Génis raccompagnait Lloyd, le soutenant du mieux qu’il pouvait grâce à son exphère qu’il avait reçu de Marble, une ancienne détenue de la ferme humaine abandonnée d’Isélia, qui était malheureusement morte, tuée par Lloyd et Génis sous la contrainte de Forcytcus, ancien chef de la ferme humaine proche d’Isélia et un des cardinaux désians qui n’étaient désormais plus. Sans elle, il ne pourrait pas escorter Lloyd, tombé soudainement tombé malade juste après le tremblement de terre qui avait secoué le village, et peut-être même les autres contrées.
« C’est pas ma faute ! gémit Lloyd, qui s’appuyait sur le jeune garçon, c’est seulement toi qui n’as pas assez de muscle !
-Mais je ne te permets pas… » commença Génis.
Que c’était bon de se retrouver et de se quereller à nouveau, après une séparation de quelques longs mois ! Jamais l’un sans l’autre ! Pensa le jeune demi-elfe, content malgré la situation qui avait affolé beaucoup d’habitants du village, et qu’on avait rassuré tant bien que mal.
« Faisons une pause, demanda Lloyd, je me sens lourd, je ne sais pas pourquoi… Alors qu’il y a quelques minutes seulement j’étais en pleine forme et prêt à courir dans tous les sens si je le voulais !
-Courage, on est presque arrivés ! »
Mais ils s’arrêtèrent quand même. En temps normal, ils auraient pu se retrouver en cinq minutes chez Dirk, mais à cause de l’état de Lloyd, ils étaient considérablement ralentis.
« Si Noïshe pouvait être là, lança le jeune homme, on n’aurait eu aucun problème ! Si j’avais su je l’aurais emmené avec moi !
-Tu sais très bien qu’il a peur de tout Lloyd ! lui dit le demi-elfe, S’il y avait eu un nouveau séisme, il aurait déserté les lieux en nous laissant là ! »
A ce moment là, un aboiement fusa.
« Qu’est-ce que c’est ? » s’exclama Génis, surpris.
Soudain, Noïshe bondit de derrière un buisson et alla vers son maître, qui était assis par terre.
« Noïshe ! » fit celui-ci, étonné.
Il regarda son ami avec un air de stupéfaction et de contentement à la fois.
« Mes vœux ont l’air de se réaliser on dirait ! »
Puis il pensa au ruban que lui avait offert Colette et qui était enroulé autour de son poignet. Finalement, la jeune fille avait raison, il portait réellement chance !
En pensée, il remercia son amie qui avait eu raison de lui donner son cadeau plus tôt que prévu et caressa le museau de son animal de compagnie qui, il l’avait désormais reconnu, n’était pas réellement un « chien » même s’il y ressemblait quelque peu.
« On monte ?, proposa t-il, se relevant tout en s’appuyant sur Noïshe.
- Attends… » fit Génis.
Il venait de sentir un mana familier dans l’air, qui semblait venir de tous les côtés, principalement de Lloyd et… de lui.
« Génis…Lloyd… » retentit une voix.
« Qu’est-ce que c’est ? demanda le jeune homme, surpris.
-Cette voix… souffla le jeune garçon.
« Génis… Lloyd… C’est moi… » répéta la voix.
-Ce ne serait pas… commença Lloyd.
-Mithos… finit Génis, aussi ému d’entendre de nouveau la voix de son ancien ami qu’étonné.
« Oui, c’est moi. » répondit Mithos.
-Que fais-tu là ? » demanda le jeune homme, en premier.
« Je ne suis pas réellement présent, en vérité. En fait, j’attendais que vous soyez ensemble pour que je puisse vous parler. »
-Pourquoi « qu’on soit ensemble » ?
« Vos exphères, en même temps que l’âme de leurs anciens porteurs, contiennent une partie de mon esprit. Il faut que ces deux exphères soient réunies pour que je puisse apparaître. »
Les deux amis ne dirent rien, et Mithos, où du moins son esprit, continua son discours :
« Je n’ai que quelques minutes pour vous parler, je dois faire vite ! »
-Qu’y a-t-il ?
« Le mana s’est réuni dans le ciel pour laisser passer une force étrangère à ce monde ! »
-Mais alors… fit Génis, effrayé, je l’ai bel et bien senti ! Donc… le tremblement de terre, ça avait un rapport avec cela !
« C’est exact, et la maladie de Lloyd et de Colette aussi. »
-Quoi ? s’exclama Lloyd, C’est à cause de ça que je me sens mal ?
« Oui, cette force étrangère que tu as sentie, Génis… était liée avec les gardiens de l’arbre géant ! »
-L’arbre géant a-t-il quelque chose à voir avec ça ? demanda le demi-elfe, inquiet à l’idée que la source du mana dans le monde ne périsse à nouveau.
« Je devine ce que tu penses Génis, reprit le héros de la guerre de Kharlan, Non, ne t’inquiètes pas, l’arbre géant est en bonne santé. Il n’a aucun rapport avec tout cela. C’est autre chose qui perturbe le mana… »
-Dis nous-en plus ! le pressa Lloyd.
« Je n’en sais pas plus pour le moment… Il va falloir que vous découvriez ce qui se trame vous-même… »
-Tu ne sais vraiment rien d’autre ? lui demanda Génis.
« Non, répondit leur interlocuteur, je m’en vois désolé… Au revoir… Mes amis... »
Aussitôt, le mana intense que ressentait Génis s’évapora.
« Il est parti ? interrogea Lloyd.
-Oui… fit simplement son ami.
-« Mes amis »… Il n’y a déjà pas si longtemps il était notre ennemi et voilà qu’il nous vient en aide en nous rapportant des informations qu’on aurait jamais pu recueillir sans lui !
-C’était un compagnon qu’on aurait aimé avoir dans son groupe, Lloyd… Un véritable ami… »
Lloyd devinait les pensées du jeune garçon.
« Il ne faut pas s’apitoyer sur le passé Génis. Tu as eu la chance d’entendre la voix de Mithos une dernière fois, maintenant, il faut profiter du présent sans se soucier de l’avenir.
-Je n’aurais jamais pensé que tu dirais une chose aussi intelligente Lloyd !
-Comment ça « tu n’aurais jamais pensé » ? » fit celui-ci, faussement en colère.
Ils rirent tous les deux, puis Lloyd dit :
-Il faudrait peut-être rentrer chez moi, il va bientôt faire nuit et Noïshe est en train d’attendre ! Demain nous ferons le point sur toutes ces révélations, d’accord ? proposa le jeune homme.
-Oui… » approuva Génis.

Colette se réveilla dans une chambre luxueuse et bien meublée, sur un confortable lit à baldaquin. Elle leva la tête de l’oreiller et s’assit pour regarder le décor autour d’elle, qu’elle n’avait plus eu le loisir de connaître depuis le début de la guerre. Une vraie chambre princière ! fut la première pensée qui lui vint à l’esprit. Elle se rendit compte que la douleur à sa jambe avait disparu. Par contre, elle avait sacrément mal à la tête.
Lloyd était allongé sur un lit semblable à côté du sien, et ne dormait pas. Quand il la vit se lever, il fit aussitôt de même, ce qui lui valut une grimace de douleur.
« Ca va ? demanda la jeune fille, inquiète.
-Oui, oui, t’en fais pas ! J’ai juste un peu mal partout à cause du fait que j’ai marché pendant de longues heures derrière un type qui n’a même pas daigné m’expliquer la situation et qui marchait trop vite ! Mais c’est plutôt à toi que je devrais poser la question !
-Oui, je vais bien, fit-elle avec un sourire, Où sommes-nous ? Que s’est-il passé ?
-Ben en fait, tu t’es fait piquer par un scorpion, tu te souviens ? Tu t’es évanoui et le type dont je t’ai parlé est apparu comme par magie devant moi et il m’a proposé son aide… à sa façon ! Alors il m’a dit de le suivre et il nous a conduit à une petite base cachée derrière les rochers ! Ensuite il m’a emmené ici et il m’a dit de nous reposer ! Puis il s’est éclipsé ! Peu après des types sont venus et t’ont appliqué une pommade à la jambe ! Voilà toute l’histoire !
-Ils ne t’ont rien dit sur cet endroit ? le questionna Colette.
-Non. Et puis ils étaient habillé bizarrement je te jure ! »
A ce moment là, la porte automatique s’ouvrit en faisant un léger bruit et un homme entra.
Comme l’avait dit Lloyd, il était habillé étrangement.
«Comme je vois que vous êtes réveillés, lâcha t-il directement, vous allez pouvoir rencontrer notre chef ! »
Sans en dire plus, il leur fit signe de le suivre immédiatement sans leur donner le temps de s’extirper de leurs lits. Ils enfilèrent leurs chaussures et le suivirent.
Ils arrivèrent dans un bureau tout aussi bien rangé que la chambre d’amis (car c’en est peut-être une !^^), et s’arrêtèrent sous le signe que leur fit le personnage, qui lui-même se mit en poste dans un coin de la pièce. Aussitôt, un homme se leva de son bureau et se dirigea vers les deux jeunes gens, tout en restant dans l’ombre. Ils ne l’avaient même pas aperçu jusqu’à ce moment-là !
« Eh bien, je suis ravi de vous rencontrer ! » fit-il, un étrange sourire aux lèvres, presque sarcastique. « Je vois que notre pommade a fait effet. » rajouta t-il, en regardant Colette.
Ils restèrent là, à ne rien dire, et l’homme reprit, pour lui-même :
« Je n’imaginerais pas qu’il existait des mondes semblables au nôtre, mais de là à passer de l’un à l’autre ! Et il aura fallu que ce soit eux ! »
Ne comprenant rien à ce qu’il disait, Lloyd demanda :
« Ca veut dire quoi tout ça ? Et qui êtes-vous d’abord pour vous cacher le visage comme ça ? »
Son ton avait un peu viré vers l’ironie, mais il se tut, stupéfait, quand il vit leur hôte s’avancer vers eux, dévoilant son visage au grand jour.
« Mais… qu’est-ce que ça veut dire !?! Vous ne pouvez pas être…
-Non, ne t’en fais pas, l’interrompit l’homme, en souriant, je ne suis pas celui que tu crois ! »
Colette ne disait rien, aussi éberluée que Lloyd, mais pas pour la même raison que lui. Non, cet homme n’était pas normal ! On aurait cru que c’était un fou déguisé pour Carnaval ! Il avait des cheveux longs attachés en queue de cheval… et bleus ! C’était une couleur surnaturelle, et elle n’aurait jamais pensé qu’on puisse naître avec ! Ses oreilles étaient un peu pointues, mais pas totalement rondes non plus, ce qui leur donnait un aspect bizarre. Mais ce qui était le plus étonnant chez lui, c’était ses yeux ! Un mélange vert émeraude et bleu océan, à la fois froids et déterminés, tendres et doux. C’était l’apparition la plus étonnante qu’elle n’avait jamais rencontré. Son corps étaient recouvert d’une longue cape noire qui lui arrivait jusqu’aux chevilles, avec des motifs cousus vers le bas. Elle le trouvait très étrange.
Lloyd, quant à lui, c’était tout autre chose qui le secouait chez cet homme. Outre les vêtements et la couleur des yeux et des cheveux, il ressemblait étrangement à quelqu’un qu’il connaissait ! Il reconnaissait trop ce visage pour rêver ! Cet homme avait une ressemblance frappante avec son chef ! Sauf que lui avais des cheveux bruns longs, attachés tout aussi pareillement que ceux de son double. Et le timbre de voix était le même.
L’homme sourit, et dit :
« Je ne me suis pas présenté, veuillez m’en excuser, je m’appelle Yuan et je suis le chef de cette base, bien que la régénération ait eu lieu je continue de diriger secrètement ce que j’ai appelé les renégats. Si nous vous avons amené ici, c’est pour une raison particulière ! »
Colette ne comprit pas la moitié de ce qu’il dit, les yeux écarquillés, tandis que Lloyd murmurait, comme immergé dans des souvenirs.
« Yuan… mon chef porte presque le même nom…
-C’est normal, c’est pourquoi je vais vous expliquer votre présence ici… Avez-vous senti le tremblement de terre ?
-Quel tremblement ? Il y en a eu un ici aussi ? demanda Colette, qui ne comprenait plus un traître mot de ce qu’il disait, comme s’il parlait une langue extra-terrestre.
-C’est bien ce que je pensais. » Fit leur interlocuteur, tout bas, puis il dit à voix haute cette fois :
« Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez atterri ici ? »
« Atterri ? » s’interrogea la jeune fille. Elle ne voyait pas où il voulait en venir.
« Eh bien… commença t-elle, se demandant si elle faisait le bon choix en répondant à sa question, je me suis sentie aspirée dans un grand vide blanc sans savoir ce qui m’arrivait. Je flottais, lorsque j’ai eu l’impression qu’une force m’entraînait sans me laisser le moyen de résister, et je me suis retrouvée en plein milieu du désert… »
Lloyd approuva ses paroles :
« C’est aussi ce qui m’est arrivé. »
L’homme resta silencieux un moment, puis il lança dans un soupir :
« Maintenant que les doutes ne sont plus permis, je vais vous expliquer ce qui vous est réellement arrivé. Ne m’interrompez pas surtout. »
« Il a exactement la même façon de parler que mon chef… » pensa Lloyd. S’il n’avait pas eu des cheveux bleus et des oreilles à demi pointues ainsi que des yeux d’une couleur aussi hypnotique, il aurait juré avoir affaire à la personne qu’il connaissait depuis le début de la guerre.
« Voyez-vous, commença Yuan, vous aviez dû remarquer certaines choses étranges à vos yeux… »
Les deux compagnons acquiescèrent. Comment pouvait-il savoir ?
« Je vais vous dire la vérité : en réalité, tout ce que vous aviez vu et entendu ne font pas partie de votre monde ! »
Colette écarquilla les yeux, et Lloyd pâlit.
« Vous voulez dire que…
-Oui, c’est cela. Vous avez basculé dans un autre monde. »
Colette resta bouche bée , et s’ils n’avaient pas vu autant de choses bizarres en une journée, Lloyd lui aurait ri au nez à coup sûr et traité de fou échappé de la clinique psychiatrique la plus proche. Sauf que là, ils n’avaient réellement pas affaire à un fou, à voir la mine trop sérieuse qu’il avait.
« Ce monde-ci, reprit leur hôte, ressemble au vôtre, mais il s’agit surtout des personnes. Une personne née dans votre monde ressemble à une personne née en même temps que lui dans l’autre, et ces deux personnes meurent en même temps et dans les mêmes circonstances, un peu comme un miroir… En fait, tout ceci est plus compliqué que je ne le pense, je crains de ne pas pouvoir tout vous expliquer, je vais donc passer à l’essentiel… Vous êtes donc passés dans notre monde par une porte qui relie votre Terre à Sylva’alla, c’est le nom que nous donnons désormais à ce monde-ci.
-Quelle porte ? Pourquoi a-t-il fallu qu’on passe par cette porte en question ?
-C’est une bonne question, mon cher Lloyd.
-Vous… vous connaissez mon nom ? » balbutia Lloyd.
Il ne se souvenait s’être présenté à quiconque.
« Je le sais parce que ton reflet s’appelle ainsi, expliqua Yuan, avec un sourire.
-Mon reflet ? fit le jeune homme, en ouvrant de grands yeux.
-Oui, comme tout le monde, nous avons un « double », et s’il nous arrive quoi que ce soit, il arrive la même chose à notre « jumeau », nous pouvons l’appeler comme nous voulons, de la même façon.
« Je n’y comprends rien ! jeta Lloyd, soudain frustré.
-Cela vaudrait peut-être mieux ainsi, car quand vous êtes passés par la porte d’outre-monde, vous avez rendu vos vies en danger, ainsi que votre destin.
-La porte d’outre-monde ? Nos vies et notre destin en danger ? Qu’est-ce que cela veut dire ?
-Que vous avez rendu vos reflets très malades, et qu’ils risquent ainsi de mourir, et s’ils meurent, vous mourrez aussi. »
Colette pâlit, et l’adolescent se sentit soudain très mal, ébranlé par toutes ces révélations.
« Mais… si vous voulez, nous pourrions vous ramener dans votre monde, nous en avions le pouvoir.
-C’est vrai ? demanda Colette, une lueur d’espoir traversant alors ses yeux, mais Lloyd posa une main sur son épaule, signe que, malgré ce que l’homme leur avait expliqué avec grand sérieux, il ne faisait toujours pas confiance à ce type.
-Oui, mais nous devons pour l’instant vérifier quelque chose, fit soudain Yuan, avec un sourire, comme s’il leur préparait un mauvais coup.
-Quoi ? demanda Lloyd, qui avait peur de comprendre.
-Encerclez-les ! » ordonna soudain l’homme, à ses soldats.
Aussitôt les gardes s’exécutèrent et entourèrent les deux jeunes gens.
-Qu’est-ce que cela veut dire ? s’exclama le jeune homme, stupéfait.
-Je voulais juste voir votre réaction à tous les deux ! » répondit Yuan.
Il s’avança vers Lloyd, sans réelle intention de lui faire quoi que ce soit dans le regard.
Lloyd recula, effrayé, et percuta Colette, qui flancha sur ses jambes. L’homme s’avança encore, et quand il fut arrivé au niveau de Lloyd, celui-ci ne sut que faire. Yuan se pencha et le jeune homme, apeuré, balança son pied au hasard, et percuta le genou de son agresseur. Celui-ci recula et s’agenouilla, tenant son genou blessé entre les mains. Lloyd prit alors la main de Colette et l’entraîna vers la porte. Elle s’ouvrit et ils disparurent par l’ouverture.
« Seigneur Yuan ! Allez-vous bien ? demanda un de ses hommes.
-Oui, ça va, il se passe exactement la même chose qu’auparavant, il faut éviter qu’ils se rencontrent, rattrapez-les, je compte sur vous » ordonna Yuan.
Il se releva et laissa partir ses soldats, plongé dans de sombres pensées.

Raine remmenait Colette chez elle, quand celle-ci, épuisée, s’affala.
« Colette, tiens bon ! lui dit la jeune femme, incapable de lui communiquer ne serait-ce qu’un sort de premier soin.
-Je ne sais pas ce que j’ai… Je suis fatiguée… J’ai mal partout, surtout à la jambe…
-Ca doit être normal quand on est malade… Tu dois être grippée.
-Ca ne ressemble en rien à une grippe… murmura la jeune fille blonde.
-Pardon ? lui demanda Raine.
-Non rien… »
Elle se releva et, soutenue par la demie-elfe, poursuivit son chemin jusqu’à sa maison.

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