. Et je reste là pour de bonnes raisons. Passez devant, je vous rejoins. »

Lloyd ne se fit pas prier et emmena Colette, toujours accrochée à sa main, vers la porte. Akim les rejoignit. Ils fermèrent la porte et regagnèrent la surface. Mais en courant sur le sable du désert, Lloyd buta sur quelque chose et tomba. Alertés par le bruit, des hommes armés pointèrent leur nez et les aperçurent.

« Des renégats. »souffla Akim.

L’ombre d’un sourire passa sur ses lèvres.

« Eh, petits, c’est pas un endroit pour jouer ici… »

Les gardes se turent.

« Eh, tu vois ce que je vois ?

-C’était trop beau, le chef va nous couvrir d’or.

-Vous êtes Lloyd et Colette, les deux jeunes gens que nous recherchons ?

-Arrête, ne discute pas. On les capture et puis c’est tout. C’est notre boulot et les ordres du chef. »

Ils sifflèrent et d’autres soldats vinrent encercler le petit groupe.

« Eh, regardez-moi ça, ils avaient tenté de s’échapper par ici, les petits fuyards !

-C’est très astucieux, nous n’aurions pas pu retrouver cette cachette si nous ne les avions pas surpris.

-Vous croyez que c’est bon de discuter lorsque vous arrêtez des prisonniers ? C’est très imprudent de votre part… dit soudain Akim.

Les hommes se tournèrent vers le garçon.

« Regardez-moi ce petit effronté ! Il me rappelle bien quelqu’un. »

Le cercle se refermait, ils étaient pris au piège. Akim semblait par contre s’amuser, contrairement à ses deux camarades.

« Et en quoi vous rappellerai-je  quelqu’un ? C’était un type de votre connaissance ? »

Le renégat examina le garçon.

« Oui. C’est cela. Et qui sait si ce n’est quelqu’un de ta propre connaissance… »

A ces mots, Akim perdit son sourire.

« Ce n’est pas possible. Ce n’est pas vrai… »

Le renégat sourit, et relâcha son attention du coup. Cela permit à l’adolescent de lui donner un coup de pied dans les côtes et d’envoyer tous les autres au tapis. Il faisait preuve d’étonnamment d’agilité pour son âge.

« Vous deux ! dit-il. Partez rejoindre To, je m’occupe d’eux !

-Tu ne crois que tu es un peu jeune pour… commença Lloyd.

-Perds pas ton temps à discuter et dégage ! »

Colette commençait déjà à courir. La peur donnait des ailes, c’est bien connu. La jeune fille flottait presque comme un oiseau sans qu’on s’aperçoive que ses pieds touchaient à peine le sol. Très vite, elle se retrouva en lieu sûr.

Ce ne fut pas le cas de son ami. Un renégat qui n’attaquait pas Akim comme les autres s’élança vers lui et lui fit un croche-pied. Le jeune homme valsa un instant et atterrit sur le sable, se brûlant le visage par la même occasion.

Le soldat finit de bloquer son prisonnier en posant son genou sur le dos et siffla à d’autres camarades qui vinrent à lui.

« Lloyd… » appela d’abord Colette, doucement pour ne pas que le type ne la repère.

Lloyd la regarda et souffla quelque chose comme : « Aide-moi à m’en sortir ».

La jeune fille était pétrifiée sur place, et elle se prépara une seconde fois à appeler, plus fort, lorsque quelqu’un lui plaqua sa main sur sa bouche. Elle poussa un gémissement de surprise.

« Suis-moi vers To, on ne peut rien pour lui. »

Akim la traîna avec force vers un coin d’ombre malgré ses réticences et la mit bien vite à l’abri.

 

De son côté, Lloyd vit disparaître son amie aux bras d’Akim. Une rage sourde gronda en lui, mais en même temps un immense soulagement s’écoula dans son esprit. Il se sentit presque détendu.

Il était dans une situation presque inconfortable, les bras liés derrière le dos et face contre terre. Les types le prirent et le jetèrent sans ménagement dans une sorte de fourgon qui n’en était pas un. Un autre type monta dans le fourgon en question et prit une sorte de seringue qu’il piqua sur le bras de Lloyd, y injectant un liquide transparent.

« Fais de beaux rêves, gamin ! » l’entendit-il dire, lorsqu’il retira la seringue.

Mais déjà il basculait dans un profond sommeil.

 

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Un officier entra dans le bureau du chef des renégats.

« Mission accomplie, chef, ou presque. Nous avons capturé le garçon mais la fille s’est échappée avec les deux autres !

-C’est bien, vous avez fait du bon travail (H.S : Ce serait bien qu’il remonte leurs salaires aussi ! XD ; Yuan : Et puis quoi encore ?). Nous récupérerons la jeune fille bien assez tôt. Pour l’instant nous avons le garçon, c’est suffisant. »

Il congédia le lieutenant et se retrouva seul en tête à tête avec lui-même.

« Bien, comme on se retrouve… La partie tourne en notre faveur on dirait… » souffla t-il.

Un léger sourire flotta sur ses lèvres.

 

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Chapitre 13: Sans Colette / Sans Lloyd - par Alienor

(1ère partie) Sans Colette

 

Lloyd se réveilla avec une forte envie de se soulager. Tout était sombre autour de lui. Il se sentait mort. Il ne voyait rien, ne touchait rien, n’entendait rien, et il avait un goût fade dans la bouche. C’était comme si ses cinq sens s’étaient éteints.

Il ne supporta plus cela et se débattit. Il ne pouvait pas être mort. La preuve, son cœur battait encore. Et il avait une forte envie pressante. Il continua de se secouer comme une tortue retournée sur le dos jusqu’à ce qu’il bascule soudain dans une sorte de vide, pas si vide que ça au final puisque quelques secondes après il heurta un sol dur et froid, et se fit mal en se cognant la tête. Ses cinq sens étaient revenus, quel soulagement. Il ouvrit les yeux, et rencontra l’obscurité. Le temps que sa vue s’accoutume au noir environnant, il se releva en se frottant le dos. Lorsqu’il fut debout, il se courba pour éviter de s’uriner dessus et se rassit sur une sorte de banc en métal dur. Pas très confortable.

Lorsqu’il put voir suffisamment dans l’ombre, il détailla chaque recoin de l’endroit où il se trouvait. C’était une sorte de cellule, à voir les barreaux de métal qui interdisait de sortir.

« Qu’est-ce que j’ai pu faire pour me retrouver en prison ? » se demanda t-il à voix haute.

Il frôla les barreaux de ses doigts et une décharge violente traversa son corps et le renvoya au fond de la cellule. Sa vessie ne put se retenir plus longtemps et il se relâcha.

Il se remit debout avec une grimace à cause de son pantalon mouillé et commença à se plaindre.

« C’est pas vrai, dites-moi que c’est un cauchemar !

-Malheureusement non. »

Lloyd releva la tête, surpris. Il ne s’attendait pas à ce qu’on vienne lui parler ici.

« Qui est là ?

-Personne, ça ne se voit pas ? »

Une silhouette se dessina dans l’obscurité de la cellule voisine.

« Mon pauvre, tu te retrouves dans un sale état…

-Non, ça se voit tant que ça ? fit le jeune homme, énervé. Et puis, t’es qui d’abord ? »

La personne à qui il s’adressait était un jeune garçon aux cheveux blonds clairs et vêtu d’une veste et d’un pantalon marron. Celui-ci sourit, tristement.

« Gilles, dit soudain une voix de femme, derrière le garçon, avec qui parles-tu ?

-Tu es réveillée, Rébecca ? Regarde, pendant que tu dormais ils ont amené quelqu’un d’autre, on n’est plus seuls maintenant.

-Vous vous appelez Gilles et Rébecca… ?

-C’est exact, quelle perspicacité mon cher ! »

Le babillage du garçon commençait à agacer Lloyd, et pourtant, ceci lui était familier. Cela lui rappelait quelque chose mais il ne s’en souvenait plus.

« Excusez-moi, on se connaît ? » demanda t-il.

Une jeune femme d’une vingtaine d’années environ apparut à côté du garçon. Celui-ci lui lança un regard surpris.

« Pas à ma connaissance non, pourquoi ? »

Le jeune homme se sentit bête, soudain. Evidemment, il n’avait jamais vu ce garçon, et puis d’ailleurs, lui et sa sœur avait un accent légèrement… français.

Puis soudain, il aperçut l’étoile jaune, sur leurs vestes marron sales.

« Eh mais vous êtes… juifs ? »

L’enfant baissa la tête, l’adulte au contraire la laissa bien haute.

« Ca te dérange ?

-N… non bien sûr, s’excusa l’adolescent. J’étais juste curieux c’est tout.

-Tu es anglais ? »

Il s’empressa de répondre :

« Oui. Et vous parlez bien ma langue d’ailleurs.

-Merci. Comment tu t’appelles ?

-Lloyd. »

Lloyd se laissait aller à l’interrogatoire. Il était heureux de ne pas se retrouver seul, dans cette obscurité oppressante.

« Où sommes-nous ?

-Je ne sais pas, je viens d’arriver. »

Soudain, la lumière s’alluma, dans les cellules, ainsi que dans les couloirs. Surpris à un point, les trois prisonniers fermèrent les yeux, peu habitués à la forte lumière.

Une porte s’ouvrit automatiquement et plusieurs personnes s’avancèrent. Ils étaient habillés de noir pour certains, casqués pour d’autres et d’autres encore étaient tatoués.

« Eh bien, comment se portent nos chers prisonniers aujourd’hui ? » dit la première personne, un homme de grande taille plutôt musclé.

Les trois compagnons ne répondirent pas.

« Eh bien, pas bavard les petits oiseaux. Je m’attendais à les entendre chanter.

-Ta blague tombe comme d’habitude à plat, Bastian. »

C’était un autre homme, plus mince, avec quelques poils de barbe au menton, un foulard sur la tête et un regard moqueur qui ne présageait rien de bon. Lloyd l’aurait volontiers surnommé « le renard », à cause de son air rusé et de la forme de son visage, quasi triangulaire.

« Vous allez bien aujourd’hui les enfants ? Parfait. C’est que le chef s’inquiète pour votre santé mes petits moineaux.

-Que faisons-nous ici ? Qu’attendez-vous de nous ? » demanda Rébecca.

Le renard se tourna vers elle avec un regard de convoitise, ce qui la fit reculer.

Il s’approcha des barreaux en prenant soin de la regarder dans les yeux.

« Là-dessus, ma mésange, les deux questions se rejoignent. Vous allez nous servir à beaucoup de choses. Vous serez les jouets, les pions de notre partie de jeu de société. C’est bien comme ça qu’on appelle chez vous ? J’en frissonne déjà d’excitation. En attendant, on s’était dit que ce n’était pas très sympa de vous avoir capturé alors que vous ne nous connaissez pas. Alors si ça ne vous dérange pas nous pouvons faire les présentations.

-Tu es très imprudent, Link, de parler à des prisonniers. S’ils s’enfuient, on aura vite fait d’être localisés et capturés.

-Mais après tout, qui les croira ? »

Le renard continua :

« Je suis Link, le commandant de cette petite bande. Et voici Bastian, mon lieutenant, nos soldats, Emi, Lucinda, Maléagon, Karim, et notre mesmérienne, Thorû.

« Mesmérienne ? » se demanda Gilles.

« C’est quoi une mesmérienne ? demanda Lloyd, niaisement.

-T’es pas très futé, petit moineau. Tu n’as jamais entendu parler d’hypnotisme ?

-Euh… Si, je sais ce que c’est.

-Ca facilite les choses, et bien c’est quelque chose dans ce genre là.

-J’ai rien compris, grommela l’adolescent, tout bas.

-Un mesmérien est une personne qui pratique le mesmérisme, d’où le nom d’un certain docteur Mesmer. C’est le synonyme de l’hypnotisme, qui consiste à manipuler les gens sans qu’ils n’en aient conscience, et contre leur volonté, expliqua Gilles.

-Merci j’avais compris, lui répondit Lloyd, gêné par le fait que le garçon en savait plus que lui malgré leur différence d’âge, car l’enfant ne semblait pas dépasser la douzaine.

-Parfait, fit Link, satisfait. Et vous, aurions nous l’honneur de connaître vos noms ? Nous aurons plutôt du mal à les retenir car ici nous utilisons des noms très différents de chez vous.

«Déjà que j’arrive pas à retenir les leurs, »pensa Lloyd, passablement agacé par l’attitude de ces gens bizarres. Il avait atterri dans un monde de fous, c’était inévitable.

« Laisse, Link, retentit soudain une voix féminine, n’insiste pas, de toute évidence ils ne nous diront rien, as-tu vu comment ils nous dévisagent ? »

C’était une jeune femme brune aux yeux sombres, dénués d’expression. Elle avait la peau pâle comme celui d’un fantôme, et elle était vêtue d’un tee-shirt bourré de poches et d’un pantacourt noirs. Elle faisait peur à voir. Mais Gilles la reconnut immédiatement.

« Miracle ! Ta première longue phrase de la journée ! D’habitude tu es muette comme une carpe ! lança l’homme, hilare.

-C’est bien la première fois que tu prononces le nom d’un autre animal qu’un oiseau.

-Ha Ha, tu me fais rire, Thorû. »

La jeune femme s’approcha de lui et il se recula précipitamment.

« Si tu comptes poser un seul de tes doigts sur ma peau, je ne donnerais pas cher de la tienne à mon réveil.

-Tu aurais de toute façon été paralysée et incapable de bouger. Et puis, je n’avais pas l’intention de te toucher… »

La femme passa à côté de lui et vint s’asseoir sur une sorte de coffre de bois rare.

« Fais attention, si le chef s’aperçoit que tu t’assoies sur un de ses coffres, il fera en sorte que tu…

-Je n’ai pas d’ordre à recevoir du chef, le coupa la mesmérienne, en posant gracieusement une main sur ses genoux et une autre nonchalamment sur le bois dur.

-Elle est têtue, laisse tomber, dit une autre femme, casquée cette fois, et je crois que nous nous détournons du sujet principal, ne pensez-vous pas ? »

Elle retira son casque et une courte chevelure blonde lui descendit jusqu’aux épaules. Ses yeux étaient vert pâles, son teint clair. Un joli brin de fille. La trentaine environ, peut-être moins.

Elle se tourna vers les jeunes gens.

« Laissez-moi deviner… Alors toi, tu es Lloyd ! s’exclama t-elle en désignant le garçon aux cheveux châtains.

-V…Vous connaissez mon nom ?

-Naturellement, et vous deux, êtes… Génis et Raine !

-Génis et Raine ? C’est quoi ces noms ? s’exclamèrent le frère et la sœur, les yeux ronds.

-Oh, excusez-moi, je confondais avec vos doubles. Vous êtes bizarres, vous les passeurs, à donner des noms abracadabrants comme… Gilles et Rébecca !

-Eh !

-C’est ça ? Super, je suis une véritable devineresse !

-De premier niveau seulement, oui, railla Bastian, j’en connais qui sont mieux que toi.

-Ferme-là, gros tas de muscles, j’en connais moi aussi qui sont plus beaux que toi. »

Bastian resta de marbre, mais on sentait une lueur d’amusement dans son regard.

Soudain, une sonnerie retentit, venue de nulle part.

« Ah, on nous appelle, fit un homme, qui n’avait pas encore parlé, et qui, devina Lloyd, devait être Karim, à voir sa peau brune.

-Oh, encore une conférence ! râla la femme blonde. Je m’ennuie à mourir lors des réunions !

« Faut faire avec, ma petite Lucine, fit Bastian.

-Combien de fois t’ai-je dit de ne jamais m’appeler comme ça ?

-Pardonne-lui, Lucinda, lança une autre fille, plus jeune, qui devait être Emi, il est incorrigible.

-Nous allons vous laisser, petits oiseaux, dit Link, aux trois prisonniers. On reviendra vous chercher plus tard…

-Vous allez nous sortir d’ici ? » se risqua Lloyd.

Mais le groupe s’en allait déjà. La porte s’ouvrit lorsqu’ils passèrent et ils les laissèrent bientôt seuls. Seule Thorû, la fille brune, se retourna pour les regarder sans une trace d’émotion. Puis elle partit elle aussi.

Link revint soudain, et lança à Lloyd :

« Quant à toi on s’arrangera pour te repasser des vêtements propres. »

Le garçon devint rouge cramoisi, et se tassa sur lui-même, tandis que leurs ravisseurs s’esclaffaient de l’autre côté. Mais Gilles et Rébecca n’avaient pas le cœur à rire, eux. Le renard repartit rejoindre ses compagnons.

Les lumières s’éteignirent de nouveau, lorsque la porte se referma d’elle-même.

 

 

 -(2ème partie) Sans Lloyd

 

 

 

Colette s’écroula sur le sable, désespérée. Une bonne heure s’était écoulée depuis leur fuite du terrier. La chaleur était insupportable. La jeune fille était rouge et assoiffée. Elle ne pouvait plus marcher tellement elle était épuisée. Ils n’avaient plus d’eau et l’oasis de Triet se trouvait à quelques kilomètres de l’endroit où ils se trouvaient. Ils ne pourraient jamais parcourir toute cette distance. Ils seraient morts avant.

« Colette, encore un effort… l’encouragea Anto, qui, elle, ne paraissait pas souffrir de la chaleur malgré son âge.

-Je ne peux plus faire d’efforts, répondit la blondinette, je suis à bout. »

Puis elle éclata en sanglots.

« C’est ma faute ! s’exclama t-elle.

-Et en quoi serais tu fautive ?

-C’est ma faute si nous nous retrouvons dans cette situation, c’est ma faute si nous allons mourir, c’est ma faute si Lloyd a été capturé, c’est ma faute si…

-Du calme, Colette. Tu n’es responsable en rien de tout cela.

-Oui, arrête de faire ta pessimiste, » lança Akim.

Il rajouta :

« Chochotte. »

C’était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. La jeune fille fut vers lui en quelques bonds. Elle lui cria dessus, le visage ruisselant de larmes :

« Tu ne comprends rien, toi ! Toi aussi, au fond, tu es responsable de tout ça ! Tu as abandonné Lloyd et qui sait ce qu’il subit en ce moment ?!

-Ce n’est pas ma faute si la petite étourdie que tu es n’avait pas oublié son bien si précieux. »

Il avait bien appuyé sur le « bien si précieux », faisant référence à la montre de Colette. La jeune fille serra le seul souvenir la rattachant à sa famille sur Terre. Plus que jamais elle se sentait désespérément loin d’elle.

« Et puis, s’il n’avait pas perdu son temps à discuter, il aurait eu une chance de s’en sortir. Mais non, monsieur a pensé que je n’étais qu’un gamin qui jouait avec le feu. Franchement, c’est d’une inconscience… »

Colette voulait à tout prix que quelqu’un ou quelque chose le fasse taire. Elle ne supportait plus de l’entendre. Tout ce qu’il disait la faisait souffrir à tel point qu’elle voulait mourir. Elle n’en pouvait plus.

« Et puis en même temps, il était stupide. Ce ne sera pas une grosse perte s’il succombe là où il est… »

Cette fois, elle en avait assez. Sa main partit sans qu’elle puisse la contrôler et atterrit sur la joue d’Akim en une claque retentissante. Elle ne put plus s’arrêter de pleurer par la suite.

L’adolescent resta un instant coi, incapable de réagir à ce qui venait de se dérouler, puis il porta une main à sa joue, rougie par la brûlure de la gifle. Un rictus amer se forma au coin de sa bouche et un grognement imperceptible sortit de sa gorge, qui ressemblait bizarrement à un rire. Il se retourna brusquement et s’éloigna, ne dévoilant aucun de ses sentiments.

Anto posa une main sur l’épaule de la jeune fille, mais celle-ci se déroba, et partit elle aussi dans son coin. La femme ne sut plus quoi faire. Elle comprenait la douleur de Colette. Lloyd venait lui aussi de la Terre, et sans lui, elle avait l’impression d’être la seule étrangère. Elle avait la sensation que son monde n’existait plus, mais qu’à la place elle était morte et dans un enfer dont elle ne sortirait jamais. Et pour elle, Akim et Anto étaient des diablotins venus la harceler. Et pourtant, la vieille femme le connaissait, Akim. Il avait été un adorable garçon jusqu’à la disparition de ses parents. Là, tout avait changé. Il avait fait de plus en plus souvent des escapades dans le désert. Il s’était renfermé sur lui-même, était devenu hargneux. Et pourtant, un jour qu’il errait dans Triet, il avait rencontré Arden. Un fennec blanc couleur sable clair. Il l’avait ainsi baptisé, car pour lui, l’animal avait été une porte vers le paradis, une évocation de cet Eden que le petit garçon avait tant et tant de fois recherché.

Mais voilà, aujourd’hui, tout n’était plus comme avant. L’arrivée de Lloyd et Colette avait bouleversé le cours de leur existence. Ils avaient appris des choses que les plus célèbres scientifiques de Sybak et de Meltokio auraient donné cher d’apprendre. Mais il avait fallu que ça tombe sur eux, pauvres gens, comme s’ils n’avaient pas suffisamment de soucis comme ça…

Anto secoua la tête. L’atmosphère commençait à dégénérer sérieusement. Lloyd n’était plus là, Colette déprimait et Akim et elle-même ne faisaient rien pour arranger la chose. Elle s’en voulait.

Néanmoins, elle continua sa route, précédé de son petit-fils à l’avant et suivie de Colette à l’arrière. Son cœur de personne âgée aurait dû lâcher depuis longtemps sous cette chaleur d’enfer, mais en tant qu’habituée du désert, elle était solide et pouvait marcher une journée sans s’épuiser, à condition de boire. Et là, l’eau leur faisait sérieusement défaut. Et c’était pour ça qu’ils devaient à tout prix rejoindre Triet.

Il était midi passé lorsque la jeune fille blonde s’écroula à terre, évanouie. Son cœur battait si lentement qu’Anto comprit qu’elle ne tiendrait plus longtemps. Elle avait été très rapidement déshydratée, tellement qu’il ne restait plus une seule goutte d’eau dans son corps. Sa gorge était à sec, ses yeux gonflés, sa peau fiévreuse. Ses cheveux étaient mouillés et foncés par la transpiration. Elle suffoquait. Anto essaya d’utiliser toutes les techniques de secours possibles, elle ne pouvait plus la ranimer.

« Akim… appela t-elle. Akim ! »

Mais le garçon avait une fois de plus disparu.

La vieille femme s’écroula à son tour à terre. Cette fois c’était sûr, elle ne pouvait rien faire. De plus, elle aussi était fatiguée. Si fatiguée…

Elle chercha la main de la jeune fille et la serra.

« Pardonne-moi… » murmura t-elle.

Elle sombra dans l’inconscience sans remarquer l’ombre soudaine qui s’abattait sur elles…

 

 

 

Conversation entre les personnages :

 

Link : Hi Hi…

Lloyd bis : Qu’est-ce que tu as encore ?

Link : Nan c’est juste que j’aie beaucoup aimé la scène où tu t’es lâché dessus…

Lloyd bis : Oh ça va !

Link : On peut dire que j’ai bien fait de t’indiquer qu’on allait te rapporter des vêtements !

Lloyd bis : D’accord mais c’était pas la peine de le dire devant tout le monde !

Gilles : Mais de toute façon on n’avait pas réellement le cœur à rigoler, vu la situation dans laquelle on se trouve actuellement !

Rébecca : Je plussoie.

Colette bis : Et moi qui vais sûrement mourir de déshydratation dans le désert de Triet…

Lloyd bis: Mais non Colette, tu vas pas mourir !

Gilles : Enfin bon, on passe cette conversation sur écoute et on se revoit dans le prochain chapitre de cette fan fiction. Prenez votre mal en patience d’ici là !

Lloyd bis : Mais attends on peut déjà parler de notre prochaine libération héroïque et de notre fuite dans la base poursuivis par des types bizarres et sous l’emprise de l’alcool et puis…

Rébecca :*soupire* Pour l’instant il ne s’agit pas encore de ça… 

Gilles : Et puis ce n’est pas toi qui décides du scénario…

Lloyd bis : Ben si justement puisque je fais partie des héros principaux !

Voix off : *à part* Sur le coup il n’a peut-être pas totalement tort. Allez à toutes !

 
 

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Posté par _martel_ à 18:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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Chapitre 14: Une partie de la vérité... - par Alienor

Yuan attendit patiemment ses missionnaires dans la salle de réunion. Il avait un dernier travail à leur confier, et c’était très important.

Les missionnaires en question ne semblaient pas très pressés. Le chef des renégats n’était pas du genre à attendre et s’énerva très vite du retard du groupe qu’il attendait. Il leur avait envoyé un signal il y a dix minutes et ils auraient dû être ici depuis seulement cinq ! Il se promit de les réprimander lorsqu’ils seraient enfin présents.

En attendant, il se dit qu’il avait largement le temps d’accomplir une dernière chose.

Il s’avança vers une sorte de grand ordinateur à écran plat et appuya sur une touche. L’écran s’alluma et chargea. Yuan abrégea le chargement en appuyant sur une autre touche. Cette fois, il arriva au menu et choisit une icône qui venait de s’afficher. Une nouvelle fenêtre s’alluma et il débarqua sur une sorte de caméra qui filmait un endroit. D’habitude, c’était le travail de ses soldats de veiller sur les caméras de surveillance. Mais cette fois, c’était autre chose qu’un écran de surveillance. Oh oui, c’était autre chose.

L’image qui s’affichait montrait une sorte de salle, semblable à celle-ci, avec quelques différences près. Il n’y avait personne dans cette salle en question. Mais bientôt, la porte dans un recoin de la pièce s’ouvrit et un homme entra. Il semblait soucieux. Fatigué et soucieux. L’homme ne pouvait pas savoir qu’on l’espionnait, mais après tout, c’était mieux ainsi.

Il s’assit sur une chaise et se tint le visage entre les mains. Il était brun, les cheveux longs, plutôt beau, mai ça, ce n’était pas l’important. Il réfléchissait. Yuan savait à quoi il pensait.

« Où sont-ils passés ? Mon Dieu, ce n’est pas possible… »

Le chef des renégats s’amusa beaucoup à entendre parler l’homme. Cette évocation « mon Dieu », ça sonnait bizarre chez lui. Les croyances religieuses là-bas devaient être très différentes d’ici. En tout cas, il aimait beaucoup ce qualificatif. Est-ce qu’il aurait appelé Martel « ma Déesse ? », de son côté ? Non, sûrement pas.

Il zooma plus près et il put voir l’homme de plus près. La ressemblance était frappante, à part la couleur des cheveux et des yeux. Normal, là-bas, il n’y avait pas de demi elfes, et les cheveux n’étaient forcément pas verts ou bleus.

Il avait l’impression de se regarder dans le miroir. Il est vrai que voir quelqu’un qui vous ressemble vous aurait un peu déstabilisé, n’est ce pas ?

Néanmoins, l’homme enleva les mains de son visage pour regarder, alerté, la caméra où Yuan l’observait.

Là encore, c’était son sosie tout craché. Même forme de visage, mêmes yeux, même format de cheveux, et enfin, même façon de réagir à quelque chose.

« Qui est là ? » demanda t-il.

Yuan sursauta. Cet humain faisait preuve d’intuition à tel point que c’en était frappant. Plusieurs fois, il avait failli le surprendre en train de l’espionner. L’homme s’avançait à pas précipité vers la caméra lorsque Yuan la désactiva et éteignit l’écran, qui redevint noir.

A ce moment-là, ceux qu’il attendait entrèrent dans la pièce.

« Hey, salut, chef ! s’exclama l’homme qui était à leur tête.

-Vous en avez mis du temps ! les réprimanda le chef, en essayant de cacher son trouble, qui disparut bien vite. Cela fait un quart d’heure que je vous ai appelé il me semble ! »

Le type rit d’un rire qui déplut à Yuan. Il se demandait s’il avait bien fait de leur demander leur participation à son projet.

Mais bon, il fallait faire avec. Il posa ses mains sur son bureau et fit signe à tous de s’asseoir. Certains ne se gênèrent pas pour se caler sur la table où encore à utiliser les chaises dos au ventre. Là encore, leurs manières l’énerva beaucoup.

« Bien, commença t-il, maintenant que vous êtes tous là, nous allons pouvoir faire une mise au point… »

La blonde du groupe bâilla, et Yuan regretta presque de les avoir convoqués. Mais bon, il faut toujours supporter le pire pour arriver à ses fins.

« Nous avons ce que nous voulions, vous pensez peut-être obtenir votre part de la récompense, mais vous ne doutez pas que j’ai encore besoin de vous…

-Merci on le savait ! » tonna le chef du groupe.

Yuan lui jeta un regard lourd de sens. Voilà le problème. Link, le capitaine, semblait trop passif par rapport aux agissements de ses coéquipiers. Ils étaient tous aussi étranges les uns que les autres. Par exemple Bastian, le lieutenant quadragénaire, paraissant toujours aussi jeune pour son âge, normal puisque c’était un demi-elfe, avait un sombre passé que même Yuan pourrait comprendre. Ensuite, Lucinda, la femme du groupe. Blonde aux yeux vert pâles, plutôt jolie, qui ne se gênait pas pour se mettre en décolleté et mettre un court short qui dévoilait des cuisses costaudes, elle était humaine mais il y aurait des fois où l’on se demanderait si elle en était réellement une tellement elle était belle et insaisissable, car elle possédait le don de jouer avec le vent en courant avec, ce qui donnait l’impression qu’elle volait. Puis Karim, noir de peau et clair d’esprit. Il possédait une intelligence redoutable et calculatrice, et même s’il était frêle, ou plutôt s’il le paraissait, il pouvait porter quelque chose de très lourd et le trimbaler dix minutes sans se fatiguer. Puis Maléagon, qui ne savait pas parler. Il s’exprimait souvent en langage des signes. Et enfin Emi, qui n’avait même pas quinze ans. Elle avait des yeux légèrement bridés et une étonnante dextérité au combat. Les cheveux courts attachés en couettes derrières ses épaules, on l’aurait prise pour une pratiquante de l’art martial. Son regard affichait une telle détermination pour une fille si jeune… Et puis Thorû, la « mesmérienne » comme l’appelait ses amis. A une époque sur Terre elle aurait été envoyée au bûcher. Mais maintenant ce n’était plus le cas. Si elle n’était pas plus humaine qu’elfe, elle n’exprimait aucune émotion, si bien qu’on aurait dit un être sans vie. Si elle touchait la moindre matière vivante, celle-ci se trouvait comme anesthésiée et succombait à un coma profond, d’une durée de quelques jours ou de quelques mois, selon la solidité de la personne. C’était la plus mystérieuse du groupe. La plus dangereuse aussi. Mais de toute façon, ils étaient tous dangereux. D’une dangerosité inquiétante et efficace…

« Cette fois-ci, la mission que je vous confie ne devra pas être ratée. Il s’agit là d’une importance capitale.

-Laissez-moi deviner, le coupa Lucinda, il faut aller chercher cette fille qui manque à votre appel ?

-C’est à peu près ça, répondit le chef des renégats, un petit sourire légèrement ironique aux lèvres, mais en même temps, je ne m’inquiète plus trop pour le moment. La fille viendra à nous, de toute façon, un jour ou l’autre. C’est pourquoi je voudrais séparer votre groupe en trois parties. »

La surprise fut telle parmi les auditeurs, qu’un long silence s’abattit sur la salle de réunion. On entendrait une mouche voler, mais en ce moment, les insectes étaient absents, ce qui créait une sorte de calme gênant. Enfin, ce fut Link qui rompit le silence :

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, nous sommes peu, et si nous venons à nous scinder en trois groupes, nous ne serons que deux par partie. Et encore nous sommes un nombre impair, ce qui constitue un groupe de trois. C’est dangereux et…

-Il faut savoir prendre des risques. Vous n’en prenez peut-être pas, vous ? »

Pour la première fois, le chef du petit groupe semblait mal à l’aise, au plus grand plaisir de Yuan, car ça lui servait de leçon à son insolence, mais en même à sa plus grande inquiétude. Si les protagonistes refusaient sa proposition, il ne mettrait jamais son projet en œuvre…

Après une longue concertation, le groupe se tourna vers le demi-elfe et le chef prit la parole :

« Bon… C’est d’accord. Mais nous voudrions savoir ce que vous avez en tête, pour pouvoir nous informer. Quel est votre plan ? »

Yuan sentit un frisson de soulagement le parcourir, puis inspira un coup et se lança :

« La raison de ma proposition est simple : Je voudrais que deux d’entre vous parte à la recherche de la jeune fille. Elle doit être quelque part dans le désert, avec ses deux camarades qui l’ont caché. La seconde équipe partira à Meltokio pour régler une affaire avec l’élu de l’ancien monde de Tésséh’alla. Et enfin le troisième groupe restera ici, au cas où. Compris ?

-L’élu de Tésséh’alla ? Mais qu’a-t-il à faire là-dedans ? interrogea Bastian, avec surprise.

-Disons que j’ai un peu besoin de lui… » souffla le demi-elfe aux cheveux bleus.

Comme par le passé, songea t-il.

« Je vous laisse plusieurs minutes pour former vos groupes. Ensuite, vous vous préparerez et quatre d’entre vous partiront chacun dans une direction bien précise… »

 

L’entretien se termina bien vite. Les compagnons décidèrent ainsi : le groupe qui retrouverait Colette était composé d’Emi et Karim. Le second, celui chargé de voir Zélos, de Link et Lucinda, et enfin le troisième, qui resterait dans la base, de Bastian, Maléagon et Thorû.

Ainsi, deux groupes partirent, chacun sur un ptéroplan préparé pour leurs voyages.

D’ici là, on verrait bien ce qui se passerait…

 

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« Ca y est, elle se réveille ! »

Colette ouvrit les yeux difficilement, tellement ses paupières lui paraissaient lourdes. Elle regarda l’endroit où elle se trouvait. C’était une pièce assez sombre… Ou alors sa visibilité n’était pas au point. Mais en tout cas, il n’y avait aucun doute, elle se trouvait dans une chambre. Aux murs non tapissés. Et elle était allongée sur un lit sans drap. Et enfin, elle eut la sensation d’un liquide frais sur sa gorge, qui s’écoulait de sa bouche. Cela fit renaître un ravivant désir :

« J’ai soif… »

Elle se releva, la bouche sèche.

« Doucement, ça arrive. »

Elle sentit qu’on lui tenait le visage et qu’on l’incitait à porter quelque chose à ses lèvres. Elle ne se fit pas prier et un liquide doux s’écoula le long de sa gorge, mouillant sa langue craquelée. Elle soupira d’aise.

« Merci. »

Il faisait frais, dans cette pièce, mais dehors, on pouvait sentir le passage de la canicule récente.

« Où suis-je ?

-Dans l’auberge de Triet, nous errions dans le désert lorsqu’on nous a retrouvés. »

La jeune fille se tourna vers la femme qui lui avait répondu. Sans aucun doute, elle la connaissait. Il s’agissait d’Anto.

« Il s’en est fallu de peu, tu as bien failli y passer… Heureusement, Akim a trouvé des secours… Ne me demande pas par quel moyen… »

La jeune fille cligna légèrement des yeux, puis redemanda :

« Où est-il ? »

La vieille femme baissa la tête.

« Il flâne quelque part dans la ville, mais si tu veux le voir, je te conseille d’attendre un peu, tu dois récupérer… »

Le voir ? Akim ? Colette n’en avait aucunement l’intention. Qu’allait chercher Anto ?

« Ce n’est pas ça, je demandais juste… »

La jeune fille remarqua alors une femme au fond de la pièce, assise sur une sorte de tabouret. Les cheveux bruns attachés dans un turban enroulé sur sa tête, la peau mate et les yeux d’un bleu incroyable, elle restait un peu en retrait. Ses vêtements étaient pareils à ceux de la population locale. Lorsqu’elle sentit qu’on l’observait, la jeune femme se tourna vers elle et lui sourit, timidement.

« Voici Leïla, elle fait partie des gens venus nous porter secours, l’informa la grand-mère d’Akim.

-Enchantée, fit Colette. »

La femme se leva, marmonna quelque chose et fit un signe étrange de la main sur son front. Sur le coup, la jeune fille ne comprit pas.

« C’est un moyen de souhaiter la bienvenue. »

Anto sourit une nouvelle fois.

« Quand pourrais-je me remettre sur pied ?

-Dès que l’on jugera le moment venu. »

Colette se contenta de cette réponse, puis se prépara à rajouter quelque chose, mais se tut. Comprenant ce qu’elle désirait, la vieille dame fit un signe de tête à Leïla, qui, recevant le message, quitta la pièce en marmonnant. Puis Anto se retourna vers l’adolescente.

« Ne t’en fais pas, elle n’est pas bavarde, et est un peu étrange de temps en temps, mais elle n’est pas méchante non plus… »

Puis elle reprit :

« Tu voulais me dire quelque chose ?

-Oui… inspira Colette. Je suis désolée de vous avoir entraînés là-dedans. »

Anto ne dit rien, mais mit un poing sur une hanche.

« Encore une fois, tu n’y es pour rien. Après tout, au lieu de te faire des reproches, je préférerais encore te remercier !

-Hein ? fit la jeune fille, bouche ouverte avec une expression ahurie.

-Oui. Tu m’as appris des choses depuis ton arrivée. Avant, je pensais que nous étions tous des êtres inférieurs, comme voulaient nous le faire croire les riches nobles des terres de Tésséh’alla. Certains se battent pour prendre possession des terres de Sylvarant. Un jour où l’autre, nous allions devenir leurs serfs, puisque nous étions, d’après eux, voués à cela… »

Colette regarda son amie avec un éclair de compassion dans le regard.

« C’est la guerre depuis que ces mondes sont réunifiés. Les riches d’un côté, les pauvres de l’autre… Nous n’avions aucune chance… »

Anto regarda sa voisine dans les yeux.

« Mais toi, tu es là. Je vois comment tu es, je me rends compte comme tu es mature, comme ce qui arrive au monde, que ce soit le tien ou un autre, te préoccupe, et lorsque je te vois, je n’ai aucun doute sur le caractère de la Colette de ce monde… »

Elle reprit :

« Tu m’as redonné l’espoir, Colette. »

 

 

Il était tard ce soir et les étoiles scintillaient lorsque Colette partit s’asseoir près de l’enclos pour les animaux du voyage. Un vent frisquet secouait les branches des palmiers et s’envolait sur les toits terrasse des maisons. Il faisait doux malgré la fraîcheur nocturne, et la chair de la jeune fille frissonnait au contact de l’air froid.

Elle avait quitté sa chambre malgré les recommandations d’Anto et de l’hôtelière, qui les avait accueilli avec beaucoup d’inquiétude. Mais sentir le dehors sur sa peau l’avait trop tenté pour qu’elle reste au lit. Alors maintenant, elle se retrouvait ici.

Elle eut une pensée pour Lloyd, et une profonde mélancolie la traversa. Si au moins elle avait pu faire quelque chose pour le sauver. Mais elle avait été trop lâche pour réagir. Et Akim ne lui avait pas non plus laissé le choix…

En parlant du loup, elle entendait des pas sur le sable. Elle leva les yeux. C’était lui.

Que faisait-il ici ? Pourquoi venait-il à elle ? Ne comprenait-il pas qu’elle lui en voulait trop pour lui parler gentiment ?

Non, sûrement pas. Il s’assit à terre à ses côtés comme si de rien n’était et regarda les étoiles, comme elle.

« Derris… » murmura t-il.

Elle se tourna vers lui.

« Qu’est-ce que tu dis ? »

Elle ne voulait pas lui parler, et bien pourtant, elle le faisait…

« Derris, je disais ça comme ça… »

Ce mot disait quelque chose à Colette.

Il la regardait d’un drôle d’air maintenant. Cela avait le don de la mettre mal à l’aise.

« Dis-moi… commença t-il, soudain. T’es-tu souvent sentie mal sans aucune raison ? Enfin je voulais dire : as-tu déjà ressenti la douleur de quelqu’un d’autre sans savoir ce qui lui arrivait exactement, un peu comme si c’était empathique ?

-Pourquoi me demandes-tu cela ? »

Pour la première fois, le garçon semblait hésitant.

« Eh bien, j’ai eu l’impression à un moment donné que la souffrance que tu ressentais n’était pas la tienne, mais celle de quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu ne connais peut-être pas. »

Une lueur d’incompréhension brilla dans le regard de Colette.

« Eh bien… Ce que tu me dis est assez invraisemblable, mais il se peut que ça arrive quelquefois. Cela arrive à pas mal de personnes, non ?

-Non, justement. »

Il poursuivit :

« Non, cela n’arrive pas à tout le monde. C’est même rare. Cela n’arrive que si tu noues une réelle affection ou un lien avec quelqu’un à qui tu tiens beaucoup. S’il arrive quoi que ce soit de douloureux à cette personne, tu ressens sa souffrance…

-Tu en sais un rayon là-dessus, tu as déjà vécu cette expérience ? »

L’adolescent baissa la tête, puis souffla un « en quelque sorte » timide.

La conversation sembla s’arrêter pendant un moment. Un long silence s’ensuivit, puis Colette, un peu troublé par les paroles de son interlocuteur, changea de sujet :

« Mais Akim, dis-moi, je ne sais pas si je peux te demander ça mais l’autre jour, lorsque Lloyd s’est fait capturer, un… renégat, comme tu dis, t’a lancé quelque chose, comme quoi tu lui rappelais quelqu’un, et tout de suite après, il a dit que ce pouvait tout aussi bien être quelqu’un de ta connaissance. Sur le coup, je n’ai pas très bien compris, mais cela veut-il dire que tu avais un membre de ta famille qui avait des liens avec ces types !? »

Après un long silence gênant, où l’on put admirer le vol d’un oiseau habitué du désert, Akim lui répondit :

« Ce… je suis désolé, mais ce n’est pas quelque chose qui te concerne. Laisse-toi en dehors de ça, ce ne sont pas tes oignons ! »

Et il se leva brusquement, à la grande surprise de la jeune fille, qui tomba en arrière.

Il resta debout un instant, puis il marcha en direction de la place de la ville en lui lançant :

« Rentre à l’auberge, To s’inquiète pour toi. »

Et devant les yeux ronds de sa voisine, il rajouta en soupirant :

« Elle est insomniaque. »

Et il disparut dans la nuit sans qu’elle ait pu cligner de l’œil.

Colette resta là, et au lieu de suivre les conseils du garçon, elle se rassit sur son banc.

Ce soir-là, Akim avait dévoilé une phase de son caractère qui l’avait changé. Il n’était plus l’adolescent indifférent et mal élevé qu’ils avaient rencontré, Lloyd et elle, et il n’était pas non plus le lâche qu’elle avait cru voir à un certain moment. Il avait même dit « désolé » dans sa réponse à la question qu’elle avait posée, ce qui n’était pas dans ses habitudes, avant de se faire violence et de partir. Plus que jamais elle sentait que cet étrange adolescent de quatorze ans avait quelque chose à cacher… qu’il répugnait à avouer…

 

 

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Posté par _martel_ à 18:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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