Quatre ans plus tard…

 

 Aujourd’hui, c’était le jour du quinzième anniversaire de Julia. La jeune fille avait continué à grandir comme n’importe quel enfant au contraire de son frère qui avait toujours la même apparence que le soir ou elle l’avait vu pour la première fois.
  Après avoir fêté cette journée avec ses amis, Julia rentra chez elle.

- Bonjour ! Lança-t-elle joyeusement à ses parents qui lisaient sur la terrasse.
- Bonjour ma chérie, bon anniversaire, dit sa mère en l’étreignant.
- Joyeux anniversaire, Julia, ajouta son père en l’embrassant sur le front.
La jeune fille regarda autour d’elle mais n’y vit pas la personne qu’elle cherchait.
- Où est Lloyd ?
- Oh, je crois qu’il dort toujours, soupira Kratos, il est sorti hier toute la nuit, même un ouragan ne le réveillerait pas…
Par un brusque accès de colère, Julia commença à fulminer. « Il peut dormir tard tous les jours puisqu’il n’a plus besoin d’aller à l’école, mais pas aujourd’hui ! », s’énervait la jeune fille.

 Sur ce, elle fila vers la chambre de son frère et ouvrit sa porte à la volée. Elle traversa la pièce et tira les rideaux qui la plongeaient dans l’obscurité. D’un pas décidé, elle avança vers le lit et en arracha presque la couverture.
- Debout ! Cria Julia.
Sa sœur n’était pas un ouragan, mais l’incarnation de l’apocalypse. Ses yeux rouges lançaient des éclairs à son aîné qui s’éveillait en grognant.
- Bon anniversaire sœurette, réussit-il à articuler.
Julia se mit à fondre comme la glace au soleil. Dans deux ans, elle ne serait plus sa petite sœur. Mais elle refusait cette réalité, elle savait déjà quel cadeau elle demanderait l’année prochaine : un cristal du Cruxis. Les Renégats en avaient toujours, elle en était certaine.
 Soudain, sans en demander la permission, Julia bondit sur le lit de son frère et s’y glissa. Elle entendit Lloyd ricaner.
- Tu n’es pas un peu grande pour ça ?
La jeune fille gémit et vint se mettre contre lui. Elle sentit le bras de son aîné la recouvrir.
- Bonne nuit, murmura-t-elle en fermant les paupières.
- Mh… Bonne nuit…

 

 Kratos s’impatientait. Il posa le livre qu’il lisait et fit un pas dans la maison. Il s’éclaircit la voix.
- Lloyd ! Julia !
  Les deux jeunes sursautèrent. Julia attrapa un oreiller et le balança sur son frère avant de fuir en éclatant de rire. Lloyd enfila des vêtements puis se lança à sa poursuite. Euphoriques, ils couraient dans la maison comme des enfants. Ils dégringolèrent les escaliers, arrivèrent dans la salle à manger et se mirent à tourner autour. Finalement, ils s’arrêtèrent chacun d’un côté, essoufflés, tentant de savoir vers quelle direction allait partir l’autre. Julia ricana et sortit de la maison par une porte vitrée derrière elle. Lloyd jura et bondit par-dessus la table. Ils traversèrent le jardin à toute vitesse et recommencèrent le même petit manège autour de la piscine.
   Mais Lloyd bondit au-dessus et rattrapa presque sa sœur qui n’était que quelques mètres devant lui. La jeune fille utilisa des sorts de vent pour envoyer des vagues sur son frère qui ricanait en savourant d’avance sa victoire.

 

- LLOYD !
Kratos et Raine se levèrent en sursaut. C’était Julia qui avait hurlé. Ils se précipitèrent vers la piscine où ils trouvèrent leur fille en larmes. Ce fut son père qui vit Lloyd en premier. Il était dans l’eau qui virait à l’écarlate. Il le tira en dehors. Le garçon était blessé à la tête et une grande quantité de sang se répandait déjà sur le sol. Kratos posa sa main sur le front de son fils, quand il la retira, l’hémorragie avait cessé mais il était toujours inconscient. L’Ange le tenait dans ses bras.
- Lloyd.
Son fils ouvrit douloureusement les yeux.
- Lloyd, est-ce que ça va ?
Il ne semblait pas l’entendre. Kratos lança un regard en biais à son épouse qui les rejoint. Elle toucha le front du garçon à son tour. Elle soupira de soulagement.
- C’est le choc, il va revenir à lui…
- Pourquoi il saigne autant ?! Cria presque Julia, prise de panique.
Kratos pris Lloyd contre lui et le souleva. Raine expliqua en vain à sa fille que les blessures à la tête étaient toujours impressionnantes mais pas graves pour autant. Julia culpabilisa.
   Ils rentrèrent et allongèrent le garçon sur son lit. La Demi Elfe le recouvrit avec les draps.
- On faisait que jouer, sanglota leur fille, il a glissé et…et…sa tête a heurté le bord de la piscine !
- Raine, occupe-toi d’elle, je le veillerai aujourd’hui.
Raine acquiesça et quitta la chambre avec Julia.
   Pendant le reste du jour et une partie de la nuit, Lloyd ne cessa de s’éveiller en sursaut avant de replonger dans un sommeil agité. Finalement, aux première lueurs du matin, il se redressa, haletant, et chercha quelqu’un du regard. Son père sortit de l’ombre et s’approcha.
- Papa, gémit le garçon, la gorge nouée.
- Ca va mieux ?
Il secoua la tête et la prit entre ses mains.
- J’ai cru que j’allais mourir…
Un flash s’imprima dans son esprit : un choc qui ébranlait tout son corps, un craquement sec, un vertige. Un frisson de peur le parcouru. Kratos passa un bras autour de ses épaules.
- Tout va bien, ne t’inquiète pas.

 Dés le lendemain, Lloyd était sur pieds. Sa frayeur passée, il avait retrouvé sa bonne humeur et Julia lui avait sauté au cou à peine éveillée en le couvrant de « pardon », « pardon », « pardon ». Le garçon avait ri. Tout allais pour le mieux, quelques sorts avaient suffit à faire disparaître le sang qui s’était répandu un peu partout.
  Aujourd’hui, Kratos devait aller à la base des Renégats de Triet. Lloyd insista pour l’accompagner et il finit par céder.
- Hé ! Moi aussi je veux venir ! Se plaignit Julia.
- Tes devoirs ne vont pas se faire seuls, l’interpella Raine, la rappelant à l’ordre.
La jeune fille soupira et regarda son frère attraper un blouson et se précipiter vers la porte. Kratos l’attendait déjà dehors.
- A ce soir sœurette !
Julia articula un petit « à ce soir » boudeur. Mais quand elle se tourna pour aller vers le salon, un bruit de chute la fit faire volte-face. Elle écarquilla les yeux.
  Lloyd était au sol. Son père s’était déjà précipité vers lui et le redressait, mais le garçon ne bougeait pas. Raine passa en la bousculant et s’agenouilla près de Lloyd.
- Lloyd ! L’appelait Kratos.
Il chercha le regard de son épouse mais elle avait déjà baissé les yeux.
- Non… Non… Ne me dis pas ça !
Il se tourna a nouveau vers son fils et le secoua doucement.
- Lloyd…
C’était fini. Des larmes firent briller ses yeux tandis qu’il serrait le corps inerte de son fils contre lui.
- Grand frère…

 

 
Deux ans plus tard…

   Sous le couvert des arbres, la jeune femme marchait calmement, ses pas feutrés faisant à peine bruisser l’herbe verte sous ses pieds. Par endroits, le soleil transperçait le feuillage et inondait le sol de sa chaude lumière, ainsi, il semblait peint de flaques dorées.
  A son côté, elle portait une fine épée d’argent. Elle était habillée d’une veste blanche et d’un pantalon gris, décorés de bords or et rouges. Ses longs cheveux de couleur neige étaient soigneusement tressés. Sa peau de porcelaine était douce comme de la soie et ses yeux écarlates louvoyaient gaiement en suivant les oiseaux qui s’envolaient, surpris par sa présence.
  Sa grande taille la fit s’abaisser en dessous de branchages plus audacieux et elle vit enfin ce qu’elle cherchait. Lentement, la jeune femme, svelte, splendide, s’approcha des deux tombes. Elle s’agenouilla près de la plus récente sur laquelle était déjà déposé quelques roses blanches, un sourire aux lèvres, empreint de tristesse.
- Bonjour grand frère, murmura-t-elle avec tendresse. Aujourd’hui nous avons le même âge, tu sais ? Mais j’aime à t’appeler ainsi. Tu t’imagines, papa ne m’avait même pas dit que tu étais ici ? Mais je t’ai finalement retrouvé… J’espère que tu es heureux là où tu es, tu me manques beaucoup.
Julia releva la tête quelques secondes avant de reprendre, elle n’avait pas le droit de pleurer. Elle voulait qu’il voie qu’elle allait bien.
- Je quitte la maison, c’est décidé, rit-elle. Je veux aller là où l’on a besoin de moi.
A son cou, elle chercha une chaînette à laquelle pendait un anneau.
- Ca te dérange si je le garde ? Je sais que tu y tiens beaucoup, mais j’aimerais tellement garder, ne serait-ce qu’une partie de toi, avec moi.
Elle se recueillit pendant plusieurs minutes et, dans le calme naturel de la forêt, elle eut une pensée pour Anna. Désormais, elle pouvait veiller sur son enfant.
   Déchirée, Julia se pencha et déposa un baiser sur la tombe. Elle reviendrait.
- Je t’aime, grand frère, chuchota-t-elle.

 

 Dans l’obscurité de son bureau, l’Ange tournait et retournait un petit médaillon doré entre ses doigts. Il l’ouvrait, le refermait,… Enfin, il le déposa devant lui, son regard fixé sur sa famille qui lui souriait. De l’index, il toucha le visage du garçonnet. Cette fois-ci, il ne le retrouverait pas.
   Il se prit brusquement le visage entre ses mains et pleura son cher passé, à jamais perdu.

 

Fin