Village d’Isélia, quelques mois après la régénération du monde.

 «Ca y est ! J’ai terminé ! »

Colette brandit triomphalement l’emballage avec fierté. Elle n’avait plus qu’à lui offrir !

« Comment le trouves-tu grand-mère ? » demanda la jeune fille, à la personne allongée sur le lit.

Phaidra Brunel regarda le cadeau que sa petite fille tenait dans les mains.

« Il est… très beau…

-Tu crois que ça lui plaira ? » fit elle, d’un petit air inquiet.

La vieille femme fit un geste de la main comme pour lui dire qu’elle en était certaine.

« Je vais lui donner immédiatement alors ! » fit joyeusement la jeune fille.

Puis une nouvelle lueur inquiète traversa son joli visage et elle se tourna vers sa grand-mère.

« Crois-tu que ça ira durant mon absence ? »

Nouveau signe apaisant de la main.

« Alors je n’ai pas de soucis à me faire ! » dit joyeusement l’ex-élue de Sylvarant.

Elle descendit les escaliers, traversa le salon et sortit de la maison.

Le soleil brillait sur le village d’Isélia, qui avait beaucoup changé depuis la grande régénération. Colette sourit en pensant aux souvenirs des mois passés.

Elle traversa le village en passant par la maison du professeur et de Génis, qui, fatigués de parcourir le monde pour faire accepter les demis-elfes, se reposaient dans le village où ils avaient grandi, dans leur petite maison qui, ayant été incendié par les désians puis généreusement reconstruite par les habitants du village, était plus grande et plus belle désormais.

Le sourire de Colette s’élargit.

Elle emprunta la sortie du village protégée par les gardes d’Isélia, fiers dans leur tenue de courageux guerriers prêts à défendre leur ville en cas d’invasion, même si bien sûr il n’y en avait plus eu depuis des mois, heureusement pour tout le monde d’ailleurs !

Quittant le village, Colette se dirigea vers la forêt d’Isélia. Il n’y avait plus rien à craindre désormais, car les monstres avaient disparu. Elle pourrait donc traverser le bois en toute tranquillité !

Après avoir monté et descendu les pentes escarpées, la jeune fille continua son chemin et arriva enfin en vue de la maison de son ami d’enfance. Elle se précipita en toute hâte vers la maison du nain Dirk et de son fils adoptif Lloyd. Elle fut accueillie par les aboiements joyeux de Noïshe, le protozoaire de Lloyd, ce dernier ayant cru que cet animal était un chien, qui avait étrangement grandi ces derniers mois. Elle lui flatta le museau et entra dans la maison.

« Eh bien, ma chère Colette ! Ca fait drôlement plaisir de te revoir dis donc !s’exclama le nain, d’une grosse voix.

-Oui, il est vrai que ça fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus !

-Tu veux voir Lloyd c’est cela ? Il est dans sa chambre ! Fais comme chez toi surtout !

-Merci ! sourit Colette, en montant les escaliers.

Elle arriva à l’étage, et se dirigea vers la chambre de son meilleur ami. Elle n’eut pas le temps de frapper à la porte que celle-ci s’ouvrit brusquement.

« Colette ! Quel bonheur de te revoir ! tonna Lloyd, joyeusement, Je t’avais aperçu en bas ! »

Il la prit dans ses bras et la serra, puis il lui prit la main et l’emmena dans sa chambre.

« Cela fait quelques mois qu’on ne s’était pas vus ! Non ? Tu m’avais dit que tu m’accompagnerais dans ma quête pour retrouver les exsphères mais l’on m’a appris au dernier moment que tu étais occupée ! »

La jeune fille baissa la tête, puis la releva.

« Excuse-moi, mais ma grand-mère est tombée malade et je devais rester auprès d’elle… Mon père Franck est parti en voyage alors… je ne pouvais quand même pas la laisser seule !

-Ne t’en fais pas, je comprends ! » lui sourit le jeune homme. »

Les joues de L’ex-élue virèrent au rosé, et elle sourit timidement. C’est alors que les yeux de Lloyd tombèrent sur le petit sac où se trouvait le paquet que Colette avait introduit avant d’aller chez lui.

« Qu’est-ce que c’est ?

-Ah… ça ? C’est ton cadeau d’anniversaire…

-Mon cadeau d’anniversaire ? rit il, Mais c’est dans deux mois voyons tu le sais bien !

-Oui mais… Je tenais à te l’offrir tout de suite… parce que dans deux mois je ne serais pas là pour te souhaiter bon anniversaire tu comprends… »

Lloyd resta silencieux, puis demanda.

« Pourquoi ne seras-tu pas là dis-moi ?

-Parce que je pars en pèlerinage pour aider ma grand-mère à guérir… et puis je tenais aussi à offrir ton cadeau avant tous les autres ! »

Il éclata de rire.

« Tu es toujours aussi croyante Colette !» fit il.

Et cela était normal, puisqu’ils avaient rencontré la déesse Martel en personne quelque mois auparavant, ce qui bien sûr avait totalement changé leur vie car ils avaient été désignés pour protéger le jeune arbre géant de Kharlan.

« Et tu as plus d’avance que moi en matière d’anniversaire ! » rajouta t-il.

Elle sentit son petit sourire s’élargir encore plus.

« Tiens ! » dit elle, en tendant son cadeau.

Il le prit précautionneusement, et commença à le déballer. Il afficha une petite mine surprise lorsqu’il en sortit une bande violette.

« Un ruban ?!? s’exclama t-il, surpris.

-Et pas n’importe lequel ! expliqua t-elle, C’est un ruban d’Asgard que j’ai acheté il n’y a pas longtemps et qui porte bonheur paraît-il. Tu vois ces petits grelots, là ? Elles abritent les vents sacrés qui soufflent sur l’autel de la ville. Où que tu ailles et quoi que tu fasses, tant que tu le porteras sur toi, ils te protégeront… »

Le visage du jeune homme s’illumina.

« C’est vraiment très beau… Merci beaucoup Colette. »

Les joues de la jeune fille rosirent encore plus.

« De…de rien, ça fait plaisir, balbutia t-elle, et bon anniversaire en avance! »

Elle sortit de la chambre de son ami, le cœur bondissant dans sa poitrine. Elle était toujours comme ça lorsqu’il lui parlait ou qu’il lui faisait un compliment. Il faudrait qu’elle apprenne à contrôler sa timidité, pensa t-elle.

Elle descendit, salua Dirk, et sortit. Une fois dehors, elle se tourna vers le balcon de la chambre de Lloyd. Celui-ci y était et la saluait d’un signe de la main, elle y répondit en rougissant même s’il ne s’en apercevait heureusement pas.

Elle tourna le dos et se prépara à quitter la maison du nain, lorsqu’un tremblement de terre l’arrêta. Le puissant séisme la fit trébucher et elle se retrouva à plat ventre par terre. Enfin, le tremblement s’arrêta brusquement. Elle se releva difficilement.

« Que se passe t-il ? » se demanda t-elle.

 

Elle flottait. Elle flottait doucement dans un néant blanc sans issue. Où allait elle donc ? Etait-elle morte ? Elle n’en avait aucune idée. Les yeux mi-clos, dérivant entre l’éveil et l’inconscience, elle se dirigeait vers un vide sans fin, qu’elle ne distinguait pas, mais qu’elle pressentait. Autour d’elle, tout était blanc comme neige, et elle n’était qu’un petit point noir dans cette infinité pure. Puis soudain, elle se sentit aspirée par un tourbillon lumineux. Elle ferma les yeux, tellement elle était éblouie, et résista pour ne pas être entraînée. Peine perdue, elle était impuissante face à une telle force ! Puis tout se mit à tourner autour d’elle, et le blanc éblouissant prit la couleur magnifique du bleu azur…

 

« Aïe ! » cria la jeune fille.

Elle venait d’atterrir face contre terre sur un sol dur et poudreux.

« Satané sable ! » jura t-elle en se relevant.

Du sable !

Mais où était-elle donc ? Que faisait-elle ici ? Il y avait quelques minutes déjà, elle se trouvait dans une cave aménagée dans une maison pas tout à fait ordinaire où se trouvaient beaucoup de personnes. Puis il y avait eu ce tremblement de terre, elle était tombée, elle s’était évanouie, et puis c’était tout.

« Ouch ! » entendit elle, derrière elle.

Elle se retourna, et vit Lloyd, les fesses vers le haut et la tête à demi plantée dans le sol, dans la position de l’autruche. Cette scène comique réussit à tirer un sourire à Colette malgré la situation dans laquelle ils se trouvaient.

Il déterra sa tête, et se releva péniblement. Enfin, il aperçut la jeune fille, et lui lança :

« Ca fait mal dis donc ! J’ai mal à la tête… »

Puis il regarda tout autour de lui.

« Où sommes-nous ? » demanda t-il.

Voyant qu’elle ne répondait pas, il en déduisit qu’elle n’en savait rien non plus.

Il se remit debout, et tendit la main à la jeune fille.

« On m’avait dit que le Royaume-Uni possédait beaucoup de territoires, mais de là à avoir un désert !!! » fit-il.

Car c’en était bien un. Un immense désert de sable qui semblait s’étendre sur des kilomètres ! Et eux, tout seuls, complètement perdus au beau milieu de ces dunes. Sans aucun moyen de secours ! Et puis, chose terrible dans ce genre d’environnement : ils n’avaient pas d’eau ! Colette avait son sac, certes, mais sa gourde n’était plus là. « Je l’ai sûrement perdu lorsque je me suis fait attaquée par les mauvais garçons dans les vieilles rues…» pensa t-elle, complètement perdue. Au bout de quelques heures ils allaient sûrement mourir de soif. Cette idée l’horrifia. Elle ne voulait pas finir comme ça !

Comme s’il avait lu dans ses pensées, Lloyd déclara :

« Nous devrions tenter de trouver un abri et attendre que des secours arrivent ! »

C’était malheureusement impossible d’en trouver. Il n’y avait personne, absolument personne. Mais elle se mit en route sans protester.

Au bout d’un moment, le jeune homme lança :

« C’est tout de même étrange que l’on se retrouve en plein désert du Sahara !

-Sahara ? fit Colette, surprise.

-Tu ne connais pas ?

-Si… si bien sûr ! Mais ça semble quasiment impossible puisque nous étions dans la cave d’une maison quelques instants plus tôt !

-En fait… c’est un repère de résistants…

-Un quoi ? demanda t-elle, en écarquillant les yeux.

-Bah… en gros je suis un résistant… Je rapporte des informations venant du dehors pour que l’on puisse savoir ce qui se passe en ce moment…

-Mais les résistants ne se trouvent-ils pas généralement en France ?

-Si, mais justement, nous sommes là pour résister en cas d’invasion des allemands ! Mais moi je voulais partir à Portsmouth pour me rendre en France ! »

La jeune fille prit un air interloqué.

« Mais enfin, la France a été envahie par l’Allemagne et j’ai entendu dire que des milliers de gens risquent leur vie là-bas ! Il paraît même que les nazis torture certaines personnes pour leur soutirer des informations !

-C’est vrai, mais on ne peut pas les laisser seuls ! Nous sommes des pays amis non ? »

Colette voulut rétorquer quelque chose, mais elle se ravisa et se tut. Elle préféra alors changer de sujet.

« Pourquoi dis-tu que nous sommes dans le Sahara ?

-Parce que ça y ressemble non ? Il se pouvait très bien qu’après que nous soyons assommés par le tremblement de terre, nous ayons été emmenés ici !»

Puis il rajouta :

« En tout cas, si c’est une farce, ça ne me fait pas rire du tout ! »

Elle regarda vers le ciel, et vit que le soleil y était haut, signe qu’on devait être le midi, alors que la dernière fois qu’elle était restée consciente on était seulement le matin ! Et puis, le soleil... Il semblait étrangement proche ! « Sûrement une illusion », pensa la jeune fille, on lui avait souvent dit que dans le désert on pouvait avoir affaire à des mirages.

« Eh ! s’exclama soudain Lloyd, ce n’est pas un homme que j’aperçois là-bas ? »

Elle suivit son regard. Tout d’abord, elle ne vit rien et crut qu’il rêvait, puis elle aperçut une silhouette. Il s’agissait d’un homme qui était agenouillé par terre, visiblement aussi en difficulté qu’eux. Croyant leur chance arrivée, le jeune homme se précipita pour lui venir en aide, suivi par Colette.

Quand ils arrivèrent à lui, l’homme se releva difficilement, et leur fit un signe de la main, comme pour leur demander de l’aider. Colette était méfiante, ce pourquoi elle ne s’approcha pas tout de suite. Lloyd, au contraire, fut vers lui en quelques bonds.

Il l’aida à se relever et l’homme lui dit :

« Merci de m’aider les enfants, j’espérais pas trouver d’la compagnie en plein désert j’vous jure ! »

Il les regarda d’un œil étonné :

« Qu’est-ce que vous faites là ? »

Colette se mordit la lèvre inférieure, ne sachant quoi répondre. Si elle disait qu’elle ne savait pas, il lui rirait sûrement au nez. Mais Lloyd tenta d’improviser :

« Eh bien… en fait, nous sommes des voyageurs, mais une troupe de bandits nous a pillé et est parti avec notre sac de voyage et notre réserve d’eau, du coup nous n’avons presque plus rien sur nous ! »

L’homme les regarda de nouveau avec un air réprobateur.

« Pas étonnant, faut s’demander c’que des jeunes font tout seuls au milieu du désert ! Et puis avec ce tremblement de terre… »

Lloyd se prépara à argumenter une deuxième fois, mais il l’interrompit :

« Vous vous rendez à Triet ? » fit-il en regardant leurs vêtements d’un air étonné.

Colette jeta un regard interrogateur à son voisin, se demandant ce qu’était Triet, car elle n’en avait jamais entendu parler, mais celui-ci répondit, une lueur dans les yeux :

« Oui… oui ! C’est cela, c’est là-bas que nous allons !

-Ca tombe bien, j’y cours moi aussi ! On pourra faire un bout d’chemin ensemble comme ça ! Et puis on aura de quoi remplir nos gourdes une fois là-bas ! Pas vrai ? »

De l’eau ! Elle comprit enfin de quoi il parlait. Une oasis près d’ici ! Ils étaient sauvés ! Et comme ça, ils trouveraient, avec un peu de chances, quelqu’un qui les ramènerait chez eux. C’était déjà une aubaine qu’ils tombent sur ce type mais alors là… c’était vraiment un coup de chance ! Elle approuva aussitôt :

« Justement ! Nous avons vraiment soif et il nous fallait d’urgence trouver à boire !

-Et bah qu’est-ce qu’on attend dans ce cas ? Allons-y ! » fit l’homme.

Aussitôt il se mit en marche, mais s’arrêta. Lloyd courut l’aider. Il le remercia et marcha.

Ils parcoururent la distance qui les séparait de l’oasis lorsque les premières traces de végétations apparurent. Puis ils aperçurent les premiers palmiers et hâtèrent le pas. Ils arrivèrent sans trop de difficulté et leur guide leur dit :

« C’est le moment d’se séparer on dirait !

-Oui, répondit Lloyd, merci beaucoup de nous avoir emmené ici !

-De rien mon p’tit, c’était un plaisir, et puis j’vous devais bien ça ! Puisque vous m’avez escorté en quelque sorte !

-Oui... » sourit le jeune homme.

Il s’adressèrent quelques adieux puis il se tourna vers Colette :

« Maintenant qu’on est ici, trouvons à boire et cherchons quelqu’un qui pourrait nous aider ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait, ils réussirent tant bien que mal à trouver une source et à se désaltérer. Une fois leurs gosiers satisfaits, ils voulurent demander à quelqu’un de les aider à retourner chez eux, mais celui-ci parut ne pas comprendre ce qu’ils lui disaient, regardant leurs habits avec un air étonné. Finalement, au bout d’un moment, ils s’assirent sur le sol et Lloyd se passa la main dans les cheveux :

« On a eut beau demander à tous les gens du coin, on a rien trouvé pour nous tirer de là ! »

Soudain Colette le tira par la manche et indiqua une tente qui se trouvait à côté de la source d’eau.

« Qu’est-ce que c’est ?

-C’est une tente de voyance, ma grand-mère me disait que sa mère s’y rendait car elle était très superstitieuse !

-Moi on m’a dit qu’il fallait ne pas se fier aux voyantes, car elles racontent souvent n’importe quoi pour un prix exorbitant.

-Oui, mais nous pouvons toujours l’interroger sur où nous sommes et comment rentrer chez nous !

-C’est une bonne idée ! » approuva le jeune homme.

Ils se relevèrent donc et se dirigèrent vers la hutte. Quand ils entrèrent, la fraîche obscurité leur frappa le visage et ils respirèrent un bon coup, puis une femme apparut derrière une table, le sourire aux lèvres.

« Bienvenue dans la hutte de la voyante ! » leur dit-elle, joyeusement.

Ils s’avancèrent et firent face à la voyante, celle-ci leur demanda :

« Que désirez-vous savoir ?

-Eh bien… fit Lloyd, nous voudrions savoir, pouvez-vous nous dire où nous sommes ?

-Mais… à Triet bien entendu !

-Qu’est-ce que c’est Triet à la fin ?

-Mais… c’est le seul désert présent dans le monde et le plus connu ! Tout le monde sait ça ! »

Les deux compagnons se regardèrent avec des yeux ronds. Ils n’avaient jamais entendu parler d’un quelconque désert du nom de Triet, mais de là à dire que tout le monde connaissait… Aucun doute : ils avaient affaire à une folle !

« Connaissez-vous l’Angleterre ? tenta Lloyd, une nouvelle fois.

-Non, je n’ai jamais entendu parler d’une telle contrée ! D’où venez-vous pour me demander cela ? »fit la voyante, de plus en plus surprise.

Puis son regard se posa sur Colette et elle s’illumina :

« Mais… vous êtes l’élue de Sylvarant !

-M…moi ? balbutia la jeune fille, les yeux écarquillés.

-Mais oui ! C’est vous qui avez réparé vos erreurs en causant la grande régénération ! Vous avez perdu la mémoire ou quoi ? »

Puis, sans lui laisser le temps de répondre, elle se tourna vers Lloyd :

« Et vous, vous êtes Lloyd, son compagnon, et le détenteur de l’épée éternelle ! Veuillez m’excuser de vous avoir ainsi sermonné ! Mais vos questions sont tout de mêmes assez étranges pour des gens qui ont parcouru le monde entier ! Je me trompe ?

-Mais je… commença le jeune homme.

-Mes services sont toujours gratuits pour l’élue et son compagnon ! Avez-vous d’autres questions ?

-Heu… Non merci, c’est tout ce que nous demandions ! »

Ils sortirent précipitamment, et Lloyd dit :

« Elue ! Détenteur de l’épée éternelle ! Pour qui se prend t-elle cette femme ? Elle est folle !

-Je… je ne vois pas où elle voulait en venir en me qualifiant d’élue !

-Ne fais pas attention à ce qu’elle dit ! Je te dis qu’elle est folle ! Nous n’avons plus qu’à nous débrouiller seuls maintenant ! Sortons d’ici ! On s’est fourré dans un asile de fous ! »

Aussitôt, il se mit à courir. Colette le suivit. Ils traversèrent toute la ville et arrivèrent à la sortie.

« Je me demande si on n’a pas atterri par hasard dans un endroit encore inconnu sur Terre ! »

Il se prépara à courir, et sortit de la ville. Son amie le suivit. Mais au bout d’un moment, le jeune homme s’arrêta immédiatement.

« Qu’est-ce qui se passe ? fit Colette en s’arrêtant derrière lui.

-Surtout, ne bouge pas ! lui ordonna t-il, en murmurant.

-Pourquoi ? » demanda t-elle, étonnée.

Il ne lui répondit pas, et elle fit un léger mouvement pour voir ce qui les bloquait.

« C’est quoi ça ? » se demanda t-elle, en écarquillant les yeux. Devant elle se tenait une sorte de scorpion géant.

« Un… un monstre ! bégaya t-elle.

-Surtout ne bouge pas ! » répéta Lloyd, parfaitement immobile.

Mais l’animal sembla les remarquer. Il s’approcha d’eux négligemment, frôla la jambe du jeune homme, mais l’ignora. Il alla plutôt vers Colette. D’abord, il tata la jambe de la jeune fille avec de drôles de mandibules. Puis, avec ses pattes, il tenta de grimper le long du tibia.

« AH !!! » hurla l’adolescente.

Elle se mit à gigoter en tout sens, à agiter la jambe pour en déloger l’insecte venimeux. Rien à faire, il s’accrochait en enfonçant ses pinces dans la chair.

« Arrête de bouger ! Sinon il va… » cria Lloyd.

Mais trop tard, la jeune fille sentit une douleur fulgurante traverser sa jambe, et le scorpion lâcha finalement prise pour creuser dans le sable et disparut. Elle tomba à terre et s’évanouit.

« Oh non ! » jura Lloyd, intérieurement.

Il s’agenouilla près de la jeune fille.

« C’était vraiment une idée stupide de s’aventurer dans le désert sans s’informer sur les dangers qu’il peut y avoir ! » se reprocha t-il, fou de rage.

Un sifflement mit fin à ses lamentations.

« Pssssssst ! »

« Qu’est-ce que c’est ? » se demanda t-elle Lloyd.

Le sifflement reprit, un peu plus fort, puis une voix chuchota :

« Pssssssst ! Par ici ! »

L’adolescent, méfiant, s’avança à pas prudent. C’est alors que, sans crier gare, un homme lui fit face. Il sursauta et tomba sur les fesses. L’homme, habillé bizarrement, soupira. Lloyd, éberlué, pensa qu’il devait mourir de chaleur dans ces vêtements, mais il ne manifestait aucune transpiration.

« J’ai eu de la chance de tomber sur toi, tu étais en mauvaise posture on dirait ! »

« Non ! Ca se voit tant que ça ? » voulut lui jeter le garçon, mais il préféra ne rien dire, songeant que cet homme pourrait peut-être l’aider à soigner Colette, allongée par terre.

« Suis-moi ! » lui ordonna son « sauveur ».

Le jeune homme obéit, se demandant où est-ce qu’il pourrait bien l’emmener.

 

Lloyd regarda le ruban avec intérêt, le manipulant avec précaution, et choisit de l’utiliser comme bracelet. Il l’enroulait autour de son poignet tout en regardant Colette quitter la maison en haut du balcon en lui faisant de grands signes de la main. Il se préparait à rentrer lorsque, soudain, un tremblement de terre le fit tomber à plat ventre par terre.

« Aïe ! » fit-il, en se cognant la tête contre le sol. Il se releva, un peu sonné, et se demanda ce qui lui arrivait. Puis il se rendit sur le balcon et vit Colette qui était elle aussi tombée par terre. Il tourna les talons et traversa sa chambre pour descendre précipitamment les escaliers. Il se précipita dehors.

« Colette ! Ca va ? demanda t-il, inquiet.

-Ce tremblement de terre… Tu l’as ressenti toi aussi ? demanda t-elle, persuadée qu’elle rêvait.

-Oui, il était sacrément fort !

-Je… je ressens une présence étrangère…

-Colette ?

-Non… Je dois dire des bêtises.

-Ce n’est pas rare que des tremblements de terre secouent quelquefois une région du monde ! » lança le jeune homme.

Il se tut lorsque Dirk courut vers eux.

« Papa !

-Lloyd, Colette ! Que s’est-il passé ?

-Tu as dû le ressentir toi aussi ! Il y a eu…

-Alors je n’ai pas rêvé ! » le coupa le nain, excité.

Puis une lueur inquiète traversa son visage rond et barbu et il s’exclama :

« Rendez-vous à Isélia ! Vite ! Il faut savoir si tout le monde va bien ! »

Les deux amis ne se le firent pas dire deux fois et ils coururent immédiatement vers la forêt.

En quelques minutes, ils atteignirent enfin le village.

« Lloyd ! » s’exclama une voix familière.

Ils se tournèrent et virent Génis, accompagné de Raine, qui courait vers eux.

«Que se passe t-il Génis ?

-La terre s’est mise soudainement à trembler ! Le séisme s’étend sur des kilomètres !

-Est-ce que tout le monde va bien ?

-Ici, oui.

-Tout le monde est sauf, il y a quelques blessés, mais ce n’est rien de grave ! J’ai utilisé quelques sorts de guérison. » répondit Raine.

Elle se tut, puis Génis reprit, en murmurant :

« Et puis… Cette condensation de mana dans l’air…

-Hein ?

-Ca venait de Triet ! Nous devons voir ce qui s’y passe !

-Je t’accompagne ! Et puis, nous devons contacter Zélos et les autres à Meltokio ! »

Depuis la régénération du monde, Meltokio partageait désormais le même continent qu’Isélia, Triet et Izoold, le village des pêcheurs.

Soudain, Colette tomba à terre.

« Colette ! » crièrent ses compagnons.

Ils s’agenouillèrent autour d’elles et Raine tata son front.

« Elle a de la fièvre, c’est étrange…

-Pouvez-vous la soigner professeur ? lui demanda Lloyd.

-J’ai utilisé toute mon énergie pour utiliser des sorts de guérison ! Je suis désolée de ne pas être plus utile…

-Colette, ça va ? demanda Génis, inquiet.

-J’ai… mal partout ! Je ne sais pas ce qui se passe… » répondit celle-ci.

Lloyd, soudain, ressentit un malaise semblable à celui que décrivait la jeune fille, et s’affala soudain lui aussi par terre.

« Lloyd ! » firent Génis et Raine, à leur tour.

Lloyd articula quelques mots :

« J’y comprends rien, j’ai mal moi aussi… Qu’est-ce qui se passe enfin ?

-C’est ce que je me demande aussi ! Il est atteint du même mal que Colette ! Ce doit être une épidémie… diagnostiqua Raine, les sourcils froncés.

-J’espère que ce n’est pas grave… souffla le jeune demi-elfe.

-Il faut que vous alliez vous reposer tous les deux ! Nous allons nous charger nous-mêmes d’aller voir ce qui se passe !

-N… non ! bégaya Lloyd, en se relevant avec difficulté, je viens… Je veux être au courant de tout ce qui se déroule !

-Nous te rapporterons des informations quand nous serons revenus. Je vais raccompagner Colette chez elle, Génis, tu aideras Lloyd à retourner chez lui. Ordonna Raine, qui avait l’habitude d’être obéie.

-D’accord… Raine… » fit celui-ci.

Chacun prit donc une direction opposée, l’un soutenant l’autre, en se demandant avec inquiétude si toute cette suite de coïncidences n’était pas signe de mauvais présage…

<< précédent                                                               suivant>>