Hiroshima- à l’autre bout du monde.

La jeune femme attendait en faisant les cent pas. Cela faisait une bonne dizaine de minutes que la jeune secrétaire l’avait laissé là, pour aller traiter sa demande. Enfin, celle-ci réapparut, et dit, d’une voix monotone :

« Le colonel va vous recevoir, veuillez me suivre. »

La jeune femme ne se le fit pas dire deux fois et marcha sur ses talons. Enfin, elles s’arrêtèrent devant la porte d’un bureau et la secrétaire ouvrit la porte pour la laisser passer, puis la referma. La femme se retrouva seule, dans une pièce aux murs blancs et à l’aspect déprimant. Puis un homme, qui travaillait sur son bureau, leva la tête. Petit, un peu chauve, les cheveux sombres et le teint terreux, il s’exclama :

« Ah ! Mademoiselle Fujibayashi !

-Mon colonel ! fit la jeune femme.

-Que me vaut le plaisir de votre visite ? »

La mademoiselle Fujibayashi inspira un grand coup, puis se lança :

-Et bien voilà, je voulais vous voir au sujet de la décision que l’état a prise.

-Vous voulez parler de l’accord ?

-Oui… c’est cela… Je voulais vous voir pour vous demander ceci : est-ce vraiment une bonne idée ? »

L’homme tapa du poing sur le bureau.

« Plusieurs personnes m’ont interrogé sur cela ! Je leur ai répondu franchement que l’état sait ce qu’il fait et que l’accord passé en 1940 avec l’Allemagne et donc le Führer est capital !

-Je ne suis pas réellement d’accord avec l’état ! Le Führer cause le mal partout où il va et, je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais il nous fait subir une véritable dictature ! Je me méfie de lui !»

Nouveau coup sur la table.

« Ecoutez, mademoiselle, vous êtes jeune et, de plus, vous êtes une femme ! Qu’est-ce qu’une femme peut faire dans les affaires politiques qui ne concernent que les grands hommes d’état ? Ne vous inquiétez pas pour nous, nous savons exactement où nous allons et les risques que nous prenons. Veuillez ne plus interférer dans nos affaires ! »

Il avait bien appuyé sur « interférer » et sur « nos ». La jeune femme bouilla. Elle avait dû mal à se retenir de lancer une gifle retentissante à la figure de cet idiot. Elle était choquée par ces propos sexistes. Mais finalement, après un moment de tension, elle affaissa ses épaules et dit d’un ton solennel, mais où brillait un faible soupçon d’ironie :

« Bien, comme vous voudrez. A l’avenir je ne vous dérangerais plus. »

L’homme eut une moue satisfaite, persuadé d’avoir gagné cette partie là.

« Mais… ajouta t-elle, alors qu’elle était sur le point de sortir du bureau, je vous préviens, cela va finir par mal tourner, il va arriver de grands malheurs. Vous vous obstinez mais j’en suis quasiment certaine. »

Le colonel bougonna et laissa partir cette désagréable fille. Il est vrai qu’elle était très belle, et que ses formes lui attiraient des regards quelquefois jaloux ou admiratifs, mais, au fond, c’était une vraie peste. Il décida de repousser la pensée de la jeune femme et de se concentrer sur les dossiers sur lesquels il travaillait avant l’arrivée de la secrétaire.

En sortant du bâtiment, une goutte tomba sur la main de la jeune femme brune, du nom de Sheena.

« Il va pleuvoir, j’ai intérêt à rentrer avant l’averse ! »

Sur ces mots, elle rentra chez elle…

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Lloyd resta un moment, cloué à la fenêtre, à regarder le paysage automnal. Il enrageait de ne pouvoir rien faire, et d’attendre que le malaise passe. D’ailleurs, celui-ci ne persistait plus. Mais il était encore présent, Lloyd le sentait, comme un animal tapi au fond de son ventre qui était endormi, mais qui, lorsqu’il se réveillerait, lacérerait à coup de griffes l’intérieur de son corps comme pour en sortir. « Va t-en ! Laisse-moi tranquille ! » avait beau dire le jeune homme, il ne l’écoutait pas. Il semblait même que ce petit démon prenait plaisir à le faire souffrir. Du coup, à chaque fois qu’il faisait ne serait-ce qu’un pas, une douleur vive le tiraillait. Il était donc obligé de resté cloué au lit, pendant que les autres s’amusaient. Il se demanda comment Colette se portait de son côté. Au rez-de-chaussée, Dirk était en train de faire son travail habituel, forger des armes et des outils. Lui au moins, il pouvait bouger, il avait toute sa mobilité. Lloyd aurait donné cher pour l’aider dans son ouvrage. En plus, il n’avait pas de quoi se distraire. Des livres ? Il était nul en littérature et en expression écrite. Manier l’épée ? Dirk le lui avait interdit car premièrement : il allait tout casser, et deuxièmement : il n’était pas vraiment en état. Finalement, l’adolescent s’était résolu à ne rien faire.

Il soupira. Quel ennui ! Il aurait bien souhaité qu’il lui arrive quelque chose à l’instant !

Il attendit. Rien. Le jeune homme regarda le ruban mauve enroulé autour de son poignet, où tintaient les petits grelots. « Finalement, tu ne portes pas réellement chance ! » lui reprocha t-il, silencieusement.

Des pas dans l’escalier de bois grinçant le firent se retourner brusquement, ce qui lui valut une grimace de douleur. Dirk apparut à l’instant.

« Ca va, Lloyd ? Tiens, je t’apporte ton déjeuner ! »

Le garçon sourit, amusé. Finalement, il n’y avait pas que des inconvénients d’être malade. On était au moins chouchouté.

« Merci, papa. Tout va bien dehors ? »

Le nain soupira.

« Tu sais bien que je suis un peu solitaire. Je ne sors pas beaucoup. Sinon, oui, tout a l’air de s’arranger. »

Il regarda le lit d’un air désapprobateur.

« Tu devrais te reposer, tu n’es pas rétabli !

-C’est ennuyeux à mourir de rester immobile ! Je veux bouger !

-Dicton nain numéro onze : il faut souffrir pour arriver à ses fins ! (Un dicton nain de mon invention) Alors au lit ! »

Lloyd grommela, mais les ordres de Dirk étaient sans appel, il obtempéra, avec un peu de difficulté. Le nain prit un air satisfait, déposa le plateau qu’il tenait en arrivant sur la table de nuit et descendit, en souhaitant une bonne sieste à Lloyd. « Bonne sieste ! » pensa le jeune homme, il n’était quand même plus un gamin ! Mais Dirk avait un peu trop tendance à le confondre avec le petit garçon de trois ans qu’il avait trouvé et adopté il y avait maintenant quatorze ans et demi, presque quinze. Mais il décida de jouer le jeu et ferma les yeux, se concentrant. Il visualisa son espace naturel, et projeta son esprit hors de son corps. Celui-ci, ravi d’être libéré de son enveloppe corporelle, s’enfuit par le balcon et monta vers le ciel. Peu à peu, il vit la maison de Dirk du ciel et continua son ascension. Bientôt, ce fut la forêt puis le village d’Isélia qui lui apparurent. Il monta encore plus haut, et le continent entier se fit découvrir. Comme la terre avait énormément changé depuis la réunification des deux mondes ! Il rit en regardant tous les petits êtres qui grouillaient à sa surface, qu’ils soient humains ou non. Puis il monta encore plus haut, et se retrouva dans l’espace. La planète se présentait maintenant dans toute sa splendeur. Comme elle avait l’air fière ! Lloyd en éprouva une grande fierté. C’était un peu grâce à lui que le monde était si beau. Le cœur empli de joie, il continua son ascension. Encore plus haut, toujours plus haut. Et il se retrouva cette fois dans l’espace temps. Autour de lui, une infinité d’étoiles. En virevoltant, il vit un spectacle à couper le souffle ! Une énorme sphère violette, orageuse, qui dérivait dans l’espace, libre. « Derris-Kharlan. » s’extasia le jeune garçon. Et une autre pensée vint rejoindre la première. « Papa ! ».

Presque immédiatement, un tourbillon vint le cueillir et l’éloigna de la planète pour le ramener sur terre, et son esprit réintégra son corps.

Il se leva brutalement, et fondit en larmes. Voilà maintenant quelques mois que Kratos avait quitté le nouveau monde pour Derris-Kharlan et Lloyd l’avait complètement oublié. Quel idiot il faisait !

Maintenant qu’il se souvenait de son père biologique, Lloyd commença à rêvasser. Comment allait-il en ce moment ? Menait-il à bien sa mission ? Le jeune homme se prit à penser que la vie de l’ange de l’ancien Cruxis était beaucoup plus intéressante ! Il regretta de ne pas avoir insisté pour l’accompagner. « Mais il y a maman ! Elle a besoin de moi ici ! Ce qu’elle aurait voulu, si elle avait été encore vivante, c’est que je mène ma propre existence au lieu de suivre les autres comme un chien docile. » Il rit à cette pensée, et referma les yeux, lorsqu’un nouveau tremblement de terre, encore plus fort que le précédent, les fit rouvrir. Il se releva avec difficulté. « Quel étrange phénomène, cela devient inquiétant ! » songea t-il, éberlué.

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Colette, allongé sur son lit, elle aussi, perçut le séisme. Des cris de peur lui parvinrent du dehors.

Elle alla se blottir contre sa grand-mère, assise près d’elle, en priant la déesse Martel et l’arbre géant, suppliant que tout cela s’arrête.

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« Tiens ? Un nouveau tremblement de terre ? A combien aurons-nous donc le droit aujourd’hui ? »fit Akim.

Le tremblement, qui était parvenu jusqu ‘à Triet, avait fait tomber Lloyd et Colette.

« Quels duo de mollusques vous faites ! Même pas capable de rester plus d’une minute debout ! »

Lloyd fulmina, et hurla :

« C’est tout ce que tu trouves à dire !?! Tu es vraiment pathétique !

-Merci, c’est vraiment trop gentil ! » lui répondit l’adolescent, du tac au tac.

Ignorant le chapelet d’injures que Lloyd balançait, il dit :

-Bon allez ! Ce n’est pas un séisme qui va nous arrêter ! On se remet en route ! »

Il tourna les talons.

« Pfffffff !!! Ce type m’est de moins en moins sympathique ! » grogna le jeune homme.

« C’est parce qu’il doit être seul ! » voulut dire Colette, mais elle se tut. Des questions se posaient dans sa tête. «Fils de personne ». Qu’avait-il voulu dire ? Etait-ce quelque chose pour se donner de la valeur ? Ou bien était-il simplement… Non, elle préféra ne pas y penser. A vrai dire elle ne savait plus où se donner la tête. Ils rattrapèrent le garçon.

La marche fut infernale. Au bout d’un moment, Colette se disait qu’elle allait tomber raide morte sur le sable brûlant. Lloyd n’en pensait pas moins. Akim poursuivait par contre sa marche aisée sans prêter attention à la chaleur ambiante.

« On est arrivé !!! » lança t-il, soudain, d’un ton joyeux.

Les deux amis poussèrent un très long soupir de soulagement, trop heureux d’en finir avec cette marche forcée. Leur mine s’en trouva bientôt déconfite quand ils virent l’endroit que désignait l’adolescent. Il s’agissait en fait d’un trou creusé dans la terre.

« C’est ça… ta maison ? balbutia Lloyd.

-Vous me faites bien rire, avec les têtes que vous tirez ! Il ne faut pas juger trop vite ! Vous n’avez pas vu l’intérieur. Et puis, « cette maison » s’appelle le Terrier ! »

Il rajouta :

« Ah, au fait ! Ici c’est chez ma grand-mère ! Il ne faut pas la contrarier ! »

Devant la mine perplexe des deux compagnons, il sourit. Cela lui donnait un air presque sympathique. Puis il sauta dans le trou.

Colette et Lloyd restèrent bouche bée, immobiles, observant d’un air un peu idiot le trou dans lequel Akim venait de disparaître. La tête de celui-ci réapparut.

« Ben alors, qu’est-ce que vous fichez ? fit-il, hilare. Ne restez pas plantés là comme des piquets ! Descendez l’escalier ! »

Colette fut la première à s’avancer vers le terrier, et, avec l’aide du jeune garçon, elle sauta, atterrit sur du gravier, puis descendit de petits escaliers. Lloyd les rejoint peu après. Après s’être assuré qu’ils le suivaient, l’adolescent leur fit traverser un couloir étroit, et ils débouchèrent dans une grande salle.

« To ! Je suis rentré ! s’écria le garçon.

-Enfin ! Je commençais à m’inquiéter ! s’exclama une voix autoritaire.

-Et on a des invités ! »

Les invités en question regardaient avec une expression éberluée chaque recoin de la pièce. Incroyable ! Il avait dû falloir des années pour construire un tel endroit ! Tout était construit dans les moindres détails. Aucune fissure, aucune trace de moisissure ! La personne qui avait fait cela était une artiste !

Leur surprise s’en trouva d’autant plus grande lorsque apparut une femme d’à peine cinquante ans dans l’embrasure d’une porte.

« Akim ! Je t’ai dit de ne jamais amener d’inconnu quel qu’il soit ici ! »

Elle scruta les deux étrangers d’un air hostile, puis lorsqu’elle vit leurs yeux écarquillés, pour ne pas dire de merlans frits, elle eut une expression amusée.

« Beau travail non ? dit-elle, faisant écho à leurs pensées.

-Euh… oui, oui. » balbutièrent ils, un peu gênés.

La femme sourit, et vit le regard de Colette posé sur elle.

« Il est vrai que je suis plus jeune que vous ne le pensez n’est ce pas ? »

Et ne laissant pas le temps à la jeune fille de répondre, elle s’adressa à son petit-fils.

« Qui sont-ils ? Ils n’ont pas l’air d’être comme tout le monde… »

Akim les présenta, puis dit qu’il avait eu les mêmes pensées à leur sujet.

« Il va falloir que vous nous en appreniez plus sur vous. » fit remarquer la grand-mère.

Les deux amis, détaillés de la tête aux pieds par leurs hôtes, devinrent mal à l’aise. Puis, la femme dit :

« Vous devez avoir faim. Tel que je le connais, Akim ne vous aura rien proposé, il est incorrigible ! Je m’appelle Anto. Ravie de faire votre connaissance. »

Elle se dirigea vers la porte d’où elle était apparue quelques instants plus tôt, les laissant seuls, Akim en avait profité pour s’éclipser.

« Ils ne savent pas ce qu’est la politesse ici… » marmonna Lloyd.

Colette ne répondit pas, mais se dirigea vers la porte où Anto avait disparu, pour voir ce qu’elle faisait.

Elle entra dans une pièce plus petite que l’autre, mais toute aussi bien bâtie. Il s’agissait en fait d’une cuisine, décorée à la façon arabe. La jeune fille ne savait pas pourquoi, mais elle trouvait cette pièce rassurante, chaleureuse.

« Tu viens jeter un coup d’œil ? »

La voix de la grand-mère d’Akim la fit sursauter.

« Allez, viens, fais comme chez toi ! » fit Anto, en souriant.

L’adolescente s’approcha prudemment, mais une délicieuse odeur lui fit accélérer le pas. Son ventre criait famine. Lorsqu’elle arriva aux côtés de la femme, un ragoût dégageant une odeur alléchante lui fit monter l’eau à la bouche. Comme elle avait faim ! Elle ferait n’importe quoi pour manger ne serait-ce qu’une miette !

« Ca a l’air vraiment bon !

-Merci, à ce que j’entends, ton estomac frissonne d’impatience ! »

Colette mit la main sur son ventre, un peu gênée, mais la femme sourit.

« Vous allez faire honneur à la table, toi et ton compagnon… Comment vous appelez-vous déjà ?

-Je suis Colette, et lui c’est Lloyd.

-Effectivement, ces noms me disent quelque chose… »

La jeune fille lui lança un regard interrogateur.

« On avait parlé, il me semble, de la régénération du monde et de l’élue du mana. J’ai du mal à me rappeler son prénom, mais il me semble que c’était un peu comme le tien…

-Ah oui ?

-Et Lloyd est un prénom plutôt courant depuis un certain temps, c’était le nom du héros qui a accompagné l’élu dans son périple. »

Colette était surprise par ces coïncidences.

« Vous devez vous tromper de personnes, nous portons peut-être leurs prénoms mais nous ne correspondons pas à ce que vous dites, je ne suis qu’une jeune fille qui a échappée à la guerre… »

Elle se tut, sachant qu’elle avait fait une gaffe.

« La guerre ? Tu viens d’un pays en guerre ? »

La jeune fille ne dit rien. Des souvenirs douloureux lui revenaient à l’esprit. Comme elle aimerait revoir sa grand-mère ! Ses parents pour de vrai ! Elle aurait tant voulu revenir sur ses pas, au moment de son sixième anniversaire par exemple ! Pourquoi avait-il fallu que cette fichue guerre gâche tout ? Elle était dégoûtée. Une larme coula de sa joue.

Anto, la voyant sur le point de fondre en larmes, d’un geste aussi spontané que naturel, leva sa main et sécha la larme en lui effleurant la joue avec son doigt. Cela ne fit que redoubler les pleurs de l’adolescente, qui était touchée par la bonté maternelle de la grande femme, et qui lui rappelait étonnamment sa grand-mère.

« Arrête de pleurer ma chérie, j’ai touché un point sensible, essaie d’oublier… »

La voix apaisante de la jeune grand-mère calma Colette.

« Ex… excusez-moi, je me suis rappelée un souvenir d’il y a longtemps et c’est ce qui m’a fait pleurer. Je suis désolée.

-Il est tout à fait normal de pleurer lorsque l’on se souvient de quelque chose de douloureux tu ne trouves pas ? Au fond je te comprends, j’ai vécu des moments difficiles moi aussi, comme tout le monde d’ailleurs, non ? »

La jeune fille sourit. Elle se sentait beaucoup mieux.

« Merci. Dit-elle.

-Le dîner est prêt, nous allons manger. »

Comme s’il n’attendait que cela, Akim entra, accompagné de Lloyd, toujours de mauvaise humeur.

« Vous tombez bien, le repas est servi ! s’exclama Anto.

-Merci To. » Fit l’adolescent.

Lloyd bougonna un vague merci, puis s’installa à la place que lui assigna la femme. Colette, quant à elle, était entre Akim et Anto. Ils mangèrent tous sans rien dire.

Le soir, quand elle entra dans sa chambre, elle était épuisée. La température commençait à baisser de vingt degrés. Elle se faufila entre des couvertures chaudes et confortables sans prendre la peine de se dévêtir, elle était trop fatiguée pour cela. Elle s’endormit sur le champ.

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Un tourbillon de lumière dans le ciel, qui se crée, et s’intensifie peu à peu, cette fois, il se déplace, et aux alentours d’Altamira, laisse s’échapper deux silhouettes.

« Aïe ! »

Gilles regarda autour de lui, il se trouvait sur un plateau verdoyant, qui paraissait désert.

« Qu’est-ce que je fais ici ? » murmura t-il.

La peur lui serra l’estomac, si ça se trouvait, les allemands les avaient retrouvés, assommés ou peut-être endormis. Et là, il était en train de rêver. Mais il ne se rappelait pas le fait d’avoir été repéré par les boches, et deuxièmement, on ne se pose pas de questions dans un rêve. Tout portait à croire qu’il ne dormait pas. Il se pinça. Rien, à part une petite douleur. Il se gifla. Toujours rien, à part le fait que sa claque faisait sacrément mal. « Impossible ! » pensa t-il. Il ne pouvait pas changer d’endroit en un instant ! A moins que…

Un bruit derrière lui le fit se retourner, c’était sa sœur.

« Rébecca ! Où sommes-nous ? demanda t-il.

-Ca, je n’en sais fichtrement rien ! » répondit cette dernière, en se relevant et en se passant une main dans les cheveux.

Ils regardèrent autour d’eux. Aucun doute, ils ne savaient pas dans quel pétrin ils s’étaient fourrés, mais ils étaient bel et bien perdus.

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En entrant dans l’oasis de Triet, Raine se tint à nouveau la poitrine et s’accrocha désespérément à un mur pour rester en équilibre.

« Cela devient inquiétant ! fit Zélos.

-Nous devrions nous reposer, la nuit tombe et je ne me sens pas très bien moi non plus. Suggéra Génis.

-Toi aussi tu t’y mets ? Ce n’est pas toi qui décides !

-Tu ne crois pas que cela serait mieux pour nous tous ? Nous sommes épuisés Zélos ! On a passé une bonne partie de la journée à voyager et on doit se reposer ! »

Le jeune homme ne releva pas, mais grommela quelque chose d’inintelligible.

Génis le regarda longuement. Quelquefois, il lui faisait pitié. Il savait au fond de lui que, malgré son bouclier d’égocentrisme et d’indifférence, Zélos avait un cœur. Il pensait aux autres. Par exemple, en ce moment même, il songeait à Sheena. Lui et Raine avaient bien vus la tristesse sur son visage, et Zélos ne pouvait pas nier qu’il avait lui aussi ses faiblesses. Sans mot dire, ils se dirigèrent vers l’auberge la plus proche.

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